Pêle-mêle

27 juin 2011

Faire bander les chinois

Publié par ditchlakwak dans Les "pestis" Kwak
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27 juin 2011

« Krotkaïa » (Douce) F.Dostoïevski, récit fantastique(VII)

Publié par ditchlakwak dans Envie de partager

VII

Loukérïa vient de me déclarer qu’elle ne reste plus à mon service et qu’elle me quittera aussitôt après l’enterrement de sa maîtresse. J’ai voulu prier une heure, j’ai dû y renoncer au bout de cinq minutes : c’est que je pense à autre chose, je suis en proie à des idées maladives ; j’ai la tête malade. Alors, pourquoi prier ? ce serait péché ! Il est étrange aussi que je ne puisse pas dormir ; au milieu des plus grands chagrins, après les premières grandes secousses, on peut toujours dormir. Les condamnés à mort dorment, dit-on, très profondément, pendant leur dernière nuit. C’est nécessaire, d’ailleurs, c’est naturel ; sans cela les forces leur feraient défaut… Je me suis couché sur ce divan, mais je n’ai pu dormir.

Pendant les six semaines qu’a duré sa maladie, nous l’avons soignée, Loukérïa, une garde expérimentée de l’hôpital, dont je n’ai eu qu’à me louer, et moi. Je n’ai pas ménagé l’argent, je voulais même beaucoup dépenser pour elle ; j’ai payé à Schreder, le docteur que j’ai appelé, dix roubles par visite. Quand elle reprit connaissance, je commençai à moins me faire voir d’elle. Mais, du reste, pourquoi entré-je dans ces détails ? Quand elle fut tout à fait sur pied, elle s’installa paisiblement à l’écart, dans la chambre, à une table que je lui avais achetée….. Oui, c’est vrai, tous les deux nous gardions un silence absolu… Cependant nous nous mîmes à dire quelques mots, à propos, de choses insignifiantes. Moi, certes, j’avais soin de ne pas m’étendre, et je voyais que de son côté elle ne demandait qu’à ne dire que le strict nécessaire. Cela me semblait très naturel. « Elle est trop troublée, trop abattue, pensais-je, et il faut lui laisser le temps d’oublier, de se faire à sa situation. » De la sorte, nous nous taisions, mais à chaque instant je préparais mon attitude à venir. Je croyais qu’elle en faisait autant et c’était terriblement intéressant pour moi de deviner : à quoi pense-t-elle au moment présent ?

Je dois le répéter : personne ne sait ce que j’ai souffert et pleuré pendant sa maladie. Mais j’ai pleuré pour moi seul et, ces sanglots, je les ai cachés dans mon cœur, même devant Loukérïa. Je ne pouvais m’imaginer, je ne pouvais supposer qu’elle dût mourir sans avoir rien appris. Et quand le danger eut disparu, quand elle eut recouvré la santé, je me rappelle que je me suis tout à fait et très vite tranquillisé. Bien plus je résolus alors de remettre l’organisation de notre avenir à l’époque la plus éloignée possible et de laisser provisoirement tout en l’état. Oui, il m’arriva quelque chose d’étrange, de particulier (je ne puis le définir autrement) : j’avais vaincu, et la seule conscience de ce fait me suffisait parfaitement. C’est ainsi que se passa tout l’hiver. Oh ! pendant tout cet hiver, j’étais satisfait comme je ne l’avais jamais été !

Voyez-vous, une terrible circonstance a influé sur ma vie, jusqu’au moment de mon horrible aventure avec ma femme : ce qui m’oppressait chaque jour, chaque heure, c’était la perte de ma réputation, ma sortie du régiment. C’était la tyrannique injustice qui m’avait atteint. Il est vrai que mes camarades ne m’aimaient pas à cause de mon caractère taciturne et peut-être ridicule ; il arrive toujours que tout ce qui est en nous de noblesse, de secrète élévation, est trouvé ridicule par la foule des camarades. Personne ne m’a jamais aimé, même à l’école. Partout et toujours on m’a détesté. Loukérïa aussi ne pouvait me sentir. Au régiment, toutefois, un hasard avait été la seule cause de l’aversion que j’inspirais ; cette aversion avait tous les caractères d’une chose de hasard. Je le dis pour montrer que rien n’est plus offensant ; de moins supportable que d’être perdu par un hasard, par un fait qui aurait pu ne pas se produire, par le résultat d’un malheureux concours de circonstances qui auraient pu passer comme les nuages ; pour un être intelligent, c’est dégradant. Voilà ce qui m’était arrivé :

Au théâtre, pendant un entr’acte, j’étais sorti de ma place pour aller au buffet. Un certain officier de hussards, nommé A…ff, entra tout à coup et à haute voix, devant tous les officiers présents, se mit à raconter que le capitaine Bezoumtseff, de mon régiment, avait fait du scandale dans le corridor, et « qu’il paraissait être, saoul ». Là conversation ne continua pas sur ce sujet, malheureusement, car il n’était pas vrai que le capitaine Bezoumtseff fût ivre ; et le prétendu scandale n’en était pas un. Les officiers parlèrent d’autre chose et tout en resta là, mais, le lendemain, l’histoire courut le régiment et on dit que je m’étais trouvé seul de mon régiment au buffet quand A…ff avait parlé inconsidérément du capitaine Bezoumtseff, et que j’avais négligé d’arrêter A…ff par une observation. À quel propos l’aurais-je fait ? S’il y avait quelque chose de personnel entre Bezoumtseff et lui, c’était affaire à eux deux et je n’avais pas à m’en mêler. Cependant les officiers opinèrent que cette affaire n’était pas privée, qu’elle intéressait l’honneur du corps, et que, comme j’étais seul du régiment à ce buffet, j’avais montré aux officiers des autres régiments et au public alors présent qu’il pouvait y avoir dans notre régiment certains officiers peu chatouilleux à l’endroit de leur honneur et de celui du corps. Moi, je ne pouvais pas admettre cette interprétation. On me fit savoir qu’il m’était encore possible de tout réparer, si je consentais, quoi qu’il fût bien tard, à demander à A… ff des explications formelles. Je refusai et, comme j’étais très monté, je refusai avec hauteur. Je donnai aussitôt ma démission et voilà toute l’histoire. Je me retirai, fièrement, et cependant au fond j’étais très abattu. Je perdis toute force de volonté, toute intelligence. Justement à cette époque mon beau-frère perdit à Moscou tout son avoir et le mien avec. C’était peu de chose, mais cette perte me jeta sans un kopeck sur le pavé. J’aurais pu prendre un emploi civil, mais je ne le voulus pas. Après avoir porté un uniforme étincelant, je ne pouvais pas me montrer quelque part comme employé de chemin de fer. Alors honte pour honte, opprobre pour opprobre, je préférai tomber tout à fait bas ; le plus bas me sembla le meilleur, et je choisis le plus bas. Et puis trois ans de souvenirs sombres et même la maison de refuge. Il y a dix-huit mois mourut à Moscou une riche vieille, qui était ma marraine, et qui me coucha, entre autres, dans son testament, sans que je m’y attendisse, pour la somme de trois mille roubles. Je fis mes réflexions et sur l’heure mon avenir fut décidé. J’optai pour la caisse de prêts sur gages, sans faire amende honorable à l’humanité : de l’argent à gagner, puis un coin à acheter, puis — une nouvelle vie loin du passé, voilà quel était mon plan. Cependant ce passé sombre, ma réputation, mon honneur perdus pour toujours, m’ont écrasé à toute heure, à tout instant. Sur ces entrefaites je me mariai. Fut-ce par hasard ou non, je ne sais. En l’amenant dans ma maison, je croyais y amener un ami : j’avais bien besoin d’un ami. Je pensais toutefois qu’il fallait former peu à peu cet ami, le parachever, l’enlever de haute lutte même. Et comment aurais-je pu rien expliquer à cette jeune femme de seize ans, prévenue contre moi ? Comment aurais-je pu, par exemple, sans la fortuite aventure du revolver, lui prouver que je ne suis pas un lâche et lui démontrer l’injustice de l’accusation de lâcheté du régiment ? L’aventure du revolver est venue à propos. En restant impassible sous la menace du revolver, j’ai vengé tout le noir passé. Et quoique personne ne l’ait su, elle, elle l’a su, et c’en était assez pour moi, car elle était tout pour moi, toute mon espérance dans le rêve de mon avenir ! C’était le seul être que j’eusse formé pour moi et je n’avais rien à faire d’un autre côté, — et voilà que si elle avait tout appris, au moins il lui était prouvé aussi que c’était injustement qu’elle s’était ralliée à mes ennemis. Cette pensée me transportait. Je ne pouvais plus être un lâche, à ses yeux, mais seulement un homme étrange, et cette opinion chez elle, alors même, après tout ce qui s’était passé, ne me déplaisait point : étrangeté n’est pas vice, quelquefois, au contraire, elle séduit les caractères féminins. En un mot je remettais le dénouement à plus tard. Ce qui était arrivé suffisait pour assurer ma tranquillité et contenait assez de visions et de matériaux pour mes rêves. Voilà où se révèlent tous les inconvénients de ma faculté de rêve : pour moi les matériaux étaient en suffisante quantité, et pour elle, pensais-je, elle attendra.

Ainsi se passa tout l’hiver dans l’attente de quelque chose. J’aimais à la regarder furtivement quand elle était assise à sa table. Elle s’occupait de racommodages et, le soir, elle passait souvent son temps à lire des ouvrages qu’elle prenait dans ma bibliothèque. Le choix des livres qu’elle faisait dans ma bibliothèque témoignait aussi en ma faveur. Elle ne sortait presque jamais. Le soir, après dîner, je la menais tous les jours se promener et nous faisions un tour, nous gardions pendant ces promenades le plus absolu silence, comme toujours. J’essayais cependant de n’avoir pas l’air de ne rien dire et d’être comme en bonne intelligence, mais, comme je l’ai dit, nous n’avions pas pour cela de longues conversations. Chez moi, c’était volontaire, car je pensais qu’il fallait lui laisser le temps. Chose certainement étrange : presque pendant tout l’hiver je n’ai pas fait cette observation que, tandis que moi je me plaisais à la regarder à la dérobée, elle, je ne l’avais pas surprise une seule fois me regardant ! Je croyais à de la timidité de sa part. De plus elle semblait si douce dans cette timidité, si faible après sa maladie…..

Non, pensais-je, il vaut mieux attendre, et….. « et un beau jour elle reviendra à toi d’elle-même. »

Cette pensée me plongeait dans des ravissements ineffables. J’ajouterai une chose : quelquefois, comme à plaisir, je me montais l’imagination et artificiellement j’amenais mon esprit et mon âme au point de me persuader que je la détestais en quelque sorte. Il en fut ainsi quelque temps, mais ma haine ne put jamais mûrir, ni subsister en moi, et je sentais moi-même que cette haine n’était qu’une manière de feinte. Et même alors, quoique la rupture de notre union eût été parfaite par suite de l’acquisition du lit et du paravent, jamais, jamais je ne pus voir en elle une criminelle. Ce n’est pas que je jugeasse légèrement son crime, mais je voulais pardonner, dès le premier jour, même avant d’acheter ce lit. Le fait est extraordinaire chez moi, car je suis sévère sur la morale. Au contraire elle était, à mes yeux, si vaincue, si humiliée, si écrasée, que parfois j’avais grand pitié d’elle, quoique, après tout, l’idée de son humiliation me satisfît beaucoup. C’est l’idée de notre inégalité qui me souriait.

Il m’arriva cet hiver là de faire quelques bonnes actions avec intention. J’abandonnai deux créances et je prêtai sans gage à une pauvre femme. Et je n’en parlai pas à ma femme, je ne l’avais pas fait pour qu’elle le sût. Mais la bonne femme vint me remercier et se mit presque à mes genoux. C’est ainsi que le fait fut connu et il me sembla que ma femme l’apprit avec plaisir. Cependant le printemps avançait, nous étions au milieu d’avril ; on avait enlevé les doubles fenêtres et le soleil mettait des nappes lumineuses dans le silence de nos chambres. Mais j’avais un bandeau sur les yeux, un bandeau qui m’aveuglait. Le fatal, le terrible bandeau ! Comment se lit-il qu’il tomba tout-à-coup et que je vis tout clairement et compris tout ? Fût-ce un hasard, ou bien le temps était-il venu ? Fut-ce un rayon de soleil de ce printemps qui éveilla en mon âme endormie la conjecture ? Un frisson passa un jour dans mes veines inertes, elles commencèrent à vibrer, à revivre pour secouer mon engourdissement et susciter mon diabolique orgueil. Je sursautai soudain sur place. Cela se fit tout à coup, d’ailleurs, à l’improviste. C’était un soir après dîner, vers cinq heures…

 

 

Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski

(à suivre…)

26 juin 2011

Don’t Sing, Nightingale (Ты не пой, соловей)

Publié par ditchlakwak dans Les coups de coeur de Lakwak

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26 juin 2011

Parce que c’est toi

Publié par ditchlakwak dans "Musi-Kwak"

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26 juin 2011

Trio NKVD

Publié par ditchlakwak dans Les "pestis" Kwak

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Le NKVD (НКВД), abréviation de Narodnii komissariat vnoutrennikh diél (en russe : Народный комиссариат внутренних дел, en français : Commissariat du peuple aux Affaires intérieures), police politique de l’ex-Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), était la police secrète soviétique, créée en 1934 à la suite de la Guépéou, avant d’être elle-même remplacée en 1946 par le MVD. Le rôle du NKVD était de contrôler la population et la direction de l’URSS, ses chefs ne rendant compte qu’à Staline, celui-ci utilisera donc ce service pour maintenir son autorité sur le pays.

Le NKVD rassemblait plusieurs milliers d’hommes, allant d’agents de police jusqu’à des militaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale le NKVD avait ses propres divisions qui permettaient ainsi de maintenir son influence jusque sur la ligne de front et ainsi de faire appliquer les ordres du haut commandement. Le rôle des unités du NKVD a été fortement décrié après la guerre par les soldats de l’armée rouge à cause des méthodes extrémistes employés par ceux-ci en matières disciplinaire et répressive et par leur manque de véritable valeur combative, ceux-ci étant plus des unités de police que de véritables troupes de choc.

Le NKVD est responsable, selon le général du KGB Alexandre Karbanov, de la mort de 3,5 millions de Soviétiques lors des purges staliniennes. Il gérait le système répressif en URSS dont le goulag.

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