Pêle-mêle

4 mars 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (109)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Les insurgés avaient établi leur Q.G. dans les locaux d’Europol. Brisseville n’avait pas hésité à réquisitionner deux garçons, Malezieux et Garaud, pour effacer tous les fichiers sur les disques durs des ordinateurs.
On ne voyait pas l’urgence de cette démarche, mais elle ne suscita aucune réserve. Sophia Sévazmiou qui avait troqué papirosse et révolver contre une tasse de thé en carton – hérésie presque contre nature – avait laissé tomber ce commentaire énigmatique : « Ce qui est bon pour un Russe, est fatal pour un étranger ».
Henri décrocha :
« Allo, La Rochejaquelein au téléphone ! Oui, Laval, alors, comment ça se passe chez vous ? ».
Pierre Laval était responsable des opérations d’évacuation au ghetto de Pantin, le plus important de Paris.
« Le mieux du monde. Figure-toi que, dans tout le ghetto, il ne restait plus que cinq flics. Les gens se sont remis de leurs émotions et, à l’heure qu’il est, on a évacué dans les souterrains plus de quatre cents personnes. Le seul ennui, c’est que les femmes bourrent leurs baluchons d’un tas de souvenirs : des photos, des bouquins, des assiettes de l’arrière grand-mère et que sais-je encore….Je les comprends, bien sûr, mais ça fait problème… ».
Le vrai problème est pour plus tard, pensa machinalement La Rochejaquelein. Il allait falloir entasser dans les catacombes plus de dix mille personnes, et, ensuite, par petit groupes, leur faire quitter Paris…Mais tout était bien comme ça, très bien même.
« Et à Austerlitz, c’est comment ? ».
« Pour le moment, tout a l’air de se passer normalement. Bon, je raccroche. Bien que la ligne soit sécurisée, on ne sait jamais, salut ! ».
Le père Lotaire se mordait les lèvres :
« Neuf heures dix….Sophie, la pose des mines prendra combien de temps ? ».
« En mobilisant cinq hommes, on y mettra moins d’une heure. Mais il en faudra deux et plus pour déloger les occupants. Ils se sont rudement bien embusqués, ces fils de chien ».
« Plus l’heure qui nous sera nécessaire – et peut-être davantage – pour examiner le chœur, procéder à sa nouvelle consécration. Sophie, nous n’allons pas pouvoir donner ordre à tout dans le temps canonique ».
« Qu’entendez-vous, mon Révérend, par temps canonique, ne put s’empêcher des’étonner Brisseville. Il me semble n’avoir jamais entendu cette expression ».
Le père Lotaire répondit d’un ton morne :
« Les néo-catholiques disaient la messe à n’importe quelle heure de la journée, quand ça les arrangeait. Cela ne faisait aucune difficulté puisqu’ils avaient aboli le jeûne liturgique. Selon le droit canon, le prêtre ne doit ni manger, ni boire avant de célébrer ».
« Et combien de temps avant ? »
« A partir de minuit ».
« Et alors, vous…. »
« Oh, pour moi, c’est sans importance, j’ai l’habitude. Comprenez moi bien, je peux très bien tenir jusqu’au soir, s’il le faut, sans absorber une goutte d’eau, comme il est de règle, chez nous, le Samedi Saint. Mais commencer une célébration après midi, ça, je ne peux pas, que j’ai bu ou non, ce n’est pas le problème. C’est interdit, un point, c’est tout ».
« D’accord, mais, pour le moment, nous n’avons aucune raison de nous désoler ».
Sophie s’était levée avec, comme toujours, la vivacité propre à la jeunesse. Elle avait soulevé le panneau de verre opaque teinté. Devant la fenêtre, un jeune marronnier ployait sous le poids d’une incroyable multitude de petites pyramides d’un rose éclatant. « Il est neuf heures passé, et, pour le moment, nous n’avons à déplorer aucune perte. Soit dit en passant, et toute émeute mise à part, il y a des jours bien plus néfastes. Nous ne pouvons tenir l’île plus de vingt-quatre heures. Mais ils ne savent rien de notre plan. De leur côté, ils doivent considérer ces vingt-quatre heures comme notre objectif minimum, sinon, le contour de ce qui se trame leur sauterait aux yeux. Qu’en dites-vous, Henri ? ».
« Je dirais que je n’aimerais pas avoir à prendre la cathédrale d’assaut. Ils ont barricadé les fenêtres avec ce qui leur tombait sous la main. Pas facile de les déloger, et les abords immédiats ont été transformés en terrain nu. Tous les arbres ont été abattus depuis longtemps et remplacés par des fleurs idiotes, selon leur stupide fantaisie. On y laisserait trop d’hommes, c’est rageant, et qui aurait dit qu’il nous faudrait prendre en premier lieu la cathédrale elle-même et non le Palais de Justice ou Europol ! »
« A quoi bon s’arracher les cheveux maintenant? Vous êtes bien tous d’accord avec moi que le moment le plus favorable pour s’emparer des bâtiments, avec le moins de pertes possible, est le petit matin ? ».
La Rochejaquelein fronça le sourcil.
« Nous n’éviterons pas les pertes, nous ne ferons que les limiter. Il y a tout de même une chose qui me chiffonne, c’est que l’un de ces salauds, celui qui a pris position sur le toit de la cathédrale, est armé d’un fusil à lunette. Oui, Lévêque, qu’y a-t-il ? ».
« Les gars ont réussi à couper la queue du téléphone, annonça joyeusement Eugène-Olivier. Reste à savoir, bien sûr, où ils en sont avec les mobiles. Mais les liaisons par fil sont interrompues »

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