Mort à crédit (14) *
Cette façon de répandre des bobards, c’était dans le but que je m’inquiète… Je me dépêchais le lendemain alors de leur donner satisfaction. La brutalité servait pas. Surtout avec la Mireille, ça la rendait plus vache encore. Elle voulait se marier. Avec moi ou n’importe qui. Elle en avait marre des usines. À seize ans elle en avait déjà fait sept dans la banlieue Ouest.
« C’est fini ! » qu’elle annonçait. Aux « Happy Suce », aux bonbons anglais, elle avait surpris le Directeur bien en train de se faire pomper par un apprenti. Ah ! la bonne usine ! Pendant six mois elle a balancé tous les rats crevés dans la grande cuve aux pralines. À Saint-Ouen une contremaîtresse l’avait déjà prise en ménage, elle lui foutait des volées dans les cabinets. Elles s’étaient barrées ensemble.
Le Capital et ses lois, elle les avait compris, Mireille… Qu’elle avait pas encore ses règles. Au camp des Pupilles à Marty-sur-Oise on y trouvait de la branlette, du bon air et des beaux discours. Elle s’était bien développée. Le jour annuel des Fédérés, elle faisait honneur au patronage, c’est elle qui brandissait Lénine, tout en haut d’une gaule, de la Courtine au Père-Lachaise. Les bourriques en revenaient pas tellement qu’elle était crâneuse ! Mais alors des molletons splendides, elle levait le boulevard derrière elle à bander l’internationale !
Les petits maries, du Musette qu’elle fréquentait ils se rendaient pas compte de ce qu’ils avaient dans la main. Mineure, elle se méfiait des « mœurs ». Elle passait pour l’instant derrière Robert, Gégène et Gaston. Mais ils se préparaient ces petits des véritables malheurs. Elle les ferait tomber.
De la Vitruve et de sa nièce je pouvais m’attendre à bien des choses, la vieille surtout en savait trop pour ne pas s’en servir un jour.
Je l’atténuais par du pognon, mais la môme voulait davantage, elle voulait tout. Si je l’abordais à la tendresse, ça lui paraissait bien douteux. Je vais l’emmener au Bois que je me dis. Elle me garde des rancunes. Ce qu’il faut c’est que je l’intéresse. Au Bois j’avais mes intentions, je lui raconterais une belle histoire, je flatterais sa vanité.
« Demande à ta tante que je lui fais… Tu seras rentrée avant minuit… Attends-moi au café Byzance ! »
Nous voilà partis tous les deux.
À partir de la Porte Dauphine elle se sentait déjà plus contente. Elle aimait bien les beaux quartiers. À l’Hôtel Méridien, son horreur c’était les punaises. Quand elle se trouvait un petit giron, et qu’il fallait qu’elle ôte sa chemise, les marques alors lui faisaient honte. Ils savaient tous que c’en étaient des cloques de punaises… Ils connaissaient tous les liquides et les désinfectants qu’on brûle… Son rêve à Mireille c’était une crèche sans totos… Si elle s’était barrée maintenant sa tante l’aurait fait repoisser. Elle comptait sur elle pour la croûte mais je lui connaissais un petit marle qui prétendait bien aussi, le Bébert du Val-de-Grâce. Il a fini dans la « coco ». Il lisait le Voyage celui-là…
A suivre







