Pêle-mêle

24 août 2018

L’histoire absurde, triste, invraisemblable …(1)

Publié par ditchlakwak dans Journal de la comtesse Léon Tolstoï
21 juillet 1891

Force m’est de narrer l’histoire absurde, triste, invraisemblable qui est arrivée aujourd’hui. A vrai dire, je ne sais ce qui est absurde. Est-ce moi ? Sont-ce les situations dans lesquelles on se trouve parfois placé. Je suis excédée, brisée d’âme et de corps !
Aujourd’hui, avant le déjeuner, Liovotchka m’annonce qu’il adresse à quelques journaux une lettre par laquelle il renonce à ses droits sur toutes ses dernières œuvres. Il y a quelque temps, lorsqu’il m’avait fait part de cette intention, j’avais décidé de me soumettre humblement et je l’avais fait. A quelques jours de là, il revint sur cette question. Cette fois, n’y étant pas préparée, j’éprouvai tout d’abord envers lui un sentiment mauvais, c’est-à-dire je sentis nettement tout ce que cette démarche avait d’injuste envers la famille. Pour la première fois, je compris que, par cette renonciation, il déclarait encore une fois publiquement son désaccord avec sa femme et ses enfants. C’est là surtout ce qui m’a alarmée ! Nous nous sommes dit l’un à l’autre maintes choses déplaisantes. Comme je lui reprochais son avidité de gloire, sa vanité, il s’est écrié que j’avais besoin de roubles et qu’il n’avait jamais vu femme plus bête et plus avide que moi. Je lui ai reproché de m’avoir constamment humiliée parce qu’il n’avait pas l’habitude d’avoir affaire à des femmes comme il faut ; il prétendit que tout l’argent que je recevais ne me servait qu’à gâter les enfants. Il finit par me crier : « Va-t’en, va-t’en ! » — Je suis partie. Ne sachant que faire, j’allai d’abord au jardin. Le gardien s’étant aperçu que je pleurais, j’eus honte de moi. Alors j’allai dans le verger aux pommes, m’assis au bord d’un petit fossé et, avec le crayon que j’avais dans la poche, je signai toutes les déclarations. Puis j’écrivis dans mon petit carnet que j’allais me suicider à Kozlovka parce que j’étais accablée par la discorde qui régnait entre Liovotchka et moi, parce que je n’avais plus la force de décider seule toutes les questions concernant la famille.
Telles étaient les raisons pour lesquelles je voulais quitter la vie.
(A suivre)

Journal de la comtesse Léon Tolstoï
Sophie Tolstoï

21 août 2018

TRUC SIMPLE POUR STIMULER LA PRODUCTIVITÉ

Publié par ditchlakwak dans Vidéos
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19 août 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (133)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
« Eh bien, tu vois, tout est arrangé ».
Le père Lotaire se tourna vers l’autel : «Gloria tibi, Domine».(116)
Eugène Olivier n’écoutait plus les paroles, il n’était plus attentif à la messe, submergé tout entier par le flot de l’offense, l’offense d’un sacrifice imposé. Quelque part dans les murs, dans les recoins vulnérables de la pierre, le sablier électronique égrenait les ultimes instants.Les burettes de verre brun, aussi ordinaires que des flacons d’apothicaire, tremblaient dans les mains du jeune homme. Sur l’un des deux étuis en cuir qui les recouvraient, un relief figurait une grappe de raisins, sur l’autre le dessin était effacé. Eugène Olivier choisitce dernier pour verser l’eau sur les doigts du père Lotaire.
« C’est bien. Va, et que Dieu te protège » souffla le prêtre en se retournant vers l’autel.
Hélas, on voit combien il souffre, ce gamin, de rester vivant, pensa Sophia. Courage, mon garçon, il va bien falloir que tu t’y résignes. On a fait beaucoup sans toi, aujourd’hui, et l’œuvre est pourtant achevée.
«Orate, fratres… ».(117)
*
**
D’un pas un peu chancelant, Eugène Olivier se dirigeait lentement vers les portes, comme s’il attendait que le prêtre le rappelât. Au trefois, il y avait là une allée centrale entre deux rangs de bancs de bois. C’était avant que le moderniste Mgr Lustiger (118) eût fait édifier, en travers du passage, une stupide estrade, à son tour détruite par les musulmans.
Ces derniers avaient recouvert l’espace libéré par un tapis de carreaux de faïence, bigarrés jusqu’à l’éblouissement. Mais Eugène Olivier les foulait sans les voir. Il marchait sur l’ancien pavement entre les longues rangées de bancs en bois dur, à droite et à gauche, sur le prie-Dieu desquels étaient maintenant agenouillés des dizaines de fidèles. Parmi eux, il distinguait des silhouettes familières : celle de Patrice Lévêque qui tournait la tête vers son petit-fils avec un sourire joyeux, celle d’Antoine-Philippe Lévêque, au visage maladif, encore marqué par une crise insupportablement douloureuse, celle de Claire-Eugénie Lévêque, qui avait perdu trois fils sur la ligne Maginot, cette ridicule ligne de défense que les Boches avaient enfoncé lors de la précédente guerre, celle de Geneviève Lévêque morte de la tuberculose à l’âge de dix-sept ans, celle d’Auguste-Antoine Lévêque en redingote et col droit qui avait doublé le capital familial dans l’industrie du caoutchouc, celle d’Eugène Lévêque, aux cheveux poudrés, enrichi par l’importation de chocolat, celle de Patrice-Olivier Lévêque, protecteur des corsaires, avec sa perruque à trois queues…
« Voilà donc ceux qui communient ici aujourd’hui ». Le pas d’Eugène Olivier se fit plus ferme.
Un petit tas de chiffons gris, abandonné près des portes, attira un instant son attention. Valérie ! Valérie, dans ses haillons, gisant sur le sol, sans mouvement. Ses boucles se brisaient en vagues, par terre. Ses menottes balafrées, toutes blanches, étaient écartées comme celles d’une poupée en porcelaine. Bien sûr, il aurait dû deviner plus tôt ! Il ne pouvait en être autrement, elle était morte, morte avec la cathédrale ! Eugène Olivier fit un effort pour vaincre la crainte que lui avait toujours inspirée la petite fille, et il s’agenouilla près d’elle.
D’un geste machinal, il souleva la mèche de cheveux qui dissimulait son visage. Même sans le toucher, il sentit sur sa main la tiédeur de son front. Il appliqua précipitamment sa tête sur la poitrine de l’enfant qui se soulevait, et il entendit son cœur battre. Mais qu’avait-elle alors ? Sa respiration était régulière, très calme, elle dormait. Eugène Olivier la souleva sans effort dans ses bras et, soudain conscient de l’urgence, gagna la sortie en courant presque. Si le père Lotaire ne l’avait pas chassé, qui aurait sorti Valérie du brasier qui se préparait ?
Cahotée par la course, Valérie ouvrit un instant les yeux. Encore plein de sommeil, son regard mécontent rencontra celui du jeune homme. Alors, ses paupières se fermèrent à nouveau et, avec un soupir, la petite fille se blottit plus confortablement contre son épaule. Jamais auparavant, Eugène Olivier n’avait observé chez Valérie un tel regard, si typiquement enfantin. Une enfant, une enfant comme les autres, bien que relevant d’un sérieux débarbouillage, dormait maintenant contre lui, son petit bras maigrelet pendant dans le vide. Eugène Olivier tressaillit. La menotte crasseuse où séchaient des traces brunâtres avait cessé de saigner. Les stigmates avaient disparu. Il n’y avait même pas de croûte à l’endroit de la plaie, mais une petite tache rose de peau fraiche. Délicatement, pour ne pas troubler le sommeil de son petit fardeau, Eugène Olivier, d’un coup de genou, ouvrit le lourd vantail et se retrouva dans la vive clarté d’un matin de la capitale, un matin bleu d’argent, baigné de soleil et retentissant de coups de feu. Un matin, où, malgré le sang et la mort qui rôdait, des filets d’eau limpide chantaient encore dans les fontaines. Un matin où Jeanne était présente, quelque part, tout près, vivante, il en avait la certitude.
Les minuteurs grignotaient imperturbablement les derniers instants de la cathédrale. Et le jeune prêtre continuait sa prière, et la vieille femme se pénétrait de ses paroles, agenouillée dans un mouvement spontané de son âme, sans doute pour la première fois de sa vie. Ils ne savaient ni l’un ni l’autre, bien que cette question fût présente à leur esprit, s’ils avaient peur. Dans quelques minutes, leurs âmes, violemment arrachées à leurs enveloppes corporelles, dans une inconcevable mais brève souffrance, allaient s’envoler à travers un cyclone gigantesque de pierres et de flammes.
___________________________________
116 -Gloire à Toi, Seigneur(lat.)
117 -Priez, mes frères(lat.)
118 -Lustiger, Jean-Marie (né en 1926), archevêque de Paris (1981), puis cardinal (1983), partisan de la modernisation et de l’«aggiornamento » de l’Eglise catholique romaine. C’est à l’initiative de Lustiger, et avec son aval, que fut entreprise, dans les années 90, une restauration de Notre-Dame, inspirée par les exigences du catholicisme réformé et défigurant l’intérieur de la cathédrale, tel qu’il était auparavant.
A suivre →
18 août 2018

Les poubelles des stars

Publié par ditchlakwak dans Divers

Ils photographient les poubelles des stars

L’analyse des poubelles pour appréhender la consommation et les comportements sociaux ? Bruno Mouron et Pascal Rostain, paparazzi de profession, ont décidé de « faire les poubelles » de leurs clients habituels, les célébrités. Après les poubelles de Marlon Brandon, Jack Nicholson ou Madonna… l’intérêt des 2 photographes s’est ensuite déplacé vers la sphère artistique, avec une présentation des déchets de Pierre Soulages, Louise Bourgeois ou encore Jeff Koons. Aujourd’hui, ce travail se tourne vers ces anonymes, qu’ils vivent au Quatar, à Tahiti ou en Chine, dans des banlieues cossues ou dans des favelas. Et ce qui fut au départ un gag de presse est vite devenu une réflexion plastique. …

A lire ici

17 août 2018

Député honnête …

Publié par ditchlakwak dans Humour

Député honnête

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