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5 mai 2011

L’esprit souterrain Fédor Dostoïevski (Chapitres XI, XII, XIII, XIV)

Publié par ditchlakwak dans "L'esprit souterrain"

XI

Il n’y a rien de mieux au monde qu’une inertie consciente. Vive donc le souterrain !

Ah ! pourquoi en suis-je jamais sorti ? Pourquoi n’y suis-je pas né ? ― Car j’ai voulu essayer de vivre, je vous l’ai dit : j’ai essayé d’être goujat. ― Peut-être même ai-je aussi essayé d’être héros. Rien, il n’y a rien dans le monde pour moi. Mon passé est une perpétuelle et ironique négation. Hélas ! j’ai rêvé, je n’ai pas vécu ! et pourtant je vais bientôt mourir. De cela je ne me plains pas trop. Pourtant, messieurs, avouez vous-mêmes que ce n’est pas juste !

J’ai rêvé la vie au loin, sur les bords de la mère Volga, avec la si belle, la si étrange fille, dont je n’ai pas eu la force de m’emparer quand elle m’était offerte, elle ma vraie vie, ma seule vie, et depuis ce jour-là je suis mort avant la mort, tué par une apparition farouche, une ombre de vieux satyre qui n’a peut-être jamais existé, et je disserte…

Je vous jure, messieurs, que je ne crois pas un traître mot de tout ce que je viens d’écrire, ― c’est-à-dire, peut-être bien au contraire j’y crois très-vivement, ― et pourtant quelque chose me dit que je mens comme un cordonnier.

― Pourquoi donc avez-vous écrit tout cela ?

― Je voudrais bien, messieurs, vous voir condamnés à quarante ans de néant, et je voudrais bien ensuite savoir ce que vous seriez devenus !

― Imaginez un peu cela, je vous prie : vous n’avez pas eu d’existence réelle, et dans un caveau où ne pénètre qu’une lumière de crépuscule finissant, une aube d’agonie, vous vous demandez ce que c’est que la vie, et ce que c’est que le jour. Je vous ai donné quarante ans pour vous faire une opinion sur ces graves sujets, et aujourd’hui, premier jour de la quarante et unième année, je vous interroge : « Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que… ? » Mais vous ne me laissez pas finir. Vous avez tant pensé, tant réfléchi, que vous éclatez en paroles, un peu incohérentes, mais non pas tout à fait dénuées d’un certain sens, ― qui, je l’avoue, n’est peut-être pas le sens commun. *

XII

Quand, de la nuit de sa perte,

Par un mot d’ardente persuasion,

J’ai sauvé ton âme égarée

Et qui débordait de douleur,

Tu as maudit en te tordant les mains

Le vice qui t’avait investie,

Et la conscience, qui allait te fuir,

Te châtia par le souvenir,

Et tu commençais à me conter

Tout ce qui t’était arrivé avant moi

Quand soudain, cachant ton visage dans tes mains,

Pleine de honte et de terreur,

Tu fondis en larmes,

Révoltée, désespérée…

(D’un poëme de Nekrassov.)

La neige tombe, aujourd’hui, presque fondue ; jaune, sale. Voilà bien des jours qu’il neige. ― Et il me semble que c’est la neige fondue qui me remet en mémoire une histoire de ma jeunesse. Contons donc cette histoire à propos de la neige fondante.

J’avais trente ans. Ma vie était déjà triste, désordonnée, solitaire jusqu’à la sauvagerie. Je n’avais pas d’amis, j’évitais toute relation, et je me blottissais de plus en plus dans mon coin. À mon bureau, je ne regardais personne ; mes collègues me traitaient comme un original, et même avaient pour moi une certaine répulsion. Je me suis demandé bien souvent pourquoi j’étais seul l’objet de cette répulsion… Ainsi l’un d’eux avait un visage dégoûtant, couturé de petite vérole, et dans la physionomie quelque chose de répugnant, ― un visage à n’oser le regarder. Un autre était sale, puant. Pourtant ni l’un ni l’autre ne paraissaient supposer qu’on pût avoir du dégoût pour eux ; ni l’un ni l’autre ne semblaient avoir d’autre préoccupation que celle-ci : être considérés par leurs chefs. Et maintenant je vois bien que c’est mon maladif et exigeant amour-propre qui m’inspirait à moi-même du dégoût pour moi-même et qui me faisait supposer dans les yeux d’autrui ce dégoût que je portais en moi. Car je me détestais. Mon visage me semblait infâme, j’en trouvais l’expression vile ; à mon bureau je m’éloignais le plus possible des autres fonctionnaires pour leur laisser croire que je pouvais avoir une physionomie noble. « Que je sois laid, qu’importe ? pensais-je, mais que du moins ma laideur soit noble et extrêmement intelligente. » Mais le plus terrible, c’est que mon visage me semblait celui d’un sot. J’aurais préféré qu’il fût ignoble, si à ce prix j’avais pu obtenir qu’il exprimât une extraordinaire intelligence.

Naturellement, je haïssais tous mes collègues, du premier au dernier ; j’avais à la fois peur et mépris. Il m’est arrivé, quand la peur prenait le dessus, de les considérer comme bien supérieurs à moi ; c’était une impression soudaine ; et soudaine était la revanche…

Mon développement intellectuel était morbide, comme est celui de tout homme cultivé de notre temps. Eux, au contraire, stupides, étaient pareils entre eux comme les moutons d’un troupeau. J’étais peut-être seul dans mon bureau à trouver ma condition celle d’un lâche esclave, et c’est pourquoi je pouvais me croire seul développé, et c’était réel, j’étais un lâche et un esclave, je le dis sans détours, car tout homme digne du nom d’homme moderne est et doit être un esclave : c’est son état normal. J’en suis convaincu, c’est une chose fatale. Et que disais-je « moderne » ? Toujours, dans tous les temps, un homme digne de ce nom a dû être un lâche et un esclave. C’est la loi de la nature pour tout honnête homme. Et si cet honnête homme commet, comme malgré lui, quelque action d’éclat, qu’il ne s’en réjouisse pas, qu’il n’y puise pas de consolations pour les mauvaises heures, car cette mémorable action ne l’empêchera pas de faire banqueroute à l’honneur dans quelque autre circonstance : telle est l’unique conclusion. La suffisance et le contentement de soi sont le propre des ânes.

Ce qui me faisait le plus souffrir, c’est que j’étais différent de tous : « Je suis seul, et eux ils sont le monde », pensais-je, et je méditais là-dessus à perte de vue. ― J’ai essayé de me lier avec certains de mes collègues, jouant aux cartes, buvant de la vodka, et discutant sur les chances d’avancement.

Mais ici permettez-moi une petite digression.

Nous autres, Russes, nous n’avons jamais eu de ces romantiques éthérés comme les Allemands et surtout les Français qui ne peuvent plus descendre du ciel, la France s’abîmât-elle sous les barricades et les tremblements de terre.

― Je parle des romantiques : c’est que je me faisais parfois le reproche de romantisme… ― Eh bien ! dis-je, les Français sont des sots, ― et nous n’en avons pas de tels sur notre terre russe. Chacun sait cette vérité : c’est par là surtout que nous nous distinguons des pays étrangers. Nous sommes très-peu éthérés, nous ne sommes pas de purs esprits. Notre romantisme, à nous, est tout à fait opposé à celui de l’Europe : et le sien et le nôtre ne peuvent avoir de communes mesures. (Je dis romantisme ; permettez-le-moi. C’est un petit mot qui a fait humblement son service, il est vieux, et tout le monde le connaît.) Notre romantisme à nous comprend tout, voit tout, et voit souvent avec une clarté incomparablement plus vive que celle des esprits les plus positifs… Ne faire de compromis avec rien ni personne, ni rien dédaigner ; ne jamais perdre de vue l’utile et le pratique (comme, par exemple, le logement aux frais de l’État, la pension et la décoration) ; ne voir que ce but à travers tous les enthousiasmes et tous les lyrismes, tout en conservant par devers soi intact ― comme soi-même ! ― l’idéal du beau et du grand, précieux bijou de joaillier : voilà les lois de notre romantisme… C’est un grand coquin, je vous assure, le premier des coquins, vous pouvez m’en croire. Mais c’est un coquin honnête homme : puisqu’il passe pour tel ! ― Eh bien, je n’ai jamais pu me hausser jusqu’à cet idéal de la pure, vertueuse et honnête coquinerie. Je n’ai jamais pu réussir à me faire loger par l’État, je n’ai jamais pu sauvegarder en moi l’idéal du beau et du grand, je dis de ce beau et de ce grand acceptés et patentés, qui ont cours et ne sont jamais protestés. C’est un grand bonheur que je ne me sois pas jeté dans la littérature. Quelle piètre figure j’y eusse faite ! Pourtant on aurait pu me décréter d’utilité publique, car n’aurais-je pas contribué à l’égayement de mes contemporains… Mais non, mes contemporains sont des gens graves, de décents et corrects gentlemen qui ne veulent ni rire ni pleurer, ― et il est à croire qu’ils ont raison. *

XIII

Ah çà ! trêve de spéculations ! Ne voulais-je pas conter une histoire ? ― Ah ! oui, une réjouissante histoire ! Écoutez donc.

J’avais un ami, un certain Simonov, un ancien camarade d’école, un garçon calme, froid. Pourtant j’avais aimé en lui de l’indépendance et de l’honnêteté. Je crois même qu’il n’était pas tout à fait sot. Nous avions jadis passé ensemble de bons moments, mais ils furent courts, et un voile de brume tomba vite sur ces beaux matins. Je soupçonnais que je devais lui être très-désagréable, pourtant je le visitais.

Un jeudi soir, ne pouvant plus supporter mon isolement, je me souvins de Simonov. En montant à son quatrième étage, je songeai que je lui étais pénible et que j’avais tort de l’aller voir. Mais cette réflexion était précisément de celles qui m’encourageaient dans mes mauvaises pensées ; j’entrai chez lui. Il y avait près d’un an que nous ne nous étions vus.

Je trouvai chez lui deux autres anciens camarades d’école. Ils discutaient visiblement quelque importante affaire. Mon arrivée n’intéressa personne, chose étrange, car je ne les avais pas vus depuis des années. Je fis l’effet insignifiant d’une mouche dans une chambre. Même à l’école, quoique je n’y fusse aimé de personne, on ne me traitait pas ainsi. Ma position médiocre, mon vêtement plus médiocre excitaient sans doute leur mépris ; mais je ne l’aurais pas cru tel. Simonov parut même s’étonner de me voir. (D’ailleurs, il s’était toujours étonné de me voir.) Tout cela me mit mal à l’aise. Je m’assis, j’avais l’humeur chagrine, j’écoutai la discussion sans y prendre part.

On discutait passionnément à propos d’un dîner d’adieu que ces messieurs voulaient offrir en commun à leur ami l’officier Zvierkov qui partait pour une destination lointaine.

Môssieur Zvierkov était encore un de mes camarades d’école. Je l’avais pris en haine dans les dernières années de nos études communes. C’était un joli garçon, arrogant et dominateur, que tout le monde aimait. Je détestais le timbre de sa voix haute et prétentieuse ; je détestais ses bons mots, ― très-mauvais ! je détestais son joli visage, très-joli et encore plus bête. (J’aurais pourtant volontiers changé mon intelligent visage contre le sien.) Nous nous étions perdus de vue. Il avait fait son chemin, tandis que moi…

Des deux hôtes de Simonov l’un était Ferfitchkine, un Allemand-Russe, petit de taille, avec un visage de singe, un sot moqueur, mon pire ennemi dès nos premières classes, vil, insolent, vaniteux, ambitieux, lâche. C’était un des fervents adorateurs de Zvierkov, à qui il empruntait de l’argent et rendait des courbettes. ― L’autre, Troudolioubov, était un militaire, haut de taille, l’extérieur froid, assez honnête, mais qui avait le culte de tous les succès, et qui ne pouvait parler que de promotions. Il était parent de Zvierkov. Il en tirait du prestige. Pour moi, il me mettait au-dessous de rien, et n’avait avec moi ni politesse ni insolence, comme avec les choses.

― Eh bien, sept roubles par personne, dit Troudolioubov, cela fait vingt et un roubles. On peut faire à ce prix un bon dîner. Zvierkov, cela va sans dire, ne paye pas.

― Parbleu ! puisque nous l’invitons ! s’écria Simonov.

― Pensez-vous donc, dit Ferfitchkine avec l’insolence d’un valet qui croit porter les décorations de son général, qu’il nous permettra de payer pour lui ? il acceptera par délicatesse, mais il nous offrira certainement une demi-douzaine de bouteilles de champagne.

― Quoi ? une demi-douzaine pour quatre ? remarqua Troudolioubov que le chiffre seul avait étonné.

― Donc, tous quatre, vingt et un roubles, à l’hôtel de Paris, demain à cinq heures, conclut Simonov qui semblait être l’organisateur de la fête.

― Comment, vingt et un roubles ? dis-je avec agitation et comme si je me sentais offensé. Si vous me comptez, ce sera vingt-huit roubles.

Il me semblait que m’offrir ainsi à l’improviste était de ma part très-adroit et ne pouvait manquer de me conquérir l’estime universelle.

― Vous voulez donc…, remarqua Simonov avec mécontentement en évitant mon regard.

Il me connaissait par cœur, c’est pourquoi il évitait toujours mon regard.

J’étais furieux de cela, qu’il me connût par cœur…

― Et pourquoi pas ? Je suis aussi un camarade, et je pourrais m’offenser d’avoir été oublié, bredouillai-je.

― Où fallait-il aller vous chercher ? fit grossièrement Ferfitchkine.

― Vous n’étiez pas déjà si bons amis, Zvierkov et vous, ajouta Troudolioubov en fronçant les sourcils. Mais je me cramponnai à mon idée.

― Il me semble que personne n’a le droit de juger entre nous, dis-je avec une voix tremblante. C’est précisément parce que jadis nous nous entendions mal que je tiens à le revoir maintenant.

― Et qui comprendra vos idées transcendantales ? dit Troudolioubov en souriant. ― On vous inscrira, décida Simonov. Demain, cinq heures, hôtel à Paris, ne vous trompez pas.

― Et l’argent… allait commencer Ferfitchkine à voix basse en me désignant de coin de l’œil. Mais il s’interrompit, cette grossièreté avait déplu même à Simonov.

― Assez, dit Troudolioubov en se levant. Puisqu’il y tient, qu’il vienne.

― Mais ce n’est qu’un cercle d’amis, persistait Ferfitchkine en prenant aussi son chapeau. Ce n’est pas une réunion officielle…

Ils partirent. Ferfitchkine ne me salua pas. Troudolioubov ne m’accorda qu’un très-léger salut, sans me regarder. Simonov, avec qui je restai tête à tête, paraissait dépité et me regardait obliquement. Il restait debout et ne m’invitait pas à m’asseoir.

― Hum !… Oui… donc, demain. Donnez-vous l’argent tout de suite ? Je dis cela… pour savoir, balbutia-t-il avec embarras.

J’étais au moment d’éclater de colère. Mais aussitôt je me rappelai que depuis des temps incalculables je devais à Simonov quinze roubles. Je ne l’avais jamais oublié ; mais je ne rendais jamais non plus.

― Convenez vous-même, Simonov, que je ne pouvais savoir en entrant ici… Je regrette d’ailleurs d’avoir négligé…

― Bon, bon, vous payerez demain, pendant le dîner… C’était à titre de renseignement… Je vous en prie… Il n’acheva pas et se mit à marcher à travers la chambre avec une irritation croissante. Tout en marchant il frappait du talon.

― Non, dit-il… C’est-à-dire… oui. Il faut que je sorte. Je ne vais pas loin, ajouta-t-il, comme pour s’excuser.

― Et pourquoi ne le disiez-vous pas ? m’écriai-je en saisissant mon chapeau.

― Non, pas très-loin… Il n’y a que deux pas, répétait Simonov en m’accompagnant jusqu’à sa porte avec un air affairé qui ne lui allait pas du tout. Donc à demain à cinq heures ! me cria-t-il pendant que je descendais.

― Cela signifiait qu’il était très-content de me voir partir. Moi, j’étais furieux.

Que le diable les emporte ! pensai-je tout en marchant. Quel besoin avais-je de me mettre encore cette affaire sur les bras ? Quoi ? pour fêter cet imbécile de Zvierkov ? Parbleu ! je n’irai pas. Non ! je ne dois pas y aller. Dès demain j’écrirai à Simonov.*

XIV
Ce qui me rendait encore plus furieux, c’est que je savais que malgré tout j’irais, exprès. Plus il y avait d’inconséquence de ma part à m’imposer à ces « anciens amis », plus je m’entêtais à le faire.

Il y avait pourtant une difficulté : je n’avais pas d’argent. J’avais en tout neuf roubles, mais je devais le lendemain en donner sept à Apollon, mon domestique, qui, sur ces sept roubles, se nourrissait lui-même.

Ne pas lui donner ses gages, c’était impossible. Mais je dirai plus loin pourquoi, je reviendrai en détail à cette canaille, à cette plaie de ma vie.

Du reste, je savais bien que pourtant je ne les lui donnerais pas afin de pouvoir aller au dîner de Zvierkov.

J’eus, cette nuit-là, de terribles cauchemars.

Le lendemain matin, je sautai de mon lit, tout agité, comme si quelque chose d’extraordinaire allait se passer. J’étais sûr que ce jour-là marquerait dans ma vie un changement radical. (C’était d’ailleurs la pensée que m’inspirait le moindre événement.) Je revins de mon bureau deux heures plus tôt que d’ordinaire, pour m’habiller. Je me promis de ne pas arriver le premier, pour qu’on ne pensât pas que je fusse ravi de l’occasion et que j’eusse hâte d’en profiter. Je cirai mes bottes, car Apollon pour rien au monde n’aurait ciré mes bottes deux fois par jour. Je dus lui voler subrepticement les brosses, ayant horriblement peur qu’il me méprisât un peu plus s’il savait que, pourtant, je cirais moi-même mes bottes. Puis j’examinai mes habits : vieux et usés ! Mon uniforme était passable, mais va-t-on dîner en uniforme ? J’avais juste sur un genou une grande tache jaune. Je pressentis que cela seul m’enlèverait les neuf dixièmes de ma dignité. Eh ! cette vile pensée ! mais c’était ainsi. « Et c’est la réalité pourtant », pensais-je, et le courage me manquait. Je me représentais avec fureur comment ces gens-là allaient me toiser. Mieux certes eût valu rester chez moi. Mais c’est impossible. Je n’aurais cessé ensuite de me railler moi-même en me disant : Ah ! tu as eu peur de la réalité ! ― Il fallait leur prouver ma supériorité, leur imposer l’admiration, leur donner à choisir entre Zvierkov et moi, et triompher. Pourtant… pourquoi faire ? D’eux tous je n’eusse pas donné un demi-kopeck. Oh ! je priais Dieu que cette journée n’eût qu’une heure ! ― Je m’accoudai à la fenêtre et je me mis à considérer la neige qui tombait épaisse et fondante…

Enfin ma mauvaise horloge sonna cinq coups. Je pris mon chapeau, j’évitai Apollon qui attendait ses gages depuis le matin, mais par sottise ne voulait pas en parler le premier. Je me glissai dehors, et une voiture ― pour mes derniers kopecks ― m’amena comme un barine à l’hôtel de Paris. *

( à suivre…)

5 mai 2011

Crubile

Sandale à semelle de plomb en forme de crabe femelle, utilisée au cours des prises de vues sous-marines par les cameramen spécialisés dans l’étude des tourteaux pour National Geographic.

Ces techniciens de haut niveau sont maintenus au sol par la lourdeur de la chaussure. Mais son apparence crabique et le côté sexy du soulier attirent irrésistiblement les crabes mâles qui viennent se frotter à lui dans l’espoir de pouvoir pratiquer l’acte sexuel. Il ne reste plus qu’à filmer le comportement amoureux du crustacé.

« J’ai beau avoir l’habitude des crubiles, lorsque j’étais en mission et que je voyais des crabes en érection s’exciter sur mes godasses, je ne pouvais m’empêcher de penser à ma Georgette. »

 

Brice Crowford, secrétaire général du Syndicat des photographes sous-marins.

5 mai 2011

L’étrange

Publié par ditchlakwak dans Citations

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« J’avais envie de répondre…de hurler à travers la nuit chaude que l’étrange est la forme que prend le beau quand le beau est sans espérance, mais je restais bouche close, et j’attendais. »

5 mai 2011

Sous les jupes des filles…

Publié par ditchlakwak dans Humour

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5 mai 2011

Le souvenir

Publié par ditchlakwak dans Les coups de coeur de Lakwak

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La vierge, ange des cieux, qui dorait notre vie,

Dans un jour de malheur peut nous être ravie :

Mais ce qui ne fuit pas, mais l’éternel trésor

Que l’on garde en son cœur, dont on s’enivre encor,

Mais ce qui reste, alors que l’on perd une femme,

Loin d’elle, dans l’exil, ce qui console l’âme,

Ce qu’à nous enlever, on ne peut parvenir,

Ce qui survit à tout… Oh ! c’est le souvenir !

D’un passé qui n’est plus c’est le reflet fidèle,

Ce sont ces jours si doux qui s’écoulaient près d’elle,

C’est le naissant amour et les premiers aveux,

Les projets d’avenir, alors qu’on cause à deux,

Le bonheur d’écouter une molle romance,

De lui dire, les yeux humides : « Recommence ! »

Et près de son piano, haletant et sans voix,

De l’une à l’autre touche ouïr glisser ses doigts ;

Ce qu’en ses rêves d’or retrouve le poëte,

C’est un front chaste et pur rapproché de sa tête,

Alors que tous deux seuls, et la main dans la main,

On s’entretient d’amour et du prochain hymen ;

C’est un rien, un sourire, un geste, une parole…

Oh ! si jamais, jeune homme, une vierge créole,

Après t’avoir aimé de son premier amour,

Par caprice, ou dédain, ou défiance, un jour,

Craignant pour son bonheur, sans pitié te délaisse..

Oh ! le cœur défaillant, épuisé de tristesse,

En voyant tout à coup tes beaux songes périr,

Tu maudiras la vie et tu voudras mourir !

Et, ne retrouvant plus, dans ta douleur amère,

Pour consoler tes maux l’amour saint d’une mère,

A la terre jetant un éternel adieu,

Pour toujours, tu voudras te reposer en Dieu.

Mais comme un ange pur et que Dieu nous envoie,

Pour soutenir nos pas dans une sombre voie,

Aux heures d’agonie oh ! tu verras venir

Pensif, à ton chevet, s’asseoir le souvenir.

Et si l’orgue, à travers ta morne rêverie,

Te jette un air connu…muet, l’âme attendrie,

Dans ton cœur écoutant s’éveiller mille voix,

Harmonieux écho des songes d’autrefois,

Pleurant, tu t’écrîras, en relisant Valmore :

« Un amour malheureux est un bonheur encore ! »

(Paris, octobre 1838.)

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