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6 août 2017

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (80)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

« Je ne sais pas, Valérie. Et alors, une nuit, le vieux Roi a envoyé chercher son ami, le vieux Duc. Lui ne faisait pas de bruit, il ne formait pas de jeunes chevaliers. Et il arriva, en pleine nuit, dans le château montagnard. Et le vieux Roi fit venir quatre de ses disciples,quatre jeunes paladins ».
Eugène Olivier commençait à se prendre au jeu des énigmes. Tissier de Mallerais, Fellay, Galaretta et Williamson. Et le plus étonnant était que ces quatre noms aient ressurgi soudain dans sa mémoire comme des pantins sortis de leur boîte. Pourtant il y avait plus de six ans qu’il avait entendu cette histoire de la bouche de son père.
« Rome est occupée par des antéchrists, mes enfants, dit le vieux Roi. Aurez-vous le courage, tous les quatre, de devenir évêques, pour que ne périsse pas cette messe à laquelle assistaient Charlemagne, Charles Martel, Clovis et Jeanne la Pucelle ? Ou préférez-vous que l’ancienne messe disparaisse avec nous ? Non, répondirent les paladins. Nous ne craignons pas Rome, nous ne voulons qu’une chose, c’est que vive la messe. Et, avant l’aube, les jeunes chevaliers dressèrent des tentes dans une grande prairie, car aucune salle du château n’était assez grande pour accueillir la foule qui affluait. Avant que le pape ait pu être informé, le vieux Roi et le vieux Duc avaient ordonné évêques les quatre paladins. Et le peuple en liesse jubilait. Et cela se passait il y a soixante ans, Valérie, tout juste soixante ans dans deux mois ».
« Et le pape alors ? »
« Il fut pris d’une grande colère. Si grande même, qu’il ordonna d’excommunier tous les partisans du vieux Roi et tous ceux qui assisteraient à la messe véritable. Il faut dire que, pas plus que les mauvais papes qui l’avaient précédé, il ne songea à excommunier ni les francs maçons, ni les communistes. Ah, excuse moi, Valérie, tu ne sais pas de qui je parle. Donc, le pape se fâcha et dit à tout le monde que désormais, le vieux Roi était son ennemi. Et que ses amis étaient les idolâtres, les polythéistes et les musulmans ».
« Les derrières étaient ses amis ? Alors c’est vrai qu’il était l’Antéchrist ! ».
« Valérie, tu dois dire, les Sarrasins. Bon, mais le vieux Roi n’avait pas peur du pape, pas peur du tout. Il continuait à vivre tranquillement dans son château montagnard, veillait sur la Coupe du Graal, et il mourut trois ans plus tard, le coeur en paix. Voilà, c’est la fin de l’histoire ».
« Non, attends ! Et les chevaliers, tu sais les quatre chevaliers, quand le vieux Roi a été mort, ils n’ont pas eu peur du pape Antéchrist ? ».
« Je dois te dire, Valérie, que quand j’étais petit, je ne posais pas ces questions là. Et je ne t’aurais pas raconté cette histoire, si j’avais su que tu les poserais ».
« Ils ont eu peur alors ? »
Le père Lotaire poussa un soupir :
« Pas tout de suite, bien sûr. Ils ont tenu plus de dix ans, et ensuite, ils se sont mis à chercher discrètement un moyen de se réconcilier avec le pape. Et, de ce temps, le pape cherchait, mine de rien, à les diviser. Et même si le voeu du vieux Roi a été exaucé – la messe, la messe véritable est célébrée encore de nos jours, personne ne dit plus la fausse depuis longtemps -, cependant il reste très peu de prêtres ».
« Si peu que tu es le seul dans tout Paris ? ».
Eugène Olivier entendit frémir le père Lotaire.
«D’où est-ce que tu sais ça ? En plus, c’est une question sotte. D’abord, nous étions deux, il y a encore très peu de temps. Ils ont attrapé et tué le père François l’hiver dernier seulement. Ensuite, dans tous les ghettos de Paris, il n’y a pas plus de trois cents chrétiens. Pour si peu de fidèles, un seul pasteur suffit tant bien que mal. Mais il y a encore à dire que s’ils me tuent, nos évêques ordonneront un nouveau prêtre. Un des moines des forêts de Bretagne ou un séminariste clandestin. Ils sont peu nombreux, mais ils existent. Nous n’allons pas nous laisser décourager, Valérie».
«Le vieux Roi aurait dû choisir des paladins plus courageux».
« C’était difficile. Le vieux Roi était un juste. Autour de lui, les gens présumaient de leurs forces, ils cherchaient à sauter plus loin que leur ombre. Il ne pouvait pas leur dire tout de même : vous êtes pleins d’assurance seulement parce que je suis parmi vous ! Un chrétien charitable ne prononcera jamais de telles paroles. Et pourtant, c’était la vérité ».
« Elle n’est pas jolie, ton histoire. Elle est triste. Moi je vais t’en raconter une rigolote, tu veux ? »
« Oui, beaucoup ».
« La Mère de Dieu va bien s’amuser dans pas longtemps ».
« Nous allons prier à cette intention, Valérie ».
Il n’obtint en réponse qu’un frôlement, léger comme la course d’une souris, puis un soupir et la respiration régulière du sommeil qui vient…
Le prêtre, comme le devina Eugène Olivier dans l’obscurité absolue du souterrain,demeura assis, la tête penchée au dessus de l’enfant.
« Dors, et que la Mère de Dieu t’envoie sa paix au moins dans tes rêves, murmura-t-il, et l’on ne savait s’il s’adressait à la fillette ou à lui-même. Dors, petite énigme impénétrable, venue de nulle part, petite fille sans passé. Inutile d’interroger Jeanne Sainteville sur son enfance. On voit bien qu’elle a perdu ses parents vers l’âge de dix-onze ans, pas plus tôt, car une perte trop précoce aurait brisé sa volonté, ni plus tard, sinon elle n’aurait pas acquis une telle indépendance à seize ans. Mais toi, tu n’es ni Valérie Sainteville, ni Valérie Bourdelet, ni Valérie Lévêque. Tu es Valérie. Peut-être tes parents ont-ils été tués sous tes yeux, peut-être étaient-ils des justes qui t’ont appris à prier dès tes premiers balbutiements. Mais on peut supposer, avec la même vraisemblance, qu’ils sont des collabos, peut-être même vivants et prospères à l’heure qu’il est. Tu as pu surgir des cendres d’une maison dévastée, ou, qui sait, tu as quitté un beau jour la table familiale pour ne plus revenir, et personne n’a osé se mettre en travers de ton chemin. Ton passé est tout aussi inconcevable que la vérité infaillible que tu incarnes aujourd’hui. Dors, mon enfant ».

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→ A suivre

 

6 août 2017

Jain – Dynabeat

Publié par ditchlakwak dans "Musi-Kwak"
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