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18 février 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (107)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Dans son bureau, l’imam se laissa choir, sans force, sur un divan dont les coussins moelleux accueillirent son corps en souplesse. Avec quel souci du confort de l’éminent personnage ces pièces avaient été meublées, avec quel zèle ses épouse savaient présidé à leur décoration, discutant entre elles et avec les designers, marchandant avec les ouvriers et les fournisseurs ! Du temps des kafirs, ces appartements étaient occupés par une exposition d’objets précieux. Très pratique par mauvais temps, un couloir intérieur les faisait directement communiquer avec la nef. Bien sûr, il avait fallu ajouter quelques pièces supplémentaires que l’on avait accolées au mur extérieur. L’ancien occupant, un vieillard débile, se contentait de vivre à l’étroit avec sa dernière et – désormais – unique femme.
Bien que les enfants de ses deux plus anciennes épouses aient été depuis longtemps tirés d’affaire, l’imam Movsar-Ali avait tenu à faire les choses en grand. Et qui aurait pensé, qui aurait imaginé que ce prestigieux logis sis en plein cœur de la ville pût un beau jour se transformer en une redoutable souricière sur laquelle se refermerait en claquant la trappe des ponts !
Et que n’avait-il pas tenté pour obtenir sa mutation depuis la Vieille mosquée, quels efforts n’avait-il pas déployés !
Et tout ça pour en arriver là?! Que n’était-il resté rue Quatrefages, il serait bien tranquille maintenant, à quelqu’un d’autre que lui de supplier au téléphone ces incapables des compagnies de sécurité de se remuer un peu ! Mais que les choses rentrent dans l’ordre et il leur en cuirait avec leur « on fait le maximum » !
Les choses rentreraient-elles dans l’ordre ? C’était bien le hic….
Dévoré par l’angoisse, Movsar-Ali passa dans les appartements des femmes. En chemin, il tomba sur sa troisième épouse, Khadicha qui jouait aux cubes sur un tapis avec le petit Aslanbek, âgé d’un an. A la vue de son mari, son visage, naturellement apeuré, prit comme d’habitude une expression de bête traquée ce qui avait le don, même en des temps bien plus fastes, d’exaspérer Movsar-Ali. Lequel ne  cessait de ruminer en son for intérieur qu’il n’avait pas eu la main heureuse pour cette troisième union. Pourquoi avoir choisi de combler de bonheur, d’élever jusqu’à son statut social une famille des plus quelconques ?
Il n’en avait retiré ni avantage matériel, ni agrément. Certes, sa femme, il fallait lui rendre justice, lui avait donné un enfant robuste et sain. Par malchance, c’était encore un garçon,or il en avait déjà cinq, Aslanbek ne venait qu’en sixième position. Par contre, tout ce qu’il  avait entendu dire, dans sa jeunesse, sur la prétendue fougue sexuelle des Scandinaves, c’était une supercherie pure et simple. Il avait été roulé. Car on sait bien que le premier, voire le second mariage, sont conclus dans le jeune âge pour asseoir sa situation. Mais ensuite, n’est-l pas légitime de s’accorder un petit plaisir ? Ce qu’il visait alors, c’était une nymphette d’une quinzaine d’années, fraîche, ça va de soi, mais aussi délurée et pas bégueule. La plus jeune épouse bénéficiant de plus de cadeaux que les autres, n’était-il pas normal qu’elle fasse tous ses efforts pour s’en rendre digne ? C’était d’ailleurs son propre intérêt que de savoir complaire à son époux. Oui, mais il avait fallu déchanter. Au lit, elle ne bougeait pas plus qu’une bûche, tout juste si elle ne se mettait pas à brailler, comme si on la violait (92). D’un pas mal assuré, l’enfant essayait d’atteindre la tour de cubes que sa mère avait édifiée, mais il tomba sans se faire mal et sans pleurer, préférant tout de même poursuivre son chemin à quatre pattes. En fixant du regard la petite tête blonde, l’imam fut saisi d’une trouble pensée.
A force de vivre dans l’insouciance, on se retrouvait désarmé dans l’adversité. Les anciens auraient eu tôt fait de mettre la main sur des otages. Des gosses, comme celui-là, il n’y avait rien de mieux. Plusieurs, de préférence, pour en égorger un sous les yeux des kafirs par mesure d’intimidation et garder les autres en vue de négociations. Et justement, Aslanbek ressemblait à un enfant de kafir, surtout de loin. Il n’était pas inscrit sur son visage qu’il était né dans la vraie foi. C’était une idée à suivre. Personne, mieux que lui-même, n’irait se soucier de sa sauvegarde. Et pourquoi ne pas donner l’ordre aux policiers de faire savoir aux kafirs, en exhibant Aslanbek, qu’ils détenaient en otage des enfants du ghetto ? Avec, comme exigence, qu’on laisse sortir de la Cité l’imam et sa famille, ou, du moins, les gens qui l’accompagnaient. Oui, mais dans tous les cas, il lui faudrait leur livrer son fils, et la manière dont ils réagiraient à cette escroquerie était imprévisible. C’est sûr que lui, si on le ridiculisait à ce point, il n’hésiterait pas à fracasser le crâne de ce chiot contre le premier mur venu.
Mais ça pouvait tourner encore plus mal, et alors, impossible de prévoir jusqu’où il faudrait aller. Peut-être devrait-il lui-même abattre l’enfant. Ah, si au moins les domestiques avaient des gosses. Mais même pas !
Bon, il s’agissait de raisonner sainement. Aslanbek était son sixième fils, né d’une épouse de piètre extraction. Même s’il fallait lui faire prendre des risques, des risques majeurs, ce n’était pas plus grave que de sacrifier aux échecs un pion pour sauver le roi. Le père possède sur ses enfants un droit sacré de propriété, et seul une mauviette serait incapable, dans de telles circonstances, de ne pas faire preuve de la force de caractère requise. Pour une telle faiblesse, ses vénérables ancêtres lui auraient craché au visage !(93)
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92 – Je renvoie ici le lecteur à un court-métrage sorti récemment sur les écrans hollandais sous le titre Soumission. L’auteur, Khirsi Ali,
une ex-musulmane, dépeint la situation de la femme dans les familles musulmanes. Le metteur en scène de ce film, Théo Van Gogh, a été
assassiné le 2 novembre 2004. Je viens d’entendre aujourd’hui même cette information à la télévision, alors que j’étais occupée à corriger
les épreuves de ce livre.
93 -Je suis la première à éprouver un malaise en écrivant ce livre. Hier, 11 octobre, alors que cet épisode me venait à l’esprit, je me posais
la question : est-ce que je ne serais pas malhonnête ? Est-ce que je n’en rajouterais pas ? Le soir même, j’entends les titres du Journal
télévisé Notre Temps:« Dans le nord du Caucase, des terroristes ont tenté d’utiliser leurs propres femmes et enfants comme boucliers
humains ».
→ A suivre
11 février 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (106)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

Jeanne démarra en sautillant vers le Pont Neuf, tout en lançant son nouveau joujou comme une balle.
« Eh, dis donc, toi, là bas, arrête de faire la maline ! ne put s’empêcher de lui crier Pernoud tandis qu’elle s’éloignait. Cette fille est un vrai malheur ! »
Eugène Olivier opina en faisant la moue. Il ne pouvait tout de même pas rétorquer à haute voix que, pour un malheur comme celui là, il était prêt à donner tous les bonheurs du monde.

*
**

« Mais faites donc quelque chose !! Comme si on ne pouvait pas raser ces barricades ! Et d’abord, qui a laissé faire ça ? Faites sauter les paras, envoyez la flotte, que sais-je, les kafirs s’apprêtent à nous donner l’assaut ! Grouillez vous un peu, que diable, vous êtes stupides ou quoi ? ».
« On fait l’impossible, très honorable Movsar-Ali. Mais vous ne voudriez pas, tout de même, être victime de manœuvres irréfléchies de notre part ! ».
« Je tiens encore moins à souffrir de votre inertie trop réfléchie ! Vous savez que je dois être tenu à l’abri de toute violence. Vous n’avez pas affaire au premier venu, mais à l’imam de la mosquée Al-Franconi en personne ! Etes-vous capable de comprendre, militaire, ce que pourrait signifier pour vous l’incapacité de me protéger ? ».
« On fait le maximum. Au moindre changement de situation, appelez ».
Kassim raccrocha avec soulagement. La voix criarde de l’imam continuait à résonner dans sa tête comme un écho dans une caverne.

Le Q.G., installé dans le centre de documentation religieuse (que, par habitude, beaucoup de convertis continuaient toujours à appeler « magasin Shakespeare et C° ») se trouvait à proximité immédiate du Petit pont. Mais il y avait loin de la coupe aux lèvres. En dépit de ses vociférations hystériques que, pour un peu, on aurait pu entendre d’ici sans l’aide du téléphone, l’imam filait du mauvais coton.

Deux jeunes lieutenants avaient pris place, de façon un peu cavalière, sur des cartons de livres pieux. Pour faire la pause, entre deux séries de briefings, ils se versaient le café d’une bouteille thermos. Il y avait peu de chances qu’un prédicateur osât s’approcher d’ici à moins d’un kilomètre, la mésaventure de Movsar-Ali s’était évidemment répandue comme une traînée de poudre. Malgré l’absurdité du contexte, il n’était pas désagréable, pour une fois, de se sentir dans la peau d’un chef. Devant la porte se languissait une nouvelle recrue, affectée aux fonctions d’estafette. Il tripotait un paquet de cigarettes qu’il sortait et remettait sans cesse dans la poche de son uniforme mal ajusté. Kassim avait examiné la veille le dossier de ce garçon nommé, semblait-il, Abdoullah. Avant qu’on ne le case ici, il avait été le chauffeur d’Abdolvahid. Originaire du ghetto, récemment converti. Il fallait le voir se recroqueviller, furieux d’avoir été arraché à sa petite sinécure pour être directement propulsé dans l’enfer du casse-pipe. On dit, et c’est bien vrai, qu’il n’y a de veine que pour la canaille. Tous ses parents, c’était à parier, pourrissaient dans la fosse commune et, du crâne d’Abdolvahid, il ne restait plus que des éclats pas plus gros que des boîtes d’allumettes, mais celui-là, au moment de l’assaut, il passerait à travers maille sans coup férir.

Mais moi-même, songea Kassim, en quoi étais-je supérieur à cette misérable créature ? Avais-je sauvé Antoine ? Oh, si l’on pouvait, dans le chamboulement, oublier le ghetto ! Cependant, sans cette émeute incroyable, Antoine aurait peut-être déjà partagé le sort de la famille de ce trouillard d’Abdoullah. Mais Antoine ne me haïssait pas. Au son de sa voix, il était clair qu’il ne nourrissait pas de haine à mon égard. Et avant de mourir, il m’aurait pardonné, ce qui était moins évident pour les parents de ce fumier, que l’on avait traînés vers la fosse commune, alors qu’au même instant, peut-être, leur fils franchissait le seuil de la maison familiale pour rejoindre la zone de la charia.

Malgré tout, j’étais, et je reste opposé à ces procédés. Pourquoi massacrer, dans une famille, tous ceux qui refusent de se convertir ? Dans ces conditions, inutile de se voiler la face, seuls les salauds sautent le pas. Sinon, les jeunes normalement constitués rejoindraient nos rangs sans hésitation, il leur suffirait de comparer les perspectives d’avenir. Il faut reconnaître que la jeunesse comme il faut se détourne actuellement de l’islam, ce qui n’était pas le cas de mon temps. Mais aujourd’hui, on ne recrute plus que des avortons du genre de cet Abdoullah. Et on ne cesse de serrer la vis encore et toujours davantage. Que l’on fiche ou non la paix au ghetto, cela revient au même pour les jeunes Français, la vie y est impossible.

J’allais oublier aussi cette petite différence. Dans ma jeunesse, on n’exigeait pas le « témoignage par le sang ». Je veux bien admettre que mon cousin me méprise, mais qui peut dire si cet Abdoullah n’a pas égorgé quelqu’un de sa parentèle, puisqu’il est précisé, dans son dossier, qu’il est le seul de sa famille à s’être converti.
Et puis, qu’ils aillent tous se faire foutre ! Et puis cet autre, dans la mosquée, qui s’égosille à en mouiller sa culotte.
« Eh, toi, là-bas ! Pourquoi restes-tu planté devant la porte ? cria Kassim avec humeur. Cours me chercher des cigares, n’importe quelle marque, je m’en balance. Allez, ouste, dégage, t’as compris ?! ».

*

L’imam Mosvar-Ali gardait l’oreille collée au combiné. Les signaux brefs qu’il émettait étaient des plus exécrables, mais il ne se décidait toujours pas à raccrocher, comme si ce geste allait couper le dernier fil qui le reliait au monde normal. Cependant, il ne pouvait pas rester cloué sur place avec son téléphone, alors que les gardiens de la vertu qui avaient réussi à se réfugier dans la mosquée le dévisageaient d’un drôle d’air. Si l’imam avait été curieux de savoir l’effet qu’il produisait, il lui aurait suffi de regarder dans le miroir de leurs yeux. Mais le vénérable Movsar-Ali était bien trop préoccupé par le salut de sa précieuse personne pour s’intéresser à pareilles bagatelles. Ayant finalement raccroché, il pivota sans mot dire sur les talons de ses babouches et sortit brusquement du salon de réception.

→ A suivre

4 février 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (105)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

Chapitre 15.
 
Les Barricades (suite).

« Le plus rageant serait qu’ils se mettent à bombarder depuis le ciel ! ».
Il faisait frisquet en ce petit matin de mai, et Jeanne releva le col de son anorak. Elle avait le bout du nez tout rouge ainsi que les joues, et ses yeux gris étaient embrumés de sommeil.
« Imagine qu’ils touchent Notre-Dame ! ».
« Ils ne prendront pas ce risque, rien à craindre pour Notre-Dame, répondit EugèneOlivier avec assurance. La Cité n’est pas plus grande qu’un mouchoir de poche. Si on la canardait, il y aurait forcément du grabuge. Tu sais toutes les richesses qu’ils ont stockées à la Conciergerie, au Palais de Justice, partout ! Même l’artillerie, ils ne l’utiliseront que quand ils se seront  rendu compte que nous en avons une. Une poignée d’émeutiers ne vaut pas tant de dégâts, et, de toute façon, ils nous délogeront en vingt-quatre heures. Par contre, s’ils connaissaient le clou de l’affaire, je pense qu’ils ne ménageraient ni leurs bombes ni leurs obus. Mais comment l’apprendraient-ils à l’avance ? ».
« Oui, c’est formidable que Notre-Dame redevienne Notre-Dame pour de vrai, répondit Jeanne, radieuse. Je crois que si la cathédrale était une personne, elle accepterait de mourir pour connaître un seul jour comme celui-là. En tout cas, moi, à sa place, j’accepterais ».
Tout en devisant ainsi, ils passaient devant le Palais de Justice en plein jour, ou plutôt, dans la lumière de l’aube, la kalachnikov à la bretelle, tous deux insouciants, ils déambulaient au cœur même de l’islam de France, et la brise jouait dans la chevelure de Jeanne. Un pareil instant valait bien de mourir dix fois, se disait Eugène Olivier. Alors, fallait-il déplorer le sort de la cathédrale ? Jeanne avait raison. Qu’il fût transformé en être humain, certes le sanctuaire exprimerait son accord, mais même sans ça, en ce moment précis, il partageait ces sentiments, car ses pierres ne pouvaient être complètement dépourvues d’âme.
Devant le bâtiment d’Europol, autour d’un empilement de caisses contenant des missiles « Stinger », s’affairaient des maquisards. Eugène Olivier en reconnut évidemment plusieurs, parmi lesquels Maurice Loder, toujours aussi sombre en dépit de la gaieté ambiante. Ce garçon du ghetto avait perdu sa mère l’année passée quand l’imam du coin s’était mis dans la tête de prendre en main leur famille. Lui-même n’en avait réchappé que par miracle. La veille du jour fatal, il avait été hospitalisé pour une appendicite. Le chagrin l’avait poussé à entrer au maquis. Il avait aussi, semblait-il, un frère plus jeune, lui aussi disparu. Eugène Olivier n’en était pas certain, mais la délicatesse lui interdisait de poser une telle question. Car chaque famille pleurait des morts et il ne connaissait personne qui n’eût à déplorer la perte d’un être cher.
Maurice, tout occupé à suivre les instructions, ne remarqua même pas le signe de la main que lui adressait Eugène Olivier. Jeanne laissa tomber :
« C’est chouette, on se croirait à la plage, en été. Tu crois qu’on va pouvoir encore longtemps bronzer au calme comme maintenant ? ».
Eugène Olivier ne répondit pas tout de suite.
« Deux heures environ. Pas moins. Pour le moment, ils se tiennent tranquilles, on les comprend, ils sont encore sous le choc. Vraisemblablement, ils se sont contentés de barrer l’accès aux ponts et de tenir conseil jusqu’à usure complète de leurs culottes. Du haut en bas de la hiérarchie ».
« Il est huit heures et demie et la messe doit commencer avant midi. Tu sais, peutêtre qu’on n’aura pas besoin d’engager tellement d’hommes. Si ça se trouve, on pourra même assister tranquillement à la messe de Notre-Dame. Pourvu que les Sarrasins ne se mettent pas en branle pour donner l’assaut avant une heure ! ».
Comme il était simple, tout compte fait, de bavarder avec elle et de marcher à ses côtés ! C’était idiot de se torturer la cervelle pour imaginer un sujet de conversation, il suffisait d’être soi-même. Si cela avait pu continuer cent ans ! Mais voilà qu’accourait vers eux leur chef de section, Georges Pernoud.
« Alors quoi, tu bayes aux corneilles, Lévêque ? »
« C’est La Rochejaquelein qui m’a demandé de patrouiller le long de la seconde ligne des barricades ».
« On déleste les barricades d’un homme sur deux. Tu n’es pas au courant du dernier coup dur ? Quelques survivants parmi les flics se sont retranchés à l’intérieur de la cathédrale et dans l’appartement de l’imam. Ils mitraillent les abords immédiats, en particulier depuis le toit ».
« Merde ! »
« Comme tu dis. File te mettre aux ordres de Roger Bertaud, son groupe se trouve à droite du portail principal. Toi, Sainteville, tu peux continuer à patrouiller. Tiens, prends ce mobile, tu sauras t’en servir ? ».
Jeanne attrapa le téléphone au vol.
« Il est classe ! Tu l’as pris à un flic ? ».
« Exact. J’ai l’impression qu’il n’a pas de code PIN, mais, pour plus de sécurité, ne l’éteins pas. S’ils commencent à se rassembler pour l’assaut, appelle La Rochejaquelein. C’est le premier numéro que j’ai mis en mémoire ».
« Sans problème ! ».

→ A suivre

28 janvier 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (104)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

« Ouf, vous me rassurez, dans la mesure où l’on peut encore me rassurer, qu’Allah vous bénisse. Mais qui est-ce ? ».
« Moi ».
Slobodan se sentit soudain léger, comme dans un rêve où tout devient possible : nager en eau profonde, admirer algues et coraux sans avoir à se soucier de sa respiration, survoler les villes à tire d’aile, passer à travers les murs…Depuis combien d’années il s’était interdit, même en rêve, de leur jeter la vérité au visage….
Ahmad ibn Salih ouvrit la porte toute grande. Le cheik avait l’impression de délirer, de devenir fou, et on le comprend, sous le coup de tels désagréments. A peine le savant avait-il proféré son absurde réponse, qu’une femme âgée, vêtue comme une kafirka, fit son entrée dans le bureau. Cela aussi était surréaliste que, dans le cabinet de travail d’un haut fonctionnaire, une mécréante en jeans noirs, tête non seulement découverte mais cheveux épars sur les épaules, entrât avec insolence.
« Tu as parfaitement entendu, fils de chien » laissa-t-elle tomber gaiement, comme avec négligence. « Il est vraiment un espion russe, et Serbe de surcroît. Et maintenant, devine qui je suis. Allez, je te donne un indice : tu connais la berceuse qu’on chante à tes petits enfants ? » (91).
Tentant de s’arracher à cette hallucination, le cheik, en titubant, se jeta vers l’alarme. Mais il continuait à s’engluer dans la logique délirante du cauchemar : personne ne fit un geste pour l’en empêcher. En un éclair de conscience, il imagina que le système avait été mis hors d’usage. Mais non, tout était en ordre, rien ne clochait, le signal rouge clignotant indiquait que le message était bien passé.
Il appuyait, il appuyait comme un fou sur le bouton, et les deux autres le regardaient faire tranquillement.
« Il n’y a plus personne pour répondre, précisa la femme. Vos gardes sont déjà en train de peloter avec ardeur les houris aux yeux noirs ».
« Sévazmiou ! ».
« Vous avez enfin pigé. J’ai finalement demandé à notre ami de Russie de me faire voir le type qui avait décidé d’empoisonner nos retenues d’eau. Je vous vois, et je me pose à nouveau la question : comment se peut-il que des nullités puissent provoquer des malheurs monstrueux, incalculables ? Qu’une montagne accouche d’une souris, on peut le comprendre, cela n’offense pas la logique. Mais que le contraire se produise, je n’arriverai jamais à l’admettre, j’en ai peur. Je crains que la malheureuse histoire du genre humain durant les cent cinquante dernières années ne soit qu’une succession ininterrompue de montagnes mises au monde par des souris….Par chance, je vois devant moi une souris qui n’a pas eu le temps d’accoucher ».
« Comment….comment êtes-vous ici, comment êtes-vous entrés, kafirs ? Où sont les gardes ? Où est la police ? ». L’effort désespéré du cheik pour comprendre au moins quelque chose de ce qui se passait avait même chassé sa peur.
« Si tu veux savoir, c’est la Neuvième Croisade qui a commencé » lança  Sofia avec un éclair de malice, tout en arrêtant Slobodan de la main. « Nous avons mis un peu de temps à la mettre sur pied, par contre on a fait les choses en grand. Il n’y a plus d’Euroislam, et bientôt, il n’y aura plus d’islam du tout. Voilà, Slobo, vous pouvez en finir avec lui, vous verrez que cela ne vous procurera pas une sensation aussi fabuleuse que vous imaginiez ».
Le cheik Saïd se tenait debout, sans essayer de se sauver. Il avait le regard vitreux d’un aveugle et peut-être, inconscient de la menace, il se contentait de se balancer, sur un rythme étrange, d’avant en arrière.
Slobodan dégaina son revolver.
Curieusement, ne jaillit pas entre eux cette proximité qu’allume la haine. Ils étaient devenus transparents l’un pour l’autre, chacun d’eux se mouvant dans la dimension de son propre rêve. Mais le rêve de Slobodan était léger et lumineux, alors que celui du cheik Saïd était un cauchemar dont l’absurdité lui donnait des sueurs froides.
Mais quand le corps du cheik s’écroula, heurtant lourdement le tapis de la nuque entre le tabouret renversé et les débris du pot de céramique, Slobodan reprit ses esprits. Il considéra avec un désenchantement bizarre ce visage figé dans la même perplexité fielleuse, avec  un petit trou au dessus du sourcil gauche. Effectivement, ce qu’il ressentait n’avait rien à voir avec ce qu’il avait imaginé depuis tant d’années. Juste un léger dégoût, une sensation de froid au creux de la poitrine, comme s’il avait touché un cafard de sa main nue.
« Sonia, vous n’avez pas l’impression d’avoir un peu dérapé ? ». Slobodan s’exprimait maintenant facilement et naturellement en russe comme s’il n’avait jamais cessé de le pratiquer des années durant. « Vous n’auriez pas légèrement grossi le trait ? ».
« Mais qu’est-ce que vous avez tous, on dirait que vous n’avez jamais joué au poker ! Il y a des fois où un peu de bluff aide à mettre les points sur les « i ». Bon, le Palais de Justice est à nous, par contre ça mitraille encore du côté de la Conciergerie. Vous entendez ? ».
Des coups de feu crépitaient, en effet, derrière les fenêtres obscures. Ils ne faisaient pas plus de bruit que le chant des grillons…Preuve de l’efficacité des doubles vitrages modernes.

______________________________________

  91 – Voir chapitre  neuf. (NdT).    

 → A suivre

21 janvier 2018

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (103)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

Mustapha renversa la poubelle, tomba, s’écorcha durement les mais sur le béton, bondit et se mit à filer à toutes jambes vers les escaliers en poussant des hurlements…C’est ce qui le perdit, car personne n’en voulait à la vie de cet inoffensif éboueur. Mais on ne pouvait pas non plus lâcher dans les rues cette sirène vivante alors que l’opération en était au tout début. Un coup de feu claqua. Mustapha n’eut même pas le temps d’éprouver, pour de bon, du ressentiment à l’égard du baron Samedi.
Eugène Olivier rengaina son revolver.
A la sortie du métro, les détachements d’avant-garde s’étaient séparés, comme prévu, en deux groupes. Le premier, avec toute la vélocité qu’autorisait un équipement lourd, courut s’emparer du Palais de Justice et de la Conciergerie. L’autre se hâta d’aller couper les ponts.
L’arrière garde, que commandait Brisseville, fut également répartie en deux contingents. Il fallait, d’une part, transborder sur le quai du métro les armes lourdes qu’on ne pouvait faire monter qu’après la prise de l’île. D’autre part, on devait établir une ligne de défense souterraine dans les tunnels des trois stations ouvertes, à savoir Châtelet, Saint-Michel et Pont-Neuf.
Et pour ce faire, on ne disposait, en tout et pour tout que de quatre heures. Brisseville, en se mordant la lèvre, cassa précipitamment le bout d’une ampoule d’adrénaline. S’injecter de l’adrénaline était un procédé ancestral qui remontait aux années trente du siècle passé, mais c’était mieux que rien. L’essentiel était de réussir dans les temps, peu importait le reste. Aussi bien le problème des médicaments serait résolu, du même coup, une bonne fois pour toutes.
* **
Au premier étage du Palais de Justice, quelques pièces spacieuses étaient vivement éclairées, bien qu’à cette heure, le secrétariat fût désert. Le cheik Saïd al-Masri, resté seul, alors qu’il faisant les cent pas dans son bureau lambrissé de chêne vernis, avait déjà fait tomber au passage un tabouret à vis et un bonzaï en pot. Et personne pour les ramasser, il n’avait pas envie de faire monter son chauffeur. Du coup, dans le passage, traînait, au milieu de fragments de céramique, ce bout de ferraille, dans lequel il s’était encore douloureusement cogné. Avec ses semelles, il écrasait la terre qui s’était répandue sur le tapis.
En temps ordinaire, il déambulait lentement, avec toute la dignité seyant à son rang et à son tempérament. C’est l’émotion qui le rendait maladroit.
Des dizaines de photocopies encombraient les bureaux. L’écran d’un ordinateur diffusait une lumière blafarde. Depuis des temps immémoriaux, le cheik Saïd ne saisissait plus ses textes lui-même. Mais le rapport qu’il s’efforçait de rédiger maintenant ne pouvait être confié à personne, pas même au secrétaire le plus sûr.
Un fiasco. Un fiasco insensé, inimaginable, impossible. Son agent de Moscou l’avait informé que le réseau de sabotage, entraîné avec tant de soin, venait d’être démasqué, mis hors d’état de nuire, complètement démantelé. Ensuite, il avait interrompu le contact. Cela faisait vingt-quatre heures que le cheik Saïd avait perdu le sommeil, l’appétit et négligeait la prière. Il tentait de vérifier, de faire des recoupements, d’avoir au moins un début de précision. Etait-ce vraiment la vérité ? Cela en avait, hélas, toute l’allure.
La démission. C’était la meilleure solution. Et la présenter lui-même sans attendre. Mais comment, comment pareille chose avait-elle bien pu advenir ? Cela dépassait l’entendement, c’était résolument impensable. Est-ce qu’il n’y aurait pas, dans les tiroirs, quelque chose contre la tension ? Ou, à défaut, contre la tachycardie. Il n’allait pas appeler un docteur, faire naître lui-même des rumeurs prématurées. Par contre, s’il pouvait trouver un cachet…Il y en avait, bon sang…non, pas ça, c’était de l’aspirine, et ça, pour la digestion…. Contre les brûlures d’estomac….Mais, que diable, il en avait eu sous la main, il y a peu, quand il n’en avait nul besoin !
La porte s’ouvrit trop doucement, c’est pourquoi le cheik entendit, perçut avec son dos le léger frémissement de l’air, l’imperceptible pivotement des charnières bien huilées….
Il n’attendait pas du tout ce visiteur, mais il ne s’étonna nullement de sa présence. En ces lieux, le patron des laboratoires de recherche atomique, n’était pas non plus, à proprement parler, un intrus.
« Vous voulez me voir, effendi ? Qui vous a mis au courant ? ».
« Quel intérêt cela peut-il avoir maintenant » prononça Ahmad ibn Salih, en pesant ses mots.
C’était évident. Donc, il savait tout. Le cheik Saïd, pris d’une soudaine faiblesse, se laissa choir dans un fauteuil. Ahmad ibn Salih restait dans l’embrasure de la porte, peu pressé, visiblement, de la refermer. Au contraire, il la retenait de la main.
« Il me semble qu’il serait plus curieux pour vous d’apprendre qui a mis Moscou au courant ? ».
« Quoi ?! » Le cheik Saïd avala sa salive de travers et se mit à tousser. « Vous savez déjà d’où vient la fuite des informations ? ».
« Des fuites d’information aussi totales, aussi exhaustives, cela n’existe pas ». Les lèvres d’Ahmad ibn Salih se plissèrent en un rictus mauvais. « Il ne peut s’agir que d’une transmission systématique et préméditée. Autrement dit, cela ne peut être que le résultat de l’action d’un agent secret infiltré au cœur même du dispositif. Très profondément infiltré et connu de vous personnellement ».
« Qui ?! ». Le cœur du cheik cognait quelque part dans ses tempes comme un marteau sur une enclume. De toute façon, sa carrière était fichue, mais quelle satisfaction tout de même si ce fils de Satan pouvait en prendre au maximum. Oh, il aurait été le premier à lui sauter à la gorge…Si seulement… « Il est toujours vivant, j’espère, il n’a pas eu le temps de se brûler la cervelle ? Effendi, au nom d’Allah, dites-moi qu’il vit encore ! ».

« Non seulement il est bien vivant, mais il est frais comme un gardon ».

→ A suivre

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