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Marseillais et Génie *
Un marseillais fait un jogging sur la plage du Prado (juste en face de David).
Il trouve sur le sable une vieille bouteille déposée là par les vagues.
Il arrive à extraire le bouchon, et MAGIE!!! un génie en sort !!
« Oh putain con », dit le génie qui devait avoir une origine marseillaise aussi « Ça fait des siècles que je suis plié en boule dans cette bouteille, et j’en ai le dos tout escarpé. Tu m’as délivré, con, je t’exauce un vœu! » »
Un vœu. Bé, voilà. je vis à Marseille et ma fiancée, elle fait un stage de 6 mois à Nouille York. Je voudrais que tu me fasses une autoroute Marseille-N.Y. pour que j’y aille avec ma Simca 1000″
« Putain con, une autoroute Marseille–N.Y.,tu imagines le boulot, dis. C’est du génie CIVIL ça! Des tonnes de béton, des câbles pour les haubans, des piliers gigantesques, des propriétés anti-tremblements pour les contraintes marines et océaniques et tout le reste. Oh con, je suis pas Bouygues moi …Écoutes, je suis génie et je te dois un vœu, je le sais, mais s.t.p. fais en un autre.. »
« Ben, con, j’ai un autre problème avec ma fiancée. Souvent, j’ai des disputes avec, et je n’arrive pas à comprendre ce qu’elle veut. Tu peux m’expliquer ce qui se passe dans la tête d’une femme, toi ? »
Le génie regarde le marseillais…se gratte la tête… et lui répond:
« Ton autoroute, tu la veux à 2 ou à 3 voies? »
L’esprit souterrain Fédor Dostoïevski (Chapitres VII, VIII, IX et X)
VII
Mais tout ça, c’est un rêve d’or !…
Qui donc a le premier prétendu que l’homme ne commet des actions mauvaises que parce qu’il ignore ses véritables intérêts, et que si on les lui enseignait, il cesserait aussitôt d’être la chose honteuse et vile qu’il est : car, comprenant ses véritables intérêts, il les trouverait dans la vertu ? Et l’on sait que personne n’agit délibérément contre ses véritables intérêts : il ferait donc par nécessité des exploits de saint ou de héros. ― Quel enfant, l’auteur de cet apophtegme ! Quel enfant naïf et bien intentionné ! Quand donc, depuis qu’il y a un monde, l’homme a-t-il agi exclusivement par intérêt ? Que fait-on donc de ces innombrables documents qui témoignent que les hommes font exprès sans se leurrer sur leurs véritables intérêts, sans y être poussés par rien, pour se détourner exprès, dis-je, de la voie droite, en cherchant à tâtons le mauvais chemin, des actions absurdes et mauvaises ? C’est que ce libertinage leur convient mieux que toute considération d’intérêt réel… L’intérêt ! mais qu’est-ce donc que l’intérêt ? Qui me le définira avec exactitude ? Que direz-vous si je vous prouve que parfois l’intérêt réel consiste en un certain mal, un mal nuisible, un mal assuré, qu’on préfère à un bien ? Et alors, la règle disparaît. Mais vous pensez qu’il n’y a pas de cas semblables. Et vous riez. Riez, mais répondez. A-t-on bien calculé tous les intérêts humains ? N’y en a-t-il pas un qui échappe à toutes vos classifications ? Vous établissez vos listes d’intérêts sur des moyennes fournies par les statistiques et les résultats de l’économie politique : ce sont le bonheur, la richesse, la liberté, le repos, etc., etc.… De sorte qu’un homme qui ne voudrait pas tenir compte de vos listes serait un obscurantiste, un arriéré, un fou, n’est-ce pas ? Pourquoi, cependant, vos statisticiens en énumérant les intérêts en ont-ils toujours oublié un ? Par malheur, celui-là précisément est insaisissable ; il est réfractaire à toutes vos belles ordonnances. Par exemple, j’ai un ami… (d’ailleurs c’est l’ami de tout le monde). S’il a un projet qui lui tienne à cœur, il l’expose très-sagement et selon toutes les lois de la saine logique ; il vous parlera avec passion des intérêts de l’humanité, rira de ces sots, de ces myopes qui ne comprennent pas la vraie signification de la vertu, et, juste un quart d’heure après, sans aucun prétexte visible, mais poussé par une force intime qui prime tous les intérêts, fait juste ce que condamnent toutes ses théories. ― Il y a donc quelque chose, en cet homme, de plus puissant et de plus précieux que tous les intérêts, quelque chose qui est le plus intéressant des intérêts et dont justement on ne tient pas compte. *
― Mais ce n’est pas moins par intérêt qu’il agit, me direz-vous.
Permettez, ne jouons pas sur les mots : le principal ici, c’est que cet intérêt spécial renverse vos systèmes, met vos listes sans dessus dessous, ne peut se loger sous aucune rubrique et vous désoriente.
Avant de vous donner le nom de cet intérêt, je veux vous déclarer insolemment, au risque de me compromettre, que ces beaux systèmes qui tendent à prouver à l’homme qu’il doit être vertueux par intérêt ne sont que vaines subtilités de dialectique. Ce système de la régénération de l’humanité par l’intelligence de ses intérêts vaut la théorie qui prétend que la civilisation rend l’homme moins sanguinaire. L’homme a un tel goût pour les conclusions a priori qu’il dénature volontiers les faits pour l’harmonie de son système… Mais regardez donc autour de vous : le sang coule à flots, et joyeusement ! il pétille comme du champagne ! Voilà notre dix-neuvième siècle, voilà Napoléon, ― le grand et l’autre, ― voilà les États-Unis, et leur éternelle union : où donc est cet adoucissement des mœurs par la civilisation ? Elle développe en l’homme la faculté de sentir, lui ajoute de nouvelles sensations : voilà toute son œuvre ; elle a particulièrement donné à l’homme la faculté de jouir à la vue du sang. Avez-vous remarqué que les plus grands verseurs de sang sont les plus civilisés des hommes ? Attila et Stegnka Razine [4] ne leur sont pas comparables. Ceux-ci semblent plus violents, plus éclatants, mais c’est que nos modernes Attilas sont si nombreux, si normaux, qu’on ne les distingue plus. Il est incontestable que nous sommes devenus plus bassement sanguinaires grâce aux bienfaits de la civilisation. Jadis on versait le sang pour un motif, ― et pour un motif qu’on croyait juste, ― on pouvait tuer avec tranquillité : aujourd’hui nous sommes convaincus que le meurtre est vil, et nous le commettons pourtant à la légère : qui préférez-vous ? Attila ou Napoléon ?
― Mais la science nous transformera, nous guidera à la vraie et idéale nature humaine. Volontairement alors l’homme pratiquera la vertu et sera par conséquent rendu au sentiment de ses vrais intérêts. La science nous enseignera que l’homme n’a et n’a jamais eu ni désir ni caprice ; il n’est qu’une touche de piano sous les doigts de la nature. Il n’y a donc qu’à bien connaître les lois naturelles : toutes les actions humaines seront alors calculées d’après une certaine table de logarithmes morale au 0,108.000, et inscrite dans un calendrier. Mieux encore : on en fera des éditions commodes, comme les lexiques d’aujourd’hui, où tout sera calculé et défini de telle sorte que le hasard et la liberté seront supprimés.
Ainsi ― c’est toujours vous qui parlez ― s’établiront des relations économiques nouvelles, et toutes les réponses seront faites d’avance à toutes les questions : alors sera fondé le Temple du Bonheur, alors… en un mot, c’est alors que sera venu l’âge d’or.
Certes, on ne peut garantir que cet état de choses permettra d’être bien gai, ― c’est moi qui vous demande la parole, s’il vous plaît, ― puisqu’il n’y aura plus d’imprévu. Mais quelle sagesse ! Par malheur, l’homme est sot ; quoi qu’on fasse pour lui, il est ingrat, ingrat à un tel point que… qu’on ne peut imaginer une ingratitude pire que la sienne. Je ne serais donc pas étonné que, parmi toute cette sagesse, se levât quelque gentleman arriéré qui se camperait, les poings sur les hanches, pour vous dire : « Si nous envoyions au diable toute cette sagesse et si nous nous remettions à vivre selon notre fantaisie ? » Et cela n’est rien encore, mais je suis sûr que ce sot gentleman aura des partisans. L’homme est ainsi fait ! Il veut être libre, il veut pouvoir agir contre son intérêt, il prétend que parfois c’est un devoir. (Cette idée m’est personnelle…) Mon propre vouloir, mon caprice, ma fantaisie la plus folle, voilà le plus intéressant des intérêts, cet intérêt particulier dont je vous parlais, qui refuse d’entrer dans vos classifications et les fait éclater. Où prenez-vous que l’homme aime la sagesse et s’en tienne à ne rechercher que ce qui lui est utile ? Ce qu’il faut à l’homme, c’est l’indépendance, à n’importe quel prix.*
VIII
― Ah ! ah ! ah ! ah ! Mais il n’y a pas d’indépendance ! me répondez-vous en riant. La science a disséqué l’homme, et vous savez par elle que la volonté, la liberté ne sont autre chose que…
― Un instant ! c’est précisément ce que je voulais dire, quand vous m’avez interrompu. Oui, c’est vrai, mais voilà le hic… Excusez-moi, j’ai un peu trop philosophé. J’ai quarante ans de souterrain… Voyez-vous, le raisonnement est bon, c’est certain. Mais il ne satisfait que l’intelligence : la volonté est cette particulière manifestation de toutes les facultés vitales. Que vaut l’intelligence ? Elle n’est qu’une collection de maximes apprises. La nature humaine veut agir par toutes ses forces, consciemment ou inconsciemment, artificiellement même, mais vitalement toujours. Je vous répète pour la centième fois qu’il y a un cas unique, mais certain ― où l’homme veut se réserver le droit d’accomplir la plus sotte action et n’être pas obligé de ne faire que des choses bonnes et raisonnables. Car, à tout dire, c’est notre propre individualité qui est intéressée ici.*
IX
Messieurs, ― je plaisante, et très-maladroitement, mais tout n’est pas plaisant dans ma plaisanterie. Je serre les dents peut-être… Messieurs ! plusieurs mystères m’inquiètent : expliquez-les-moi ! Vous voulez transformer l’homme, selon les exigences de la science et du bon sens. Mais comment savez-vous qu’on puisse transformer l’homme, et qu’on le doive ? Comment savez-vous que cette transformation soit utile à l’homme ? C’est une supposition gratuite. C’est logique, mais ce n’est pas humain. ― Vous pensez que je suis fou ?…
L’homme aime à construire, c’est certain : mais pourquoi aime-t-il aussi à détruire ? Ne serait-ce pas qu’il a une horreur instinctive d’atteindre le but, d’achever ses constructions ? Peut-être n’arrive-t-il à construire que de loin, en projet ; peut-être aussi se plaît-il à faire des maisons pour ne pas les habiter, les abandonnant ensuite aux fourmis et aux bêtes familières. Les fourmis ont d’autres goûts que les hommes. Elles bâtissent pour l’éternité leurs fourmilières, c’est le but de toute leur existence et leur unique idéal, ce qui fait grand honneur à leur constance comme à leur esprit positif. L’homme, au contraire, esprit léger, est un perpétuel joueur d’échecs : il aime les moyens plus que le but, et, qui sait ? n’est-ce pas le but, les moyens ? La vie humaine ne consiste-t-elle pas plutôt en un certain mouvement vers un certain but ; qu’est ce but lui-même ? et ce but, il va sans dire, ne peut être qu’une formule, 2 fois 2 font 4, et ce 2 fois 2 font 4 n’est déjà plus la vie, messieurs, c’est le commencement de la mort. Supposons que l’homme consacre toute sa vie à chercher cette formule ; il traverse des océans, il s’expose à tous les dangers, il sacrifie sa vie à cette recherche : mais y parvenir, y réellement parvenir, je vous assure qu’il en a horreur. Il sent bien que quand il aura trouvé, il n’aura plus rien à chercher. Les ouvriers, quand ils ont achevé leur travail, reçoivent leur argent, s’en vont au cabaret et de là au violon : voilà de l’occupation pour toute la semaine. Mais l’homme, où ira-t-il ? Atteindre à la formule, quelle dérision ! En un mot, l’homme est une risible machine ; il transpire le calembour. Je conviens que 2 fois 2 font 4 est une bien jolie chose ; mais, au fond, 2 fois 2 font 5 n’est pas mal non plus…*
X
Mais…
Nous autres, habitants du souterrain, il faut nous tenir en bride. Nous pouvons garder un silence de quarante ans. Mais, si nous ouvrons la bouche, nous parlons, parlons, parlons…*
(à suivre…)








