Pêle-mêle

8 août 2011

« Evguénie Sokolov »(4) S.Gainsbourg

Publié par ditchlakwak dans Evguénie Sokolov

Je fis en quatre ans et à mon insu des adeptes, disciples et prosélytes à Boston, New York, Philadelphie, Stuttgart, Amsterdam, Stockholm, et l’on s’accordait à présent à reconnaître en moi le chef de file des hyperabstraits, mot inventé par le critique Jacob Javits au lendemain de ma première exposition. Il se trouva alors des historiens d’art pour s’interroger sur les résultantes problématiques de ce mouvement et sur l’utilité même de son existence, nier l’authenticité de ma démarche et rendre Sokolov et ses délires monocordes responsables en partie  d’une stagnation tragique sinon d’une rétrogradation de l’art abstrait contemporain, arguties qui me laissaient d’autant plus de marbre de Carrare qu’elles étaient fastidieuses à décrypter, et dont je ponctuais la lecture par des pets aromates énergiques et vengeurs.

Par ailleurs que m’importait. J’étais à présent à la Tate Gallery de Londres, à l’Ulster Museum de Belfast, à la Nationalgalerie de Berlin, à la Yale University Art Gallery de New Haven et au Museum of Modern Art de New York, Stolfzer me vendait au prix du platine à tous les grands capitalistes et certains de mes gazomgrammes se balançaient nonchalamment dans les flancs de yachts splendides où se reflétait sur leurs sous-verres striés d’argent par les shakers qu’agitaient les barmen l’eau azurée des piscines flottantes.

Vente, Sokolov, sur ce monde luxueux et dérisoire, et quand dans ces miroirs brisés par tes tracés se dessinent en surimpression les nymphettes se refaisant les lèvres, que ton ubiquité soit le reflet multiplié des vices de la terre. O Sokolov, ton hyperacousie fait sursauter ta main. Regarde aux hublots de ton masque embués par ta fièvre paludéenne et créatrice se dessiner épurés et graphiques tandis qu’oscilloscopes cathodiques et vu-mètres vacillent, serpentent et fluorescent sur les atonalités de Berg et Schönberg dont le dodécaphonisme s’allie à tes gaz contrapuntiques!

A présent, le sang jaillissait à chaque défécation, criblant de fleurs vermeilles l’ivoire des cuvettes, mais mis à part l’intérêt purement esthétique que je portais à ces dessins fugaces, les risques de complications qui pouvaient en résulter à la longue, et dont j’étais pleinement conscient pour les avoir mesurés dans les précis de pathologie médicale, me laissaient indifférent. En effet je m’imaginais difficilement atteint d’un mal irrémissible, assuré que j’étais d’un destin hors du commun,  et si parfois m’effleura l’idée de consulter un proctologue, je l’ôtai vite de mes pensées par la crainte que j’avais d’aller lui venter au visage.

Je dois ici parler de mon aspect physique, car il ne serait pas bon que l’on s’imaginât, arrivé à ce point de mon récit, que j’étais peu soigné de ma personne comme on serait enclin de le croire d’un homme dégageant des odeurs infernales. J’usais volontiers d’huiles pour le bain, de lotions aftershave, d’eaux de cologne subtiles et évanescentes, extract of Comoran Ylang-Ylang et extract of Mygore Sandalwood par Crabtree ans Evelyn, Savile Row, en évitant cependant es lourds parfums d’origine animale dont le mélange avec mes gaz avait donné des résultats si effroyables qu’ils s’étaient traduits chez moi par des nausées et des vomissements. Mes vestons étaient de coupe étroite et de tissu anglais, autant dire très classiques car je n voulais point me donner cet air d’artiste que certains affectent si complaisamment. Cependant mes pantalons étaient invariablement des jeans américains que je choisissais toujours assez amples afin qu’ils s’éventassent aisément. Aucun accessoire, aucun bijou précieux à l’exception d’une montre hexagonale gardée cachée dans mon gousset.

D’aucuns penseraient également qu’avec une alimentation aussi substantielle, aussi riche en matières grasses et protides, ma silhouette en aurait dû être rapidement affectée. Il n’en fut rien. Soucieux de sauvegarder sa sveltesse initiale, Sokolov s’astreignant à surveiller se pesanteur ainsi qu’à des marches forcées où il devenait chien et Mazeppa le maître. Nous bavardions en culiloques, évoquant en quelques pets alertes les chiennes que nous avions connues tandis qu’en leur mémoire, Mazeppa arrosait de sa pisse fumeuse les pneumatiques des véhicules en station puis extirpait sa crotte dont il ponctuait la fin conique en toupillant de joie.

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(à suivre…)

Une Réponse à “« Evguénie Sokolov »(4) S.Gainsbourg”

  1. eultreia1 dit :

    Hypochondriaque sévère.

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