Son insistance que je lise cette lettre… que reste là… Neuneuil qu’il voulait me montrer !…
« Docteur, je vous prie !… excusez-moi !… assoyez-vous ! »
Il renfile sa culotte. remet ses bottes. son dolman.
Il va à la porte, il l’ouvre.. il va à la rampe, il se penche. et à voix forte.
« Hier !… Monsieur Boisnières ! Monsieur
Boisnières n’est pas là ?
— Si ! Si ! Commandant ! me voici !. je monte. »
En fait, il arrive !. il est là.
« Entrez !. vous êtes bien Boisnières dit Neuneuil ?
— Oui, Commandant !
— Regardez-moi alors en face ! bien en face !. vous avez bien écrit cette lettre ?
— Oui, Commandant !
— Vous reconnaissez ?
— Oui, Commandant !
V
— A qui vous l’avez envoyée ?
— Vous avez l’adresse, Commandant ! »
Oh ! pas intimidé du tout !.
« Je n’ai fait que mon devoir, Commandant !
— Eh bien moi, monsieur Boisnières, je vais faire le mien !. dit Neuneuil !. regardez-moi bien en face ! là ! bien en face ! »
Pflac !… Pflac !… deux alors de ces sérieuses baffes que le Neuneuil en est comme soulevé !. son bandeau vole !. arraché !
« Voilà moi, ce que je pense !. Monsieur Boisnières dit Neuneuil !. en plus, et j’ajoute, je pourrais vous faire corriger bien plus !. et vous le savez !. et je le fais pas !. vous corriger une fois pour toutes ! misérable canaille !. ah ! je gaspille l’essence ?. ah ! je sabote la Luftwaffe !. je ne gaspillerai pas une petite balle pour vous faire taire, monsieur Neuneuil ! pas un nœud de la corde !. vous valez pas un nœud de la corde ! rien ! sortez ! sortez ! foutez-moi le camp ! et que je vous revoie plus ! plus jamais ! si je vous revois jamais ici, je vous fais noyer ! je vous fais aller voir les truites ! partez ! partez ! et au galop ! tout de suite ! à Berlin !… prenez votre lettre !… Neuneuil !… la lâchez pas ! Neuneuil !… vous la ferez lire au Führer lui-même ! à Berlin ! au galop ! Monsieur Neuneuil ! los ! los ! et que je vous revoie jamais ici ! jamais !… los ! los !… »
C’était la colère.
Neuneuil rajustait son bandeau. « Si je vous revois jamais ici, vous serez fusillé ! et noyé !… je vous le dis ! les motifs manquent pas ! »
Neuneuil, ce vatelavé salé !… l’avait tout de même assez ému. il vacillait. il remettait son bandeau, mais mal.
« Bon, Commandant ! vous me donnez l’ordre ! » Il s’en va, il referme la porte. « Docteur, vous avez vu cet homme ?. il appartient à nos services depuis vingt-deux ans !. il n’a pas arrêté de trahir depuis vingt-deux ans !. il nous trahit !. il vous trahit !. il dénonce à Pierre et à Paul ! il a trahi l’Angleterre ! la Hollande ! la Suisse ! la Russie !. il est pire que le pope Gapone ! pire que Laval, pire que Pétain ! il dénonce ! il « dénonce tout ! je lui ai sauvé la vie vingt fois, moi, Docteur ! j’ai été chargé de l’abattre vingt fois ! moi !. Neuneuil ! je pourrais le faire fusiller sur place !. il a écrit aux Anglais. il voulait faire enlever Laval. oui. et je sais par qui !. par les ministres du Château ! oui !. voilà ceux que vous écoutez, vous ! Docteur ! tous traîtres, juifs, complots au Château !. vous le savez ?
— J’écoute, Commandant ! Je vous écoute !. oh ! certes, vous avez bien raison ! »
Vous pensez ! il m’affirmerait que je suis Mongol que j’irais pas le contredire !
« Eh bien, Docteur, sachez une chose !. de vous à moi !. »
Il va me dire la chose. il se tait. il se reprend. ah ! tout de même.
« Vous le savez ou vous le savez pas. j’ai fait arrêter Ménétrel !. je peux pas les faire arrêter tous !. non !. tout le Château !. et pourtant !. pourtant ! il faudrait !. ils méritent !. tous, Docteur ! et vous avec !. et Luchaire ! et votre juif Brinon ! et tous les autres juifs du Château ! un ghetto, ce Château !. vous le savez ?
— Certainement, je le sais, Commandant !
— Vous avez l’air de vous en fiche ! mais ils vous rateront pas les juifs !
— Vous non plus… ils vous rateront pas, Commandant ! »
On en était presque à rire. Cet avenir drôlet au possible !
« Alors voulez-vous ?… aurez-vous l’amabilité de me faire une seconde piqûre ? Ce charmant homme m’a fatigué !
— J’ai vu, Commandant ! j’ai vu !…
— Pas m’assassiner tout de même, Docteur pas encore ! »
A suivre








