Pêle-mêle

5 juillet 2015

Apocalypse est pour demain (40)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Ce fut le chef qui répondit.
« Les policiers ont détecté les trous d’observation que nous avons forés pour y placer des lentilles. Ils les ont élargis et viennent d’y brancher des tuyaux qui déversent du béton liquide. Toutes nos galeries vont être comblées. Les pierres que nous avons disposées un peu partout ne peuvent stopper l’avance du ciment meurtrier.
- Allons, dis-je, ne nous affolons pas. Nous avons peut-être là le moyen de parvenir jusqu’aux ordinateurs sans nous faire remarquer. Combien de mètres, à votre avis, mesurent les tuyaux qui amènent le béton jusqu’aux trous et d’où viennent-ils?»
Le chef répondit:
«Les tuyaux ont sans doute pour point de départ la centrifugeuse de bétonnage installée dans le centre de contrôle de circulation. L’endroit d’où sont déclenchées les opérations de nivellement par couches. »
Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt! Les opérations de nivellement par couches m’avaient suffisamment paniqué lorsque j’étais conducteur.
Ces opérations avaient été lancées pour dégager les grandes artères lorsque la situation devenait insoluble et lorsque les voitures, inextricablement emmêlées, ne pouvaient plus se séparer les unes des autres.
Chaque fois qu’un bouchon de plus d’un kilomètre se produisait, des hélicoptères soudeurs étaient envoyés au-dessus des voitures. De ces hélicoptères, sortaient d’énormes becs à acétylène, qui en points rapides et précis, réunissaient les pare-chocs les uns aux autres, de façon à former une trame solide, une résille de métal, une armature rigide. Puis, les canons à béton entraient en jeu, et déversaient sur ce grillage improvisé une couche de 4 mètres de ciment. Ce qui supprimait radicalement l’encombrement et offrait une nouvelle route, admirablement dégagée où, pendant quelques minutes, les automobilistes pouvaient rouler.
Le fait que des couches et des couches de béton aient recouvert des couches et des couches de voitures expliquait que les autoroutes soient toujours très surélevées.
Oui, évidemment, le béton qui se déversait actuellement dans les galeries provenait de ce centre de nivellement. Je me tournai vers les piétons.
«Les policiers, dis-je, et le Grand Maître lui-même, doivent suivre leur action sur leurs écrans de télévision. Ils supprimeront impitoyablement ceux qui tenteront d’échapper au béton meurtrier en sortant à la surface.
Nous n’avons donc qu’une solution. Passer par les orifices, et remonter à contre-courant le long des tuyaux en nageant dans le béton liquide. Si les tuyaux ne sont pas trop longs, il doit être possible de retenir notre respiration pendant la durée de notre progression. Nous parviendrons ainsi dans la centrifugeuse. Donc nous serons chez l’ennemi lui-même. Celui-ci ne peut pas supposer que nous allons emprunter ce chemin.
Êtes-vous d’accord ? »
Les piétons furent d’accord. Ils n’avaient pas le choix. Une chose restait à faire: éviter que le béton ne pénètre dans nos oreilles, dans nos yeux, dans nos narines.
Pour ce faire, il fallait nous protéger, nous entourer de bandelettes, bref, trouver un procédé d’isolation.
« Il n’y a qu’un moyen, dit le chef, c’est de nous plâtrer solidement le nez, les oreilles, la bouche et former ainsi des bouchons qui empêcheront le ciment de pénétrer car le ciment ne prend pas sur le plâtre, chacun sait cela. Il y a dans certaines galeries des couches de chaux qui peuvent nous servir à fabriquer du plâtre. »
Nous nous rendîmes rapidement dans ces galeries. Les piétons grattèrent les murs et, au bout de quelque temps, nous avions rempli plusieurs auges de plâtre que nous emportâmes.
Puis, nous nous divisâmes en plusieurs groupes. Le ciment ne cessait de se déverser par les trous et son niveau continuait de s’élever. Nous en avions déjà jusqu’à mi-jambe. Ce qui était dramatique car, courbés en deux comme l’étaient les piétons, avoir du béton jusqu’à mi-jambe signifiait que leur tête allait bientôt être engloutie. Je me bouchai le nez, les yeux et les oreilles et, avant de me clore la bouche, je dis au chef: «Fais-moi la courte échelle. »
À peine venais-je de le demander que je me rendis compte que c’était ridicule. Et surtout impossible. En effet, si sa position courbée l’avantageait plutôt pour m’offrir ses mains comme marchepied, ce marchepied se trouvait au niveau du sol, et ses vertèbres soudées l’empêchaient de se redresser pour me hisser à la hauteur du trou.

→ A suivre

 

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