Pêle-mêle

13 septembre 2015

Apocalypse est pour demain (50)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Par exemple, l’un des compartiments était meublé de trois cuves. L’une peu large et longue, la seconde aussi large que longue, mais de proportions moindres et posée sur un pied, la troisième assez petite, plus longue que large et très basse.
Dans le compartiment entrèrent trois personnes. Un homme, une femme et un enfant, guidés par des grands bras d’acier articulés, commandés de façon invisible.
La première cuve se remplit d’acide et l’homme y fut plongé. La seconde, celle qui était sur pied, s’emplit de métal en fusion et le bras métallique y enfonça la tête de la femme. La troisième s’emplit d’huile bouillante et l’enfant y fut assis.
J’étais suffoqué d’horreur:
Je murmurai :
«Mais que fait-on… Que fait-on?
- Des recherches, dit le Grand Maître. Nous cherchons à reconstituer ce que l’on  trouvait autrefois dans les demeures des humains. D’après de vieilles bandes  d’actualités, nous avons établi que jadis se trouvaient dans chaque maison des salles de ce genre. Les hommes semblaient trouver du plaisir à s’y rendre chaque matin. J’ai repris cette idée folklorique. Un jour, lorsque les automobilistes auront abandonné leur vie sur quatre roues, lorsqu’ils vivront entre quatre murs, mon plus cher désir est qu’ils puissent disposer de salles semblables. L’eau parfumée remplacera alors l’huile
bouillante, l’acide sulfurique ou le métal fondu mais pour l’instant, bien sûr, je ne peux me permettre de perdre de la place et parallèlement à ces recherches humanitaires pour reconstituer le monde d’autrefois, j’utilise ces installations pour détruire quelques conducteurs en surnombre.
- Et cela, dis-je en tendant le doigt vers le centre de la salle.
- Oh, cela, répondit le Grand Maître, cela est une installation qui ressuscite une charmante coutume du passé. »
Je regardai.
Le centre de cette installation était composé d’une sorte de tour conique entourée d’escaliers et ornée de tubes et de trous de différents diamètres.
Autour de cet assemblage des humains étaient rassemblés, amorphes semblait-il. Une sirène retentit, une lumière rouge s’alluma et les humains se précipitèrent, se  bousculant, escaladant les escaliers, courant en tous sens. Je les voyais hésiter, stopper devant un trou, ou devant un tube, repartir, s’arrêter devant un autre – cherchant à lire quelque chose sur une multitude d’étiquettes disposées comme au hasard.
L’un d’entre eux, semblant plus décidé que les autres, resta devant un tube, lut l’étiquette très attentivement. Il sourit, leva la main et appuya sur un bouton. Une rafale de mitrailleuse retendit. Un autre, qui s’était arrêté devant un trou, appuya à son tour sur un bouton après avoir lu l’étiquette.
Une sorte d’aiguille gigantesque en sortit qui se planta dans sa poitrine.
L’homme tomba foudroyé.
«Alors», dit le Grand Maître. – Et sa voix me sortit de la stupeur dans laquelle m’avait plongé ce spectacle.
«Alors, direz-vous encore que je suis inhumain?
- Mais ces hommes sont tués, ânonnai-je.
- Oui, mais après avoir été quelque peu conditionnés, évidemment, ils viennent chercher leur mort tout seuls, en lisant les étiquettes. Chacun de ces trous, ou tubes, est garni d’une arme à feu, ou d’une arme blanche, ou de tout autre appareil destiné à donner la mort. Les sujets, en cherchant leur nom, renouent avec une vieille tradition ancestrale qui a hélas disparu lorsque les vapeurs d’essence ont tué les arbres.
Un jour dans les trous et les tubes, des cadeaux remplaceront les engins de mort et j’aurai rendu aux hommes la charmante coutume de l’arbre de Noël. Robin Cruzo, ajouta le Grand Maître, vous avez vu beaucoup de choses. Je pourrais vous en montrer d’autres, car ce laboratoire contient des dizaines de salles, où sont pratiquées des centaines d’expériences à l’aide de milliers d’appareils. Pour l’instant, je le répète, tout cela ne vise qu’à détruire mais, plus tard, cela servira l’Humanité.
Maintenant, vous allez vous-même être supprimé. Vous comprenez bien que le temps m’est précieux. J’ai conversé longuement avec vous car vous m’intéressiez. Vous êtes le seul homme qui ait osé s’attaquer à moi, et vous avez tenu longtemps. Vous m’intéressiez et même, je dois l’avouer, j’ai une certaine sympathie pour vous. Mais vous n’êtes d’aucune utilité…
Toutefois, en raison de cette sympathie que je ressens, je vous donne le droit de choisir votre trépas. Voulez-vous être fusillé, électrocuté, broyé, haché, découpé, bouilli, détruit par le feu ou les acides, vous n’avez qu’un mot à dire.
-Attendez, criai-je. Attendez, Grand Maître, Puisque sous la carapace de votre génie criminel vous prétendez avoir un fond d’humanité, vous ne pouvez me refuser une dernière volonté. »
(Retour 49)

→ A suivre

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