29 avril 2018
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (117)
Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Brisseville laissa retomber ses jumelles : on voyait très bien à l’œil nu que les choses sérieuses commençaient de l’autre côté de la barricade. On avait mis en branle les gros engins de déblaiement : bulldozers, super tracteurs. Il fallait s’y attendre. Pour les voitures de pompiers, c’était bien vu. Mais de quelle utilité seraient-elles ?
« Cette fois, on y est » souffla un jeune inconnu, couché à côté de Jeanne. Comme fasciné, il observait un bulldozer qui s’approchait de la première ligne des barricades.
« C’est pas trop tôt, pouffa Jeanne. Ils ont dû se torturer ce qui leur tient lieu de cervelle pour en arriver là !Pourquoi est-ce que nous économisons les cartouches ? ».
Le bulldozer progressait lentement vers l’enchevêtrement des carcasses de voitures. Jeanne pouvait voir maintenant, à travers les vitres de la cabine, le visage gris de peur du conducteur black. Il faut croire qu’ils ne fabriquaient pas de cabines blindées.. Le godet gigantesque de la pelleteuse s’abattit brutalement sur la Citroën qui gisait, les roues en l’air. Par bonheur, Jeanne eut le temps d’entrouvrir la bouche, avant que la déflagration ne vint frapper durement ses tympans, ce qui en adoucit le choc. Les mines dissimulées, qui truffaient de bas en haut l’amas métallique , explosaient les unes après les autres. Les réservoirs d’essence prirent feu instantanément, et pour commencer, celui du bulldozer qui avait été renversé sur la chaussée. La muraille de flamme qui s’élevait maintenant vers le ciel interdisait de voir les pertes subies par l’ennemi. Mais, à en juger par le vacarme ambiant, les grincements, les grondements et les cris d’effroi, le résultat était encourageant. Et littéralement dans la seconde qui suivit, une nouvelle série de détonations assourdissantes se fit entendre sur l’autre bras de la Seine, à peine atténuée par la distance. Et puis, à nouveau de ce côté-ci, mais plus à l’ouest. Jeanne riait sans même remarquer qu’elle versait aussi des larmes de bonheur.
« C’est classe ! c’est vraiment classe ! Hé, tu as pigé qu’ils avaient reçu l’ordre d’attaquer tous les ponts à la fois ? ».
« Par parenthèses, je m’appelle Arthur »,dit le jeune homme en tendant la main.
« Jeanne ».
« Dites, vous n’avez pas de blessés ? ». C’était Michelle, la petite Africaine. Elle portait cette fois une robe rose pâle ornée de feuilles d’érable argentées ce qui jurait quelque peu avec l’énorme sac de soins d’urgence qu’elle traînait sur l’épaule.
« Pour le moment, rien à signaler, répondit Jeanne. Ecoute, tu aurais pu, au moins aujourd’hui, t’habiller comme tout le monde. C’est à pleurer de voir comme tu sautilles sur tes talons-aiguilles ! ».
Michelle leva le menton d’un air résolu.
« Et s’il faut aujourd’hui donner sa vie pour Notre Seigneur Jésus ? ».
« Quel rapport avec lestalons-aiguilles ? ».
« Pour une telle fête, on sort ses plus beaux habits ».
Jeanne fit l’étonnée.
« C’est sans doute pour ça que, même dans le ghetto, tu étais si bien pomponnée ? ».
« Bien sûr, chaque jour pouvait devenir mon jour de fête. Excuse-moi, j’y vais, puisque chez vous tout est OK ».
Jeanne ne put s’empêcher de l’accompagner d’un petit sifflement admiratif. Elle se sentait loin d’une telle piété.
*
**
« Bon, pour quelques « Stinger », passe encore, mais les mines, d’où les sortent-ils ? D’où sortent-ils ces mines ? Des mitraillettes, des fusils, on peut à la rigueur l’expliquer !Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’ils vont encore nous sortir, et d’où le tirent-ils ? ».
La voix du général s’enrageait dans le combiné comme un fauve dans sa cage.
« Je ne pense pas tout de même que ça vienne de Russie, répondit Kassim avec lassitude. Et puis, mon général, ce n’est sans doute pas le meilleur moment pour engager une enquête judiciaire. Mais il doit y avoir quelque part un dépôt d’armes qui a été sérieusement dévalisé».
« On est en train de contrôler l’état des stocks. Il faudrait au moins savoir ce que nous mijotent encore les kafirs. Et l’imam Movsar-Ali, il a cessé d’appeler ? ».
« Exact, mon général ». Cette réponse sembla rassurer le général.
« Ce n’est pas plus mal comme ça. Même si ça doit faire scandale, je n’ai pas l’intention de mobiliser des tas de soldats pour le sauver à tout prix. Le personnel des mosquées n’est pas de mon ressort ».
Kassim rit sous cape. Le général n’était pas français, mais issu d’une famille aisée installée à Paris depuis quatre générations. Il ne se serait jamais permis de tenir des propos aussi équivoques en présence d’un autre Arabe.
« Il y a beaucoup de pertes ? «






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