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4 décembre 2016

EN DIRECT : Cérémonie de consécration de la cathédrale de la Sainte-Trinité à Paris

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4 décembre 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (48)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Encore tout étourdi, ses jambes flageolaient, mais Ahmad ibn Salih, semble-t-il, ne s’en souciait guère, pas plus que de savoir si l’Intrus allait rester planté là où s’il trouverait de lui-même où s’asseoir dans ce petit salon aux trois murs noirs, le quatrième étant constitué par la vitre d’un aquarium éclairé. Sans attendre une invitation qui tardait à venir, Eugène Olivier prit place sur le divan.
«Ah, tu crois ça ? Et c’est pareil pour Sophia Sévazmiou ? »
L’Arabe qui lui faisait face laissait peser sur son interlocuteur un regard lourd et scrutateur où l’on devinait une malveillance glacée teintée d’une sorte de dégoût.
« Qui ça ? Qui ça ? ». Le cœur d’Eugène Olivier avait bondi dans sa poitrine, mais il savait que son visage ne le trahirait pas.
« Tu as bien entendu. Voici l’adresse : Ghetto de Pantin, intersection des septième et onzième rues… ».
Une nouvelle bouffée de haine et de désespoir vint paralyser le garçon au point de l’empêcher de penser. Cela faisait juste deux ans que le maire de Paris avait décrété de remplacer par des chiffres le nom des rues dans tous les ghettos. Les Français, naturellement, continuaient entre eux à les nommer comme par le passé. S’ils utilisaient le chiffre c’était avec une grimace de répulsion qui n’échappait pas à leur interlocuteur. Il n’y avait qu’un ennemi qui pût employer cette numérotation avec une aussi superbe indifférence, et, en dix-huit ans d’existence, c’était la première fois qu’Eugène Olivier s’entretenait ainsi, vautré dans un fauteuil de cuir, face à face avec un ennemi.
Bon, du calme ! Ce qui était entrain de se passer, le diable seul le savait, et il fallait ouvrir l’œil et l’oreille. Bon Dieu, s’il pouvait appliquer quelque chose de froid sur son front ou, au moins, boire un verre d’eau, il reprendrait complètement ses esprits, mais il n’allait tout de même pas demander service à ce salaud !
« Je doute que tu connaisses cette adresse, mais les autres, oui. Donc, ghetto de Pantin, numéro 7-11, appartement 5. Sophia Sévazmiou y vit déjà depuis une semaine et pour quelques jours encore ».
Pour le coup, ce n’était pas vraiment le moment de se laisser aller à ses émotions.
L’attention d’Eugène Olivier était si tendue qu’il en oubliait de respirer et qu’il ne s’en rendait même pas compte. D’où tenait-il ces informations ? Ou alors, ce salaud bluffait. «Quand tu raconteras ça, bien sûr, elle va faire ses bagages sur le champ. Qu’elle ne se donne pas cette peine, c’est inutile. Elle peut tranquillement rester sur place. Les gardiens de la vertu ne sont pas au courant. A propos, à votre place, je serais plus prudent avec ces entrevues dans le ghetto. En ce moment, on étudie un nouveau système. Pour la moindre bagatelle, on va mettre en garde à vue les adolescents, les jeunes d’une famille sur vingt. Sans toucher aux autres membres de la famille. On jugera les jeunes appréhendés et on les incarcérera dans des prisons pour infidèles, à Compiègne par exemple. Je pense que tu as entendu parler des conditions de détention dans ces prisons. Il n’y a rien d’extraordinaire à ce qu’on mette la main sur un ado de quinze ans qui s’est permis quelque geste insolent alors qu’on appelait à la prière, qu’on le fasse comparaître et qu’on le jette en prison. Mais ses parents sont prêts à bien des sacrifices pour alléger le sort de leur enfant détenu à Compiègne. Pas pour le libérer, ce serait impensable, mais pour lui faire passer une boîte de chocolats, lui éviter le mitard aménagé sous les chiottes, le sauver du harcèlement sexuel des gardiens. Dans ces cas-là, la vie de quelques dizaines d’étrangers ne semblepas un prix trop élevé. »

On pouvait déceler ce que l’on voulait dans la voix égale et bien timbrée d’Ahmad ibn Salih, mais, à coup sûr, nulle nuance de pitié pour ces gens contraints à des choix
indignes et terrifiants.
C’est qu’il ne ment pas, pensa Eugène Olivier en un éclair. C’était plus que vraisemblable. Il était vrai que, depuis quelques temps, les ados étaient particulièrement visés. Il ne s’était pas tellement inquiété de ces arrestations qui, en aucun cas, ne pouvaient le concerner. Compiègne était réservée aux petits délinquants. L’Arabe, sur ce point, ne mentait pas, mais pour le reste ?
« Qu’est ce qui vous prend de me raconter tout ça ? J’en ai assez de jouer au chat et à la souris. Qu’attendez vous de moi, c’est idiot à la fin ! »
« Evidemment, où est l’intérêt de causer des complots du Maquis avec un type qui s’est introduit chez moi pour me piquer en douce mon argenterie ? »
En ricanant, Ahmad ibn Salih posa un instant son regard sur une tortue naine qui s’était collée contre la vitre de l’aquarium.
Au fait, pourquoi ne pas lui laisser croire qu’il était bien venu pour voler des objets de valeur et puis que, tout d’un coup, l’envie l’avait pris de surfer sur la toile. Non, c’était
ridicule, il faudrait être crétin pour gober ça.
Ahmad ibn Salih tapotait contre la vitre de l’aquarium et la tortue ouvrait la bouche sans comprendre pourquoi elle ne pouvait rien attraper sur cette surface lisse.
« J’ai besoin de rencontrer Sophia Sévazmiou. Je vois que tu n’as pas encore compris qui elle était. Mais je sais des choses qu’ignorent les gardiens de la vertu et mon silence sur ce point devrait être pour toi la garantie que je considère cette rencontre comme très importante ».
C’était un pauvre imbécile, rien de plus ! Jamais Sévazmiou n’irait croire l’un des leurs sur parole, pas un traître mot de ce qu’il pourrait dire. Et elle ne permettrait en aucun cas que quiconque lui impose les règles du jeu.
« Tu peux lui transmettre quelque chose », dit Ahmad ibn Salih en se levant et en quittant vivement la pièce. Allait-il chercher du renfort ? Passer un coup de fil ? Eugène Olivier se glissa sans bruit vers la porte. On entendait seulement des claquements impatients, comme si on ouvrait les uns après les autres les tiroirs d’une commode.
«Tes enregistrements (je suppose que tu as consciencieusement léché mon disque dur), tu peux aussi, bien sûr, les communiquer à qui tu voudras, continua le savant depuis la pièce voisine, mais il vaut mieux, je pense, les remettre à madame Sévazmiou.
Cependant, je dois te dire que mes fichiers présenteront pour elle peu d’intérêt.Ils sont parfaitement aseptisés ».

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