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5 août 2017

Mort à crédit (4)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

Aux cartes, aux tarots c’est-à-dire, ça lui donnait du prestige cette loucherie farouche. Elle leur faisait aux petites clientes des bas de soie… l’avenir aussi à crédit.
Quand elle était prise alors par l’incertitude et la réflexion, derrière ses carreaux, elle en voyageait du regard comme une vraie langouste.
Depuis les « tirages » surtout elle gagnait en influence dans les environs. Elle connaissait tous les cocus. Elle me les montrait par la fenêtre, et même les trois assassins « j’ai les preuves ! » En plus je lui ai fait don pour la pression artérielle d’un vieil appareil Laubry et je lui ai enseigné un petit massage pour les varices. Ça ajoutait à son casuel. Son ambition c’était les avortements ou bien encore de tremper dans une révolution sanglante, que partout on parle d’elle, que ça se propage dans les journaux.
Quand je la voyais farfouiller dans les recoins de son bazar je pourrais jamais tout écrire combien qu’elle me dégoûtait. À travers le monde entier y a des camions chaque minute qui écrasent des gens sympathiques… La mère Vitruve elle émanait une odeur poivrée. C’est souvent le cas des rouquines. Elles ont je crois, les rousses, le destin des animaux, c’est brute, c’est tragique, c’est dans le poil. Je l’aurais bien étendue moi quand je l’entendais causer trop fort, parler des souvenirs… Le feu au cul comme elle avait, ça lui était difficile de trouver assez d’amour. À moins d’un homme saoûl. Et en plus qu’il fasse très nuit, elle avait pas de chance ! De ce côté là je la plaignais. Moi j’étais plus avancé sur la route des belles harmonies. Elle trouvait pas ça juste non plus. Le jour où il le faudrait, j’avais presque de quoi en moi me payer la mort… J’étais un rentier d’Esthétique. J’en avais mangé de la fesse et de la merveilleuse… je dois le confesser de la vraie lumière. J’avais bouffé de l’infini.
Elle avait pas d’économies, tout ça se pressent très bien, y a pas besoin d’en causer. Pour croûter et jouir en plus il fallait qu’elle coince le client par la fatigue ou la surprise. C’était un enfer. Après sept heures, en principe, les petits boulots sont rentrés. Leurs femmes sont dans la vaisselle, le mâle s’entortille dans les ondes radios. Alors Vitruve abandonne mon beau roman pour chasser sa subsistance.
D’un palier à l’autre qu’elle tapine avec ses bas un peu grillés, ses jerseys sans réputation. Avant la crise elle pouvait encore se défendre à cause du crédit et de la manière qu’elle ahurissait les chalands, mais on la donne à présent sa fourgue identique en prime, aux perdants râleux  du bonneteau. C’est plus des conditions loyales. J’ai essayé de lui expliquer que c’était la faute tout ça aux petits Japonais… Elle me croyait pas. Je l’ai accusée de me dissoudre exprès ma jolie Légende dans ses ordures même…
« C’est un chef-d’oeuvre ! que j’ajoutai. Alors sûrement on le retrouvera ! »
Elle s’est bidonnée… On a fourgonné ensemble dans le tas de la camelote.
La nièce est arrivée à la fin, très en retard. Fallait voir ses hanches ! Un vrai scandale sur pétard… Toute plissée sa jupe… Pour que ça tienne bien la note. L’accordéon du fendu. Rien ne se perd. Le chômeur c’est désespéré, c’est sensuel, ça n’a pas le rond pour inviter… Ça ramène.
« Ton pot ! » qu’ils lui jetaient… En pleine face. Au bout des couloirs, à force de bander pour des prunes. Les jeunots qui ont les traits fins plus que les autres, ils sont bien doués pour en croquer, se faire bercer dans la vie. Ça c’est venu plus tard seulement qu’elle est descendue se défendre !… après bien des catastrophes… Pour le moment elle s’amusait…
Elle l’a pas trouvée non plus ma jolie Légende. Elle s’en foutait du « Roi Krogold »… C’est moi seulement que ça tracassait. Son école pour s’affranchir, c’était le « Petit Panier » un peu avant le Chemin de Fer, le musette de la Porte Brancion.
Elles me quittaient pas des yeux comme je me mettais en colère. Comme « paumé » à leur idée, je tenais le maximum ! Branleur, timide, intellectuel et tout. Mais à présent à la surprise, elles avaient les foies que je me tire.
Si j’avais pris de l’air, je me demande ce qu’elles auraient boutiqué ? Je suis tranquille que la tante elle y pensait assez souvent. Comme sourire c’était du frisson ce qu’elles me refilaient dès que je parlais un peu de voyages…

→ A suivre

 

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