Pêle-mêle

22 novembre 2015

Apocalypse est pour demain (60)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Les boules se mirent à avancer, à reculer, à stopper, à repartir.
«Bien, dit le Grand Maître. Ne vous hasardez pas à vous écarter de votre route. Sous chacun de ces containers il y a, évidemment, un système de gril ultrarapide que je peux déclencher à loisir. Inutile de préciser davantage.
Robin Cruzo. Venez me rejoindre. »
Je m’approchai de la somptueuse automobile de cristal. Une porte s’ouvrit, à l’avant.
«Montez», dit le Grand Maître.
Je fis ce qu’il me demandait, et m’assis sur le siège avant, à côté de la place du chauffeur. Il n’y avait évidemment pas de chauffeur puisque le cerveau du Grand Maître était directement relié aux organes moteurs.
«Robin Cruzo, dit le Grand Maître, je vous ai dit tout à l’heure que seuls les cerveaux des techniciens étaient ceux dont on ne pouvait se passer.
Ce sont eux que nous allons rejoindre maintenant. Puisque je vous ai choisi comme assistant, il est temps de vous faire connaître mon équipe de choc et que je vous fasse part de la totalité de mes projets.
Tous ceux que vous avez rencontrés jusqu’à présent, policiers, contrôleurs de chance, élus, ministres n’étaient que petites poussières, minuscules rouages de la formidable organisation qui est la mienne.
Et tout d’abord, allons passer en revue mon armée. »
Pendant que le cerveau «parlait» je ne cessais de le regarder. J’étais dans la Rolls de cristal, séparé de lui par une paroi de verre, mais à moins de 2 mètres. Je ne l’avais jamais vu d’aussi près. La question que je me posais était, bien sûr, celle-ci : le génie est-il visible ?
Observant le cerveau de cet être exceptionnel, allais-je y découvrir, y déceler, y voir des choses extraordinaires, du premier coup d’oeil. Qu’y avait-il de différent entre le cerveau et ceux que je venais de voir s’agiter dans la cuve transparente? La scissure de Rolando était-elle plus large, plus dodue?
Le corps calleux était-il plus étendu, plus étoffé? Les pédoncules étaient-ils plus renflés, ou plus étroits? Et l’olive bulbaire, comment était-elle?
Toutes questions que vous vous seriez posées, j’en suis certain, mais à quoi l’examen approfondi auquel je me livrai – discrètement – n’apporta aucune réponse.
Je remarquai simplement que le fond du bocal dans lequel il reposait était – comment dirai-je – une sorte de palette, de disque, de damier au quadrillage estompé, comportant une infinité de petites zones de couleur.
En bougeant très légèrement, le cerveau ondulait sur ces zones. Celles-ci correspondaient sans doute à un central électronique, ce qui permettait au Grand Maître en agissant non par touches successives, mais par associations de couleurs, par traitement de nuances, de déclencher à volonté l’ouverture ou la fermeture des portes, la montée et la descente des sols, toutes ces choses qui semblaient se dérouler de façon magique.
Tandis que je réfléchissais à toutes ces découvertes, le cerveau ondula, et tout le fond de la salle s’ouvrit, découvrant un couloir gigantesque, une sorte de voie royale souterraine, des Champs-Élysées du sous-sol.
«En avant, dit le Grand Maître. Robin Cruzo, sur le tableau de bord, se trouvent divers boutons. Vous en apprendrez le maniement plus tard.
Pour l’instant, sachez seulement que la petite manette verte envoie sur la route des décharges électriques que vous pouvez diriger grâce à l’écran de contrôle. Servez-vous-en, à la place du fouet, pour faire avancer les « ministres » traînards. »
Le cortège se mit en route. Deux douzaines de cervelles dans des boules de verre, suivies par une Rolls de cristal elle-même conduite par un cerveau dans un bocal.
Qui dit mieux?
Nous roulâmes longtemps.
La galerie était très très longue et devait mener loin de la ville. Ce devait être une voie spécialement réservée au Grand Maître qui devait disposer ainsi d’axes privés lui permettant d’aller où bon lui semblait sans être gêné.
Dame ! lorsqu’on est le maître du monde !
De temps en temps, parce qu’il y avait des retardataires mais, je l’avoue, un peu aussi par jeu, je lançais une petite décharge électrique sur un des cerveaux que je voyais alors sauter en l’air, tournicoter dans tous les sens au milieu de sa bulle de verre et retomber maladroitement avant de repartir de la manière la plus vive. Dans ce cas-là, une tourelle se tournait vers moi, violemment et comme avec colère et je supposai que cette tourelle était un dispositif faisant fonction d’yeux.

→ A suivre

 

 

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