Oh ! mes paroles réconfortantes (95)
Oh ! mes paroles réconfortantes lui faisaient un bien immédiat !. lui la figure à la serpe, bien boche, dure, me regardait comme affectueusement. positif !. le nectar de mes mots !.
« Vous voulez m’examiner, cher Collègue ?
— Mais certainement !. »
Je passe mon doigtier. la vaseline. il se déculotte. son beau pantalon gris à pli. il s’agenouille sur mon grabat. il n’enlève pas sa tunique, ni son ceinturon, ni sa dague. je lui fais son toucher. oui !. exact !. sa prostate est très élargie. même, il me semble un peu dure.
« Oh ! tout ça peut très bien attendre !. avec un régime très sévère !. votre prostate rentrera dans l’ordre !
— Très bien !. très bien mon cher collègue !. mais pour l’alimentation ?
— Des nouilles !. seulement des nouilles !. c’est tout ! »
Il est d’accord ! il rajuste son pantalon. son ceinturon, son revolver. « Parfaitement, Collègue ! parfaitement !
— Dans un mois vous revenez me voir !. nous verrons si ça va mieux !. »
C’est moi maintenant qui décide !. ainsi, sans le berner du tout, très honnêtement, de mois en mois je serai plus tranquille… je pouvais craindre… pourquoi tous ces hommes sur le palier ? cette escorte ? et en armes ?… j’étais bien près de lui demander. j’ai jamais su. peut-être que c’était du bide, tout ce qu’il m’avait dit ?… tout de même la prostate j’étais sûr. enfin voilà, il se lève, il s’en va. ah ! encore un mot !.
« Vous passez demain à l’hôpital, Collègue ?
— Oui ! oui ! certainement !.
— N’est-ce pas ?. pour la verge !. »
Il me parle à l’oreille. il me chuchote.
« La pommade soufrée. un pot !. un pot !. vous voulez ?
— Oh ! certainement !. oh ! grand merci !
— Et puis aussi un peu de café. vous voulez ? »
Si je veux !. il me montre. un petit sac. « Oh ! mais certainement ! »
Il nous gâte.
« Secret ?. secret, n’est-ce pas ?
— La tombe !. la tombe, Confrère ! »
Il ouvre la porte. un mot au sous-off !. et tous les hommes « garde à vous ! fixe ! » rassemblement ! ils descendent. le collègue fritz Traub passe le dernier ! tout ça s’en va !. pourquoi ils sont venus ?. j’ai jamais bien su. pour m’arrêter ?. peut-être pas. en tout cas une chose, Traub est revenu me voir. je l’ai tenu pendant sept mois aux nouilles et à l’eau. il allait mieux. et puis il est plus revenu. j’ai plus jamais eu de ses nouvelles !. une raison au fond de tout ça, sans doute. jamais su !. je me la suis faite la raison. vite ! un jour c’est un jour !. un jour c’est énorme, des moments. on a eu tout de même du café. oh ! pas beaucoup !. et aussi de la pommade au soufre. pas beaucoup non plus.
Deux. trois jours encore. oh ! pas calmes !. de plus en plus de monde dans les rues. par les routes et par les trains. s’il en arrive ! de Strasbourg et du Nord. de l’Est et des Pays baltes. pas que pour Pétain !. pour passer en Suisse. mais ils restent bel et bien là, ils campent comme ils peuvent. ils se tassent sous les portes et plein les couloirs. vous avez de tout !. hirsutes et rombières, et les mômes. plus soldats à la débandade, toutes armes… vous pensez si Corpechot recrute !… d’un trottoir l’autre !… il arrête pas de recruter ! il leur promet tout, les fait signer, leur file un brassard !… et que voilà un matelot de plus !… pour quel navire ? quelle flottille ? on verra bien ! mais au ciel ça s’occupe un peu !… Mosquitos, Maraudeurs foncent ! piquent ! filent !. ils pourraient facile nous broyer !… une petite bombe !… non ! il semble qu’ils prennent que des photos. « faites-vous filmer face, profil, derrière, par la R.A.F. ! » ils auraient pas à se gêner !… pas un seul avion fritz en l’air. ni au sol. jamais !. jamais rien !. ni la moindre « passive ». balpeau leur Défense ! le bide à Gœring ! qu’à nous rendre la vie impossible qu’ils sont bons ! tous et tous !. je vous dis deux. trois jours encore. et trois nuits. sacrées tressautées vibrées nuits ! rien que des remous des hélices ! qu’est-ce qu’il passe ! et repasse !. des flottes entières de « Forteresses ». à réduire tout poudre jusqu’à Ulm. ils frôlent. font voltiger un toit. deux toits. c’est tout ! les tuiles ! on doit pas valoir la bombe.
Voilà une visite. toc ! toc !… Marion !. il revient nous voir. je lui fais remarquer l’état du ciel. il pense à nous, il nous apporte ses petits pains, et des rognures pour Bébert. on rigole de l’état des choses, comme tout ça tourne imbécile ! comme on est plus qu’idiots d’attendre ! qu’est-ce qu’on attend ?. et au Château qu’est-ce qu’ils déconnent ? je lui demande. il me donne des nouvelles. Brinon veut plus voir personne. Gabolde non plus. Rochas non plus. ils font des manières à présent. ils en faisaient pas y a un an. là comme ailleurs, toujours trop tard les manières ! comme les « vues d’avenir ». toujours trop tard !. we are all dam’wise after the event ! (je vous sors mon Berlitz puisqu’il est question d’Angleterre !) nous parlons de la table des Ministres. Bridoux s’envoie toutes les portions, il paraît, les autres mangent plus, ou presque plus sauf Nero, qui mange encore bien. très bien !. Nero, un genre Juanovici, qui quitte pas Laval. il fait « ses affaires », il paraît. les potins. mais quelque chose que Marion m’apprend !. je m’en doutais !. non !. je m’en doutais pas. Bichelonne est mort. il est mort là-haut, chez Gebhardt, à Hohenlynchen… et pendant l’opération. bien !… rien à dire !… il a voulu y aller là-haut. il pouvait sûr attendre « le retour » !. très bien !. lui aussi ! on dit pas encore qu’il est mort !. on le dira plus tard. c’est la consigne. « ne pas vexer les Allemands ». bon !.
« Mon vieux, vous avez du cyanure, il paraît ? » Laval lui en a parlé. évidemment !. Bichelonne aussi peut-être avant de partir ?. c’était pas un crime. mais qu’est-ce qu’ils allaient m’en demander ! tous !. et j’en avais plus que deux flacons. zut !
A suivre






