Je veux pas qu’ils hésitent, oh ! ils hésitent pas !… la buvette d’abord ! « Raus ! raus ! » les femmes enceintes sur les genoux et leurs peloteurs ! « Raus ! raus ! ». et plein les sofas, de ces entremêlements de tendresses !. ça s’extirpe, mais ça jure et menace !. en hongrois. bulgare. plattdeutsch !… toutes les armes. fantassins, sapeurs, et la Todt… et les prisonniers yougoslaves. pas contents ! et pas contentes ! surtout les demoiselles réfugiées. jambes en l’air !. des Lituanes, très blondes, blanches presque argent !. je me souviens bien d’elles. qu’elles savaient aussi déjà tous les chœurs des troupes et des gares. à trois, quatre voix !. la ! la ! sol dièse ! oh ! mais ça se désemmêlait pas ! et personnes réfugiées de Strasbourg ! Lili Marlène ! et comment ! le piano ! les chœurs redonnent confiance ! pipi ! et la bier ! et les genoux ! et les gros nénés !. la ! la ! sol dièse ! en plus la mission Margotton, graves directeurs et dactylos qui se retrouvaient plus d’une porte l’autre à se chiper les boules et saucisses ! espiègleries ! et les lorgnons ! je voyais ça allait faire vilain !. les grand-mères couchée sur les rails qui faisaient semblant rien comprendre. c’était vraiment le très grand désordre, et j’avais beau dire, j’étais cause ! qu’avais alerté les S.A. ! j’aurais dû rien dire ! maintenant une pagaille et boxon ! ramponneaux ! qui qu’allait sortir des buvettes ?. S.A. ? les filles ? les militaires ? gifles et marrons ! et le piano, alors ?. et les roulantes ? qui qu’aurait la loi ?. je voyais venir le choc, que ça serait un tabac au sang !. fatal !. Marlène pas Marlène !. moi c’était qu’une chose, qu’Hilda remonte là-haut ! son père, mon souci !. que sa fille se trouve malmenée j’en entendrais un peu des vertes !. ma faute de quoi ?. c’est pas Brinon, ni Pétain qui diraient mot !. ni Bucard, Sabiani ni le reste !. j’ai la tronche à être responsable, j’y prête !
de tout !… que tout le monde jouit bien comme je suis nave, comme j’écope que toutes les horreurs me foncent sus ! que c’est un beurre et qu’eux réchappent !… une affaire, Ferdine ! le Raumnitz von Oberführer, était vraiment le boche à se méfier ! et que j’étais en quart ! j’allais le voir deux, trois fois par jom…
Tout de même là, buvettes et plates-formes », les S.A. forcent que ça déblaie ! à la Marlène et d’autres chansons !… piano joue plus !… bureaucrates. grand-mères et troubades bras dessus, bras dessous, puisqu’on les tarabuste ! salut ! monôme ! et en ville !. et les ménagères fritz aussi ! du bourg ! qu’étaient venues elles voir en curieuses !. bras dessus, bras dessous !… je me consolais : ça ira ! j’avais l’Hilda et les copines !… les S.A. faisaient bien leur boulot, s’il y avait pas eu l’incident ! mais » tout d’un coup ptaf ! je me dis : ils ont tiré ! ça y est !… c’était les S.A., les douze, qui séparaient les femmes des hommes !. scindaient leur monôme ! vous pensez ! refoulaient les hommes vers la gare, les femmes vers le bourg !… là fatal ! bang ! vlang !… les gamelles volent ! je me dis : Ferdinand t’es cuit !. j’avais pas pris part !. encore deux coups !. et tout silence ! qui qu’a tiré ?… oh ! c’est pas loin ! oh ! je vois. un fritz par terre !… j’y vais !… tous autour déjà. c’est un S.A. qui a tiré. il avait son compte, l’abattu !. par l’orifice de la balle un jet de sang du dos. par pulsations. et par la bouche, glouglous de sang. un fritz d’un train blindé de la gare. camouflés comme ils étaient, uniformes caméléons. sa caméléonerie trempée rouge. il se vidait de sang plein la chaussée. pas eu le temps de faire ouf !. tiré dans le dos !. je m’approche, je lui prends le pouls, j’ausculte. fini !. rien ! bon ! y a plus qu’à remonter. oh ! mais qu’ils se remettent à parler ! jacasser là autour tous !. et pas doucement ! ils jugent !. et que les S.A. sont des pires brutes ! et que c’est la fin de tout ! pires anthropophages que les Sénégalais de Strasbourg ! et que c’est béni qu’ils arrivent les anthropophages de Strasbourg et les fifis du Vercors ! qu’on les embrassera !. ils les connaissent, ils ont eu affaire à eux ! ils ont traversé leurs maquis ! ils peuvent comparer ! Vive les fifis ! les cris que pousse la foule ! Vive les Russes ! moi là, je vois là, c’est que les ménagères, femmes enceintes, troubades, fous d’élan, vont se jeter contre les S.A., charger ! alors que cette fois c’est la gibelotte ! ça sera pas qu’un mort !… là je peux dire, encore historique, c’est Laval qui a tout sauvé ! s’il était pas survenu, juste, c’était la rafale et c’est tout !. mais heureusement, juste il sortait !. il sortait avec sa femme !… jamais en même temps que Pétain !… comme lui le Danube, mais sur l’autre rive. il descendait donc vers la gare. heureusement ! sans Laval pas un réchappait ! il s’approche. je le vois encore. il me voit, il me fait, il se rend compte.
« Docteur, c’est fini ?
— Oh oui ! Monsieur le Président. »
Il connaissait les attentats, il avait eu le même à Versailles, pas au pour, au vrai, radios. il souffrait toujours de la balle. il était très brave. il haïssait les violences, pas pour lui, comme moi, que c’est décourageant, ignoble. moi qui l’ai traité de tout, et de juif, et qu’il le savait, et qu’il m’en tenait vachement rigueur que je l’avais traité de youpin, proclamé partout, je peux parler de lui objectivement. Laval était le conciliant-né. le Conciliateur !. et patriote !. et pacifiste !. moi qui vois que des bouchers partout. lui pas ! pas !. pas !. j’ai été le voir chez lui, son étage, des mois, il m’en a raconté des chouettes, et sur Roosevelt et sur Churchill et sur l’Intelligence Service. Laval, ce qu’il cherchait, il aimait pas Hitler du tout, c’était cent ans de paix. il tombait pile là pour la paix, le Fritz sur le dos !. je l’avertis.
« Monsieur le Président il n’y a que vous ! les S.A. sont plus à tenir ! ils vont tout tuer ! »
A suivre








