Les yeux fermés
Elle garde les yeux fermés pour l’empêcher de deviner les images qu’elle traine avec elle quand il n’est pas là, sa voix et tout comment elle se nourrit de lui, le soleil liquide qu’il lui coule aux épaules…

Elle garde les yeux fermés pour l’empêcher de deviner les images qu’elle traine avec elle quand il n’est pas là, sa voix et tout comment elle se nourrit de lui, le soleil liquide qu’il lui coule aux épaules…

C’est très beau d’aller vers un solitaire, cela donne des frissons comme d’approcher un animal sauvage et doux. Le malheur c’est que, si vous réussissez à attraper un solitaire, vous le perdez : il n’est plus seul.
(Christian Bobin)
Affronter un bavard est une épreuve, certes. Mais que faire de celui qui vous envahit pour vous imposer son mutisme?
Amélie Nothomb
En ces heures ou le paysage est une auréole de vie, et où rêver n’est que se rêver soi même, j’ai élevé, mon amour, dans le silence de mon intranquillité, ce livre étrange où s’ouvrent, tout au bout d’une allée d’arbres, les portes d’une maison abandonnée. J’ai cueilli pour l’écrire l’âme de toutes les fleurs et, des instants éphémères de tous les chants de tous les oiseaux, j’ai tissé un réseau d’éternité et de stagnation. Telle la tisseuse, je me suis assis à la fenêtre de ma vie et oubliant que j’habitais la et que j’existais, j’ai tissé des linceuls pour un tiède ensevelissement, dans de chastes toiles de lin destinées aux autels de mon silence. Et je t’offre ce livre, car je le sais beau autant qu’inutile. Il n’enseigne rien, ne fait croire à rien, ne fait rien sentir. Simple ruisseau coulant vers un abîme cendreux que le vent disperse, et qui n’est ni fertile ni nuisible.
Le Livre de l’intranquillité (Fernando Pessoa)