« Aïcha ! »
Aïcha et les dogues descendent. personne mène large. tous s’écartent. et en silence !. elle fait signe aux hommes : soulever Papillon, l’enlever ! l’emporter ! et par là !. elle leur fait signe à la cravache !. par là !. vers le fond ! oust !. qu’ils le soulèvent ! ses chaînes avec !. tout le paquet !. hop ! et qu’ils le hissent ! tout le paquet !. emportent !. l’évêque regarde. il bénit encore. il me redemande : « Vous n’êtes pas cathare ? » il me pose la question, il profite du brouhaha, que personne peut nous écouter. il s’appelle ?. il m’a pas dit. je sais pas comment. Monseigneur qui ?. « non ! non ! pas cathare ! » je lui hurle !. qu’ils entendent tous ! quand même ! malgré le boucan ! tout le palier ! ah ! j’ai le réflexe, l’auto-défense ! l’instant même ! j’ai acquis l’auto-défense ! une grâce de Dieu ! le sens animal ! je suis trop haï par tout le monde, en butte à de telles calomnies ! celui-là en plus ! persécuté la « mords-moi » ! qui me fout du cathare !. déjà de l’article 75 !… cathare ?… cathare ?… salut ! il doit être fameux ce filou ! champion vicieux provocateur !… et à la pêche !… il m’aura pas !… je rehurle encore ! que Raumnitz, Aïcha m’entendent bien ! « pas cathare ! pas cathare !… »
Je me défends !
C’est pas demain qu’on me rembringuera dans un truc ! cathare, albigeois, archevêque ! absolument à la surprise ! esbroufe totale !… nom de saint Foutre ! zut !. heureusement les gens l’emportent ! l’évêque, archevêque, et ses bénisseries !. toute la cohue du palier et Aïcha et les dogues ! le commissaire en paquets de chaînes avec ! et Clotilde en larmes !. tout ça s’enfourne dans le petit couloir, vers le fond, mais là, un incident !. je note ! je vous note ! Clotilde pousse un cri ! elle fait volte-face ! et se jette, elle la si frêle pleurante Clotilde, contre les brutes de Strasbourg ! ils la renvoient contre le mur !… dinguer ! avec une de ces violences !. qu’elle comme s’aplatit ! oh ! mais elle se rebiffe ! encore ! requinque ! rattaque !. elle, la si frêle en larmes Clotilde ! elle rattrape son Papillon par le bout de la chaîne et le lâche plus ! elle se crispe après ! elle le rattrape par la tête. et l’embrasse ! l’embrasse ! la cohue emporte tout, pousse tout vers le fond, la porte au fond !.
Aïcha y est déjà. elle les attend. elle et ses dogues. elle est devant la porte, Chambre 36. je sais. je sais !. mon faux médecin y est déjà. et son infirmière. enfin, je crois. et le malade aussi. celui qu’était sur mon lit, qu’il allait juste opérer, le gros garagiste de Strasbourg. bien d’autres encore que j’ai plus revus. je crois. je crois. je suis pas si certain. si je profitais pour y aller voir ?. Chambre 36 ?. j’ai des sacrés doutes. Ils doivent être serrés. je pourrais y aller, là, je pourrais entrer. Papillon, Clotilde, l’évêque. et plein de gens porteurs, et leurs bonnes femmes, s’engouffrent dans le 36 !… Aïcha les laisse s’engouffrer. je pourrais me laisser pousser. avec. Aïcha reste à la porte avec ses dogues. elle me regarde si je vais passer. elle me laisserait. « non ! non, mémère ! non ! » je suis bien curieux, mais pas tant !. assez bordel ! trucs et manigances qui m’ont eu !. je suis plus bon ! gros cul Aïcha !
soubresauteuse croupe, danseuse aux serpents !… salut !… gamberge, pétasse !… que je suis horrible ! os et la haine !… et que je te l’empalerais moi, vif ! t’entends ? olive ! datte ! morue ! 1900, je la vois à la porte !. danseuse aux serpents comac !. bottes croco rouges, et gros bijoux ! et la cravache ! Aïcha, salut ! que je te l’empalerais ! non, que j’entrerai pas au 36 ! son 36 ! je laisse tout là ! et que je me sauve ! et que j’ai un tout petit peu à faire ! mon devoir ! au 11, les malades qui m’attendent !. d’abord ! oui !. mais la gare ?… le Château ? la gare d’abord !… d’autres trains doivent être arrivés !… il s’agit de redescendre l’Avenue. d’une porte cochère l’autre. d’un trottoir l’autre. le danger, pas seulement les petites rafales. d’ici. de là. aussi les bavards qui vous empoignent et vous lâchent plus !. chaque fois que je sors du Lowen pour aller voir celui-ci. celui-là. j’y coupe pas !. vous tombez sur l’énergumène qui vous arrête pile !. chaque porte cochère. chaque coin de rue. que vous lui disiez ce que vous pensez des événements ? et pas un petit peu !. et pas pour plus tard ! tout de suite ! et très franchement ! carrément ! la tape sur l’épaule ! à vous tout luxer, disloquer ! la poignée de main, la vigueur que vous houlez, tanguez, vous savez plus !. « ah ! notre cher Docteur ! le voilà ! » quelle bonne surprise !. quelle joie !. oh ! mais vous là, gafe ! super-gafe ! qui-vive total ! le moment répondre bien spontané ! dynamique ! optimiste ! convaincu terrible ! l’homme qui vous demande votre avis est pas un petit mouchard quelconque ! bredouillez pas ! ergotez pas ! allez-y !. « que la victoire allemande est dans le sac. que l’Europe nouvelle est toute faite !. que l’armée secrète a tout détruit Londres !. rasibus ! que von Paulus est à Moscou mais qu’on le dira qu’après l’hiver !. Rommel est au Caire !. que le tout sera proclamé en même temps !. Que les Américains demandent la paix. et que nous sommes nous, là du
trottoir, pour ainsi dire rendus chez nous ! défilant aux Champs-Elysées !. que c’est seulement une question de trains, transports !. pas assez de trains !. question de semaines ! le retour par Rethondes et Saint-Denis ! »
Que vous ayez l’air renseigné ! il se gratte en même temps qu’il vous parle… l’homme est plein de gale !… oh ! mais surtout parlez pas de gale. surtout pas de gale !… seulement du retour par l’Arc de Triomphe !… notre Apothéose ! ranimer la flamme !… et de Gaulle de Londres et sa clique, et Roosevelt, Staline, comme finis !… domptés à jamais ! des anneaux dans le nez, tous !… et enfermés au Zoo de Vincennes ! une fois pour toutes ! à vie ! surtout laissez pas paraître un quart de dixième de petit doute ! vous avez qu’à dire « Rommel est pas tellement certain de tenir le Canal. le Suez peut très bien résister ! » votre compte est bon !… on vous revoit plus !… combien sont disparus comme ça, de s’être montrés un peu sceptiques avec les « hommes des portes cochères » ?… quantités !… qu’on a jamais revus !…
Entendu, c’était bien plus sûr de rester chez soi !… mais pas si facile ! pas si facile !
A suivre








