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5 mai 2024

Merci l’U.E. (parodie de « Merci Patron » des Charlots)

Publié par ditchlakwak dans Humour
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5 mai 2024

Mort à crédit (298)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

« Tu vois, mon petit, celle qui tremble ?… ça c’est pas même une planète… Ça c’est qu’une trompeuse !… C’est même pas un repère !… Un astéroïde !… C’est qu’une vagabonde !… tu m’entends ?… Fais gafe !… Une vagabonde !… Tiens encore deux millions d’années, ça fera peut-être une lumière profuse !… Alors elle donnera peut-être une plaque !… Maintenant c’est qu’une entourloupe et tu paumeras toute ta photo !… Et puis c’est tout ce que t’en aurais… Ah ! c’est trompeur une “ vaporide ” mon petit gniard !… Pas même une comète d’“ attirance ”… Te laisse pas berner, troubadour ! Les étoiles c’est tout morue !… Méfie-toi avant de t’embarquer ! Ah ! c’est pas les petites naines blanches ! Mords-moi ça ! Comme dynamètre ! Quart seconde exposition ! Brûle ton film en quart dixième ! Qu’elles sont terribles ! Ah ! défrisable ! Gafe-toi Ninette ! Les plaques c’est pas donné aux “ Puces ” !… Mais mon cher Evêque !… » Je les rentendais toutes ses salades !… « Une seule fois, quand tu
regardes une chose… Tu dois la retenir pour toujours !… Te force pas l’intelligence !… C’est la raison qui nous bouche tout… Prends l’instinct d’abord… Quand il bigle bien, t’as gagné !… Il te trompera jamais !… » J’en avais plus moi de la raison… J’avais les guibolles en saindoux… J’ai marché quand même encore… Et puis j’ai retrouvé un autre banc… Je me suis tassé contre le dossier… Il faisait vraiment plus très chaud… Il me semblait qu’il était là… et de l’autre côté de la planchette, qu’il me tournait le dos, le vieux daron. J’avais des mirages… Je déconnais à sa place… Ses propres mots absolus… Il fallait que je l’entende causer… qu’ils me reviennent bien tous… Il était devant moi sur l’asphalte !… « Ferdinand ! Ferdinand ! L’ingéniosité
c’est l’homme… Ne pense pas toujours qu’au vice… » Il me racontait tous ses bobards… et je me souvenais de tous à la fois !… Je discutais maintenant tout haut !… Les gens s’arrêtaient pour m’entendre… Ils devaient penser que j’étais ivre… Alors j’ai bouclé ma trappe… Mais ça me relançait quand même… ça me tenaillait toute la caboche. Ils me possédaient bien les souvenirs… Je pouvais pas croire qu’il était mort mon vieux vice-broquin… Et pourtant je le revoyais avec sa tête en confiture… Toute
la barbaque qui remuait toujours… et que ça grouillait plein la route !… Merde ! Et la ferme à pic du talus ! et puis le fils à la garce Arton… Et la truelle ?… Et la mère Jeanne ? et leur brouette ? et tout le temps qu’on l’avait roulé avec la daronne !…
Ah ! La vache ! Il était terrible !… Il me recavalait en mémoire !… Je repensais à toutes les choses… Au bar des Émeutes… à Naguère !… Au Commissaire des Bons-Enfants… et aux effluves à la gomme !… Et à toutes les patates infectes… Ah ! C’était
dégueulasse au fond… comme il avait pu nous mentir… Maintenant il repiquait la tante !… Il était là, juste devant moi… à côté du banc… Je l’avais son odeur de bidoche… J’en avais plein le blaze… C’est ça la présence de la mort… C’est quand on cause à leur place… Je me suis redressé tout d’un coup… Je résistais plus… J’allais crier une fois terrible… Me faire embarquer pour de bon… J’ai relevé les châsses en l’air… pour pas regarder les façades… Elles me faisaient trop triste… Je voyais trop sa tête sur les murs… partout contre les fenêtres… dans le noir… Là-haut Orionte était partie… J’avais plus de repère dans les nuages… Tout de même j’ai repiqué Andromède… Je m’entêtais… Je cherchais Caniope… Celle qui clignait contre l’Ours… Je me suis étourdi forcément… J’ai repris quand même ma promenade… J’ai longé les grands Boulevards… Je suis revenu Porte Saint-Martin… Je tenais plus sur mes guizots !… Je déambulais dans le zigzag !… Je me rendais tout à fait compte… J’avais une peur bleue des bourriques !… Ils me croyaient saoul eux aussi !… Devant le cadran du « Nègre » j’ai fait « pst ! pst ! » à un fiacre !… Il m’a embarqué…« Chez l’oncle Édouard !… que j’ai dit…
— Où ça l’oncle Édouard ?…
— Rue de la Convention ! quatorze ! » J’allais sûrement me faire épingler si je continuais ma vadrouille… avec ce putain de vertige… Ça devenait un terrible risque… si les bourres m’avaient questionné… J’étais étourdi à l’avance. Jamais j’aurais
pu leur répondre… La course en fiacre m’a fait du bien… Ça m’a vraiment retapé un peu… Il était chez lui l’oncle Édouard… Il a pas eu l’air très surpris… Il était content de me revoir… Je m’assois devant sa table… J’enlève un peu ma redingote… J’avais plus que le petit velours à côtes…
« T’es drôlement sapé ! qu’il remarque… Il me demande si j’ai mangé ?
— Non ! J’ai pas faim… que j’ai répondu…
— Alors, ça va pas l’appétit ?… »
Du coup, il enchaîne… C’est lui qui me raconte ses histoires… Il était fort préoccupé… Il rentrait tout juste de Belgique, il sortait d’un de ces pétrins !… Il l’avait repassée finalement sa petite pompe « l’extra démontable » à un consortium de fabriques… À des conditions pas fameuses… Il en avait eu sa claque des litiges, des réclamations… à propos de tous les brevets… les « multiples », les « réversibles »… C’était marre !… C’était pas son genre, les migraines et les avocats… Avec ce petit pognon liquide, il allait se payer quelque chose de bien franc, bien net… une vraie entreprise mécanique… Une affaire déjà lancée… pour le retapage des voiturettes… pour les « tinettes » de seconde main… Ça c’est un blot toujours fructueux… En plus il reprendrait les lanternes et les trompes de tous les clients. Ça aussi c’était dans ses cordes… Il les remettrait au goût du jour… Pour le petit matériel d’accessoires, les nickels, les cuivres, y a toujours la demande… Il suffit de suivre Un peu la vogue, ça se retape comme ci, comme ça… et puis on retrouve un amateur à trois cents pour cent !… Voilà du commerce !… Il était pas embarrassé… Il connaissait toutes les ficelles… Si il tiquait encore un peu c’était à cause des locaux… Il voulait encore réfléchir… C’était pas très net comme clauses… Y avait un drôle de « pas-de-porte »… Il flairait une petite vape !… La reprise était assez lourde !… Il prolongeait les pourparlers… Il avait la leçon… Il avait failli souscrire dans une sorte d’association pour une véritable usine de grandes fournitures carrossières… à cent mètres de la Porte Vanves… Ça s’était pas fait… Ils l’empaquetaient dans le contrat… Les copeaux l’avaient saisi au dernier moment… Il se méfiait de tous les partenaires… Pour ça, il avait pas tort !… Il réfléchissait toujours… C’était trop beau pour être honnête !… presque du quarante-sept pour cent !… Ça ! c’était sûrement des bandits !… Il devait pas regretter grand-chose !… Sûrement qu’il était marron avec des gangsters semblables !… Enfin il a eu tout jacté… tout déroulé… tout ce qui était survenu, dans le détail, toutes les bricoles de son business, depuis notre départ pour Blême jusqu’au jour où nous étions… Du coup, c’était à mon tour de raconter mes histoires… Je m’y suis
mis tout doucement… Il a écouté tout du long…

A suivre

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