Pêle-mêle

  • Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 11 décembre 2016
11 décembre 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (49)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
En prononçant ces paroles, Ahmad ibn Salih, avec une souplesse étonnante pour son poids, apparut sans bruit dans l’encadrement de la porte, se trouvant ainsi nez à nez avec Eugène Olivier. Il tenait un emballage de cellophane qui contenait une petite boîte.
L’Arabe fit tomber l’objet sur la paume de sa main. La boîte ressemblait plutôt à un écrin en bois de poirier, à peine plus grand qu’un paquet de cigarette, dont le couvercle coulissant était décoré d’un motif à moitié effacé.
«Voilà la chose » dit-il en tendant le coffret à Eugène Olivier. Celui-ci recula d’un pas.
« Ouvrez ».
Ahmad ibn Salih obtempéra. Il fit glisser le couvercle avec précaution, faisant apparaître le contenu ou plutôt l’absence de contenu, car l’écrin était vide. Puis, spontanément, il se pencha et huma l’intérieur de la boîte.
« C’est vrai, l’odeur est assez forte, mais absolument inoffensive ».
Du bois sombre et chaleureux se dégageait un parfum capiteux.
Eugène Olivier, perplexe, tournait et retournait l’objet entre ses mains. Il semblait très vieux et les incrustations d’ambre avaient presque toutes disparu. Bon, et alors ? Ces petits jeux énigmatiques étaient agaçants. Devant lui se tenait un ennemi, un ennemi, à n’en pas douter qui n’arrivait même pas à dissimuler son hostilité.
«On peut évidemment s’en débarrasser dans la rue en la jetant dans la première poubelle venue… dit Ahmad ibn Salih en prenant la direction du couloir pour signifier que l’entretien était terminé. Mais, à ta place, je ne le ferais pas ».
Il avait bien besoin de savoir ce que l’autre ferait à sa place ! Par contre, ce qu’il allait faire, lui, voilà qui n’allait pas de soi… Il s’agissait peut-être d’une machination machiavélique qui consistait à sacrifier un pion pour s’emparer de la dame. Ou plutôt de la reine. Merci tout de même pour le conseil au sujet de la poubelle.
Mais pas forcément la première venue.
Ahmad ibn Salih, qui précédait le garçon dans l’entrée, s’arrêta brusquement comme s’il venait de saisir sa pensée et se retourna.
« Ecoute…Si Sophia Séviazmou se trouve effectivement ce soir à l’adresse indiquée, pourquoi aurais-je besoin d’un appât ? Tu pourras vérifier par toi-même si j’ai menti ou non ».
*
**
Au numéro indiqué par l’Arabe se trouvait une boutique d’antiquaire ou plutôt une brocante à en juger par le bric à brac qui s’y entassait. Les murs étaient encombrés par des cintres chargés de vêtements d’une autre époque. On confectionnait encore des chemisiers sans manches ou à manches courtes, mais seulement pour l’usage domestique tant ils étaient provocants. Il ne viendrait à l’idée d’aucun couturier musulman de proposer des corsages modestes à carreaux discrets comme celui-là avec des poches pratiques ou comme ce chemisier beige, sans ornement. Sur les étagères étaient empilées des tasses de faïence dont certaines portaient un décor humoristique : des animaux portant costume et occupés à des affaires humaines. Comme elles étaient à la mode au tournant du siècle : les gardiens de la vertu avaient beau les détruire systématiquement, il en restait encore ! Se trouvaient aussi des encadrements métalliques ou sculptés destinés à des photographies et dont l’usage s’était perdu. Mais à première vue, il y avait surtout des bibelots insignifiants comme des cafetières turques, des vases ébréchés, des plateaux ou des coffrets. C’est pourquoi quand Sophia retourna entre ses mains la «chose» problématique, elle avait tout l’air, vue de l’extérieur, d’une cliente qui jaugeait un des objets proposés à la vente et l’expression de son visage correspondait en tout point à celle d’un chaland en quête de quelque babiole.

« Je connais cet objet, effectivement » dit Sophia au fond du local obstrué par le fatras, en se balançant dans un vieux fauteuil à bascule. «C’est dans ce coffret que mon
beau-père conservait sa myrrhe rouge. Même si j’avais oublié ces incrustations à moitié perdues, l’odeur aurait suffi à m’en faire souvenir. C’était sa lubie : il préférait la myrrhe à l’encens. Il n’y a pas à dire, il est assez commode de disposer d’un message que seul son destinataire est en mesure de décrypter. Il faut croire que le projet ne date pas d’hier ».
Eugène Olivier gardait le silence. Ce n’est pas le rôle d’un soldat de questionner son général, même si ce dernier donne l’impression de vouloir prendre son avis. En fait, Sophia Sévazmiou devait réfléchir à haute voix, elle ne pouvait tout de même pas s’intéresser à l’opinion de quelqu’un qui avait trouvé le moyen de commettre deux bourdes avant midi.
Un vrai record ! D’abord, il avait échoué, et, deuxièmement n’ayant pas été capable de mettre fin à ses jours, il avait compromis une masse de gens. Et encore, il n’était pas
certain que son actuelle démarche ne constituât pas une troisième gaffe, celle-là la plus énorme.
Sophia enfouit le coffret dans l’une de ses poches, et tira de l’autre ses éternelles papirosses.
« Ne cherche pas à comprendre, mon petit gars, avec tes dents de lait tu n’arriverais pas à casser cette noisette. Comme tu vois, le fait que tu sois resté en vie n’a entraîné aucune catastrophe. ».
Eugène Olivier trouva le courage de lever les yeux.
« Je n’en suis pas certain ».
«Tu veux savoir si quelque parent du côté de mon mari n’est pas toujours de ce monde? » .
Sophia eut un petit rire ironique et s’étira.
« Sois gentil, passe moi un cendrier, sinon je vais faire tomber de la cendre par terre et le père Georges n’a pas de domestique. Autant que je sache, personne n’a survécu. En tout cas, pas en Eurabie. Et, de plus, tout le monde sait bien que l’on ne peut rien obtenir de moi par chantage ».

lescroco2010 |
edemos |
Rituel amour retour |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Exos et mandas passion
| BELTOGOMAG
| tout et n'importe quoi