6 mars 2016
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048(9)
Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Eugène Olivier remarqua soudain un bambinaux boucles châtain clair, de trois ans,pas plus, vêtu d’un petit costume blanc duveteux qui avançait avec assurance, bien campé sur ses petites jambes. Il tenait une pierre à la main.
Un gars en chemise noire, apparemment moins drogué que les autres, s’approcha d’Eugène Olivier. Sans doute un volontaire de la patrouille des bonnes moeurs :
« Eh, toi, là-bas, tu as peur de te salir les mains ou quoi ? »
Il était temps de filer avant qu’il ne soit trop tard. La crise de démence collective ne dura pas plus d’un quart d’heure. Le calme revint rapidement. Le corps ensanglanté pendait, inerte, au bout de ses chaînes.
Un tas de pierres lui arrivait aux genoux.
Vraisemblablement, il avait perdu la vie avant que les pierres aient cessé de s’abattre sur lui.
Zeïnab s’essuyait les mains avec une lingette parfumée au seringua. Elle avait tout de même un ongle cassé, mais la manucure pourrait délicatement le restaurer à l’aide d’une résine synthétique. Recouvert de laque, on ne verrait rien.
Eugène Olivier s’éclipsa discrètement, se glissant hors de la foule. Encore une scène illustrant leur mode de vie, une seule parmi des dizaines d’autres. Encore une victime, une parmi des milliers d’autres. Qu’y a-t-il là d’extraordinaire ?
Tant qu’il y aura des vignerons en France, on continuera à produire du vin clandestinement pour le marché noir. Quant à arracher les vignes, ils ne le feront jamais, ils ne peuvent se passer de raisins secs avec lesquels ils accommodent à peu près tous leurs plats. Par contre, on continuera à pourchasser et à torturer à mort publiquement les pourvoyeurs et revendeurs du marché noir, selon la loi de la charia. Cependant un détail l’avait frappé, un détail très important. Comment expliquer cet étrange et solennel signe de croix, ce geste ample, ces cinq doigts symbolisant les cinq blessures du Christ ? Est-il possible qu’il existe encore des croyants ? Et cela, vingt ans après que fut célébrée la dernière messe !
Eugène Olivier ne croyait pas en Dieu, il y avait à cela des raisons familiales. La famille Lévêque, installée dans son hôtel versaillais déjà depuis une bonne dizaine de générations, était, jadis, proche du pouvoir. « Bien sûr,aimait à dire avec sa verve habituelle le grand-père Patrice qu’Eugène Olivier n’avait pas connu, bien sûr, nous sommes des technocrates, des gardiens du Veaud’or. Il n’y a pas d’autre pouvoir dans les régimes républicains. Mais notre Veau d’or, au moins, fait partie du clan familial. Les démocrates se gaussent de nos rallyes sur cartons d’invitation. C’est vrai, entrée surveillée électroniquement et triple contrôle, comme au FBI, mais pour quelle raison? Pour que dans la salle où une centaine d’adolescents se démènent aux rythmes du rap ne se glisse pas un cent-unième, un intrus ne figurant pas sur nos listes. Eh bien, que l’on en rie ! Le rallye n’a d’autre objectif que bêtement matrimonial. Les nouveaux riches n’ont pas à mêler leur sang au nôtre, fussent-ils plus fortunés que nous. Sottise ! Que représentent leurs millions à côté de nos milliers ? Si l’un des nôtres trébuche, des mains se tendront par centaines pour lui venir en aide. Chez eux,ce seraient des centaines de pieds qui le piétineraient pour l’enfoncer davantage. Et Vespasien était un imbécile : l’argent dégage une odeur. Et un capital, au départ, cela pue. L’argent au parfum le plus décent est celui qui a été amassé lentement. Oui, deux choses seulement peuvent anoblir l’argent. La première, c’est le temps. L’argent est comme le bon vin, il doit vieillir. La deuxième, c’est la tradition. Si l’on s’affranchit de s traditions, on n’est plus rien».







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