Pêle-mêle

5 août 2011

« Evguénie Sokolov »(3) S. Gainsbourg

Publié par ditchlakwak dans Evguénie Sokolov

Ayant noté au passage la composition exacte de mes gaz, volume pour cent centimètres cube, hydrogène sulfuré traces inconstantes, oxyde de carbone néant, gaz carbonique cinq virgule quatre, hydrogène cinquante-huit virgule quatre, carbures d’hydrogène évalués en méthane neuf virgule huit, azote vingt-six virgule quatre, j’analysai ensuite les limites d’explosibilité des mélanges d’air et de gaz intestinaux, gaz intestinaux pour cent de mélange avec l’ai sept virgule cinq, explosion nulle, huit virgule six, explosion très retardée, neuf virgule neuf, explosion légèrement retardée, onze virgule quatre, treize virgule deux, quinze virgule quatre, vingt-quatre virgule six, vingt-cinq virgule huit, vingt-sept virgule cinq, explosion immédiate, vingt-sept virgule neuf, explosion légèrement retardée, vingt-huit virgule six, explosion difficile, vingt-neuf virgule sept, explosion nulle, enfin je découvrais les noms sublimes de mes anaérobies les plus fétides, Cl. sporogenes, Cl. sordellii, Cl. bifermentans, Pl. putrificum. Approfondissant mon initiation, j’appris que mes intestins contenaient toujours une certaine quantité de gaz dont le rôle apparaissait double, équilibrer la pression atmosphérique, exciter et régler le péristaltisme,d’autre part que mes gaz à l’état physiologique provenaient eux de trois sources, gaz exhalés du sang vers la lumière intestinale, air dégluti, gaz enfin fournis par les processus digestifs successifs. Les premiers paraissant jouer un rôle minime, le second n’en représentant qu’une faible part, je décidai de m’en tenir à l’analyse des gaz fournis par les processus digestifs.

Une petite quantité de gaz carbonique semblait venir de la neutralisation de l’acide chlorhydrique par les bases alcalines des sécrétions contenus dans le grêle. Dans la partie terminale de celui-ci, les microbes normaux interviendraient pour réaliser la digestion de la cellulose et parfaire celle des sucres et des amidons, ‘où résulterait une production de gaz de fermentation acide, hydrogène, gaz carbonique et hydrocarbures, cependant que d’autres germes microbiens attaqueraient les acides aminés, résidu de la digestion, ou les sécrétions albuminoïdes de la muqueuse, et ces processus de putréfaction donneraient de l’ammoniaque, de l’hydrogène, du méthane, de l’hydrogène sulfuré et du gaz carbonique. Fermentation et putréfaction caecocolique droite étant la source majeure des gaz colique, m’apparaissait ici primordiale l’importance de mon régime alimentaire.

Je relevai avec un fiévreux intérêt l’excès de cellulose des légumes secs, légumes verts, fruits à grosses fibres ou fibres dures, mie de pain frais ou raisin, la richesse en amidon du riz et des pâtes alimentaires, et soulignai l’utilité de l’ingestion de protéines dégradées, viandes faisandées, avariées, abats, charcuterie, poissons insuffisamment frais et champignons, et après deux semaines de régime drastique, je fis poser en x des bandes de chatterton adhésif en gutta-percha sur la verrière de l’atelier.

Bientôt les pets musqués tonnèrent avec fureur, les vents carabinés s’exhalèrent sans répit, les flatulences chromatiques s’enchaînèrent avec fougue, les gaz sous pression explosèrent au grand jour, couverts par Berg et Schönberg que des magnétophones diffusaient à un niveau maximum tandis que ma main courait sur le papier comme si j’étais atteint de paralysis agitans. Mais dans le même temps, l’atmosphère s’épaissit peu à peu d’arômes étranges, d’essences fétides, d’émanations putrides, de vapeurs pestilentielles, de miasmes hallucinogènes, d’encens démoniaques, d’exhalaisons à tel point infectes que je crus renoncer, quand me vint à l’idée que j’avais en ma caves et qui m’avait servi pour des natures mortes lors de ma période cubiste, un masque à gaz de type A.N.P., appareil normal de protection. Dès lors je ne vis plus mes burins, plumes et pinceaux qu’à travers les hublots oculaires de cet appareil qui m’isola, vivante charogne, des odeurs et du monde.

Mets ton masque Sokolov, que tes fermentations anaérobies fassent éclater les tubas de ta renommée et que tes vents irrépressibles transforment abscisses et ordonnées en de sublimes anamorphoses!

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(à suivre…)

2 Réponses à “« Evguénie Sokolov »(3) S. Gainsbourg”

  1. eultreia1 dit :

    J’ose t’envoyer cette vidéo ( c’est mon côté carabin) mais j’ai un peu honte ! Pas trop, en fait !
    Ce qu’il ne faut pas faire pour gagner son pain !

    http://www.dailymotion.com/video/xofgd_super-petomane_fun

  2. ditchlakwak dit :

    Ça alors! Qui eût cru?

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