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2 août 2026

Je vous dis pas les noms (111)

Je vous dis pas les noms des ministres derrière l’orphéon. le nom des autres non plus. Marion, ça va, vous connaissez. il marche en queue. c’est sa place par le Protocole, le dernier-né des ministères. neuf on est, en tout. on glisse trop, on peut vraiment plus. l’officier nous remet ensemble, bras dessus, bras dessous, qu’on se rattrape. et qu’on redémarre !. où il peut être cet hôpital ?. on le voit pas !. avec la neige, on voit plus rien !. même agrippés comme nous sommes, on glisse, on n’avance plus du tout !. c’est de la patinoire comme c’est pris. eux, la fanfare, ils peuvent y aller ! ils ont des bottes à crampons ! ils peuvent la jouer la Marseillaise ! nous c’est miracle qu’on plane pas, foute pas le camp à dame !. tous ! et qu’on se relève plus !. qu’on se casse pas tout ! vous pensez si ça proteste !. « lentement ! lentement ! langsam ! » ils entendent rien, ils hâtent plutôt ! où ils nous mènent ? ah, tout de même quelque chose dans la plaine. là-bas !. ça doit être !. sur la neige. quelque chose. loin. un drapeau !. je vois !. un immense drapeau !. ça doit être pour nous !.    « flotte formidable drapeau ! ». tricolore, bleu, blanc, rouge, juste devant une sorte de hangar. c’est là qu’ils nous mènent, certain !. pas du tout à l’hôpital. l’officier nous fait signe : halte !. la musique aussi s’arrête. bon !. l’officier vient nous dire quelque chose. bon !. on l’écoute. il parle français. « j’ai la douleur de vous apprendre que M. Bichelonne est mort. il y a dix jours., à l’hôpital !. » il nous montre l’hôpital là-bas !. trop loin pour nous !. même pour le voir !. à travers cette neige !. il nous dit encore qu’on nous a attendus dix jours ! on arrive trop tard !. Bichelonne est en boîte !. sous le hangar, là ?.
maintenant c’est seulement la question de lui rendre les honneurs… un de nous veut-il prendre la parole ?… personne a envie !… trop froid, trop de neige, on grelotte trop. même si emmitouflés mousselines, tapis, doubles rideaux, boudinés, capitonnés, c’est à qui claque le plus des dents ! pas question de parole ! c’est déjà un drôle de miracle qu’on soit arrivé jusqu’ici ! je comprends de mieux en mieux les Retraites. qu’ils se couchaient dans le ventre de leurs propres chevaux ! à même ! les ventres chauds ouverts !. les tripes ! pardi ! horreurs ! c’est vite dit ! nous y a pas de chevaux, y a que cet orphéon militaire ! et ils nous remettent ça !… la Marseillaise ! faut qu’on aille alors au hangar rendre les honneurs ?. c’est nous les honneurs ?. qui qui nous rendrait les honneurs nous si on se fend les crânes ? comme ça glisse !… personne !. pardi !. mais puisqu’on est là, miracle jusque-là, je voudrais au moins voir Gebhardt !… c’est lui qui l’a opéré. il est pas là, je le vois pas, il est pas venu. il a trop d’opérations, il paraît. s’il les réussit toutes pareil ! sûrement il tient pas à nous voir. personne, d’abord tient à nous voir. et pas de gamelles ! nib ! juste une couronne qu’on nous offre ! une couronne chacun, lierre et immortelles !. à force d’efforts et se rattraper, on parvient. il est là sous ce hangar ?. on dépose nos immortelles.. est-ce que c’est Bichelonne ce cercueil ?. pas confiance avec les Allemands. vous savez jamais. en tout cas un beau cercueil ! il a plus de comptes à rendre à personne, Bichelonne !. nous, un petit peu, c’est pas fini !. on a drôlement à s’expliquer ! des comptes à rendre à tout le monde !. même à ceux qui m’ont tout razzié !. je parle toujours de moi !. l’Hamlet lui il l’avait facile philosopher sur des crânes !. il avait sa « securit » ! nous on l’avait pas, nom de Dieu !
L’officier du Protocole voit qu’on veut rien dire.
« Nun ! messieurs ! la cérémonie est finie ! retour, messieurs ! »

A suivre

26 juillet 2026

Quand voilà que Restif découvre un trésor ! (110)

Quand voilà que Restif découvre un trésor !… un filon !. une planque !. il fouine partout !. il fourrage !. il sort de dessous le grand sofa une ! deux ! vingt coupes de mousseline violet !… violet-parme ! ça devait être sûrement pour suspendre après les ornements-chimères ?… guirlandes !… tout à travers le wagon. grand falbala !… je pense tout d’un coup, je réfléchis. ce violet-parme ?… il me dit quelque chose !… un « revenez-y ! ». oh ! j’y suis !.    ça y est !. j’en sais un petit bout sur
l’Allemagne !. hélas !. plus que je ne voudrais !. cette mousseline parme. pardi !. Diepholz, Hanovre. Diepholz, la Volkschule !… 1906 ! on m’y avait mis apprendre le boche !. que ça me serait utile dans le commerce !. Salut ! ah ! Diepholz, Hanovre !. vous parlez de souvenirs !. méchants qu’ils étaient acharnés, déjà !. peut-être pires qu’en 44 !. les torgnioles qu’ils m’ont foutues à Diepholz, Hanovre ! 1906 !. Sedantag ! Kaisertag ! les mêmes sauvages qu’en 14 !. les mêmes que j’ai affrontés à Pœlkappelle-Flandres ! à propos Madeleine y était pas ! Kappelle-Flandres ! ni Vermersh ! ni de Gaulle lui-même, pour affronter les boches vraiment, faut vraiment des hommes ! ni Malraux, l’idole des jeunesses ! et ils en laissent pas lourd debout ! la preuve : moi-même !.
Que je revienne à cette mousseline !. foutre que j’en avais suspendu à toutes leurs vitrines, lampadaires, balcons du Diepholz Hanovre ! pas étonnant que je m’en souvienne ! avec les autres mômes des écoles, plein les rues, à travers les rues ! la même mousseline, violet-parme. la fête de la Kaiserine. sa couleur, le violet-parme. j’étais le seul Franzose à Diepholz Hanovre. vous pensez si ils m’en faisaient voir !. si on m’en faisait pendre des mousselines ! je pouvais me souvenir !. la Kaiserine Augusta !.
Ce trésor qu’il avait déniché ! ces kilomètres de mousseline, voilà que les Ministres en veulent tous ! Secrétaires d’État, Excellences foncent sur ces coupes violet-parme. déroulent tout, s’enrobent, s’enturbannent avec ! ils trouvent qu’ils font mieux !
plus convenables… en demi-deuil… mais pas assez de mousseline pour tous !… surtout en cinq six épaisseurs de la tête aux pieds ! seulement les Ministres !… ils sont contents de leur « modèle », la façon qu’ils se boudinent, façonnent. qu’ils se cintrent avec des cordelières. y en a plein le wagon. toutes les tentures rrrac ! vracc !… ils vont débarquer comme ça, violet-parme cintrés ?. s’ils arrivent !. un moment, notre « poussive » ralentit encore. tchutt ! tchutt ! d’un cahot l’autre. je me dis : quelque chose va survenir. on voit le ballast, on voit les rails. on doit approcher de quelque part. on est en Russie ?. je pose la question. demi pour rire ! ça se pourrait bien !. en Russie ou à l’Armée Rouge ! ils nous livrent peut-être ? avec les boches tout est possible, faut les connaître ! tout le wagon hurle, prêt pour les Russes ! tovaritch ! tovaritch ! « ils seront pas pires que les Allemands ! » l’avis unanime !. l’alliance franco-russe ?. et alors ?. et comment ! pourquoi pas ?. tout de suite ! surtout boudinés violet-parme !. si ils vont être bluffés les Russes !. avec eux, on bouffera peut-être ?. ça mange les Russes !. ça mange même énormément !. y a des renseignés dans le wagon !. bortch, choux rouges, etc. ! lard salé ! ils savent ce qu’on va s’envoyer ! moi je veux bien !. du coup je les affranchis aussi, la Délégation, que c’est moi l’auteur du premier roman communiste qu’a jamais été écrit. qu’ils en écriront jamais d’autres ! jamais !. qu’ils ont pas la tripe !. qu’il faudra bien leur annoncer aux Russes !. et les preuves : Aragon, sa femme, traducteurs ! qu’ils débarquent pas n’importe comment !. qu’ils leur disent bien qui ils sont !. et avec qui !. qu’il suffit pas de leur parler de bortch ! peut-être leur danser une danse triste ?
avec sanglots ?. un petit « impromptu accablé » ?. ils seront pas mal en violet-parme ! j’ai des idées mais je les fais pas rire. moi, mes astuces !. bouffer qu’ils veulent !. gamelles, voilà !. c’est tout ! chinoises, turques, russes !. mais la clape ! et si on retrouve la L.V.F.?. possible !. qu’ils nous mènent à la L.V.F.? possible !. on suppute. alors on aura de la « roulante » ! canard aux navets !. mgnam ! mgnam ! mgnam !.. et quantités de boules ! pardon ! que veux-tu ! possible ! possible ! ah ! que ça sera drôle !… mais brrrrt ! le train bourdonne, freine. oui !… tout à fait !… et tzimm ! vlang ! broum ! une fanfare !… un de ces orphéons !… au haut du remblai. des Russes ?… non !… des boches militaires !… l’Horst Wessel Lied ! bien des boches !. tout en haut du remblai de neige ! ils nous aubadent. c’est bien pour nous. des Fritz. des vrais Fritz !. pas des L. V..F., ni des Russes ! c’est même pas une gare, c’est un arrêt en pleine plaine. c’est Hohenlynchen ?. on sait pas !. où est l’hôpital ?. on le voit pas, on voit rien. on voit que le remblai, la fanfare en haut, et les boches. les boches en botte ». Leur chef, un barbu, agite sa baguette. encore une fois l’Horst Wessel Lied. et encore un coup. ils doivent nous attendre nous qu’on monte. leur chef nous fait signe. qu’il faut monter ! ah c’est du mal !. surtout nous en simples bottines ! tout de même, ça y est, on se donne la main, on ascensionne. on y est !. oh, ils ont pensé à tout !. une valise pleine de butterbrot !. c’est pas long qu’on se serve !. le temps de faire ouf il reste plus rien ! tout est mangé !. ils jouent toujours leur « Horst Wessel ». on a pas de bottes, nous !. ils vont nous conduire, sans doute ? on va les suivre. mais voici un bel officier ! et qui nous salue !. de là-haut, à côté de la fanfare, du haut du remblai. il nous apporte rien à manger ?. il nous prie de nous mettre en rang.. d’abord « la Justice » !. il doit venir pour le Protocole. je vous ai raconté le Protocole. la « Justice » d’abord !. la « Justice » qui représente Pétain. après la Justice, la fanfare !. et puis toute la Délégation. mais dans un ordre !. oh ! mais ils changent d’air !. maintenant c’est plus l’Horst Wessel, c’est la « Marseillaise » ! on va !. on glisse !. surtout « la Justice » !. on le remet debout « la Justice » !. vous glissez horrible, forcément !. rafales sur rafales !. le vent d’Oural en plein debout ! tout le Nord Allemagne d’ailleurs comme ça, le vent d’Oural six mois sur douze !. il faut goûter pour se rendre compte. vous comprenez toutes les retraites !. tous les désastres de Russie ! personne peut tenir ! Napoléon petit garçon, Hitler délirant fétu !
vraiment la plaine pas fréquentable ! on aurait pas nous, les Vosges, le rempart d’Argonne, on aurait aussi le même zef !… on comprend les conquérants de l’Est, leurs hordes sont folles, ivres de froid. qu’on les y laisse ! et crever ! qu’est-ce qu’on veut nous foutre ? y foutre ? je demande !… faut les représentants de l’heure actuelle, qu’ont jamais pris la Gare de l’Est, pour miraginer ce qui s’y passe !… taxis de la Marne, et patati !. qu’ils y montent !.

A suivre

19 juillet 2026

Bien entendu (109)

Bien entendu, la locomotive de Berlin est pas arrivée. accidentée, il paraît, entre Erfurt. Eisenach. tout le ballast crevé !. en l’air !. et encore à un autre endroit. la machine elle-même, vers Cassel. ça faisait du retard !. elle pouvait attendre la Délégation ! pas du tout enthousiaste déjà. ça tournait mal. boniments en boniments, il fut finalement avoué qu’il y aurait pas de loco de Berlin, qu’on ferait remorquer les deux wagons par une machine « haut-le-pied » du dépôt là, d’ici même. seulement ça irait très lentement, ça serait long !. y a eu encore bien des bisbilles, pourparlers, savoir qui irait ?. irait pas ? ça s’est âprement disputé entre le Château, Raumnitz, Brinon, qui serait délégué aux obsèques ? les antipathies ?. qui serait malade, grippé, exempt ?. perclus. trop sensible au froid ?. enfin on en a trouvé sept, à peu près valides. qu’on a à peu près décidés. des ministres « actifs » et des « en sommeil ». je vais pas les nommer ici. ça pourrait leur faire du tort, oui !. même maintenant vingt ans après !. les haines partisanes sont « alimentaires » !. oubliez jamais ! on s’est fait des « Situâtions » dans la purification, les mises en fosse des « collabos ». des gens qu’étaient juste que de la crotte sont devenus des « terribles seigneurs ». « vengeurs ». avec de ces énormes privilèges !. vous parlez qu’ils « résisteront » jusqu’à leur dernier quart de souffle !. jusqu’à leur dernière petite-fille se soit très gentiment mariée ! le pire malheur des collabos, la providence qu’ils ont été pour la pire horde des bons à lape. dites-moi, Vermersh, Triolette, Madeleine Jacob, qu’est-ce que ça vaut devant une fraiseuse, une feuille de papier ? un balai ?… à la niche, hyènes ! catastrophes ! des aubaines, pas une fois par siècle ! surprise-stupre des épilo-connes ! c’est pas demain qu’ils vont renoncer à être les Très-Hautes-Puissances-Paladines de la plus formid’colique 39 !… je vais pas leur donner des motifs ! non ! j’attendrai qu’ils soient au trou les Très-Hauts-Puissants-Sénéchaux de la plus sensâ dérouille 39 !. je vais pas leur donner des motifs ! non ! j’attendrai qu’ils soient tous « hors cause » !. « ça vient !… certain moment, la courbe des âges. accélère tout ! précipite tout ! moi qui collectionne les « faire-part ». je sais !… le « Grand Rappel » ! bourreaux et victimes !… en tout cas, Marion en était de cette délégation aux obsèques, je vous ai déjà dit. Marion et Restif. Horace Restif devait représenter les « Commandos ». il serait aussi l’« Intendance », pourvoyeur à la cuisine. et les poulets ! il les avait cuits les poulets, comme il avait dit, au Lowen. mais à force de tergiverser, d’attendre la locomotive, ils avaient été mangés !. oui !. aile par aile. si bien qu’il y en avait plus le jour du départ. ça commençait mal !. surtout que du Château, question provisions, ils avaient touché en tout deux petits paquets par ministre ! petits paquets de sandwiches ! jalousie ! et des hôtels ?. nib !. ça devait durer, trois jours, trois nuits, Siegmaringen, là-haut, la Prusse. question des costumes, je vous note, ils étaient vêtus comme ils étaient partis de Vichy, pardessus légers, tatanes de daim, pas du tout pour les « dessous de zéro ». encore à Siegmaringen en novembre ça pouvait aller, mais en remontant ça irait mal !. on a vu !. ça a plus été du tout ! surtout pour dormir ! qu’ils avaient fini leurs sandwiches, qu’ils avaient plus rien, et qu’ils battaient drôlement la semelle !. que le voyage était pas fini et qu’on remontait de plus en plus !. thermomètre de plus en plus bas. et que la neige, d’abord des flocons, s’est mise à tomber d’une manière !. rafaler blizzards !. après Nuremberg, surtout !. épaisse ! de l’ouate !. plus rien à voir !. ni les rails, ni les ballasts, ni les gares. l’horizon, le ciel, de l’ouate !. on a passé Magdebourg sans rien reconnaître.
notre train devait remonter doucement, éviter Berlin, contourner par les banlieues… la veine que jamais une patrouille d’en l’air, un des maraudeurs nous bite pas !… repérés on fut !… sûr ! certain ! la vieille loco qui nous tirait, giclait, pouffait. panachait ! escarbilles flambantes !… surtout à chaque rampe.. on pouvait pas nous louper. on devait nous voir de la Lune ! y avait des raisons qu’ils voient rien. sûr !… les explications viennent après, quand elles intéressent plus personne. qu’elles veulent plus rien dire. donc en ce wagon si rafraîchi, plus une vitre, plein de zefs, et quels zefs ! personne pouvait plus dormir. trop froids et trop secoués !. surtout sortant du Château ! vous pensez ! les bronchites tout de suite !. ils toussaient tous !. même chauffés, personne aurait pu dormir, il ne devait plus y avoir un ressort !. la suspension « noyau de pêche ». d’aller et revenir, trépigner pour se réchauffer, tous les ministres se rentraient dedans ! cahots, pardon ! gnons !. bosses ! on les y reprendrait aux obsèques ! deux jours, deux nuits, ils pouvaient plus !. pourtant c’était encore que d’aller !. le retour qu’a été mimi ! dès l’aller on pouvait se rendre compte. Restif qu’a été ingénieux, pratique. à coups de couteau dans les tentures !. crac !… rrang !… et y en avait !. des flots de soieries, velours et cotons !. ça pendait, cascadait de partout !. ah, vraiment le wagon de super-luxe ! et que tous les ministres s’y sont mis ! crrac ! vrang ! comme Restif !. ramages, tapis, cordelières !. il s’agissait de plus avoir froid !. s’ils l’ont décarpillé le wagon !. la lutte !. tout un chacun s’est façonné une houppelande !. et du sérieux !. super-pardessus ! épais, quatre épaisseurs ! le genre manteau de cavalerie. mais vraies chouettes !. je sais ce que je cause. les nôtres de 14 étaient vraiment qu’horribles factices !. la moindre flotte ils retenaient toute l’eau, ils vous écrasaient sous leur poids ! ceux que se découpaient les ministres, taillés au couteau, quatre épaisseurs, plus les tapis Boukhara, et cintrés, étaient peut-être ridicules, mais pardon!. sérieux ! surtout pour dormir, dans les petites stations autour de Berlin. on est restés en plan, des heures. ici. là. la loco pouffante. personne est venu voir ce qu’on faisait… personne nous a rien offert… pas un Stam… pas un saucisson. ils avaient peut-être pas eux-mêmes ?… on sait jamais avec les boches !… on aurait eu le temps de demander. mais encore parler ?… maintenant ça devenait vraiment froid !… en plein contre le vent du nord. il faisait froid à Siegmaringen, mais rien à côté !. et on était que début novembre !. on est repartis cahin-caha. ça devenait très réellement très toc. des flocons alors je vous dis, de la ouate, vous voyiez même plus la plaine, ni le ciel. le train avançait très doucement. si doucement, il devait plus être sur des rails !. tout pouvait avoir dérapé. le train glissé des rails ?. ah ! tout de même, une gare !. personne là, vient nous voir non plus. on avance comme dans un mirage. une seule chose, on allait au Nord. toujours plus Nord !. Marion avait sa boussole. Hohenlynchen était Nord-Est. Marion avait aussi une carte. après Berlin on a été encore plus Est. c’est pas nous qu’allions nous plaindre !. le mécanicien nous parlait pas. on a essayé. il devait aussi avoir des ordres. bon !. qu’il les garde ses ordres !. nous vrrac ! craccs !… encore une housse ! et une autre ! c’est à qui qui déchirerait le plus !. puisqu’il faisait de plus en plus froid ! un trou vrrrac ! en haut de la housse. vous voilà une quadruple pèlerine ! aussi déchirer, réchauffe bien. crrac !. et encore ! les brise-bise !. si y en avait ! ah ! le Shah !. ornementeries Wilhelminiennes !. ah ! turqueries ! bazar arabe !. un autre Boukhara ! merde, la revanche ! puisque personne veut nous parler ! « saloperies boches ! bourreaux !. vampires ! affameurs ! cons ! » voilà ce qui se crie, s’hurle ! toute la Délégation d’obsèques absolument unanime ! puisqu’ils veulent rien nous expliquer !. on leur en foutra du Guillaume ! I ! III ! IV ! où qu’ils nous mènent d’abord ? et d’un ! au Pôle Nord ?. en Russie ?. pas à Hohenlynchen du tout ! de tout, ces salauds sont capables !. traîtres aux moelles !. en leur lacérant tout, on l’hurle ! « boches ! saxons ! cochons ! » arrachant tout, on s’est mis tout ! on s’est formidablement recouverts ! ah ! les capitons ! à nous, capitons ! ils nous foutent rien à bouffer, ils le font exprès ! les cahots aussi, exprès !… au moins que tout le wagon y passe ! toutes leurs fanfreluches !

A suivre

12 juillet 2026

Vous les voyez venir de Russie ! (108)

vous les voyez venir de Russie ! formidables panaches d’escarbilles !… d’où ce cirque d’avions perpétuel, au-dessus des tunnels, des entrées, sorties. boum !… et ça y est !… y a que les attendre ! à la sortie des monts Eiffel, ils sont au moins trente, en manège !… permanents !. les trains viennent s’offrir, ainsi dire !… des cibles ! c’était fait ainsi dire, exprès. on a su plus tard ! Restif savait. il en savait un sacré bout. c’était pas de poser des questions, lui demander pourquoi ? comment ?. il nous conduisait, c’était tout ! Lili, Marion, moi, Bébert. on allait le voir ce train spécial. soi-disant planqué. par des petits détours nous voilà au grand « cinq arches ». triple voie, on traverse. on entre en forêt. là il faut avouer, où il nous mène, les sentiers zigzag, on se serait paumé, tellement il faisait sombre. ils avaient comme abattu les plus grands sapins. vous avanciez sous une voûte. et sous là-dessous un de ces fouillis ! en plus ! branches coupées, entremêlées. on suivait le ballast. les rails aussi. mais ce fatras d’arbres à travers les voies !. sapins Père Noël abattus !. et un plus énorme monceau de branches !. un endroit. et plein de gens autour. Restif savait ! c’était là !. c’était le train dessous ! le train enseveli. sous les branchages !. camouflage total !. mais l’affluence autour, pardon !. s’ils l’avaient trouvé le train secret ! des gens du Lowen, des gens du bourg, des civils et des militaires, un peuple ! et que ça jacassait ! et dans toutes les langues !. pire qu’au Kleindienst !. grivetons camouflés et pas camouflés. des réfugiés français et boches. de tout !. même des crevards du Fidelis, que je croyais au lit. ils étaient là, et qui se marraient !. des familles d’Ost.    travailleurs
déportés d’Ukraine. à dix, douze mômes !. toute cette marmaille après les branches. à voltiger, piailler, se balancer partout ! ah, le train mystère !. et les schuppos ! et les S.A. !. et l’Amiral Corpechot, lui-même !. si tout ça commentait dur ! si ça savait !. tout ! et ce que c’était comme train ! le « spécial » d’Hitler ?. non !. pour Pétain ?. pour l’Amiral Corpechot ?. pour Staline ? pour de Gaulle de Londres ?. ils montent dedans pour regarder. tout retourner ! chaises, coussins, fauteuils ! le luxe que c’est !… les parents, les mômes, et les flics… je savais que ça se planquait la nuit, mais jamais j’aurais cru tant de monde !… qu’ils foutaient le camp en forêt peur d’être brûlés dans leurs galetas, les bombes, mais une foule pareille ! la trouille que ça serait notre tour bientôt ! torche comme Ulm ! bientôt ! je veux, c’était assez annoncé !… même les agoniques des vitrines !… y en avait là ! et les pianistes de la buvette.
Ils arrêtaient pas d’y monter, sortir et redescendre des wagons, des deux wagons. et tous une calebombe à la main et allumée ! pour mieux mettre le feu ! même les mômes ! des grappes de mômes ! de quoi foutre toute la forêt en flammes ! tout, ils voulaient voir ! le wagon-cuisine, et les gogs ! les gogs « mosaïque » !… fallait tous qu’ils montent et qu’ils touchent ! la Fête de Nuit dans la Forêt !. kyrielle de calebombes !. fallait qu’ils touchent tout ! « c’était pour Hitler tout ça ? ou pour Leclerc ? ou pour les Sénégalais ? » si y avait de quoi rire, vous pensez ! poufferies ! esclafferies ! ça valait la peine d’être venu !
Restif savait mieux. ce train était un train spécial, « très spécial », que Guillaume Il avait commandé, mais qui n’avait jamais servi. commandé pour le Shah de Perse, spécialement. le Shah en visite officielle au mois d’août le train resté pour compte.
Vous pensez le luxe ! toute l’élégance wilhelminienne, persane et turque mélangée !. vous imaginez ces brocarts, tapisseries, tentures, cordelières ! pire que chez Laval !. divans, sofas, poufs cuirs à reliefs ! et de ces tapis !. ce qu’ils avaient trouvé de plus épais ! super-Boukhara !. super-Indes !. des rideaux d’une tonne, en brise-bise !. oh, ils avaient pas regardé ! de ces appliques-lampadaires style « Lalique Métro » qu’étaient monuments « barisiens », qui tenaient la moitié du wagon. s’il aurait été gâté le Shah !. vous pouviez pas en mettre plus !. je lui dis, je me souviens encore, à Marion. « je sais pas si vous arriverez, mais vous aurez eu du confort ! »
Restif est pratique, tout beau tapis et les brise-bise ! mais la cuisine ?. il veut qu’on y aille. se rendre compte. l’autre wagon. elle est équipée la cuisine !. tout ce qu’il faut !. fourneaux et
marmites !… mais le charbon d’où ?… pas de charbon ! elle marche pas au coke cette cuisine !
« Monsieur Marion, vous occupez pas !… je vais vous chercher 24 poulets, je vous les ferai cuire au Lowen, on les emportera « à la gelée !… »
Voilà le plus simple et pratique. et il les aura ses poulets !… il se vante pas ! Marion est tranquille. on lui refuse rien dans les fermes. et à l’œil !… à lui. nous on nous refuse tout. même à Pétain on refuse tout. même pour les Raumnitz. ils ont pas !. pour Restif, ils ont !. il a le charme.

A suivre

5 juillet 2026

Que je revienne à ma pâtisserie (107)

Que je revienne à ma pâtisserie. je vous dis donc, Restif était là, avec nous, attentif, discret. il n’avait en lui, rien de spécial. j’ai connu grand nombre d’assassins, et je les ai vus de près, de très près. en l’endroit où tout le bluff tombe, en cellule. pas des similis, des bavards. des vrais, des récidivistes. ils avaient quelque chose, si vous les regardiez attentif, de jour et de nuit… je vous parle en « cellule de force », que vous leur trouviez tout de même, drôle. mais lui, Restif, pas du tout !… pas le plus petit tic !… et pourtant !… pourtant !… plus tard. je l’ai vu en crise. je vous raconterai. en accès. absolument en état fauve ! mais là, nous parlant à la pâtisserie Kleindienst absolument bien convenable, normal. les autres à côté, les « espoirs », l’autre guéridon, eux qu’étaient pas convenables du tout, vachement pétulants ! scandaleux ! le choc des « programmes » ! leur reconditionnement de l’Europe !. ce qu’il faudrait faire, ce qu’il faudrait pas ! sectaires terribles ! néos-Bucard !. néos-P.P.F. !. néos-Cocos ! néostout ! les hommes nouveaux, les superforces, eux que toute la France attendait !. l’élite de Siegmaringen ! leur premier devoir : la « 4e » pure ! inflexible ! que le monde entier se le tienne pour dit ! la « 4e Intransigeante » !. et ils se nomment déjà tous ministres ! là, illico ! ils étaient déjà à Versailles ! proclamation à Versailles ! Hitler est pendu, il va de soi ! son Gœring avec, l’énorme traître cochon, qu’avait vendu le ciel aux Anglais !. vous aviez qu’à regarder en l’air ! le Gœbbels ? empalé ! bien sûr ! ce Quasimodo criminel ! il mentirait plus ! les vrais fanatiques étaient là, les mécontents pas au « pour », qu’avaient des vraies cruelles raisons, des fanatiques à enrôler, barbouses, vocabulaires de choc, qu’avaient pas à se plaindre « simili » eux !. tous l’art. 75 au fouet !. vous pouvez rien faire de sérieux qu’avec les gens qui crèvent de faim. vous verrez un peu les Chinois !. trois semaines en Touraine, je vous les redonne ! je vous les ramasse à la cuiller. ils seront tous mûrs pour les « complexes ». les Chinois terribles ! « prendrais-je Gide debout ?. sa grand-mère, couchée ? » Marion avait eu bien raison de nous faire descendre chez Kleindienst. pas que Restif se promène au Lowen. il me venait déjà assez d’« ouistitis ». soi-disant pour me consulter. et la chambre 36 ?. et les Raumnitz juste au-dessus ! oui ça valait bien mieux comme ça. on parle un peu de choses et d’autres. et puis tout d’un coup : du cyanure ! ça devait venir !. sûr, Laval en avait bavé !. Bichelonne aussi, sans doute. que j’en avais, etc… maintenant tout le monde devait le savoir, tout Siegmaringen. que j’en étais bourré. tout le monde allait venir m’en demander ! ah ! aussi une autre nouvelle !… aussi du Château !… que Laval m’avait nommé Gouverneur ! ils savaient pas trop d’où. mais quelque part !… à propos ! j ’avais aucune preuve. Bichelonne mort, j’avais plus de témoin. Laval pouvait nier. ça le gênerait pas ! on en rigole !. même Restif, pas beaucoup à plaisanter, me trouve plaisant, en Gouverneur !. je lui explique :
A
Gouverneur des Iles !.
Je demande gentiment à Marion ce qu’on est venus faire chez Kleindienst ? « on va voir le train !. n’est-ce pas Restif ? » et ils m’expliquent. le micmac. de quoi il s’agit !. le train qui va les emmener à Hohenlynchen, aux funérailles de Bichelonne. la délégation officielle, six ministres, plus Restif, et encore deux délégués, on sait pas lesquels ?. sûrement Marion et Gabold. mais attention ! le train est à part, garé à part, en pleine forêt, de l’autre côté du Danube. personne doit savoir ! ni le voir ! il est sous les branches, sous tout un amoncellement d’arbres ! enseveli ! il est pas visible des avions. la locomotive doit venir de Berlin les chercher. un train « très spécial », deux wagons. on doit les prévenir quand la locomotive sera là. d’un instant, à l’autre !. Hohenlynchen est pas tout près, 1200 kilomètres. toute l’Allemagne, du Sud au Nord-Est !. je vous ai dit l’Hôpital Gebhardt, S.S., 6 000 lits. mais comment il est mort Bichelonne ?. personne le sait, là-haut. ils le sauront !. sauront ?. sauront ?. Marion croit pas. on leur dira ce qu’on voudra !. je réfléchis, je pense un peu aussi. c’est Gebhardt qui l’a opéré. j’aime pas Gebhardt. toujours là maintenant ils attendent leur train. enfin, la locomotive. on va aller le voir « ce train spécial » ! y a que Restif qui sait où il est. à quel endroit, sous quels branchages. après le grand pont. absolument camouflé, il paraît. mais Restif croit pas du tout, ni aux camouflages, ni aux branches. il sera repéré n’importe comment, il nous affranchit. vu qu’ils peuvent se chauffer qu’au coke !. toutes leurs locos chauffent plus qu’au coke ! un plaisir de les repérer !

A suivre

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