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27 mai 2011

Demande en mariage.

Publié par ditchlakwak dans Journal de la comtesse Léon Tolstoï

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Je saisis la lettre et me précipitai dans la chambre que je partageais avec mes deux sœurs. Voici quelle en était la teneur :

« Sophie Andréevna, la situation devient pour moi insupportable. Voilà trois semaines que je me dis : aujourd’hui, je dirai tout et je sors de chez vous avec la même angoisse, le même regret, la même terreur, la même félicité dans l’âme. Chaque nuit, comme en ce moment, je me torture en me remémorant le passé et je me demande : pourquoi n’ai-je point parlé ? Mais comment aurais-je parlé et qu’aurais-je dit ? Je prends sur moi cette lettre afin de vous la remettre au cas où, de nouveau, le courage me manquerait de vous tout avouer. Votre famille croit à tort que je suis amoureux de votre sœur Lise. Ce n’est pas vrai. Votre nouvelle a pris racines dans ma tête car en la lisant, j’ai acquis la conviction que, moi, Doublitzki, je n’avais pas le droit de rêver d’un tel bonheur, j’ai compris que vos remarquables et poétiques exigences envers l’amour… que je n’envie et n’envierai pas celui que vous aimerez, mais devrai bien plutôt me réjouir en vous regardant tous deux comme des enfants. A Ivitzi, j’ai écrit : Votre jeunesse, et précisément la vôtre, me fait cruellement sentir ma vieillesse. Mais alors je mentais comme je mens aujourd’hui devant moi-même. A ce moment encore, j’aurais pu m’arracher à tout cela, retourner à mon travail solitaire et tirer plaisir de l’activité. Maintenant, je ne puis plus rien. Je sens que j’ai tout embrouillé dans votre famille et que ces relations simples, auxquelles j’attachais tant de prix, ces relations dans lesquelles vous étiez pour moi un ami et un honnête homme, je les ai perdues à jamais et par ma propre faute. Je ne peux pas m’en aller et je n’ose pas rester. Vous qui êtes un honnête homme, dites-moi, la main sur le cœur, sans vous hâter — au nom de Dieu, ne vous hâtez pas ! — dites-moi ce que je dois faire. Tu seras puni par ce dont tu t’es raillé. Je serais mort de rire si l’on m’avait dit, il y a un mois, qu’il était possible de souffrir comme je souffre et en même temps d’être heureux de cette souffrance. Dites-moi, en honnête homme, voulez-vous être ma femme ? Seulement, si vous le pouvez du fond du cœur, alors dites-moi : oui. Si vous ne le pouvez pas, si vous avez l’ombre d’un doute, alors mieux vaut me dire : non. Pour l’amour de Dieu, interrogez-vous bien ! Si vous dites non, ce sera terrible pour moi, mais je l’ai prévu et trouverai en moi-même la force de le supporter. Si, étant votre mari, je n’étais pas aimé autant que j’aime, moi, ce serait affreux ! » Je ne lus pas cette lettre jusqu’au vous, mais ne fis que la parcourir jusqu’aux mots : « Voulez-vous être ma femme ? » J’allais porter ma réponse à Léon Nikolaïévitch lorsque, sur le seuil de la porte, je croisai ma sœur Lise qui me demanda ce qui venait d’arriver. « Le comte m’a fait la proposition1. » lui répondis-je brièvement. Sur ces entrefaites, ma mère arriva et comprit tout sur-le-champ. D’un geste décidé, elle me prit par les épaules, m’entraîna vers la porte et me dit : — Va lui donner ta réponse. Avec une vitesse vertigineuse, comme si j’avais des ailes, je m’élançai dans la chambre de ma mère où Léon Nikolaïévitch, appuyé contre le mur dans un angle de la pièce, m’attendait. Je m’avançai vers lui. Il me prit les deux mains : — Eh bien ? me demanda-t-il. — Oui, naturellement, répondis-je. Quelques instants plus tard, toute la maison était au courant de l’événement et c’était à qui nous féliciterait.

Sophie Tolstoï

Journal de la comtesse Léon Tolstoï

27 mai 2011

Lady d’Arbanville

Publié par ditchlakwak dans "Musi-Kwak"

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27 mai 2011

Derniers jours de ma vie de jeune fille *

Publié par ditchlakwak dans Journal de la comtesse Léon Tolstoï

« Ma vie devint tout autre. Même entourage, mêmes personnes, moi aussi j’étais la même, mais en apparence seulement. Mon moi s’en était allé je ne sais où. Le même sentiment qui s’était emparé de moi à Iasnaïa Poliana et à Ivitzi continuait à me posséder. Mon moi s’était maintenant fondu en un tout immense, libre, tout-puissant, infini. Je vécus avec une extraordinaire intensité ces derniers jours de ma vie de jeune fille. Illuminés d’une lumière éclatante, ils furent pour moi une véritable éclosion spirituelle. Pendant deux autres périodes de ma vie, j’éprouvai cette même exaltation. Ces réveils périodiques de l’esprit réussirent mieux que tout autre chose à me convaincre que l’âme vit sa vie propre, qu’elle est immortelle et que la mort n’est que la libération de l’esprit qui quitte le corps. »

 

 

Sophie Tolstoï

Journal de la comtesse Léon Tolstoï

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