« La Vipère » Alexeï Tolstoï (suite 2)
Olga Viatcheslavovna resta deux mois en prison, d’abord dans une salle commune, ensuite isolée. Les premiers jours, elle faillit devenir folle, obsédée par le souvenir de la porte barricadée du hangar. Elle ne pouvait pas dormir; elle rêvait qu’une corde lui serrait le cou.
On ne la demandait pas, on ne l’interrogeait pas, elle était comme oubliée. Peu à peu, elle se mit à réfléchir. Et soudain, tout s’éclaira et devint évident. Cet homme-là, le bouclé, celui qu’elle avait vu avec une chemise brodée, c’était bien Valka, l’assassin: elle ne s’était pas trompée…De peur qu’elle ne le dénonçât, il s’était dépêché de la rendre suspecte: le mot écrit au crayon était sa délation.
Olga Viatcheslavovna tourna dans sa cellule comme un chat sauvage; à ses supplications (à travers le judas) de lui permettre de voir le directeur de la prison, le juge d’instruction ou le procureur, les gardiens taciturnes se contentaient de se détourner. Elle croyait encore à la justice, échafaudait des plans fantasques: se procurer du papier et un crayon et écrire toute la vérité aux autorités qu’elle croyait être aussi équitable que Dieu.
Un matin, elle fut réveillée par des voix rudes, saccadées, et le fracas d’une porte qui s’ouvrait. Quelqu’un entrait dans la cellule d’à côté. Un prisonnier s’y trouvait, il portait des lunettes et toussait tout au long des nuits à s’en déchirer la poitrine. L’oreille contre le mur, elle écoutait. Les voix s’élevèrent, jusqu’aux cris, insupportables, pressantes. Elles devinrent rauques, puis se turent…Au milieu du silence, un gémissement se fit entendre, quelqu’un semblait souffrir et se retenait de crier, comme dans un fauteuil de dentiste.
Olga Viatcheslavovna se blottit dans un coin, le regard fou, les yeux grands ouverts dans l’obscurité. Il lui revenait à la mémoire les récits de torture qu’elle avait entendus dans la prison commune… Il lui semblait voir l’homme aux lunettes, son visage terreux, renversé en arrière, ses joues affaissées, frémissantes de douleur…On lui serrait les poignets, les chevilles à l’aide d’un fil de fer, jusqu’à ce qu’il atteigne les os…
« Tu parleras, tu parleras! » croyait-elle entendre…
Des coups résonnèrent, comme si on battait un tapis et non pas un homme…Il se taisait…Un coup, encore un coup…Et soudain un nouveau gémissement jaillit…
« Bon dieu! Tu parleras!… »
Et ce n’était plus un gémissement, mais un hurlement douloureux qui emplissait toutes la prison…Ce fut comme si la poussière de cet horrible tapis enveloppait Olga Viatcheslavovna; elle sentit la nausée lui monter aux lèvres, ses jambes se dérobèrent, le sol de pierre tournoya et elle vint s’y cogner la tête…
Et cette nuit-là, pendant qu’un homme en torturait un autre, ce qui lui restait d’espoir en la justice s’engloutissait dans les ténèbres. Mais l’âme passionnée d’Olga Viatcheslavovna ne pouvait demeurer dans le silence, dans l’inaction. Après des jours sombres qui faillirent la rendre folle, après avoir parcouru sa cellule dans tous les sens, elle trouva sa planche de salut: la haine, la vengeance. Haine, vengeance. Oh! pourvu qu’elle sorte de prison!…
Se soulevant sur la pointe des pieds, elle a regardait à travers les barreaux de la fenêtre étroite dons les vitres poussiéreuses vibraient. Des araignées desséchées se balançaient sur leur toile. Le tonnerre lointain des canons parvenait en un long grondement. La Cinquième Armée Rouge investissait Kazan.
Le gardien lui apporta sa pitance, renifla et louchant vers le judas:
« Je vous ai apporté du kalatch », mademoiselle…Si vous avez besoin de quelque chose, vous n’avez qu’à frapper…Nous sommes toujours en faveur des détenus politiques… »
Toute la journée, les vitres tremblèrent. Derrière les portes, les gardiens poussaient des soupirs. Olga Viatcheslavovna était assise sur le lit, s’entourant les genoux de ses bras. Elle n’avait pas touché la nourriture. La canonnade se répercutait dans tout son être. Vers le soir, le gardien revint sur la pointe des pieds et chuchota:
« Nous sommes des subalternes, mais toujours de cœur avec le peuple… »
Vers minuit, les couloirs s’animèrent, des portes claquèrent; de rudes interpellations se firent entendre. Quelques officiers et civils rassemblaient des détenus, une trentaine environ, les menaçant de leurs armes. On fit sortir Olga Viatcheslavovna, de force, en la traînant dans l’escalier. Elle se débattait, tel un chat, et essayait de mordre les mains qui la tenaient. L’espace d’une seconde, elle aperçut le ciel agité au-dessus de la cour rectangulaire et sentit le froid d’une nuit d’automne pénétrer sa poitrine. Puis, une porte basse, des marches en pierre, la pourriture humide du sous-sol rempli de monde, le faisceau carré des lampes de poches parcourant le mur en briques, les visages pâles, les yeux dilatés…Des jurons épouvantables…Des coups de revolver retentirent, les voûtes de la cave semblaient s’écrouler…Olga Viatcheslavovna se jeta dans l’obscurité. Le faisceau de lumière de la lampe éclaira furtivement le visage décomposé de Valka…Quelques chose la frappa à l’épaule, lui traversa la poitrine et le dos comme un coup de feu…Trébuchant, elle tomba, le visage dans la moisissure des champignons…
La Cinquième Armée avait pris Kazan, les Tchèques s’en étaient allés sur les bateaux, les Blancs s’étaient éparpillés de tous les côtés, la moitié des habitants, effrayés par la terreur rouge, s’enfuyaient à l’autre bout du monde. Pendant quelques semaines, sur les deux rives de la Volga grossie par les pluies d’automne, errèrent des fuyards isolés, un petit baluchon sur l’épaule et un bâton à la main, souffrant mille privations. Valka, lui aussi, quitta Kazan.
OlgaViatcheslavovna, envers et contre tout, restait vivante. Quand on eut sorti du sous-sol les cadavres des fusillés et qu’on les eut alignés dans la cour, sous un ciel triste et pluvieux, un cavalier vêtu d’une vieille pelisse se pencha sur elle et lui remua la tête avec précaution.
« Eh ! la fillette respire encore, dit-il. Il faudrait, mes frères, allé chercher un médecin… »
C’était le même homme, aux dents éclatantes et aux yeux d’épervier, qu’elle avait vu auparavant. Il transporta seul la jeune fille dans l’ambulance de la prison, courut chercher, dans l’agitation de la ville conquise, un médecin qui soit « vraiment de l’ancien régime ». Il força la porte de l’un d’eux et dans son emportement le mit en état d’arrestation. Après l’avoir terrorisé, il l’emmena sur une petite motocyclette jusqu’à l’ambulance, et là, lui montrant le visage exsangue d’Olga Viatcheslavovna évanouie, il lui déclara:
« Faites qu’elle soit vivante!… »
Elle resta en vie. Après qu’on lui eut fait un pansement et une piqûre d’huile camphrée, elle souleva ses paupières violacées et peut-être alors reconnut-elle les yeux d’épervier qui se penchaient sur elle.
« Plus près », murmura-t-elle tout bas, et quand il se fut penché vers elle et eut attendu longuement, elle dit sans savoir pourquoi:
« Embrassez-moi. »
Près du lit, il y avait du monde – on était en guerre; l’homme au regard d’épervier renifla, jeta un coup d’œil alentour et haussa les épaules.
« Diable! »
Mais il n’osa pas, se bornant à arranger son oreiller.
Il s’appelait Emilianov, camarade Emilianov. Elle lui demanda son prénom et son nom de famille. Il répondit Dimitri Vassiliévitch. Alors, elle ferma les yeux et répéta doucement: « Dimitri Vassiliévitch. »
Son régiment était à Kazan et tous les jours, Emilianov venait voir la jeune fille.
« Il faut reconnaitre, répétait-il pour l’encourager, que vous êtes coriace, Olga Viatcheslavovna, comme une vipère…Dès que vous serez rétablie, je vous prendrai comme ordonnance… »
Tous les jours, il lui dosait cela et ne se lassait pas de le répéter, ni elle de l’écouter. Il riait, montrait ses dents blanches et un sourire tendre s’épanouissait sur les lèvres d’Olga Viatcheslavovna.
« On vous fera couper les cheveux, je vous procurerai des bottes légères: celle d’un lycéen tué que j’ai gardées. Dans les premiers temps, bien sûr, je vous attacherai à la selle du cheval pour que vous ne tombiez pas… »
Olga Viatcheslavovna était vraiment vivace comme une vipère. Après tous ces événements, il ne lui restait, semblait-il, que les yeux, mais ils brillaient d’une passions indomptable, d’une avidité impatiente. Le passé était resté sur un rivage lointain. La maison sévère et cossue de son père, le lycée, les amies sentimentales, les premiers flocons de neige dans la rue, les emballements de jeunes filles pour des jeunes premiers de passage, l’amour de rigueur pour le professeur de littérature russe, le beau et gras Voronoff, le cercle lycéen de Herzen et ses passions enthousiastes, la lecture des romans étrangers et la douce nostalgie pour les héroïnes nordiques de Hamsoun – qui n’existent qu’en rêve – la curiosité inquiète pour les romans de Margueritte… Comment tout cela avait-il pu exister ? Une robe neuve pour les fêtes de Noël, une amourette avec un lycéen travesti en Méphistophélès, aux cornes de serge noire emplies d’ouate…Le parfum des fleurs gelées par un froid de moins trente degré…Un silence triste, le tintement des cloches de Carême, la fonte des neiges qui brunissent dans les rues passantes…Le trouble du printemps, la fièvre de chaque nuit…La datcha à Verkny Ouslone, les pins, les près, la Volga resplendissante s’écoulant à l’infini sur les terres inondées, et les nuages amoncelés à l’horizon…Tous cela lui revenait à présent, peut-être en rêve, dans la chaleur moite de l’oreiller d’hôpital mouillé de larmes…
Dans tous ces rêves-là, Valka se ruait comme une brute déchaînée, armé d’une masse de cinq kilos. Ce Valka Brikine, expulsé du lycée pour inconduite, parti volontaire au front, puis revenu un an plus tard, arborant fièrement son uniforme de uhlan et la croix de Saint-Georges. On racontait que son père, le commissaire de police Brikine (c’était lui qui avait publié le célèbre arrêté pour que les « agents de police puissent fréquenter le temple de Dieu sans autre autorisation ») avait adressé une demande au commandant des armées de la région afin que son fils fût envoyé dans les postes d’avant-garde où il pourrait être tué avec plus de certitude, car pour son cœur de père, il valait mieux savoir un tel vaurien mort plutôt que vivant…Valka était toujours affamé, avide de plaisirs et intrépide comme le diable. Mais si la guerre lui avait appris que le sang avait une odeur aigre, – et rien de plus, – la Révolution l’avait libéré de ses premières entraves.
Cette masse de cinq kilos avait brisé la glace fragile qui enfermait les beaux rêves d’Oletchka. Elle était bien légère cette glace, sur laquelle elle rêvait de construire : le mariage, l’amour, la famille, un foyer heureux et solide…Et sous cette glace se dissimulait l’abîme…Elle s’était brisée, et la brutalité de la vie et ses passions l’avaient emportée dans ses flots troubles.
C’est ainsi qu’Olga Viatcheslavovna avait accepté la lutte (deux fois on avait tenté de la tuer, sans y parvenir, et maintenant elle n’avait plus peur de rien). La haine profonde, un croûton de pain pour aujourd’hui et le trouble sauvage de l’amour inconnu ; ça c’était la vie…Emilianov s’asseyait près d’elle ; elle lui mettait un oreiller sous le dos, serrait de ses doigts amaigris le coin de la couverture, et lui disait en le regardant dans les yeux :
« Je m’imaginais un mari blond, tout à fait correct, moi, en peignoir rose, et tous deux assis devant une table où une cafetière en nickel refléterait notre image. Et ça, c’était le bonheur !…Je déteste cette petite fille !…Je me déteste pour avoir cru que je pouvais être heureuse ainsi…Rêver d’un peignoir rose, quelle vraie niaiserie !… »
Emilianov, les coudes plantés sur les cuisses, riait de ses récits. Oletchka, sans s’en rendre compte, s’efforçait de s’adapter à lui. Pour le moment, elle n’avait qu’un désir : s’arracher du lit d’hôpital qui lui était devenu odieux. Elle s’était fait couper les cheveux. Emilianov lui avait procuré une courte veste de cavalier doublée, des culottes bleues bordées de rouge et, comme il l’avait promis, des bottes en chevreau très élégantes.
En novembre, Olga Viatcheslavovna quitta l’hôpital. Elle n’avait en ville ni parents, ni amis. Des nuages du nord couraient au-dessus des rues désertes et des magasins fermés, laissant tomber pluie et neige. Emelianov pataugeait, sans perdre courage, dans la boue, d’une rue à l’autre, à la recherche d’un logement. Oletchka se traînait, un pas derrière lui, dans sa veste trempée, chaussée des bottes du lycéen tué ; ses genoux tremblaient, mais elle aurait préféré mourir plutôt que de se séparer de Dimitri Vassiliévitch. Il s’était procuré au Comité exécutif un billet de logement pour la camarade Zotova, torturée par les Blancs et il cherchait quelque chose d’original. Enfin, son choix s’arrêta sur un hôtel particulier, très imposant avec des colonnades et des vitres comme des miroirs, abandonné de son propriétaire, le négociant Starobogatov ; il le réquisitionna. Dans cette maison inhabitée, le vent soufflait par les vitres brisées à travers les pièces en enfilade aux plafonds peints, garnies de meubles dorés dont la marqueterie était abîmée. Le cristal des lustres tintait plaintivement. Dans le jardin, les tilleuls défeuillés bruissaient tristement. Emilianov ouvrit les portes à doubles battant, d’un coup de pied.
« Allez, regarde, ils ont tout mis en tas, les démons, directement sur le parquet pour protester… »
Dans la salle d’apparat, il mit en morceaux les boiseries d’un orgue en chêne qui occupait tout un mur et les transporta dans une pièce meublée de divans et il fit un grand feu dans la cheminée.
« Ici, on peut faire chauffer une bouilloire, il y fait jour, il y fait chaud…Ces bourgeois savaient vivre… »
Il lui procura une théière en étain, des carottes séchées pour infusion, du gruau, du lard, des pommes de terre – un approvisionnement pour deux semaines – et Olga Viatcheslavovna resta seule dans la maison vide et sombre, où le vent gémissait lugubrement dans les cheminées, comme si les tristes fantômes de la famille Starobogatov étaient venus se lamenter sur le toit ruisselant sous la pluie d’automne.
Olga Viatcheslavovna disposait de tout son temps pour réfléchir. Elle s’asseyait sur une petite chaise, regardait le feu où la bouilloire commençait à chanter et pensait à Dimitri Vassiliévitch : « Viendra-t-il aujourd’hui ? Ce serait bien qu’il vienne, justement les pommes de terre sont cuites. » Au loin, elle entendait ses pas qui résonnaient sur le parquet ; il entrait, gai, le regard redoutable…C’était la vie qui revenait…Il enlevait de son ceinturon, son revolver et deux grenades, ôtait sa capote mouillée, demandait si tout était en ordre, si elle n’avait besoin de rien.
« L’essentiel est que votre toux soit passée et qu’il n’y ait plus de sang dans vos crachats…Pour le nouvel an, vous serez complétement remise ».
Après avoir bu du thé, il roulait une cigarette et racontait ses aventures militaires, narrant avec art les combats de cavalerie, s’échauffant parfois à tel point qu’elle avait peur de regarder ses yeux terrifiants d’épervier.
« Les impérialistes ont fait une guerre de position, une guerre de tranchées, sans fougue et on y mourait tristement, disait-il debout au milieu de la pièce, tenant à la main son sabre dégainé. La Révolution, elle a été faite par la cavalerie. Le comprenez-vous ? Le cheval, c’est un élément de la nature…Le combat à cheval est un élan révolutionnaire…Voyez-vous, moi, je n’ai qu’un sabre, je me rue sur les fantassins, je vole sur une mitrailleuse…L’ennemi peut-il résister à ma vue ? Non, impossible…Et dans la panique, il se sauve, et moi je l’abats, j’ai des ailes…Savez-vous ce que c’est qu’un combat de cavalerie ? C’est la lave qui affronte la lave, sans un coup de fusil…Un tumulte…On est enivré…Un choc…Et le travail commence…Une minute, disons deux, tout au plus…Le cœur ne peut supporter cette horreur…L’ennemi a les cheveux dressés sur la tête…Et là, il tourne bride…Et alors, il ne reste plus qu’à frapper…Il n’y a pas de prisonniers !… »
Ses yeux étincelaient comme l’acier de son sabre qui fouettait l’air. Olga Viatcheslavovna le regardait, ses coudes pointus sur les genoux, le menton entre ses poings serrés ; elle en avait froid dans le dos. Il lui semblait que si la pointe sifflante lui pénétrait le cœur, elle eût crié de joie, tellement elle aimait cet homme…
Pourquoi l’épargnait-il ? Etait-ce possible qu’il n’eût que de la pitié ? Comme d’une orpheline, d’un chien ramassé dans la rue ? Parfois, elle surprenait son regard de côté, rapide, embarrassé, où il y avait autre chose qu’un sentiment fraternel…La fièvre lui montait aux joues, elle ne savait pas où cacher son visage ; son cœur battait la chamade et tombait dans un abîme vertigineux…Mais non : il sortait de sa poche un journal de Moscou, s’installait devant le feu et se mettait à lire à haute voix un feuilleton – le « Rez de chaussée » – ou l’on éreintait avec les pires mots la bourgeoisie internationale.
« Nous les aurons, pas avec des balles, mais avec des paroles… Ah ! comme ils écrivent bien. Ah ! les salauds ! » criait-il, en tapant des pieds de satisfaction.
L’hiver était venu. La santé d’Olga Viatcheslavovna s’améliorait. Un jour, Emilianov vint chez elle, de bonne heure, avant l’aube, lui dit de se vêtir et l’emmena là où il enseignait les premiers rudiments d’équitation. Au lever du jour, une neige douce tombait. Olga Viatcheslavovna galopait sur un tapis blanc et les fers du cheval y laissaient des traces de sable. Emilianov criait :
« Tu te tiens comme un chien sur une haie ! Ramasse-toi sur tes pieds, ne t’affale pas ! »
Elle avait envie de rire, le vent sifflait joyeusement dans ses oreilles et son cœur s’enivrait. Les flocons de neige fondaient sur ses cils.








Noubliez pas de mettre la suite… Merci
Claude