Mais, la pauvresse, qui, à vrai dire, n’avait rien à faire dans ce quartier chic, se munissait de pierres si allégrement que Zeïnab n’y tint plus. Au diable les ongles faits, dans le pire des cas, on pouvait toujours corriger les dégâts dans l’Institut de beauté du grand magasin, et demain elle convoquerait sa manucure à la maison.
On entendait déjà le cliquetis des fers que les policiers manipulaient pour attacher le vieil homme au poteau. Eugène Olivier, bien sûr, avait tout compris avant même de prêter à nouveau l’oreille aux commentaires de la foule. Parfaitement maître de lui (il en avait tellement vu pour ses dix-huit ans), il se tenait à une trentaine de pas du condamné, lorsque se produisit encore un incident étrange.
Ayant dégagé violemment son bras que le policier s’apprêtait à tirer en arrière, l’agriculteur (dont la casquette, jetée à terre, avait découvert des cheveux poivre et sel soulevés par un vent léger)releva brusquement le menton, comme pour s’adresser à lui-même un salut courtois, souleva sa main menottée, lentement effleura son front du bout des doigts, lentement abaissa le bras vers le plexus solaire et le remonta vers les épaules, la gauche d’abord,puis la droite.
Le vieillard avait fait le signe de la croix !
Ce fut le signal de la curée. Les policiers eurent juste le temps d’enchaîner l’homme au poteau et de sauter sur le côté avec une mine passablement épouvantée.
«Bismilla-a-a !!!».4
Les premières pierres ratèrent leur but,puis l’une frappa au visage, écorchant, comme une allumette un grattoir, la joue jusqu’au sang. Ensuite, tout s’embrouilla, les gens hurlaient, riaient, les pierres volaient par salves, se heurtant, tombant, martelant l’asphalte comme une grêle.
«Inch’Allah !!!».5
« Mort aukafir! »
« Mort au chien ! »
« Mort au pinardier ! »
«Soubhanalla-a-a-h!».6
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4.Au nom d’Allah(arab.)
5.Avec l’aide d’Allah(arab.)
6.Toute gloire à Allah(arab.)