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Mort à crédit (300)
« Qu’est-ce que tu vas faire après ça ?… T’as déjà quelque chose en tête ?… Une fois que t’auras repris du lard ?… » Lui aussi ça le souciait un peu la question de mon avenir…
« Ah ! mon petit pote ! Tout ce que je t’en dis, c’est pas pour que tu te presses !… Oh ! mais non !… Prends tout ton temps pour tes démarches ! Savoir d’abord où on se trouve !… Va pas piquer n’importe quoi !… Ça te retomberait sur le râble !… Faut te retourner mais tout doucement… Faut faire attention !… Le travail c’est comme la croûte… Il faut que ça profite d’abord… Réfléchis ! Estime ! Demande-moi ! Tâte ! Examine !… à droite, à gauche… Tu décides quand tu seras sûr !… À ce moment-là, tu me le diras… Y a pas la foire sur le pont… Pas encore… Hein ?… Prends pas quelque chose au petit hasard… Tout juste pour me faire plaisir… Pas une bricole pour quinze jours !… Non !… Non !… T’es plus un gamin… Encore un condé à la gode… Tu finiras par te faire mal !… Tu te perdrais en réputation. »
On est repartis vers chez lui… On a fait le tour du Luxembourg… Il reparlait encore d’un emploi… ça le minait un peu comment j’allais me démerder ?… Il se demandait peut-être en douce dans le tréfonds de sa gentillesse si j’en sortirais jamais de mes néfastes instincts… de mes dispositions bagnardes ?… Je le laissais un peu mijoter… Je savais plus quoi lui dire… J’ai rien répondu tout de suite… J’avais vraiment trop de fatigue et puis un vilain mal aux tempes… Je l’écoutais que d’une oreille… Arrivés au boulevard Raspail je pouvais même plus arquer droit… Je prenais le trottoir tout de traviole… Il s’est rendu compte… On a fait encore une halte… Je pensais tout à fait à autre chose… Je me reposais… Il me la cassait l’oncle Édouard avec toutes ses perspectives… J’ai regardé encore en l’air… « Tu les connais toi, dis mon oncle, les “ Voiles de Vénus ”… la “ Ruche des Filantes ” ?… » Tout ça sortait juste des nuages… c’était des poussières d’étoiles… « Et Amarine ?… et Proliserpe ?… je suis tombé dessus coup sur coup… la blanche et la rose… Tu veux pas que je te les montre ?… » Il les avait sues l’oncle Édouard, autrefois les constellations… Il savait même tout le grand Zénith, un moment donné… du Triangle au Sagittaire, le Boréal presque par cœur !… Tout le « Flammarion » il l’avait su et forcément le « Pereires » !… Mais il avait tout oublié… Il se souvenait même plus d’une seule… Il trouvait même plus la « Balance » !
« Ah mon pauvre crapaud, à présent j’ai perdu mes yeux !… Je te crois sur parole ! Regarde tout ça à ma place !… Je peux même plus lire mon journal ! Je deviens si myope ces jours-ci que je me tromperais d’astre à un mètre ! Je verrais plus le ciel si j’étais dedans ! Je prendrais bien le Soleil pour la Lune !… Ah ! dis donc ! » Il disait ça en rigolade…
« Ah ! Mais ça fait rien… qu’il a ajouté… Je te trouve toi joliment savant ! Ah mais t’es fortiche ! T’en as fait dis donc des progrès !… C’est pas de la piquette ! T’as pas beaucoup briffé là-bas !… Mais t’as avalé des notions !… Tu t’es rempli de savoir-vivre !… Ah ! T’es trapu mon petit pote !… Tu te l’es farcie ta grosse tête !… Hein dis mon poulot ? Mais c’est la science ma parole !… Ah ! y a pas d’erreur !… » Ah ! je le faisais rire… On a reparlé un peu de Courtial… Il a voulu un peu savoir à propos de la fin… Il m’a reposé quelques questions… Comment ça s’était terminé ? Ah ! Je pouvais plus tenir qu’il m’en cause !… Il m’en passait une panique… Une crise presque comme à la vieille… Je pouvais plus me retenir de chialer !… Merde !… Ça faisait moche !… Ça me secouait les os… Pourtant j’étais dur !… C’était sûrement l’intense fatigue…
« Mais qu’est-ce que t’as ! mon pauvre crabe !… Mais t’es tout défait ! Mais voyons, il faut pas te frapper !… Ce que j’en disais tout à l’heure à propos de ta place, c’était seulement pour qu’on en cause… Je prenais pas ça au sérieux ! Faut pas le prendre non plus ! Tu vas pas quand même t’effarer pour des fariboles pareilles !… Tu me connais pourtant assez bien !… T’as pas confiance dans ton oncle ?… Je disais pas ça pour te chasser !… Voyons gros andouille ! tu m’as pas compris ?… Rentre-moi tout de suite ces pleurs ! T’as l’air d’une mignarde à présent !… Hein mon petit boulot c’est fini ?… Un homme ça chiale pas !… Tu resteras tant qu’il faudra !… Là ! Voyons quand même !… Tu vas d’abord te remplumer… Je veux te voir rebouffi, rebondi ! gavé ! gras du bide ! On voudrait pas de toi n’importe où ! T’y penses pas ! comme ça ?… Tu peux pas te défendre tel quel !… On prend pas les papiers mâchés ! Faut être maous sur la place ! Tu leur fouteras tous sur la gueule… Baoum !… Renversez-moi tout ça !… Un coup du droit ! Bang ! Un coup du gauche… Garçon ! Monsieur ? Un biscoto !… » Il me consolait comme il pouvait, mais j’arrivais pas à me tarir. Je tournais tout à fait en fontaine.
A suivre








