Toujours maintenant j’avais plus de fous sur mon page ! (56)
Toujours maintenant j’avais plus de fous sur mon page ! oh ! les malades reviendraient !. foutu le camp, mais ils reviendraient !. je devrais, bien sûr, nettoyer !. si y avait moyen !.
Je veux que Mme Raumnitz regarde !. se rende compte !.
« Regardez, madame Raumnitz !
— C’est la guerre, Docteur ! c’est la guerre ! »
Nous faisons un peu de conversation. elle aime à parler avec nous. ils demeuraient en France, à Vincennes. nous parlons de Vincennes. du Lac Daumesnil. Saint-Fargeau. du métro.
Moi qui croyais !. en fait les malades reviennent pas !. ni les impatients des W.C. tout ça doit être filé aux caves, aux grottes. leurs caves préférées. ou sous le Château ?. la frousse les tient. pire que les passages d’R.A.F., Aïcha et la chambre 36 ! je suis sûr. Lili et Aïcha sont là, sur le palier. elles parlent de ci, de ça, de tout. bon !. moi, je dois aller chez Luther. la consultation de Kurt Luther, médecin mobilisé fritz. c’est l’heure !. et après Luther, la Milice. j’ai trois quatre alités aussi, là. des grippes. Darnand est à Ulm, je le verrai pas. je verrai son fils et Bout de l’An… tout ça est pas loin, tout de même une bonne demi-heure, de porte cochère en porte cochère. par bonds !… je vous ai dit. y a pas que Y Armada !… elle est haute !… y a les marauders, rase-motte !… vous avez vu, je vous ai raconté la promenade, la façon qu’ils nous avaient comme sertis de balles pendant tout le long du Danube. de chez Luther à la Milice c’était aussi le long du Danube. la Milice tout des baraques, grandes Adrian à Paillasses les unes sur les autres. le style militaire depuis 18. mais où j’allais consulter, la villa Luther, très coquette, baroque Guillaume II.
Puisque je vous reparle de la promenade, à y repenser, c’est évident, s’ils avaient pas touché Pétain, ni sa queue leu leu des ministres, c’est qu’ils voulaient pas ! un jeu !. et pas un avion fritz en l’air !. jamais !. et pas une mitrailleuse au sol ! en somme, pas de « passive » ! vous pensez la facilité des Corsaires de l’air ! n’importe quel bonhomme, vache, chien, chat, à 4oo à l’heure ! vu ! visé ! feu ! salut !. automatique !. un mosquito ! un marauder ! ils arrêtaient pas, absolument permanents, au-dessus de nous. looping !. looping !. ils arrêtaient pas. ils se relayaient. rafales !. rafales. ricochets !. ptaf !.. personne devait circuler !. la preuve Doriot, vous aviez qu’à voir sa voiture, elle est restée exposée plus de huit jours devant le Prinzenbau (notre mairie) le temps de l’enquête. comme cisaillée de bout en bout, criblée menu, une dentelle !. ils l’avaient piquée sur la route, cueilli, lui, ses gardes du corps, et dactylos et photographes. rrrrac ! qu’ils se rendaient de Constance à une réunion des « Partis » au-delà du Pzimpflingen. oh ! la très secrète réunion !. pas secrète qu’ils l’avaient cueilli !. déchiqueté !. s’ils abattaient pas la promenade, le Pétain et sa clique, c’est que les « ordres » étaient autrement ! Doriot était de l’« ordre » : à moucher !. pas un pli !. pour moi, ils devaient pas avoir d’ordres, rien de spécial.. j’étais dans la « Consigne Routine ». Rien sur les routes !.. la même des boches ou des Anglais ! « Rien sur les routes ! » ni chats, ni chiens, ni bonhommes ! ni brouettes !. tout ce qui bouge : rigodon ! ptof !.. en somme on devait pas réchapper ! que ce soit les schuppos d’en bas ou les marauders R.A.F… feu ! nos pipe » ! n’empêche que Lili, malgré les schuppos qui lui sifflaient hurlaient après : Kormn ! Komm ! et les ricochets du ciel est toujours venue me retrouver. mais elle, j’admets, c’était assez le goût du risque. oh, que j’appréciais pas du tout !. le moment où je quittais le Lowen je lui disais bien « reste là Lili ! bouge pas ! dis aux malades je reviens tout de suite !. reste avec Mme Raumnitz !. reste pas seule ! »
Moi si peu galant, je me mettais en frais.
« Madame Raumnitz, vous voulez bien vous asseoir ?. un moment avec Lili ? je vais à la Milice ! »
Elle avait ses soucis aussi, Mme Raumnitz.
« Oui Docteur ! oui je reste ! mais si vous voyez Hilda, vous voulez lui dire de revenir !. et revenir vite !. que je l’attends depuis hier soir !.
— Oui, madame Raumnitz ! certainement ! comptez sur moi ! »
Je me doutais où elle devait se trouver Hilda von Raumnitz, et deux. trois copines. les jeunes filles en fleurs de Siegmaringen. enfin celles très bien soignées, très bien nourries, des très bonnes familles militaires et diplomatiques. qui n’ont jamais manqué de rien !. forcément l’âge, l’air très salubre, et ce froid si vif, le bouton les turlupinait !. l’âge enragé, 14. 17. et pas que ces petites filles de luxe, épargnées, soignées. les miteuses aussi !. d’autres prétextes, l’éloignement, le danger permanent, les insomnies, les hommes en chasse !. miteux aussi ! en loques aussi ! et convoleurs ! et si ardents ! tous les bosquets ! tous les carrefours ! l’âge enragé 14. 17. surtout les filles !. pas seulement celles-là, d’un lieu bien spécial. l’éloignement, le danger permanent, les hommes en chasse tous les trottoirs. même chose rue Bergère ou Place Blanche !. pour une cigarette. pour un blabla. le chagrin, l’oisiveté, le rut font qu’un !. pas que les gamines !. femmes faites, et grand-mères ! évidemment plus pires ardentes, feu au machin, dans les moments où la page tourne, où l’Histoire rassemble tous les dingues, ouvre ses Dancings d’Épopée ! bonnets et têtes à l’ouragan ! slips par-dessus les moulins ! que les fifis mènent l’Abattoir ! et Corpechot, Maître du Danube ! moi là, question Hilda, et sa bande, sûr, je les retrouvais à la gare !… fatal ! espionnes, troubades, ministresses, gardes-barrière, méli-mélo !… aux salles d’attente ! l’attirance viande fraîche et trains de troupes, plus le piano et les « roulantes », vous représentez ces scènes d’orgies ! un petit peu autre chose de bandant que les pauvres petites branlettes verbeuses des Dix-sept Magots et Neuilly !… il faut la faim et les phosphores pour que ça se donne et rute et sperme sans regarder ! total aux anges ! famine, cancers, blennorragies existent plus !. l’éternité plein la gare !. les avions croisant bien au-dessus !. tout bourrés de foudres ! et que toute la salle et la buvette se passent entre-passent poux, gale, vérole et les amours ! fillettes, sucettes, femmes enceintes, filles-mères, grand-mères, tourlourous ! toutes les armes, toutes les armées, des cinquante trains en attente. toute la buvette entonne en chœur ! Marlène ! la ! la ! sol dièse ! à trois. quatre voix ! passionnément ! et enlacés !. à la renverse plein les fauteuils !. à trois sur les genoux du pianiste ! trois de mes femmes enceintes !. et bien sûr, en plus, entendu, pain à gogo ! boules ! et gamelles !… et sans tickets ! vous pensez bien qu’on regarde pas !. quatre roulantes pleines de marmites d’un train à l’autre. de la buvette aux plates-formes ! le « bifur » Siegmar, je parle de trains de munitions, l’endroit vraiment le plus explosif de tout le Sud-Wurtemberg… Fri-bourg-l’Italie. trois aiguillages et tous les trains, essence, cartouches, bombes. de quoi tout faire sauter jusqu’à Ulm !. aux nuages ! bigorner les avions d’en l’air !. salut !. vous imaginez que j’avais un petit peu de travail lutter pour la vertu d’Hilda, qu’elle se fasse pas cloquer sous un train !. « l’amour est enfant de bohème !… » Salut ! là bon !. vous me plaignez !. toujours est-il le devoir d’abord !. que je passe chez Luther !. trois. quatre consultants. boches et français !. et puis tout de suite à la Milice !. à côté. là je vois encore deux, trois malades. des alités, deux « ordonnances » et les urines. analyses. le pharmacien Hofapotek Hans Richter, si je le connais !. si je vais pas moi-même chercher les potions et les résultats des urines je peux
attendre !… il me sabote !… peut-être il est anti-Hitler ?… sûrement il est anti-français !… et je suis « régulier ». comme toujours !… je prescris jamais que des remèdes absolument impeccables, qu’ont au moins cinquante ans de Codex. ici, c’est selon le formulaire du Reichsgesundheitsamt… 32
ordonnances. oh, très bon choix, très suffisant ! Reichsprecept !. je le dis, je crains pas, qu’on devrait bien s’en inspirer, nous, en notre France gaspillonne ! prétentiarde conne !. ce ministre de la Santé auteur de ce Reichsprecept, Conti, fut reconnu à Nuremberg, foutu avéré génocide. un genre de Truman. et lors, pendu !. (pas Trumann). mais son Reichsprecept n’empêche, mérite parfaitement de lui survivre. je nous vois faire avec (France éternelle) au bas mot, au plus juste, trois cents milliards d’économies par an. et les malades joliment mieux ! moins tout ahuris, vaniteux, empoisonnés !. je sais ce que j’affirme. cause.
A suivre







