Vous avez casé Morand ! (87)
« Vous avez casé Morand ! vous avez casé Maurois !. vous avez casé Fontenoy !. vous avez casé Fontenoy !. vous avez casé votre fille !
— Bien ! bien ! bien Céline ! »
Il m’arrête. j’en avais encore une douzaine !. une centaine !
« Vous avez casé Brisson !. Robert ! vous avez casé Morand ! j’étais là !. chez lui ! »
J’insiste. les points sur les i !. j’ai l’heureuse mémoire d’éléphant. on croit toujours me baiser, mon air abruti.
Il tient avoir le dernier mot.
« Vous savez ce qu’on dit de vous alors ?
— Moi ?. je suis pas intéressant !. mais la grande nouvelle ? voulez-vous savoir monsieur le Président ? la nouvelle bien intéressante ?.
— Où l’avez-vous prise ?
— Dans la rue !… une chouette ! et qui peut bien vous arranger.
Allez-y ! allez-y ! vite !
— Eh bien !… que les Russes vont se battre avec les Américains ! voilà, monsieur le Président !…
C’est ce qu’ils ont trouvé à Siegmaringen ?
— Parfaitement ! »
Il réfléchit.
« Les Russes contre les Américains ? absolument stupide, inepte, Docteur : vous avez réfléchi un peu ?
— Non !. mais on le dit !
— Mais ce serait le désordre, Docteur !. le désordre ! vous savez ce que c’est que le désordre ?
— Un petit peu, monsieur le Président.
— Vous n’avez pas fait de politique ?
— Oh ! si peu !. et vraiment, si mal !
— Alors vous ne pouvez rien comprendre ! vous ne savez pas ce qu’est le désordre ! Docteur !
— Une petite idée.
— Non !. vous ne savez pas ! apprenez ! le désordre, Docteur, c’est un Jules César par village !. et vingt Brutus par canton !
— Je vous crois, monsieur le Président ! »
Il l’aura pas son dernier mot !
« Mais moi, qui suis pas César, vous auriez pu très bien me caser !. comme Morand, Jardin et tant d’autres !. je ne vous demandais pas grand-chose. je vous demandais pas une Ambassade !. vous n’avez rien fait !. je n’étais pas Brutus non plus !. vous m’auriez donné aux fifis si je n’étais pas venu en Allemagne ! »
Je démords pas !. sûr de mon fait ! honnêtement, totalement raison !. je suis l’homme qu’ai le plus raison d’Europe ! et bien le plus gratuit ! que cinquante Nobel me sont dus !.
« Non, je serais pas ici, monsieur le Président ! »
J’y tiens !
Il attrape son appareil.
« J’appelle Bichelonne, qu’il vous entende !. je veux un témoin ! tout le monde se demande ce que vous pensez ! tout le monde saura !. pas que moi !. que je vous ai attiré, ici ! dans un piège, en somme ! un guet-apens ?.
— Pas autre chose, monsieur le Président ! »
Il a Bichelonne au téléphone…
« Vous savez ce que me dit Céline ?… que je suis un escroc, un capable-de-tout, un traître, et un juif !
— Pas tout à fait ça ! vous exagérez, monsieur le Président !
— Si ! si ! Céline !… vous le pensez ! c’est votre droit !… bon ! »
Il continue au téléphone. il parle. plus de moi. de choses et d’autres. je le regarde pendant qu’il parle. je le vois de biais, de profil. oh ! j’ai de plus en plus raison !. pour le comparer à quelqu’un. je le revois. quelqu’un d’actuel. entre Nasser et Mendès. profil, sourire, teint, cheveu asiate. en tout cas certain ! sous la rigolade, il peut pas me piffrer. il est exactement dans le ton de la France actuelle, dure pure sûre, et pro-« larbi-nès ». on eut très tort de le flinguer, il valait, je dis, dix Mendès !
« Venez !. venez ! »
Il demande. l’autre a pas envie. il se fait prier.
« Il va venir ! »
En fait, le voici. oh ! lui pas le type afro-asiate !. Pas du tout !. le type « grosse bouille blonde », Bichelonne !. énorme tronche, même ! le spermatozoïde monstre. tout en tête !. Bonnard est pareil. type spermatozoïde monstre. têtards monstres. un milli plus, ils coupaient pas !. le bocal !. c’est bien lui Bichelonne, c’est bien lui !. mais quelque chose, je le reconnaissais pas, tellement il était défait, pâle. l’état qu’il était !. tremblant. pour ça qu’il voulait pas venir !. Laval le laisse pas se remettre. il l’attaque !. qu’il écoute tout ! il est trop ému, il écoute rien
A suivre





