Pêle-mêle

11 janvier 2015

Apocalypse est pour demain (18)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Il y avait d’autres véhicules, devant et à côté de moi, sur plusieurs files, dont les conducteurs, comme moi, cherchaient leur chemin.
Soudain, une sorte de grille s’abaissa devant la rangée qui me précédait et, juste devant mon capot, une autre grille. Cinq voitures furent ainsi mises en cage. Je vis les conducteurs lever les yeux au ciel, s’attendant à ce que leur toit soit percé par quelque lame ou écrasé par quelque marteau pilon.
Mais l’attaque vint d’en bas. Je vis la terre s’ouvrir sur une ligne et cinq vrilles en sortirent, qui commencèrent à entamer le plancher des véhicules, puis le siège avant.
Conscients du danger, les conducteurs tentèrent de se lever, de monter sur leur siège, mais furent empalés en quelques secondes.
Au plafond du tunnel, de puissants électro-aimants aspirèrent les voitures devenues cercueils.
Les grilles se relevèrent. Sachant qu’ils ne pouvaient faire autrement, les conducteurs, dont je faisais partie, reprirent leur route.
Soudain le tunnel fut divisé dans le sens de la longueur par quatre murs de verre, qui formèrent cinq couloirs, violemment éclairés.
Je ne pouvais tourner ni à gauche ni à droite et dus emprunter le couloir numéro 3. Les parois de verre me permirent de suivre ce que faisaient les véhicules qui s’étaient engagés à ma droite dans le couloir numéro 4 et à ma gauche dans le couloir numéro 2. Ce que je vis me glaça d’effroi. Au centre du couloir numéro 4 se trouvaient une trentaine de gigantesques scies à ruban, espacées de 5 centimètres en 5 centimètres, qui commencèrent à découper le capot de la voiture, puis le pare-brise. Le conducteur se débattit, essaya de se coller d’un côté, puis de l’autre, puis de se réfugier dans le fond de son automobile, mais finalement, fut découpé en tranches verticales, tandis que le sol basculait vers l’avant pour faire tomber dans une fosse les débris ferreux et humains.
Le conducteur qui se trouvait à ma gauche avait suivi lui aussi, par la paroi de verre, le sort de l’automobiliste scié. Apparemment, dans son couloir, il n’avait pas subi le moindre dommage. Il me fit un signe de la main, le pouce en l’air, pour me montrer que tout allait bien et amorça un sourire qui se transforma tout à coup en un rictus horrible.
Je ne compris pas tout de suite ce qui se passait, puis je vis qu’une scie circulaire, de très grand diamètre et disposée horizontalement à 20 centimètres du sol, venait de découper le plancher de sa voiture et de lui sectionner les jambes au-dessus des chevilles. Il tenta de se lever mais, n’ayant plus de pieds, se trouva plus bas et se fit couper les genoux, ce qui le fit choir sur les cuisses, tandis que la scie lui coupait la taille.
Bientôt, je ne le vis plus.
Je regardai devant moi.
J’arrivais au bout du couloir, et il ne m’était rien arrivé.
La plupart des conducteurs qui étaient entrés en même temps que moi dans le tunnel de sélection avaient péri. Les scies circulaires, les pals, les mâchoires de fer, les broyeurs n’avaient pas cessé d’éliminer les machines et les humains. Quatre véhicules seulement, dont le mien, restaient encore en état de marche à la sortie du tunnel.
Celui-ci débouchait sur une cour en forme de V. Il était impossible à quatre véhicules de s’y tenir de front. Nous dûmes nous mettre en file.
J’occupais la troisième position.
À la pointe du V s’ouvrait une cage d’ascenseur. La première voiture s’y engagea. Une porte transparente se referma. Rien ne se produisit d’anormal, sinon que l’ascenseur ne s’éleva ni ne descendit.
Pourtant, tout à coup, quelque chose me parut bizarre. La voiture qui venait de pénétrer dans l’ascenseur était noire avec des sièges rouges, je distinguai très nettement qu’elle était devenue rouge avec des sièges noirs.
Je m’interrogeais sur cet étrange phénomène lorsque je vis le toit se boursoufler, la tôle se tordre et commencer à fondre. Je compris que l’ascenseur était en réalité un four à haute température et que la carrosserie était devenue rouge sous l’action de la chaleur. Ce que j’avais pris pour un siège noir n’était autre que le corps calciné du conducteur.
La voiture fondit comme beurre au soleil et, dans une sorte de rigole passant sous la porte, le métal en fusion se mit à couler. Un instant, j’aperçus quelques dents qui surnageaient. Je sentis quelques frissons me parcourir en songeant que ce sort tragique serait peut-être le mien dans quelques secondes.
Les murs qui cernaient la cour en forme de V semblèrent tout à coup s’élargir. Illusion d’optique? Non. Des cloisons mobiles s’écartaient. La cour devint rectangulaire et, de part et d’autre du four – ascenseur dont la porte ne se rouvrait pas – apparurent deux orifices sombres, surmontés d’un panneau ENTREZ.
Le conducteur qui me précédait hésita. Devait-il aller à droite ou à gauche? Il était maître de la situation. Fatalement, je devrais prendre la place qu’il allait laisser libre.
Il choisit l’orifice de gauche. J’attendis quelques instants pour voir quel sort lui était réservé. Je vis simplement sa voiture s’élever sur un monte-charge. J’avançai à mon tour, pénétrai dans l’orifice de droite, et sentis que je m’élevais également pour arriver dans une vaste salle où l’autre voiture se trouvait déjà.
Elle s’était engagée sur une piste inclinée conçue sur le principe des billards électriques que l’on trouvait autrefois dans les cafés – c’était un ensemble de couloirs, de trous, de rampes, et de plots lumineux. Sur le mur du fond, un gigantesque tableau comportait un immense panneau totalisateur de points.
De son monte-charge, la voiture avait glissé jusqu’à se trouver sur une sorte de rampe, entre deux murs assez peu élevés, juste ce qu’il fallait pour qu’elle ne puisse dévier de sa route si elle avançait.
Elle allait avancer! Un monstrueux ressort s’installait déjà derrière le véhicule. Il recula et, se relâchant avec une violence inouïe, le projeta en avant avec une force incroyable.
Le sol était huileux et la voiture partit à toute vitesse. Elle remonta toute la longueur de la piste, dérapa, tournoya, et redescendit vers le bas. Quatre couloirs s’ouvraient devant elle. Trois d’entre eux étaient conçus comme des stations de lavage, mais les jets qui s’y croisaient étaient sans doute des jets d’ammoniaque ou d’esprit-de-sel car une odeur insupportable se répandit. Par une chance incroyable, la voiture passa dans le couloir où il n’y avait rien. Une sonnerie retentit. Le compteur du tableau lumineux
enregistra dix points. La voiture continua à tournoyer. Elle heurta des plots et, à chaque fois, des points s’additionnaient.
(Retour 17)

→ A suivre

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