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7 février 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (5)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Chapitre 1
Le dernier shopping de Zeïnab
 les façades à moitié aveugles des hôtels particuliers aux fenêtres condamnées. Mais ces résidences étaient peu nombreuses par comparaison avec les centres commerciaux comme celui dont il se rapprochait.
Zeïnab était sortie à pied de chez elle. Elle n’avait jamais de sa vie entendu le mot «impressionnisme » et, à plus forte raison, étant d’une bonne famille, elle n’avait jamais eu l’occasion de voir, même en reproduction, des toiles de ces peintres indécents, du moins celles qui avaient échappé à la destruction. C’est pourquoi ces chatoiements d’or et de gris ardoise qui baignent Paris vers midi au début du printemps auraient eu du mal à stimuler son imagination. Cependant, une brise légère moirait la Seine de rides cendrées, plombées,argentées, le tronc blanc des platanes chatoyait, des étincelles dorées dansaient sur tout ce qui renvoie la lumière, les silhouettes des immeubles lointains s’enveloppaient d’un brouillard nacré. Et pourtant, si cette belle journée avait laissé Zeïnab complètement indifférente, elle aurait pris la voiture pour faire son shopping sans y associer cette promenade. Bien amusant ce mot de shopping,un mot vieilli venu du globish. Ou peut-être du sabir ? D’ailleurs peu importe l’origine du«shopping », l’essentiel est que le mari ne réduise pas les moyens affectés à cette activité. Dans le secteur réservé aux femmes, un grand magasin des Champs Elysées organisait aujourd’hui une présentation de mode.
Il n’était pas tout à fait convenable, bien sûr, de faire seule les magasins. Mais même la police des bonnes mœurs fermait les yeux sur les infractions à la règle lorsqu’elles étaient commises dans les quartiers très riches ou très pauvres. Avec les pauvres, on pouvait comprendre. Tous les hommes travaillent, tandis que les femmes courent les boutiques à la recherche de la viande de mouton la meilleur marché. Si un homme perdait son temps à veiller aux convenances, cela se traduirait par des restrictions alimentaires à la maison. Avec les quartiers riches, c’était plus délicat. Mais enfin, s’il devenait impossible d’avoir quelques passe-droits, à quoi bon alors avoir le bras long? Même les gardiens de la vertu comprenaient cette subtilité. Par contre,aucune tolérance pour les gens ordinaires, ni misérables ni haut placés.
Bien entendu, il ne fallait pas trop tirer sur la ficelle.
On ne pouvait pas dire, par exemple, que Zeïnab était sortie seule faire ses courses puisque le cadi Malik devait aller la chercher au magasin On pouvait dire qu’elle était allée simplement à la rencontre de son mari. Il suffisait de passer le pont des Emirats depuis le quai d’Orsay, les Champs Elysées se trouvaient à deux pas de là.
Au croisement de la rue Oussama, Zeïnab eut le désagrément d’avoir à céder le pas à une femme, apparemment une jeunette, qui l’avait bousculée. Et où courait-elle  comme ça,par une si belle journée, la malapprise ! Et quelle démarche disgracieuse ! Elle sautillait comme un poulain d’une façon pas du tout féminine.
mari. Il suffisait de passer le pont des Emirats depuis le quai d’Orsay, les Champs Elysées se trouvaient à deux pas de là.
Au croisement de la rue Oussama, Zeïnab eut le désagrément d’avoir à céder le pas à une femme, apparemment une jeunette, qui l’avait bousculée. Et où courait-elle comme ça,par une si belle journée, la malapprise ! Et quelle démarche disgracieuse ! Elle sautillait comme un poulain d’une façon pas du tout féminine.
Toute préoccupée par l’allure de cette insolente, Zeïnab s’arrêta : le magasin de luxe venait de surgir devant elle, comme si lui aussi se déplaçait à sa rencontre sur les vagues de la foule oisive, à la façon d’une péniche nonchalante. Des arcs-en-ciel de lumière couraient sur les vitrines, attirant le regard vers ce qui, de toute façon, l’aurait avidement captivée.
Des costumes sombres trois pièces en la ine souple, des ensembles deux pièces aux couleurs vives en lin soyeux pour la détente,des chemises immaculées en popeline et fine toile, des polos multicolores, des manteaux de cachemire, des escarpins à semelle de cuir (avec le chausse-pied en corne recourbée pour les enfiler), des pantoufles en maroquin brodé, des boutons de manchettes et des épingles de cravate,des cravates faites à la main,de lourds bracelets de montres suisses, des chevalières gravées d’un sceau, des cannes aux pommeaux sculptés et décorés d’incrustations, bref, tout ce que peut désirer un homme au quotidien.

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