1 mai 2016
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (17)
Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
«Ordre à toute personne, sans exception, de rester sur place !! Barrer la rue jusqu’au carrefour ! »
Voilà bien la meilleure ! Les haut-parleurs, qui habituellement retransmettaient l’appel des muezzins, prenaient maintenant la voix d’un policier. Jadis, ils n’y avaient jamais pensé. Ils allaient barrer la rue avec une voiture et vérifier toutes les identités. Par bonheur, le carrefour était tout proche. Eugène Olivier se rua dans sa direction comme quelqu’un qui veut attraper un ascenseur dont les portes se ferment.
Maintenant, il courait, il fonçait si vite que le vent s’engouffrait dans son encombrante vêture, gonflant les manches comme des voiles, soulevant les pans qu’il avait saisis dans ses mains. Au diable la vraisemblance ! Un jeune Nègre, à coup sûr un bénévole de la brigade des bonnes mœurs, essaya de lui faire un croc en jambe, ses bras étant encombrés par des emplettes qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner par la faute d’un malfaiteur. Pourtant, il lui fallut laisser tomber ses galettes farcies de piment rouge et de viande de mouton, quand Eugène Olivier, au passage, lui lança un coup de pied dans le jarret. Les galettes roulèrent sur la chaussée en même temps que le brigadier des bonnes mœurs s’effondrait en gémissant. D’autres passants faisaient un écart sur le trottoir dans la crainte que le fuyard ne fût armé d’un revolver. Eugène Olivier en était dépourvu à la différence des flics, ce que confirmèrent quelques coups de feu qui éclatèrent sourdement sur le fond assourdissant de la sirène.
La cache était à portée, dix minutes à peine en courant. Celle-là était particulière, réservée aux circonstances exceptionnelles. A vrai dire, il ne soupçonnait même pas qu’il pût en exister une, si près des Champs-Elysées.
L’adresse, entendue le matin même, s’était gravée dans sa mémoire comme s’il l’avait toujours connue. Voilà justement cet édifice à un étage datant du XIXe siècle, non pas hôtel particulier, mais vieille résidence de co-propriétaires.
Eugène Olivier passa en trombe devant les degrés de marbre de l’entrée principale et se précipita vers la porte de service. Une antique sonnette électrique ayant au moins cent ans d’âge carillonna ses trois notes avec une vigueur remarquable. Un imposant interphone, tout aussi vétuste lui fit immédiatement écho.
« Allo ? »
Ce mot tout bête, que même les Arabes utilisaient, était sans danger. Mais la voix était celle d’une jeune femme.
«Artos». Inutile de chercher l’auteur de ce mot de passe. Qui, plus que Sévazmiou, aimait les vocables grecs?«Inos !»(15)
La porte s’entrouvrit. La silhouette menue d’une jeune fille émergea de la pénombre dans laquelle, après l’éclatante lumière de l’extérieur, on distinguait à peine un escalier raide et étroit.
« Allez, dépêche-toi ! » La fille poussa la porte, avec une grimace d’impatience saisit Eugène Olivier par la main et l’entraîna avec force à l’intérieur. « Suis-moi ».
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15 -Artos, pain. Inos, vin(grec).





