Je revois plus nulle part les zazous (97)
Je revois plus nulle part les zazous. pas plus qu’on reverra Louis XVI place de la Concorde. Les Chinois seront pas à regarder si ils retrouvent l’endroit de l’échafaud.
Que je revienne à ma pâtisserie. je vous dis donc, Restif était là, avec nous, attentif, discret. il n’avait en lui, rien de spécial. j’ai connu grand nombre d’assassins, et je les ai vus de près, de très près. en l’endroit où tout le bluff tombe, en cellule. pas des similis, des bavards. des vrais, des récidivistes. ils avaient quelque chose, si vous les regardiez attentif, de jour et de nuit… je vous parle en « cellule de force », que vous leur trouviez tout de même, drôle. mais lui, Restif, pas du tout !… pas le plus petit tic !… et pourtant !… pourtant !… plus tard. je l’ai vu en crise. je vous raconterai. en accès. absolument en état fauve ! mais là, nous parlant à la pâtisserie Kleindienst absolument bien convenable, normal. les autres à côté, les « espoirs », l’autre guéridon, eux qu’étaient pas convenables du tout, vachement pétulants ! scandaleux ! le choc des « programmes » ! leur reconditionnement de l’Europe !. ce qu’il faudrait faire, ce qu’il faudrait pas ! sectaires terribles ! néos-Bucard !. néos-P.P.F. !. néos-Cocos ! néostout ! les hommes nouveaux, les superforces, eux que toute la France attendait !. l’élite de Siegmaringen ! leur premier devoir : la « 4e » pure ! inflexible ! que le monde entier se le tienne pour dit ! la « 4e Intransigeante » !. et ils se nomment déjà tous ministres ! là, illico ! ils étaient déjà à Versailles ! proclamation à Versailles ! Hitler est pendu, il va de soi ! son Gœring avec, l’énorme traître cochon, qu’avait vendu le ciel aux Anglais !. vous aviez qu’à regarder en l’air ! le Gœbbels ? empalé ! bien sûr ! ce Quasimodo criminel ! il mentirait plus ! les vrais fanatiques étaient là, les mécontents pas au « pour », qu’avaient des vraies cruelles raisons, des fanatiques à enrôler, barbouses, vocabulaires de choc, qu’avaient pas à se plaindre « simili » eux !. tous l’art. 75 au fouet !. vous pouvez rien faire de sérieux qu’avec les gens qui crèvent de faim. vous verrez un peu les Chinois !. trois semaines en Touraine, je vous les redonne ! je vous les ramasse à la cuiller. ils seront tous mûrs pour les « complexes ». les Chinois terribles ! « prendrais-je Gide debout ?. sa grand-mère, couchée ? » Marion avait eu bien raison de nous faire descendre chez Kleindienst. pas que Restif se promène au Lowen. il me venait déjà assez d’« ouistitis ». soi-disant pour me consulter. et la chambre 36 ?. et les Raumnitz juste au-dessus ! oui ça valait bien mieux comme ça. on parle un peu de choses et d’autres. et puis tout d’un coup : du cyanure ! ça devait venir !. sûr, Laval en avait bavé !. Bichelonne aussi, sans doute. que j’en avais, etc… maintenant tout le monde devait le savoir, tout Siegmaringen. que j’en étais bourré. tout le monde allait venir m’en demander ! ah ! aussi une autre nouvelle !… aussi du Château !… que Laval m’avait nommé Gouverneur ! ils savaient pas trop d’où. mais quelque part !… à propos ! j ’avais aucune preuve. Bichelonne mort, j’avais plus de témoin. Laval pouvait nier. ça le gênerait pas ! on en rigole !. même Restif, pas beaucoup à plaisanter, me trouve plaisant, en Gouverneur !. je lui explique :
A
Gouverneur des Iles !.
Je demande gentiment à Marion ce qu’on est venus faire chez Kleindienst ? « on va voir le train !. n’est-ce pas Restif ? » et ils m’expliquent. le micmac. de quoi il s’agit !. le train qui va les emmener à Hohenlynchen, aux funérailles de Bichelonne. la délégation officielle, six ministres, plus Restif, et encore deux délégués, on sait pas lesquels ?. sûrement Marion et Gabold. mais attention ! le train est à part, garé à part, en pleine forêt, de l’autre côté du Danube. personne doit savoir ! ni le voir ! il est sous les branches, sous tout un amoncellement d’arbres ! enseveli ! il est pas visible des avions. la locomotive doit venir de Berlin les chercher. un train « très spécial », deux wagons. on doit les prévenir quand la locomotive sera là. d’un instant, à l’autre !. Hohenlynchen est pas tout près, 1200 kilomètres. toute l’Allemagne, du Sud au Nord-Est !. je vous ai dit l’Hôpital Gebhardt, S.S., 6 000 lits. mais comment il est mort Bichelonne ?. personne le sait, là-haut. ils le sauront !. sauront ?. sauront ?. Marion croit pas. on leur dira ce qu’on voudra !. je réfléchis, je pense un peu aussi. c’est Gebhardt qui l’a opéré. j’aime pas Gebhardt. toujours là maintenant ils attendent leur train. enfin, la locomotive. on va aller le voir « ce train spécial » ! y a que Restif qui sait où il est. à quel endroit, sous quels branchages. après le grand pont. absolument camouflé, il paraît. mais Restif croit pas du tout, ni aux camouflages, ni aux branches. il sera repéré n’importe comment, il nous affranchit. vu qu’ils peuvent se chauffer qu’au coke !. toutes leurs locos chauffent plus qu’au coke ! un plaisir de les repérer ! vous les voyez venir de Russie ! formidables panaches d’escarbilles !… d’où ce cirque d’avions perpétuel, au-dessus des tunnels, des entrées, sorties. boum !… et ça y est !… y a que les attendre ! à la sortie des monts Eiffel, ils sont au moins trente, en manège !… permanents !. les trains viennent s’offrir, ainsi dire !… des cibles ! c’était fait ainsi dire, exprès. on a su plus tard ! Restif savait. il en savait un sacré bout. c’était pas de poser des questions, lui demander pourquoi ? comment ?. il nous conduisait, c’était tout ! Lili, Marion, moi, Bébert. on allait le voir ce train spécial. soi-disant planqué. par des petits détours nous voilà au grand « cinq arches ». triple voie, on traverse. on entre en forêt. là il faut avouer, où il nous mène, les sentiers zigzag, on se serait paumé, tellement il faisait sombre. ils avaient comme abattu les plus grands sapins. vous avanciez sous une voûte. et sous là-dessous un de ces fouillis ! en plus ! branches coupées, entremêlées. on suivait le ballast. les rails aussi. mais ce fatras d’arbres à travers les voies !. sapins Père Noël abattus !. et un plus énorme monceau de branches !. un endroit. et plein de gens autour. Restif savait ! c’était là !. c’était le train dessous ! le train enseveli. sous les branchages !. camouflage total !. mais l’affluence autour, pardon !. s’ils l’avaient trouvé le train secret ! des gens du Lowen, des gens du bourg, des civils et des militaires, un peuple ! et que ça jacassait ! et dans toutes les langues !. pire qu’au Kleindienst !. grivetons camouflés et pas camouflés. des réfugiés français et boches. de tout !. même des crevards du Fidelis, que je croyais au lit. ils étaient là, et qui se marraient !. des familles d’Ost. travailleurs
déportés d’Ukraine. à dix, douze mômes !. toute cette marmaille après les branches. à voltiger, piailler, se balancer partout ! ah, le train mystère !. et les schuppos ! et les S.A. !. et l’Amiral Corpechot, lui-même !. si tout ça commentait dur ! si ça savait !. tout ! et ce que c’était comme train ! le « spécial » d’Hitler ?. non !. pour Pétain ?. pour l’Amiral Corpechot ?. pour Staline ? pour de Gaulle de Londres ?. ils montent dedans pour regarder. tout retourner ! chaises, coussins, fauteuils ! le luxe que c’est !… les parents, les mômes, et les flics… je savais que ça se planquait la nuit, mais jamais j’aurais cru tant de monde !… qu’ils foutaient le camp en forêt peur d’être brûlés dans leurs galetas, les bombes, mais une foule pareille ! la trouille que ça serait notre tour bientôt ! torche comme Ulm ! bientôt ! je veux, c’était assez annoncé !… même les agoniques des vitrines !… y en avait là ! et les pianistes de la buvette.
A suivre









