Je dis à Lili : viens !. traverser d’abord le palier !. encore plus de monde que tout à l’heure !. des gens du Baren, plus chahuteurs. l’épouvante de Frucht, les jeunes ! qui les voyait finir son hôtel, tout démolir sa brasserie, ses chiottes. bien plus déchaînés que nous du Lowen. d’abord le Stam en bas, la bière. et hop on monte pisser, et la colique ! casser la porte et les verrous, s’enfourner aux gogs !. à six. dix. casser la lunette !. la sonnette !. emporter la couronne, le siège !. victoire ! victoire ! de vive force !. repisser compisser encore plein le vestibule, l’escalier !. que tout déborde ! mais. ah ! tenez-vous ! à l’instant même en position ! en plein la pisse ! deux Allemandes s’épeluchent !. en position !. acharnées !. reniflantes ! retroussées comme ça ! là. et hop ! et toute la jeunesse autour ! trépignante, folle de rigolade ! ça bat plein des mains !. stimule !. et pisse avec ! en peut plus !. deux très belles filles qui sont aux prises. des réfugiées de Dresde. la « ville des artistes ». de Dresde qu’elles venaient toutes les artistes. la ville-abri !. refuge des arts !. les deux là, embrasseuses terribles, chanteuses d’Opéra, il paraît !. et devant les gogs et devant Frucht, et devant tout le monde !. toute la cohue du palier. hurrah ! ils hurlaient !. « hurrah Fraulein ! » une brune et une rousse. l’orgie, c’était pas choisi comme endroit. je peux pas vous dire plus. aux prises, en plein étang de tout !. moi je voyais, c’était impossible que même je pousse la porte. la nôtre, le 11. ils sont je ne sais combien maintenant là-dedans autour de mon lit. autour du maboul et l’opéré dessous. dingues aussi, autour… qui stimulent !… « vas-y ! vas-y ! coupe-z-y l’oreille ! ». ceux-là c’est du sang qu’ils veulent ! « vas-y ! vas-y ! ».
Moi, ma présence d’esprit, toujours ! ni une, ni deux !… « viens Lili !… viens ! »
Surtout vous oubliez pas qu’au Ciel, très haut aux nuages, et plus bas au ras des toits, c’est la ronde !… c’est le tonnerre de Dieu perpétuel, de ces passages de forteresses !… Londres. Augsbourg.
Munich. leurs bouts d’ailes à frôler nos fenêtres. de ces ouragans de moteurs !. vous étiez sourd !. à rien entendre !. même les hurlements du palier !.
Oui. ils étaient massés, tout le Baren à hurler que les filles s’arrachent. et dans notre piaule, les gueulements que l’autre lui coupe l’oreille !.
Vous pensez qu’avec Lili on parvienne l’étage au-dessus ! à travers cette cohue de furieux ! le mal ! enfin on pousse ! les repousse ! on y est !. ça y est !. l’escalier !. le 28 ! je cogne ! ah ! c’est Aïcha ! Frau Aïcha von Raumnitz. elle nous ouvre. ils sont mariés, vraiment mariés. je vous expliquerai. elle nous ouvre. Aïcha Raumnitz parle pas plus allemand que Lili. trois mots !. elle a été élevée à Beyrouth. elle est de par là, je vous expliquerai. au moment je veux voir son mari. une chance que je le trouve !. il est allongé, en robe de chambre.
« Alors, Docteur ? alors ?
— Je viens de la part de Brinon vous demander.
— Je sais. je sais. il me coupe la parole. vous avez un fou chez vous. et plein de fous encore plein le couloir. je sais !. Aïcha !. Aïcha !. veux-tu ! »
Pas beaucoup le temps de réflexion.
Il lui passe un trousseau de clefs.
« Prends les chiens !. »
Les deux dogues. il fait signe aux dogues. un bond, ils sont aux pieds de sa femme. enfin, à sa botte !. elle porte bottes. bottes cuir rouge. elle fait cavalière orientale, toujours à tapoter ses bottes. et une très grosse cravache jaune.
« Allons, Docteur !. »
J’ai plus qu’à la suivre. avec elle je sais que tout s’arrange. les dogues savent aussi. ils se mettent à grogner et ils montrent les crocs. crocs comme ça !. moi je voyais, c’était impossible que même je pousse la porte. la nôtre, le 11. ils sont je ne sais combien maintenant là-dedans autour de mon lit. autour du maboul et l’opéré dessous. dingues aussi, autour… qui stimulent !… « vas-y ! vas-y ! coupe-z-y l’oreille ! ». ceux-là c’est du sang qu’ils veulent ! « vas-y ! vas-y ! ».
Moi, ma présence d’esprit, toujours ! ni une, ni deux !… « viens Lili !… viens ! »
Surtout vous oubliez pas qu’au Ciel, très haut aux nuages, et plus bas au ras des toits, c’est la ronde !… c’est le tonnerre de Dieu perpétuel, de ces passages de forteresses !… Londres. Augsbourg.
Munich. leurs bouts d’ailes à frôler nos fenêtres. de ces ouragans de moteurs !. vous étiez sourd !. à rien entendre !. même les hurlements du palier !.
Oui. ils étaient massés, tout le Baren à hurler que les filles s’arrachent. et dans notre piaule, les gueulements que l’autre lui coupe l’oreille !.
Vous pensez qu’avec Lili on parvienne l’étage au-dessus ! à travers cette cohue de furieux ! le mal ! enfin on pousse ! les repousse ! on y est !. ça y est !. l’escalier !. le 28 ! je cogne ! ah ! c’est Aïcha ! Frau Aïcha von Raumnitz. elle nous ouvre. ils sont mariés, vraiment mariés. je vous expliquerai. elle nous ouvre. Aïcha Raumnitz parle pas plus allemand que Lili. trois mots !. elle a été élevée à Beyrouth. elle est de par là, je vous expliquerai. au moment je veux voir son mari. une chance que je le trouve !. il est allongé, en robe de chambre.
« Alors, Docteur ? alors ?
— Je viens de la part de Brinon vous demander.
— Je sais. je sais. il me coupe la parole. vous avez un fou chez vous. et plein de fous encore plein le couloir. je sais !. Aïcha !. Aïcha !. veux-tu ! »
Pas beaucoup le temps de réflexion.
Il lui passe un trousseau de clefs.
« Prends les chiens !. »
Les deux dogues. il fait signe aux dogues. un bond, ils sont aux pieds de sa femme. enfin, à sa botte !. elle porte bottes. bottes cuir rouge. elle fait cavalière orientale, toujours à tapoter ses bottes. et une très grosse cravache jaune.
« Allons, Docteur !. »
J’ai plus qu’à la suivre. avec elle je sais que tout s’arrange. les dogues savent aussi. ils se mettent à grogner et ils montrent les crocs. crocs comme ça !. ils cessent pas de grogner… ils mordent pas !… ils suivent Madame dans les talons !… ils sont prêts à déchirer celui qu’elle fera signe. c’est tout !… oh ! des bêtes dressées admirable !… et costauds ! des buffles !… mufles, poitrails, jarrets ! que rien que l’élan qu’elles vous arrivent vous êtes étendu !. pas ouf !… je vous parle pas des crocs. une bouchée, vous, vos carotides !… y a du respect !… Aïcha, ses dogues, on s’écarte !… personne demande ceci. cela. Aïcha parle pas non plus. elle va assez langoureusement. ondulante des hanches. pas vite. tous les dégoûtants se reculottent. les braillards pisseurs. tout refoule vers la rue. la brune et la rousse aussi, elles se rafistolent. et hop !. sautent !. stupre pas stupre !. les pires faunesses se touchent plus !. hurlent plus !. personne rugit plus de rien. même du supplice d’envie de caca !. chez moi. chez moi, ma porte, le 11, sitôt entrevue Aïcha, panique, affolerie ! ils nous renversent calter plus vite ! ils se montent dessus, qui qui passera !. ah ! le chirurgien et l’infirmière et le garagiste et son oreille !. comment tout ça jaillit de mon lit ! requinque, court ! sauve qui peut !. c’est le chirurgien maintenant qui hurle ! Ça le prend !. celui qu’était sous lui crie plus, le réfugié de Strasbourg. l’infirmière emporte les boîtes d’ouate. ils veulent tous passer à la fois. en même temps ! oh ! mais pardon ça va plus !.. Aïcha a l’œil !. elle est langoureuse mais précise !. « stop ! stop ! » qu’elle fait. aux trois !. qu’ils bougent plus ! qu’ils restent là !. pile ! le dingue, l’infirmière, et l’hagard ! tous là ! sur place !. et le nez contre le mur !. elle leur montre !. bien debout ! bien contre !. les dogues leur grognent fort aux fesses. les crocs, je vous ai dit !. il s’agit plus de remuer du tout !. ils remuent plus. tout le palier est dégagé et le grand couloir, ma chambre, plus personne !. le vide !. ah ! les pisseurs qui se tenaient plus ! et les deux artistes !. tous ces effrénés ! clic et clac ! un charme !. mais c’est pas tout !. Aïcha avait son idée. Komm ! un coup, elle leur parle en allemand. aux trois, nez au mur. qu’ils viennent qu’ils la suivent !. je la suis aussi moi ! je veux voir aussi. tout à l’autre bout du vestibule, un petit passage et puis deux marches… le 36 !… la porte du 36. cracc ! cracc !… elle ouvre !… elle fait signe au fou qu’il passe le premier, puis son infirmière, puis l’homme de Strasbourg. ils hésitent. ah ! elle aime pas l’hésitation, Aïcha. « allons. allons !. » ils roulent tous les trois de ces calots !. surtout le garagiste !. ils se tâtent s’ils entrent. ils regardent les dogues. ils montent les deux marches. Chambre 36. je la connais cette chambre. enfin, un peu. deux fois j’y avais déjà été, pour Raumnitz, pour deux fugitifs qu’on avait ramenés de je ne sais où. deux vieillards. c’était la seule chambre solide de tout le Lowen. comme fortifiée vous auriez dit, les murs béton, porte de fer, fenêtres à barreaux. pas petits barreaux ! des « super-prisons », je connais. toutes les autres piaules du Lowen étaient comme flottantes, ondulantes, jeux de briques et de fissures. tout débinait ! les plâtras, le plafond, les lits, tout ! pas un lit qu’avait ses quatre pieds !. trois, au plus ! beaucoup, qu’un ! vous pensez le branlement des avions ! c’était plus à rien recoller ! Herr Frucht entretenait plus rien ! et les locataires y en mettaient un coup, en plus, de descellement, décollage. ils se vengeaient comme ils pouvaient, des boches, du Frucht, des avions dans l’air, et d’être là, eux !. de tout ! ils s’assoyaient à deux, trois, quatre, sur chaque chaise !. qu’elle craque bien !. dix, quinze sur le page !. bordel !. eh ! merde !. surtout les soldats de passage, les renforts pour la ligne du Rhin. ceux-là alors Landsturm pardon !. pillards finis ! mais y avait plus rien à piller !. tout était broyé ! envolé ! comme mon local rue Girardon ! ce qu’est excitant dans les visites c’est qu’on peut voler !. et y avait plus rien d’emportable. tout le Lowen tanguait vacillait sous les « Armadas » Londres, Munich. de ces vrombissements, mille moteurs, que les tuiles voltigeaient plein l’air !. miettes à la chaussée, au trottoir !. les plafonds, pensez !. oh ! mais pas ceux de la Chambre 36 ! la seule du Lowen à l’épreuve !. j’avais remarqué, je vous ai dit. la cellule absolument nette !. j’allais pas poser de questions, ce qu’étaient devenus les deux vieillards. ni ce qu’on allait faire des autres. le fou l’infirmière et le garagiste. c’était aussi des « fugitifs »… nous aussi, si on voulait… toujours est-il la chambre 36 c’est Aïcha qu’était chargée d’accueillir, ouvrir, boucler. ce qui se passait ?… je pouvais pas demander à Raumnitz… il paraît que la nuit, des ragots, y avait des départs. il paraît. qu’un camion passait certaines nuits. moi, je l’ai jamais vu ce camion !. et je sortais cependant pas mal à toute heure de nuit. une seule chose sûre : des semaines entières le 36 était vide. et puis tout à coup rempli de gens !. la légende, le ragot, c’était que ce camion devait jamais être vu par personne. qu’on les embarquait enchaînés, tous les soi-disant fugitifs, qu’on les emmenait très loin à l’Est. soi-disant plus loin que Posen. soi-disant un camp ?. j’allais pas demander à Raumnitz ce qu’il leur faisait faire à Posen !. ni à Aïcha !. en tout cas, une chose, elle m’avait, cinq sec, drôlement liquidé notre piaule !. la panique !. une autorité, Aïcha ! aussi, je veux, ses dogues !. sa cravache !
A suivre






