Mort à crédit (124) *
Alors, j’ai regardé la plaque, là devant moi, où je devais entrer !… C’était écrit bien exact « Meanwell College » et puis au-dessus des lettresbien plus rouges : Director J. P. Merrywin. C’était les indications, je m’étais pas gouré du tout. J’ai soulevé le petit marteau : Plac ! Plac ! Rien d’abord est survenu… alors j’ai sonné à l’autre porte. Personne n’a encore répondu…
Un bon moment… Enfin, ils ont remué dans la tôle… J’ai vu une lumière qui passait dans l’escalier… Je voyais à travers les rideaux… Ça m’a fait une sale impression… Pour un peu je me barrais d’autor… J’aurais couru après la môme… J’aurais rattrapé les frimants… Je serais jamais revenu au College…
Je faisais déjà un demi-tour… Tac ! je bute en plein dans un mec… un petit voûté en robe de chambre… Il se redresse. Il me dévisage… Il bafouille des explications… Ça devait être le propriétaire… Il était ému… Il portait des favoris… un rouquin… et puis des poils blancs… Un petit toupet sur les yeux. Il me répétait comme ça mon nom. Il était venu par le jardin… C’était la surprise ! C’était une drôle de manière… Il devait se méfier des voleurs… Il protégeait sa bougie… Il restait devant moi bredouillard. Il faisait pas chaud pour l’entretien. Il trouvait pas tous ses mots, le vent a soufflé sa calebombe :
« Ferdinand !… Je… vous… dis… bon… jour… Je… suis… content… que vous êtes ici… mais… vous avez… un grand retard… que vous est-il arrivé ?…
— J’en sais rien… que j’ai répondu. »
Il a pas insisté du tout… Alors il est passé devant. Il marchait à tout petits pas… Enfin, il a ouvert sa lourde… Il tremblotait dans la serrure. Il pouvait plus sortir la clef, tellement qu’il sucrait… Une fois comme ça dans l’entrée il m’a montré que je l’attende. De m’asseoir là sur le coffre… qu’il allait arranger là-haut. En plein milieu de l’escalier, il se ravise encore un coup, il se penche au-dessus de la rampe, il me pointait comme ça du doigt :
« Demain, Ferdinand ! Demain… Je ne vous parlerai plus qu’anglais ! Eh ? What ?… » Ça le faisait même rire d’avance…
« Attendez-moi un moment ! Wait ! Môment ! Ah ! vous voyez ! Déjà ! Ferdinand ! Déjà !… »
Il faisait le rigolo…
Il en finissait pas là-haut à trifouiller dans les tiroirs, de refermer encore des portes, de trimbaler des bahuts. Je me disais : « Il exagère !… Je vais me coucher tel que !… » J’attendais toujours.
Au bout du couloir, en veilleuse, je voyais le papillon sautiller…
En m’habituant peu à peu l’œil, j’ai discerné la grande horloge… un cartel maous… un vraiment splendide… et sur le cadran tout en cuivre une petite frégate minuscule arrêtait pas de danser les secondes… tic ! tac !… tic ! tac !… Elle voguait comme ça… Elle finissait par m’étourdir avec la fatigue…
A suivre





