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10 septembre 2017

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (85)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

Chapitre 12.

Le chemin des squelettes.

Les phares de la Harley firent surgir de l’obscurité un enchevêtrement blanchâtre d’ossements humains.
« Six millions de squelettes, tu parles, comme si quelqu’un avait pu les compter»,ricana Jeanne non sans irritation, et elle diminua les gaz. « Il y a de fameuses ornières par ici, juste ce qu’il faut pour culbuter par-dessus le guidon ».
« Si l’on y réfléchit, c’est tout de même scandaleux de faire du moto-cross à travers un cimetière si démesuré, et vous, les ancêtres, vous pourriez en prendre ombrage. Mais, à votre place, je trouverais plutôt agréable le spectacle de cette super moto, et puis nous ne sommes pas des étrangers vous et moi ».
Chevaucher un deux roues à l’intérieur du gigantesque ossuaire à vitesse pas trop ridicule n’était possible que sur de rares tronçons. Dans le temps, c’est-à-dire lorsque Jeanne était enfant, ses parents faisaient visiter les catacombes, et les itinéraires étaient alors entretenus. Par contre on ignorait une grande quantité de ramifications. C’est plus tard que les archéologues du Maquis les avaient reconnus, et ils avaient pour cela de bonnes raisons. Autrefois, on pouvait trouver le plan des catacombes dans n’importe quel kiosque à journaux, on le diffusait par centaines d’exemplaires sous forme d’albums, de dépliants et de guides touristiques. Et les Sarrasins disposaient, aujourd’hui encore, de toute cette documentation. Tôt ou tard, ils s’en prendraient aux catacombes pour de bon. Ils ne les inonderaient pas, c’était trop risqué sur une surface aussi grande. Ils auraient peur d’un effondrement de terrain qui entraînerait les immeubles. Mais ils pouvaient très bien, mine de rien, y couler du béton, organiser des patrouilles de surveillance ou lâcher des gaz toxiques. C’est pourquoi, il était vital qu’il y eût des tunnels postérieurs à la période touristique, des passages, creusés au cours de la dernière décennie, qui faisaient communiquer l’ossuaire avec les égouts, et ces derniers avec les lignes de métro abandonnées. Et puis, il y avait des endroits absolument secrets, comme celui vers lequel elle se dirigeait.
Pour la dixième fois en quarante minutes, Jeanne avait été obligée de mettre pied à terre pour tirer sa moto dans un goulet d’étranglement. Mais l’engin, bien qu’en matériaux allégés, pesait quand même un âne mort ! Ah ! La Harley, tout d’un coup venait de perdre les deux tiers de son poids.
« A la pétarade qui s’entend de loin, j’ai compris que c’était le méchant petit cochon nommé Sainteville qui chevauchait son manche à balai ! Qu’on sorte de ce boyau, et il va voir comment je lui tire la queue ! ».
« Qu’est-ce que j’ai encore fait ? ».
Henri La Rochejaquelein avait l’habitude de s’adresser à Jeanne comme à un gamin, comme à un petit frère. Avant, cela ne lui déplaisait pas, mais, depuis quelque temps, elle en ressentait parfois de l’irritation, sans savoir pourquoi.
« Tu ne t’en doutes pas ? ».
« Pas du tout ».
La Rochejaquelein reposa la roue arrière sur le sol, attrapa Jeanne par le col de son blouson et lui flanqua sur les fesses une claque un peu trop rude pour n’être qu’une simple plaisanterie.
Jeanne se dégagea d’autant plus facilement qu’il ne cherchait pas sérieusement à la retenir.
« Je te signale que ma mère s’est foulé la main comme ça. Moi, je n’ai rien senti, mais elle s’est promenée pendant une semaine avec deux doigts bleus et enflés. Comment ça va, toi ? ».
On entendait, dans l’obscurité, les efforts infructueux de La Rochejaquelein pour étouffer un fou rire. L’orage n’était pas tout à fait passé, sinon il aurait donné libre cours à son hilarité.
« J’ose imaginer, petite peste, que ma poigne est un peu plus solide que la main de ta mère ».
« Oui, mais, depuis, mes fesses aussi sont devenues plus dures. Je suis quand même contente que tu ne te sois pas blessé, La Rochejaquelein ».
La torche électrique, que La Rochejaquelein avait éteinte pour ne pas trahir sa présence avant d’avoir identifié le visiteur du tunnel, fit jaillir à nouveau son faisceau de lumière. Seul apparut son visage au front trop régulier barré par une boucle de cheveux de lin, son treillis de camouflage continuait à dissimuler son corps dans l’obscurité.
« Bon, maintenant, je parle sérieusement. Qu’est-ce que tu t’es permis de faire ? Qui a fait sauter l’imam ? Ce n’est pas toi peut-être ? ».
« Alors, on peut zigouiller un cadi, mais un imam est intouchable ? ». Depuis toujours, Jeanne avait considéré l’attaque comme le plus sûr moyen de se défendre.
« Le cadi a été liquidé parce qu’ainsi en avaient décidé des adultes raisonnables, capables de calculer les conséquences de leurs actes. Et un moment particulièrement favorable avait été choisi. Pas besoin, je pense, de te faire un dessin, pas vrai ? Ecoute, Jeanne Sainteville, je te parle comme ton commandant : encore une connerie comme celle là, et je te nomme responsable de la cueillette du muguet au bois de Fougères. Tu en as marre peut-être d’être un soldat ? Le plus vexant, c’est que ça crevait les yeux que c’était idiot de faire ça. Tu sais tout ça évidemment, mais tu ne veux pas le reconnaître ».
« D’accord, La Rochejaquelein, c’était idiot, c’est vrai. Mais lui, c’était un super salaud».

→ A suivre

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