Tout ça c’est beau ! (57)
Tout ça c’est beau !. mais la Milice ?. ses cantonnements sont après la « levée » du Danube. le remblai énorme de cailloux, briques, arbres qui défend la route. je vous montre la Milice, trois grosses baraques Adrian. une autre bicoque, le corps de garde !. le plus imposant de tout, l’énorme drapeau tricolore au haut du mât !. la Milice s’est couverte de gloire, en retraite vers Sieg-maringen, à travers cinq ou six maquis. y a pas eu que la retraite Berg-op-Zoom-Biarritz !. très surfaite ! la France a connu toutes les retraites ! et dans tous les genres !. et en pas vingt ans !
Bon !. j’avoue !. mes ordonnances peut-être en vain ?. même les drogues du Reichsprecept ? sans doute ! l’Apotek Richter manquait de tout ! en plus de sa malveillance. sûr il nous considérait tous, miliciens, les huiles du Château, généraux brodés, collabos en loques, souillons espionnes, hautaines ministresses, crevards aux grabats « Fidelis », tous à foutre à la poubelle !. abjecte engeance ! et les femmes enceintes et Pétain ! à brûler ! noyer ! sûrement l’opinion d’Hans Richter !. la même opinion que les preux de Londres, de Brazzaville, ou de Montmartre ! « tous les pendre » !. quand je tenais fort absolument qu’il m’exécute une ordonnance, j’allais moi-même en personne lui faire dénicher le produit… et j’annonçais, je me grattais pas !… «für den Sturmführer von Raumnitz » !… pas de chichis ! il trouvait !… j’emportais. il me croyait. il me croyait pas. mais il voulait pas risquer !… chaque coup le même truc ! für den Sturmführer ! à l’estome !. malheureusement, estomac ou pas, zébi morphine !
et huile camphrée ! mes principales armes, pourtant !. il avait vraiment plus de rien !. il mentait pas, je le savais par ses demoiselles labo-rantines. les demoiselles ne demandent qu’à trahir. toutes les demoiselles. pour un peu d’amabilité. le marivaudage, croyez-moi, est notre bien ultime aimable clef !. Amérique, Asie, Centre-Europe ont jamais eu leurs Marivaux. regardez ce qu’ils pèsent, éléphantins ! balourds maniéreux !. donc, je savais par les demoiselles et Marivaux que Richter manquait réellement de morphine. il s’agissait que j’en aie quand même ! dévoué responsable que je suis ! cœur d’or ! le monde m’en a bien remercié ! morphine !. morphine !. ma tête sur le billot ! les pires stratagèmes ! pour l’exercice de mon art et le grand recours des agoniques ! morphine !. morphine ! oh ! pas aisément je vous assure !. par « passeurs » !. passeurs c’est dire voyous, pire flibuste !. entre police fritz et Helvètes ! je vous raconterai. et à mes frais. bien simple, je me suis ruiné en Allemagne, rien que par mes médicaments de Suisse. il va sans dire je peux rien attendre de de Gaulle, quelque indemnité ou diplôme, ou de Monsieur Mollet. ils pensent aussi comme Herr Richter que c’aurait été béni que les boches me pendent. Achille pense pareil !. Achille lui c’est pour mes belles œuvres. le boom qu’elles feront ! les autres éditeurs aussi ! que j’aurais dû au moins !. au moins !. finir au bagne ! encore maintenant ils font ce qu’ils peuvent que je me file au gaz. ils me voient dépérir. « combien vous croyez qu’il en a ?. six mois ?. deux ans ? ». ils s’inquiètent. « ah ! il se veut de la publicité. qu’il se la fasse, foutre ! lâche ! salaud ! » ils voient moi mort tous mes livres leur jaillir des caves !. cette nouba d’Hachette !
Hé ! là ! cocotte ! ma cavale échappe !… où je vous fais encore galoper ? je vous distrais. je sortais de chez Luther, puis des baraquements de la Milice. exactement !… maintenant c’est plus de frivoler, c’est de ramener Hilda à sa mère ! elle est sûrement aux « salles d’attente » avec les copines. combien de fois je les avais virées ! et de la buvette !. damnées garces !. je les ai assez sermonnées que c’était pas leur place ! ni aux roulantes ! la place des femmes enceintes non plus !. plus enragées que toutes les autres !. la briffe, gamelles, boules ! « Faites-la revenir !. fessez-la ! faites n’importe quoi qu’elle revienne !. » vous dire si j’avais l’habitude ! « Foutez le camp ! » elles s’amusaient que je sacre et jure, le temps qu’elles se sauvent, pirouettent, galopent !. et je les retrouvais pleine rigolade, « Lili Marlène » plein d’hommes autour, à la buvette ou aux portes des trains d’artillerie. elles se sauvaient encore !. j’étais le Croquemitaine !. ça m’était bien égal, pardi !. mais le père ? il aurait peut-être voulu que je me trouve complice. là c’aurait fini d’être aimable. enfin, presque aimable. oh ! j’ai la très grande habitude de ces situations pires louches. de ces icebergs bien imminents près la bascule !. Dieu sait si les Allemands sont louches, surtout les von !… onctueux, aimables et atroces !. la gare était dans mes fonctions, côté sanitaire, poste de secours, réfugiés. alors forcément, salles d’attente et prostitution ! je devais y voir !. tout voir !. avec quels moyens ?. aucun !. tout manquait !. le soufre pour la gale. le novar pour la vérole. rien !. les capotes ?. nib !. moi aussi je pouvais cavaler !. en plus de l’Hilda !. j’avais bonne mine !. je vous parle des troupes de passage, de tous ces trains qui vont viennent pour des soi-disant raisons. y a pas de raisons !. la tradition !. tous les pays en guerre pareil, trains de troupes de passage qui vont quelque part. et reviennent de quelque part pour ailleurs. farandole des aiguillages ! poésie !. que les viandes bougent ! c’est pas qu’au ciel que ça cesse pas d’aller revenir. sur les rails pareil, trains sur trains. convois infinis. troubades et troubades, toutes les armes et tous les peuples. et les prisonniers avec !. déchaussés aussi, pieds pendant hors… assis aux portières… faim aussi ! toujours faim !… bandant aussi !… chantant aussi « Lili Marlène » !… Monténégrins, Tchécoslovènes, Armée Vlasoff, Balto-Finnois, troubades des macédoines d’Europe !… des vingt-sept armées !… que ça se fige pas ! que ça chante ! branle ! roule ! et trains blindés, canons comme ça ! dardés géants !. de ces dinosaures de canons, à deux et trois locos chacun !. et toujours plus de trains queue leu leu !. génie, artillerie. et encore d’autres convois sur convois. grives ! flopées ! pinglots hors nu-pieds et poilus. gueulant qu’on leur envoie des filles !… chantant qu’ils tiennent plus, qu’ils bandent trop !. vous dire, un sacré point de trafic, aussi bien pour les Armadas : London Munich Vienne. que pour les trains de troupes et fourgons, toute la camelote, bidoche armée, Frankfort, la Saxe, et l’Italie par le Brenner. que c’eût été pour eux qu’un jeu, une bombe qu’ils fassent éclater la gare !. marmelade !. écrabouillent tout !. non !. il fallait que ça continue ! le pire c’est que tous ces trains dont je vous parle restaient manœuvrer dans la gare. dans la gare même ! et des heures !. et des nuits entières !. et sous les hangars. s’en allaient. rappliquaient ! la voie coupée !. l’aiguillage en miettes !. tout à recommencer ! troubades au piano !. mes filles mères sur d’autres genoux !. la fête continuait ! le même tohu-bohu qu’au Lowen, sur notre palier, pour les chiottes, mais là tout en uniformes et nu-pieds. pas le temps de se rechausser, la hâte débouler des wagons, embrasser mes bavelles « gros-bides » et chanter en chœur ! et pour la fringale autre chose que nos raves !. mes poupées, la joie ! fortes gamelles saucisses patates !. vraie graisse, vrai beurre, vrai plein la lampe !. de ces roulantes vraiment tonnerre !
A suivre






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