Bien entendu, la locomotive de Berlin est pas arrivée. accidentée, il paraît, entre Erfurt. Eisenach. tout le ballast crevé !. en l’air !. et encore à un autre endroit. la machine elle-même, vers Cassel. ça faisait du retard !. elle pouvait attendre la Délégation ! pas du tout enthousiaste déjà. ça tournait mal. boniments en boniments, il fut finalement avoué qu’il y aurait pas de loco de Berlin, qu’on ferait remorquer les deux wagons par une machine « haut-le-pied » du dépôt là, d’ici même. seulement ça irait très lentement, ça serait long !. y a eu encore bien des bisbilles, pourparlers, savoir qui irait ?. irait pas ? ça s’est âprement disputé entre le Château, Raumnitz, Brinon, qui serait délégué aux obsèques ? les antipathies ?. qui serait malade, grippé, exempt ?. perclus. trop sensible au froid ?. enfin on en a trouvé sept, à peu près valides. qu’on a à peu près décidés. des ministres « actifs » et des « en sommeil ». je vais pas les nommer ici. ça pourrait leur faire du tort, oui !. même maintenant vingt ans après !. les haines partisanes sont « alimentaires » !. oubliez jamais ! on s’est fait des « Situâtions » dans la purification, les mises en fosse des « collabos ». des gens qu’étaient juste que de la crotte sont devenus des « terribles seigneurs ». « vengeurs ». avec de ces énormes privilèges !. vous parlez qu’ils « résisteront » jusqu’à leur dernier quart de souffle !. jusqu’à leur dernière petite-fille se soit très gentiment mariée ! le pire malheur des collabos, la providence qu’ils ont été pour la pire horde des bons à lape. dites-moi, Vermersh, Triolette, Madeleine Jacob, qu’est-ce que ça vaut devant une fraiseuse, une feuille de papier ? un balai ?… à la niche, hyènes ! catastrophes ! des aubaines, pas une fois par siècle ! surprise-stupre des épilo-connes ! c’est pas demain qu’ils vont renoncer à être les Très-Hautes-Puissances-Paladines de la plus formid’colique 39 !… je vais pas leur donner des motifs ! non ! j’attendrai qu’ils soient au trou les Très-Hauts-Puissants-Sénéchaux de la plus sensâ dérouille 39 !. je vais pas leur donner des motifs ! non ! j’attendrai qu’ils soient tous « hors cause » !. « ça vient !… certain moment, la courbe des âges. accélère tout ! précipite tout ! moi qui collectionne les « faire-part ». je sais !… le « Grand Rappel » ! bourreaux et victimes !… en tout cas, Marion en était de cette délégation aux obsèques, je vous ai déjà dit. Marion et Restif. Horace Restif devait représenter les « Commandos ». il serait aussi l’« Intendance », pourvoyeur à la cuisine. et les poulets ! il les avait cuits les poulets, comme il avait dit, au Lowen. mais à force de tergiverser, d’attendre la locomotive, ils avaient été mangés !. oui !. aile par aile. si bien qu’il y en avait plus le jour du départ. ça commençait mal !. surtout que du Château, question provisions, ils avaient touché en tout deux petits paquets par ministre ! petits paquets de sandwiches ! jalousie ! et des hôtels ?. nib !. ça devait durer, trois jours, trois nuits, Siegmaringen, là-haut, la Prusse. question des costumes, je vous note, ils étaient vêtus comme ils étaient partis de Vichy, pardessus légers, tatanes de daim, pas du tout pour les « dessous de zéro ». encore à Siegmaringen en novembre ça pouvait aller, mais en remontant ça irait mal !. on a vu !. ça a plus été du tout ! surtout pour dormir ! qu’ils avaient fini leurs sandwiches, qu’ils avaient plus rien, et qu’ils battaient drôlement la semelle !. que le voyage était pas fini et qu’on remontait de plus en plus !. thermomètre de plus en plus bas. et que la neige, d’abord des flocons, s’est mise à tomber d’une manière !. rafaler blizzards !. après Nuremberg, surtout !. épaisse ! de l’ouate !. plus rien à voir !. ni les rails, ni les ballasts, ni les gares. l’horizon, le ciel, de l’ouate !. on a passé Magdebourg sans rien reconnaître.
notre train devait remonter doucement, éviter Berlin, contourner par les banlieues… la veine que jamais une patrouille d’en l’air, un des maraudeurs nous bite pas !… repérés on fut !… sûr ! certain ! la vieille loco qui nous tirait, giclait, pouffait. panachait ! escarbilles flambantes !… surtout à chaque rampe.. on pouvait pas nous louper. on devait nous voir de la Lune ! y avait des raisons qu’ils voient rien. sûr !… les explications viennent après, quand elles intéressent plus personne. qu’elles veulent plus rien dire. donc en ce wagon si rafraîchi, plus une vitre, plein de zefs, et quels zefs ! personne pouvait plus dormir. trop froids et trop secoués !. surtout sortant du Château ! vous pensez ! les bronchites tout de suite !. ils toussaient tous !. même chauffés, personne aurait pu dormir, il ne devait plus y avoir un ressort !. la suspension « noyau de pêche ». d’aller et revenir, trépigner pour se réchauffer, tous les ministres se rentraient dedans ! cahots, pardon ! gnons !. bosses ! on les y reprendrait aux obsèques ! deux jours, deux nuits, ils pouvaient plus !. pourtant c’était encore que d’aller !. le retour qu’a été mimi ! dès l’aller on pouvait se rendre compte. Restif qu’a été ingénieux, pratique. à coups de couteau dans les tentures !. crac !… rrang !… et y en avait !. des flots de soieries, velours et cotons !. ça pendait, cascadait de partout !. ah, vraiment le wagon de super-luxe ! et que tous les ministres s’y sont mis ! crrac ! vrang ! comme Restif !. ramages, tapis, cordelières !. il s’agissait de plus avoir froid !. s’ils l’ont décarpillé le wagon !. la lutte !. tout un chacun s’est façonné une houppelande !. et du sérieux !. super-pardessus ! épais, quatre épaisseurs ! le genre manteau de cavalerie. mais vraies chouettes !. je sais ce que je cause. les nôtres de 14 étaient vraiment qu’horribles factices !. la moindre flotte ils retenaient toute l’eau, ils vous écrasaient sous leur poids ! ceux que se découpaient les ministres, taillés au couteau, quatre épaisseurs, plus les tapis Boukhara, et cintrés, étaient peut-être ridicules, mais pardon!. sérieux ! surtout pour dormir, dans les petites stations autour de Berlin. on est restés en plan, des heures. ici. là. la loco pouffante. personne est venu voir ce qu’on faisait… personne nous a rien offert… pas un Stam… pas un saucisson. ils avaient peut-être pas eux-mêmes ?… on sait jamais avec les boches !… on aurait eu le temps de demander. mais encore parler ?… maintenant ça devenait vraiment froid !… en plein contre le vent du nord. il faisait froid à Siegmaringen, mais rien à côté !. et on était que début novembre !. on est repartis cahin-caha. ça devenait très réellement très toc. des flocons alors je vous dis, de la ouate, vous voyiez même plus la plaine, ni le ciel. le train avançait très doucement. si doucement, il devait plus être sur des rails !. tout pouvait avoir dérapé. le train glissé des rails ?. ah ! tout de même, une gare !. personne là, vient nous voir non plus. on avance comme dans un mirage. une seule chose, on allait au Nord. toujours plus Nord !. Marion avait sa boussole. Hohenlynchen était Nord-Est. Marion avait aussi une carte. après Berlin on a été encore plus Est. c’est pas nous qu’allions nous plaindre !. le mécanicien nous parlait pas. on a essayé. il devait aussi avoir des ordres. bon !. qu’il les garde ses ordres !. nous vrrac ! craccs !… encore une housse ! et une autre ! c’est à qui qui déchirerait le plus !. puisqu’il faisait de plus en plus froid ! un trou vrrrac ! en haut de la housse. vous voilà une quadruple pèlerine ! aussi déchirer, réchauffe bien. crrac !. et encore ! les brise-bise !. si y en avait ! ah ! le Shah !. ornementeries Wilhelminiennes !. ah ! turqueries ! bazar arabe !. un autre Boukhara ! merde, la revanche ! puisque personne veut nous parler ! « saloperies boches ! bourreaux !. vampires ! affameurs ! cons ! » voilà ce qui se crie, s’hurle ! toute la Délégation d’obsèques absolument unanime ! puisqu’ils veulent rien nous expliquer !. on leur en foutra du Guillaume ! I ! III ! IV ! où qu’ils nous mènent d’abord ? et d’un ! au Pôle Nord ?. en Russie ?. pas à Hohenlynchen du tout ! de tout, ces salauds sont capables !. traîtres aux moelles !. en leur lacérant tout, on l’hurle ! « boches ! saxons ! cochons ! » arrachant tout, on s’est mis tout ! on s’est formidablement recouverts ! ah ! les capitons ! à nous, capitons ! ils nous foutent rien à bouffer, ils le font exprès ! les cahots aussi, exprès !… au moins que tout le wagon y passe ! toutes leurs fanfreluches !
A suivre