Pêle-mêle

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30 novembre 2010

Pasteur Martin Niemöller

Publié par ditchlakwak dans Citations

Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dis; je n’étais pas communiste.

Quand ils ont jeté en prison les sociaux-démocrates, je n’ai rien dis; je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté; je n’étais pas catholique.
Quand ils sont venus me chercher, il n’y avais plus personne pour protester.

Pasteur Martin Niemöller, déporté

30 novembre 2010

Empalement Ottoman

Publié par ditchlakwak dans Les coups de coeur de Lakwak

Quand on ordonna à Radislav de se coucher, il hésita un moment, puis sans regarder les tziganes ni les gendarmes, comme s’ils n’existaient pas, il s’approcha du Plevliak (1), presque en confidence, comme de quelqu’un des siens, et lui dit d’une voix basse et sourde:

« Écoute par ce monde et par l’autre, fais-moi cette bonté, perce-moi de façon que je ne souffre pas comme un chien ».

Le Plevliak sursauta et cria après lui comme s’il se défendait contre cette sorte de conversation trop confidentielle :

« Marche ! Chrétien ! Est-ce que toi, le lascar qui démolis ce qui appartient au sultan, tu vas te mettre ici à supplier comme une femme ? Il en sera comme il a été ordonné, et comme tu l’as mérité ».

Radislav baissa la tête encore plus bas tandis que les Tziganes s’approchaient de lui et le dépouillaient de sa peau de mouton et de sa chemise. Sur sa poitrine apparurent les plaies causées par les chaînes, rouges et tuméfiées. Sans rien dire de plus, le paysan se coucha comme on le lui avait ordonné, la face tournée vers la terre. Les Tziganes s’avancèrent et lui lièrent d’abord les mains dans le dos, puis ils lui attachèrent une corde à chaque jambe autour des chevilles. Chacun tira de son côté, lui écartant ainsi largement les jambes. Pendant ce temps, Merdjan plaça le pieu sur deux morceaux de bois courts et cylindriques, de façon que la pointe arrivât entre les jambes du paysan. Il tira ensuite de sa ceinture un couteau large et court, s’agenouilla près du condamné étendu et se pencha sur lui pour couper l’étoffe de ses pantalons entre les jambes, et pour élargir l’ouverture à travers laquelle le pieu allait pénétrer dans le corps. Cette partie la plus épouvantable du travail du bourreau resta heureusement invisible pour les spectateurs. On vit seulement le corps ligoté tressaillir sous la piqûre brève et imperceptible du couteau, se dresser à moitié, comme s’il allait se lever , mais retomber soudain en arrière, et frapper sourdement contre les planches. Dès qu’il eut terminé, le Tzigane sauta, saisit à terre le maillet de bois, et se mit à frapper la partie inférieure et ronde du pieu, à coups lents et mesurés. Entre deux coups, il s’arrêtait un peu et regardait, d’abord le corps dans lequel le pieu s’enfonçait, puis les deux Tziganes, les exhortant à tirer doucement et sans secousse. Le corps du paysan, les jambes écartées, se convulsait instinctivement, à chaque coup de maillet, la colonne vertébrale se pliait et se courbait, mais les cordes le tiraient et le redressaient. Sur les deux rives, le silence était tel que l’on distinguait chaque coup et son écho quelque part sur la rive escarpée. Ceux qui étaient le plus rapprochés pouvaient entendre le paysan frapper du front contre la planche, et, de plus, un autre bruit insolite qui n’était ni un gémissement, ni une lamentation, ni le dernier râle, ni aucun son humain quel qu’il soit. Tout ce corps étiré et torturé faisait entendre un craquement comme une palissade que l’on foule aux pieds, ou un arbre que l’on brise. Tous les deux coups, le Tzigane allait au corps étendu, se penchait au dessus de lui, examinait si le pieu progressait dans la bonne direction, et, quand il s’était assuré qu’il n’avait blessé aucun organe vital, il revenait à sa place, et continuait sa besogne. Tout cela s’entendait faiblement et se voyait encore moins de la rive, mais les jambes tremblaient, le visage blêmissait, les doigts se glaçaient. Pendant un moment, les coups s’arrêtèrent. Merdjan avait remarqué qu’au sommet de l’omoplate droite les muscles étaient tendus, et la peau se levait. Il s’approcha rapidement, et, à travers cet endroit gonflé, il fit une incision en forme de croix. Un sang pâle coula, tout d’abord en petite quantité, puis toujours plus fort. Encore deux où trois coups, légers et prudents, et à l’endroit percé se mit à apparaître la pointe ferrée du pieu. Il frappa encore plusieurs fois jusqu’à ce que la pointe atteignît la hauteur de l’oreille droite. L’homme était empalé sur le pieu comme un agneau sur une broche, seulement la pointe ne lui sortait pas par la bouche, mais dans le dos, et n’avait gravement endommagé ni les intestins, ni le coeur, ni les poumons. Alors Merdjan rejeta le maillet et s’approcha. Il examina le corps immobile, contournant le sang qui tombait goutte à goutte des endroits par lesquels le pieu était entré et sorti, et qui s’accumulait en petites flaques sur les planches. Les deux Tziganes retournèrent le corps engourdi sur le dos, et se mirent à lui lier les jambes au bas du pieu. Pendant ce temps, Merdjan regardait si l’homme était toujours vivant, et examinait attentivement ce visage qui devint tout d’un coup boursouflé, plus large et plus grand. Les yeux étaient grands ouverts et inquiets, mais les paupières restaient immobiles, la bouche était béante, les deux lèvres raides et contractées, les dents blanches serrées. L’homme ne pouvait plus contrôler certains muscles de son visage ; c’est pourquoi sa face ressemblait à un masque. Mais son coeur battait sourdement, et ses poumons avaient un souffle court et accéléré. Les deux Tziganes se mirent à le dresser comme un mouton sur une broche. Merdjan leur criait de faire attention, et de ne pas secouer le corps, et lui-même aidait l’opération. Ils fixèrent la partie inférieure du pieu épaisse entre deux poutres, et bloquèrent le tout avec de grands clous, puis, derrière, à la même hauteur, ils consolidèrent l’ensemble avec un morceau de bois court qu’ils clouèrent aussi contre le pieu et contre les poutres des échafaudages. Quand leur besogne fut terminée, les Tziganes se reculèrent un peu plus loin, et se joignirent aux gendarmes. Et, sur cet espace vide, resta seul, élevé à hauteur d’homme, redressé, la poitrine en avant et nu jusqu’à la ceinture, l’homme sur le pieu. De loin on entrevoyait que, à travers son corps passait le pieu auquel étaient attachées ses chevilles, tandis que ses bras étaient liés derrière le dos. C’est pourquoi il semblait au peuple une statue planant dans l’air, au bord même des échafaudages, tout en haut, au dessus de la rivière. Un murmure passa sur les deux rives, et une agitation ondoyante traversa la foule. Les uns baissèrent le regard, et les autres se dirigèrent rapidement chez eux, sans retourner la tête. La plupart regardaient sans mot dire cette silhouette humaine exposée dans l’espace, anormalement raide et droite. L’épouvante leur glaçait les viscères, leurs jambes se dérobaient sous eux, mais ils ne pouvaient ni s’arracher à ce spectacle, ni en détourner le regard.

C’est le lendemain soir, après 48 heures de ce supplice turc raffiné, que le paysan serbe Radislav rend l’âme. Le bourreau tzigane Merdjan va alors rendre compte de la bonne exécution du travail à celui qui l’avait ordonné, le turc Abidaga, et il lui demande ce qu’il doit faire du cadavre : « Jette le chien aux chiens ! »

Extrait de : « UN PONT SUR LA DRINA » de Ivo Andric Prix Nobel 1961 de Littérature (1)Les Tziganes étaient utilisés comme bourreaux par les Turcs ; celui-ci était originaire de la ville de Plevlia

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30 novembre 2010

Le temps des cerises

Publié par ditchlakwak dans Les choses de la vie

J’avais quatre ans. Nous habitions dans un appartement communautaire, non pas dans un immeuble bourgeois dont les grands appartements étaient réservés à l’usage de plusieurs familles. Notre immeuble ou plutôt notre maison toute en bois, ressemblait à une grosse boîte d’allumette. Nous étions logés dans une pièce de quinze mètres carrés et pour une famille de cinq personnes trois mètres carrés d’espace vital n’étaient pas du luxe. Malgré ça nous étions une famille très unie et heureuse. On dit que le bonheur est dans le pré, le notre était dans notre jardin aux nombreux arbres fruitiers parmi lesquels deux grands cerisiers. Avec mes frères j’allais cueillir les cerises. Bocaux remplis, nous nous asseyons sur le banc à l’entrée de la maison pour se livrer au concourt de celui qui crachera le noyau le plus loin. Lorsque les bocaux étaient vides et le tapis de noyaux bien étalé, nous nous cachions en attendant l’arrivée de la « sorcière », la méchante voisine qui détestait tous les enfants sauf les siens. La voir s’étaler par terre nous rendait fous de joie… On savait que le soir même elle enlèvera les ampoules du long couloir que nous devions traverser pour atteindre notre chambre, mais nous étions habitués et puis se n’était pas la pire méchanceté qu’elle nous faisait subir à nous et aux autres.

30 novembre 2010

Poème d’amour *

Publié par ditchlakwak dans Les coups de coeur de Lakwak

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Quand je serre, plein de tendresse,
Ton corps si svelte et qu’exalté,
Dans mon étreinte je t’adresse
De doux propos énamourés,
Tu fais s’échapper en silence
Ton corps si souple de mes mains:
Un sourire de méfiance
Est tout ce que de toi j’obtiens.
Ta mémoire étant sans faiblesse
Pour mes nombreuses trahisons
Tu m’écoutes avec tristesse,
Lointaine, sans attention.
Je maudis les ardeurs traitresses
Dont fut coupable ma jeunesse,
Les attentes pour rencontrer
Quelqu’un le soir sous les ramures.
Je maudis l’amoureux murmure,
Le vers si habile à charmer,
Les baisers des filles naïves,
Leurs larmes, leurs plaintes tardives.

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30 novembre 2010

L.N. Tolstoï

Publié par ditchlakwak dans Citations

«L’homme a la conscience d’être Dieu, et il a raison, puisque Dieu est en lui. Il a conscience d’être un cochon et il a également raison parce que le cochon est en lui. Mais il se trompe cruellement quand il prend le cochon pour un Dieu.»

« Journal intime » L. Tolstoï *

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