Ihre Frau !… tanzerin !… (93)
« Ihre Frau !… tanzerin !… Hé ?… schon !… belle ! belle ! barizerinne ! ya ?.. ya ? hein ? schone beine ! jolies jambes ?
— Oh oui !… oh oui !…
Je suis tout à fait d’accord !… je veux bien !
« Sie ! sie ! vous ? prêter à moi ?… hier !.. hier !.. schlafen mit !.. dort avec moi ! willst du ? veux-tu ? veux-tu ? »
C’est plus du volcan, du feu pur !… elle brûle la dorade !… elle en veut !… elle veut Lili !…
« Gross ravioli willst du haben !.. schon !.. schon !.. »
Elle me montre le ravioli que j ’aurai !… le colossal plat de ravioli ! le plat monstre !
« Oui ! oui ! Frau Frucht !… je lui parlerai ! »
Et là subit, ma présence d’esprit, je l’empoigne à pleine fesse et l ’embrasse ! pfac ! à plein cul !… et sur l’autre fesse ! vlag !.. on est intimes, on est d’accord !
Je vais pas la froisser. qu’elle suppose que je veux pas lui amener Lili. là on couperait pas de Cissen !… sûr !… d’une façon, d’une autre. mais là, je pense, j’y pense ! que ça pourrait aussi être un piège ! très bien !. une manigance avec son dab pour nous faire virer tous les deux ! la manœuvre ! les mœurs !… qu’elle me ferait virer comme maquereau !… Lili, comme aventurière prête à tout. question des instincts, je m’occupe que des regards. et là le regard était fadé. gougnoteries voluptuoseries ?… taratata !. elle était du vice, entendu la Frucht ! j’en avais vu d’autres ! des mille !. du cul comme trente-six ! et alors ? mais sûrement encore bien plus à haine que folle de fesses !… elle s’enverrait peut-être Lili. peut-être. et puis après la bascule !… Cissen !… le « couple monstrueux ». les déshonorants du Lowen. je suis ramollo, mais je pense vite !… encore plus vite !. heureusement, boxon !. heureusement !. je fais attention là de sa chambre à pas m’en aller trop hâtif !… que j’aie pas l’air de me précipiter ! j’y embrasse encore la fesse, la cuisse, le dos, la moule… mff !… mff ! j’y fais un « complet » ! un vrai !… tout !… qu’elle me voie bien complice, tout fou de trucs ! que je vais lui ramener Lili zu schlafen mit !… ah ! que oui, donc !… je m’en vais tout doucement. je parle plus. je parle pas. je parle pas à Lili. à personne !. je dis rien. tout de même je peux un peu réfléchir que si la Frucht se permet tant. c’est qu’elle a des ordres. des ordres du Château ? des Raumnitz ?. ou qu’elle sait que c’est plus que question d’heures, qu’on va être raplatis comme Ulm ?. que quelqu’un l’a prévenue ?. Berlin peut-être ? ou par la Suisse ? que ça va être terminé le cirque, ce carrousel aux nuages, la fantasia R.A.F., orages que personne a plus peur. on va voir ! comme Dresde, flambés, grillés, ras !. que notre demi-heure est venue ?. elle sait peut-être tout ça, brûlante Frucht ? que c’est le moment qu’elle se passe tout !. tanzerin… bariserine. peut-être ?
« Y a des soldats plein la cuisine et la brasserie !
— Qui ?. des Français ?. des Fritz ? »
Je pose la question.
« Des Fritz avec un officier !
— Qui ?. qui ?.
— Ils montent ! »
En fait, j’ouvre la porte, je les vois. ils mettent de l’ordre. l’ordre, ils font évacuer le palier. et notre chambre., et les cabinets. et que tout ça sorte ! et oust !. dégringole ! plus personne à notre étage !. c’est pour m’arrêter qu’ils viennent ?. tout de suite j’y pense. je voudrais voir cet officier ?. ah, le voilà !. je le connais !. je connais bien !. c’est leur Oberarzt Franz Traub. leur médecin chef de l’hôpital. je peux dire, je le connais ! sapé, pardon !. quatre épingles !. la dague au côté ! ceinturon, vareuse, croix de fer !. pantalon gris, pli impeccable. gants « beurre frais ». il est venu me voir en grande tenue. seulement pour venir me voir ? hmm !. y a plus personne sur le palier. dégagé !. plus que son escorte. enfin, deux, trois escouades en armes. bon !. j’attends qu’il me parle. il salue Lili, il ôte sa casquette, il s’incline. moi, il me tend la main… je le fais entrer dans la chambre, je le fais asseoir sur une chaise. Bébert a l’autre. on n’a que deux chaises. c’est le grand jeu de Bébert, sauter d’une chaise l’autre !. Bébert regarde mal l’occupant. culot qu’il a, qu’il trouve ! moi je les regarde, l’Oberarzt Traub et Bébert. qui c’est qui va parler le premier ?. puisque c’est moi qui reçois, j’attaque. je le prie de m’excuser. de le recevoir si sommairement !. notre installation !. etc., etc. il me répond tout de suite et en français. « c’est la guerre ! » et il me fait le geste que ça n’a aucune importance !. détails !. il balaye du geste. bon !. préambules !. soit ! mais une idée qu’il me balaye pas. il vient m’arrêter ?. ce que je me demande, moi !. ce déploiement de gendarmes devant notre porte ?. quand ils ont coffré Ménétrel ils ont opéré pareil. par un médecin et une escorte. il était médecin aussi, Ménétrel. celui-ci, Traub, est un Allemand du type froid. il déteste les Français, bien sûr !. comme tous les boches. pas plus que les autres ! c’est nous, comme Français, qui sommes des « spéciaux détestables » droit d’être spécialement détestés par tous les boches du village !. qu’on est là ! qu’on devrait pas y être ! qu’on les compromet !. ils écoutent tous la Bibici. tout Siegmaringen. dong ! dong ! dong ! la Bibici leur raconte tout ce qu’ils doivent penser !. de nous et de Pétain !. nos noms, nos états civils, nos crimes ! quatre. cinq fois par jour ! qu’on devrait tous être pendus !. Pétain, le premier ! sitôt les troupes françaises là !. hop ! et hop ! on les prévenait bien trois quatre fois par jour ! les vrais Français ! ceux qu’on attendait ! les plus pures légions du Maquis ! Brisson, Malraux, Hubert Kemp, colonels de l’armée Leclerc !. que nous les voyous, nous représentions exactement ce que toute la vraie France vomissait ! qu’ils devraient, eux, les braves Allemands, nous assassiner, et tout de suite ! que nous abusions de leurs bons cœurs !. que nous les trahissions comme nous avions trahi la France ! que nous ne méritions aucune pitié !. exactement ce que pensaient mes pirates de la rue Norvins !. qu’étaient en train de se régaler juste à ce moment-là, mes pirates de la rue Norvins, me foutre à zéro !. l’orgue à
Fualdès, la Bibici !… elle joue pendant qu’on assassine !… et que ça prenait sur les boches !… quatre cinq émissions par jour !… s’ils l’attendaient l’armée Leclerc ! ah, nous crasseux galeux fainéants bâfreurs de Stam ! leur Stam ! on allait voir s’ils nous le feraient dégueuler leur Stam, les Sénégalais ! et nos tripes avec !. nos viandes avec !. plein les ruisseaux !. l’honneur siegmaringois vengé !. bien sûr que l’Oberarzt Franz Traub écoutait la Bibici !… nos rapports professionnels avaient toujours été corrects, sans plus. il s’entendrait certainement mieux avec les services des fifis… moi toujours, il m’avait refusé tout, toujours. comme Kleindienst. pâte soufrée, pommade au mercure, morphine. jamais !. Leider ! leider !… c’était un homme dans mes prix ! la cinquantaine. pour qu’il me reçoive un malade, la croix, la bannière ! il se débarrassait de tous mes cas sur le Fidelis… je les retrouvais tous là, plus les siens !. il avait reçu Corinne Luchaire après énormément de chichis et à condition que ce serait juste le temps d’une radio !. il voulait pas lui non plus que les « libérateurs » lui reprochent d’avoir eu la moindre complaisance.
A suivre








