18 février 2018
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (107)
Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Dans son bureau, l’imam se laissa choir, sans force, sur un divan dont les coussins moelleux accueillirent son corps en souplesse. Avec quel souci du confort de l’éminent personnage ces pièces avaient été meublées, avec quel zèle ses épouse savaient présidé à leur décoration, discutant entre elles et avec les designers, marchandant avec les ouvriers et les fournisseurs ! Du temps des kafirs, ces appartements étaient occupés par une exposition d’objets précieux. Très pratique par mauvais temps, un couloir intérieur les faisait directement communiquer avec la nef. Bien sûr, il avait fallu ajouter quelques pièces supplémentaires que l’on avait accolées au mur extérieur. L’ancien occupant, un vieillard débile, se contentait de vivre à l’étroit avec sa dernière et – désormais – unique femme.
Bien que les enfants de ses deux plus anciennes épouses aient été depuis longtemps tirés d’affaire, l’imam Movsar-Ali avait tenu à faire les choses en grand. Et qui aurait pensé, qui aurait imaginé que ce prestigieux logis sis en plein cœur de la ville pût un beau jour se transformer en une redoutable souricière sur laquelle se refermerait en claquant la trappe des ponts !
Et que n’avait-il pas tenté pour obtenir sa mutation depuis la Vieille mosquée, quels efforts n’avait-il pas déployés !
Et tout ça pour en arriver là?! Que n’était-il resté rue Quatrefages, il serait bien tranquille maintenant, à quelqu’un d’autre que lui de supplier au téléphone ces incapables des compagnies de sécurité de se remuer un peu ! Mais que les choses rentrent dans l’ordre et il leur en cuirait avec leur « on fait le maximum » !
Les choses rentreraient-elles dans l’ordre ? C’était bien le hic….
Dévoré par l’angoisse, Movsar-Ali passa dans les appartements des femmes. En chemin, il tomba sur sa troisième épouse, Khadicha qui jouait aux cubes sur un tapis avec le petit Aslanbek, âgé d’un an. A la vue de son mari, son visage, naturellement apeuré, prit comme d’habitude une expression de bête traquée ce qui avait le don, même en des temps bien plus fastes, d’exaspérer Movsar-Ali. Lequel ne cessait de ruminer en son for intérieur qu’il n’avait pas eu la main heureuse pour cette troisième union. Pourquoi avoir choisi de combler de bonheur, d’élever jusqu’à son statut social une famille des plus quelconques ?
Il n’en avait retiré ni avantage matériel, ni agrément. Certes, sa femme, il fallait lui rendre justice, lui avait donné un enfant robuste et sain. Par malchance, c’était encore un garçon,or il en avait déjà cinq, Aslanbek ne venait qu’en sixième position. Par contre, tout ce qu’il avait entendu dire, dans sa jeunesse, sur la prétendue fougue sexuelle des Scandinaves, c’était une supercherie pure et simple. Il avait été roulé. Car on sait bien que le premier, voire le second mariage, sont conclus dans le jeune âge pour asseoir sa situation. Mais ensuite, n’est-l pas légitime de s’accorder un petit plaisir ? Ce qu’il visait alors, c’était une nymphette d’une quinzaine d’années, fraîche, ça va de soi, mais aussi délurée et pas bégueule. La plus jeune épouse bénéficiant de plus de cadeaux que les autres, n’était-il pas normal qu’elle fasse tous ses efforts pour s’en rendre digne ? C’était d’ailleurs son propre intérêt que de savoir complaire à son époux. Oui, mais il avait fallu déchanter. Au lit, elle ne bougeait pas plus qu’une bûche, tout juste si elle ne se mettait pas à brailler, comme si on la violait (92). D’un pas mal assuré, l’enfant essayait d’atteindre la tour de cubes que sa mère avait édifiée, mais il tomba sans se faire mal et sans pleurer, préférant tout de même poursuivre son chemin à quatre pattes. En fixant du regard la petite tête blonde, l’imam fut saisi d’une trouble pensée.
A force de vivre dans l’insouciance, on se retrouvait désarmé dans l’adversité. Les anciens auraient eu tôt fait de mettre la main sur des otages. Des gosses, comme celui-là, il n’y avait rien de mieux. Plusieurs, de préférence, pour en égorger un sous les yeux des kafirs par mesure d’intimidation et garder les autres en vue de négociations. Et justement, Aslanbek ressemblait à un enfant de kafir, surtout de loin. Il n’était pas inscrit sur son visage qu’il était né dans la vraie foi. C’était une idée à suivre. Personne, mieux que lui-même, n’irait se soucier de sa sauvegarde. Et pourquoi ne pas donner l’ordre aux policiers de faire savoir aux kafirs, en exhibant Aslanbek, qu’ils détenaient en otage des enfants du ghetto ? Avec, comme exigence, qu’on laisse sortir de la Cité l’imam et sa famille, ou, du moins, les gens qui l’accompagnaient. Oui, mais dans tous les cas, il lui faudrait leur livrer son fils, et la manière dont ils réagiraient à cette escroquerie était imprévisible. C’est sûr que lui, si on le ridiculisait à ce point, il n’hésiterait pas à fracasser le crâne de ce chiot contre le premier mur venu.
Mais ça pouvait tourner encore plus mal, et alors, impossible de prévoir jusqu’où il faudrait aller. Peut-être devrait-il lui-même abattre l’enfant. Ah, si au moins les domestiques avaient des gosses. Mais même pas !
Bon, il s’agissait de raisonner sainement. Aslanbek était son sixième fils, né d’une épouse de piètre extraction. Même s’il fallait lui faire prendre des risques, des risques majeurs, ce n’était pas plus grave que de sacrifier aux échecs un pion pour sauver le roi. Le père possède sur ses enfants un droit sacré de propriété, et seul une mauviette serait incapable, dans de telles circonstances, de ne pas faire preuve de la force de caractère requise. Pour une telle faiblesse, ses vénérables ancêtres lui auraient craché au visage !(93)
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92 – Je renvoie ici le lecteur à un court-métrage sorti récemment sur les écrans hollandais sous le titre Soumission. L’auteur, Khirsi Ali,
une ex-musulmane, dépeint la situation de la femme dans les familles musulmanes. Le metteur en scène de ce film, Théo Van Gogh, a été
assassiné le 2 novembre 2004. Je viens d’entendre aujourd’hui même cette information à la télévision, alors que j’étais occupée à corriger
les épreuves de ce livre.
93 -Je suis la première à éprouver un malaise en écrivant ce livre. Hier, 11 octobre, alors que cet épisode me venait à l’esprit, je me posais
la question : est-ce que je ne serais pas malhonnête ? Est-ce que je n’en rajouterais pas ? Le soir même, j’entends les titres du Journal
télévisé Notre Temps:« Dans le nord du Caucase, des terroristes ont tenté d’utiliser leurs propres femmes et enfants comme boucliers
humains ».







