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12 mai 2024

Eurovision, J.O, des tribunes données par l’Europe et Macron aux activistes ? Dérive sectaire ?

Publié par ditchlakwak dans Divers
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12 mai 2024

el gaouli – que justice soit faite , real clip luc béton

Publié par ditchlakwak dans Divers
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12 mai 2024

City of Azure Fire

Publié par ditchlakwak dans "Musi-Kwak"
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12 mai 2024

Mort à crédit (299)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Ah ! ben alors ! Ah ! ben mon petit pote ! Ah ben ça c’est carabiné !… Il en restait tout baba !… Ah ben dis donc c’est pas croyable… Ah ben alors, je m’étonne plus que t’es gras comme un courant d’air !… Ah ! vous avez dérouillé !… Merde !… C’est une leçon ! Tu vois mon petit pote !… C’est toujours comme ça la campagne… Quand t’es de Paris, faut que t’y restes !… Souvent on m’a offert à moi des genres de petits dépositaires, des marques, des garages dans des bleds… C’était séduisant à entendre. Des “ représentations ”, des vélos, en pneumatiques… Ton maître par-ci !… Liberté par-là !… Taratata ! Moi jamais ils m’ont étourdi !… Jamais ! Ça je peux le dire !… Tous les condés de la campagne c’est des choses qu’il faut connaître !… Il faut être né dans leurs vacheries… Toi te voilà qu’arrive fleur… Tu tombes dans la brousse ! Imagine !… tout chaud, tout bouillant… Dès la descente, ils te possèdent !… T’es l’œuf !… Y a pas d’erreur !… Et tout le monde te croûte… Les jeux sont faits !…
On se régale ! Profits ?… Balle-Peau !… T’en tires pas un croc pour ta pomme… T’es fait bonnard sur tout le parcours !… Comment que tu pourrais toi te défendre ?… Tu résistes pas une seconde… Faut être dans le jus dès le biberon… Voilà l’idéal !… Autrement t’es bien fait cave à tous les détours !… Comment que tu pourrais étaler ?… Ça s’entrave pas dans un soupir ! Ça s’invente pas les artichauts !… T’as pas une chance sur cent dix mille… Et puis comme vous partiez vous autres ?… Avec des cultures centrifuges… Ça alors, c’était du nougat !… Vous la cherchiez bien la culbute… Vous vous êtes fait retourner franco !… C’était dans la fouille !… Ah ! Mais dis donc alors petit pote, ce que tu peux voir maigre ! Mais c’est pas croyable !… T’aimes ça la soupe au tapioca ?… » Il trifouillait dans sa cuisine… Il devait être au moins neuf heures…
« Il va falloir que tu te rambines !… Ici tu vas te taper la cloche ! Ça je te garantis !… Il va falloir que tu m’en caches !… Ah ! Y a pas d’erreur ni de chanson… » Il m’a rebiglé au tournant… le joli genre de mon costard… ça le faisait un peu sourire… et ma combinaison-culotte… et les ficelles pour le fond…
« Tu peux pas rester en loques !… Je vais te chercher un petit grimpant… Attends… Je vais te trouver quelque chose… » Il m’a ramené d’à côté, un complet tout entier à lui, de son armoire à coulisse… C’était en parfait état, et puis un manteau peau
d’ours… un formidable poilu… « Tu mettras ça en attendant !… » et une casquette à rabats et le caleçon et la liquette en flanelle… J’étais resapé magnifique !
« T’as pas faim alors ?… Du tout ?… » J’aurais rien pu ingurgiter… Je me sentais même un malaise… quelque chose de bien pernicieux… J’avais les tripes en glouglous… sans charre, j’étais pas fringant !
« Qu’est-ce que t’as alors mon petiot ?… » Je commençais à l’inquiéter.
« J’ai rien !… J’ai rien !… » Je luttais…
« T’as attrapé froid alors ?… Mais c’est la grippe qui te travaille !
— Oh ! non… Je crois pas… que j’ai répondu… Mais si tu veux bien mon oncle, une fois que t’auras fini de manger… On pourra peut-être faire un petit tour ?…
— Ah ! Tu crois que ça va te dégager ?…
— Ah ! Oui ! mon oncle !… Oui, je crois !…
— T’as donc mal au cœur ?…
— Oui ! un tout petit peu, mon oncle !…
— Eh bien t’as raison !… Descendons tout de suite tiens !… Moi je mangerai plus tard !… Tu sais je suis un peu comme ta mère… Subito ! Presto ! Y a jamais d’arêtes ! » Il a pas terminé sa croûte… On est partis tout doucement jusqu’au coin du café de l’Avenue… Là, il a voulu qu’on s’assoye à la terrasse… et que je prenne une infusion de menthe… Il me causait encore de choses et d’autres… Je lui ai demandé un peu des nouvelles… Si il avait vu mes parents ?…
« Au moment de partir en Belgique, ça va faire deux mois hier !… J’ai fait un saut au Passage… Je les ai pas revus depuis !… Ils se retournaient bien les méninges, qu’il a ajouté, à propos de tes lettres ! Ils les épluchaient tu peux le dire… Ils savaient plus ce que tu devenais… Ta mère voulait partir te voir tout de suite… Ah ! Je l’ai dissuadée… J’ai dit que j’avais moi des nouvelles… Que tu te débrouillais parfaitement… mais que vous aviez pas une minute à cause des semailles ! Enfin des bêtises !… Elle a remis le voyage à plus tard !… Ton père était encore malade… Il a manqué son bureau plusieurs fois de suite cet hiver… Ils avaient peur tous les deux que, cette fois-là, ça soye la bonne… qu’ils attendent plus Lempreinte et l’autre… qu’ils le révoquent… Mais ils l’ont repris en fin de compte… Par contre, ils y ont défalqué intégralement ses jours d’absence !… Imagine ! Pour une maladie !… Pour une compagnie qui roule sur des cent millions ! qu’a des immeubles presque partout ! C’est pas une honte ?… C’est pas effroyable ?… D’abord tiens c’est bien exact… plus qu’ils sont lourds plus qu’ils en veulent… C’est insatiable voilà tout ! C’est jamais assez !… Plus c’est l’opulence et tant plus c’est la charogne !… C’est terrible les compagnies !… Moi je vois bien dans mon petit truc… C’est des suceurs tous tant qu’ils sont !… des voraces ! des vrais pompe-moelle !… Ah ! C’est pas imaginable !… Parfaitement exact… Et puis c’est comme ça qu’on devient riche… Que comme ça !
— Oui mon oncle !…
— Celui qu’est malade peut crever !…
— Oui mon oncle !…
— C’est la vraie chanson finale, petit fias, faut apprendre tout ça !… et immédiatement ! tout de suite ! Méfie-toi des milliardaires !… Ah ! Et puis j’oubliais de te dire… Y a encore quelque chose de nouveau… du côté de leurs maladies… Ton père veut plus voir un médecin !… Même Capron qu’était pas mauvais ! et pas malhonnête, en somme… Il poussait pas à la visite… Elle non plus ta mère, elle veut plus en entendre parler… Elle se soigne complètement elle-même… Et je te garantis qu’elle boite… Je sais pas comment qu’elle s’arrange… Des sinapismes ! des sinapismes !… Toujours la même chose avec moutarde ! sans moutarde ! Chaud ! froid ! Chaud ! froid ! Et elle s’arrête pas de travailler !… Et elle se démanche !… Il faut qu’elle retrouve des
clients !… Elle en a fait des nouveaux pour sa nouvelle Maison de Broderies… des dentelles bulgares… Tu te rends compte ! Ton père bien sûr il en sait rien… Elle représente pour toute la Rive droite… Ça lui fait des trottes… Si tu voyais sa figure quand elle rentre de ses tournées… Ah ! alors faut voir la mine !… C’est absolument incroyable !… J’aurais dit un vrai cadavre… Elle m’a même fait peur l’autre jour !… Je suis tombé dessus dans la rue… Elle rentrait avec ses cartons… Au moins vingt kilos j’en suis sûr ! T’entends vingt kilos ! À bout de poignes… C’est pesant toutes ces saloperies !… Elle m’a même pas aperçu !… C’est la fatigue qui la tuera… Tu t’en feras autant à toi-même si tu fais pas plus attention ! Ça je te dis mon pote ! D’abord tu manges beaucoup trop vite… Tes parents te l’ont toujours dit… De ce côté-là ils ont pas tort… »
Tout ça c’était ma foi possible… Enfin c’était pas important… Enfin pas beaucoup… Je voulais pas du tout le contredire… Je voulais pas créer de discussion… Ce qui me gênait pendant qu’il me causait… que je l’écoutais même pas très bien… C’était la colique… Ça m’ondoyait dans les tripes… Il continuait à me parler…

A suivre

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