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27 mars 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (12)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
L’enfance d’Eugène Olivier avaient été marquée par ce tableau : le servant d’autel mourant dans une résistance désespérée pour sauver Notre-Dame et le prêtre en tremblant, arrachant dans sa course son col en celluloïd, piétinant peut-être ce dangereux attribut vestimentaire avec, dans le même mouvement, sa consécration sacerdotale. Il n’aurait su expliquer pourquoi la fin atroce de son grand-père le chagrinait, le révoltait moins furieusement que la trahison de ce prêtre chaque fois qu’il pensait à Dieu. Dieu existait-il ?
Non, il n’y avait que des démons, et il existait des moyens d’en venir à bout. Sa main tâta involontairement la poche secrète qui avait été cousue à l’intérieur de son costume grotesque. Là se trouvait l’unique objet de sa foi.
Agréablement émoustillée, Zeînab se plongea enfin dans la fraîcheur du grand centre commercial comme dans un aquarium traversé par les ondes d’une pénombre caressante.
Ce local, éclairé par des centaines de spots, ne pouvait, bien sûr donner cette impression de demi obscurité qu’à des yeux encore aveuglés par l’éclat du soleil matinal. Les pieds un peu fatigués s’enfonçaient doucement dans la moquette moelleuse qui recouvrait le sol.
« Madame désire assister au défilé de mode ? s’enquit avec empressement une vendeuse vêtue du hidjab mauve (l’uniforme du magasin). Il vient de commencer, il reste encore de bonnes places ».
Zeïnab franchit avec plaisir les portes vitrées à ouverture automatique qui donnaient accès à une petite salle coquette où une quarantaine de femmes étaient déjà assises  autour du podium. Elle repéra Assette à côté de la quelle se trouvait justement un fauteuil libre.
« Tu as déjà raflé toute la collection ou tu m’en as quand même laissé la moitié ? » souffla Zeïnab à l’oreille de son amie en s’asseyant confortablement.
« Comment m’as-tu reconnue ? » dit Assette en pouffant de rire derrière la voilette au crochet de son hidjab. C’était juste une question pour le principe : la jeune femme savait parfaitement que personne dans la salle ne portait le même vêtement couleur sable doré.
Difficile de trouver même à Paris une soie tissée aussi serrée, une authentique soie de Chine. Cependant l’animatrice annonçait au micro la présentation du modèle  « Première rose ». Sur le podium surgit une jeune fille, fière de son bronzage artificiel, vêtue d’un pantalon noir pailleté d’or au dessus des chevilles avec le débardeur assorti qui dénudait le ventre, et, jetée sur les épaules, une chasuble en crêpe de Chine sans boutonnage ondulant au gré des mouvements. Les lèvres passées au rouge carmin étaient soulignées ostentatoirement d’un trait de crayon noir et, sur la tête, était piquée une rose en crêpe qui « semait » ses pétales dans les boucles de la chevelure.
→ A suivre
20 mars 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (11)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048

Nombreux, très nombreux furent ceux qui rejoignirent le schisme. Mais pas les Lévêque bien qu’ils fussent, plus que beaucoup d’autres, écoeurés par le Novus Ordo(11). La raison qui avait retenu les Lévêque au sein de l’Eglise catholique «rénovée» était simple. Elle avait nom Notre-Dame. Ils n’avaient pu l’abandonner, pas plus qu’on ne peut se détourner d’un vieil ami sans défense tombé dans le malheur. Et Antoine Philippe souffrait avec la cathédrale. Il souffrait de la « messe » d’un quart d’heure, célébrée par un prêtre tourné non vers le Seigneur mais vers le public, il souffrait quand on distribuait les Saintes Espèces de la main à la main(12) . Toute la famille était au supplice quand elle visionnait avec un sentiment d’envie les enregistrements vidéo de liturgies « schismatiques » qu’on se communiquait généreusement entre amis. « Nous pouvons fuir les modernistes, disait Antoine Philippe,mais pas la cathédrale. Non, la cathédrale, impossible de l’abandonner ».
Le grand-père Patrice fut justement le dernier servant de Notre Dame. Il avait un peu plus de cinquante ans quand les wahhabites firent irruption dans la cathédrale pour détruire les sculptures et les croix. Le prêtre, de service ce jour-là, se débarrassa à la hâte de la chape de nylon enfilée par-dessus l’aube(13) et qui lui tenait lieu de chasuble. En réalité, du tissu rouge de la chasuble émergeait, en haut, un col blanc et, des deux côtés, des manchettes blanches seulement faufilées. Mais l’étoffe était rouge : on célébrait la mémoire d’un martyr. Cependant le prêtre ne souhaita pas imiter son exemple. Il jeta en paquet son vêtement sacerdotal, extirpa du col de sa chemise bleue le col romain postiche, se glissa hors de la sacristie et fila vers la sortie. Personne ne lui fit obstacle. D’ailleurs toute l’attention des wahhabites était retenue par Patrice Lévêque qui se dressait sur leur chemin avec à la main une arme dérisoire, le bâton muni d’un crochet qui servait habituellement à arranger les draperies haut placées. Il en assomma deux ou trois, en repoussa un autre à coups de crochet. En tout, la mêlée n’avait durée que quelques minutes avant que grand-père, la gorge tranchée, ne s’écroulât dans une flaque de sang aux pieds de la statue de la Vierge, celle qui, dit-on, tendait à l’Enfant une fleur de lis. Maintenant que toutes les statues ont été brisées, il est impossible de vérifier si l’Enfant tendait effectivement ses menottes vers la fleur de France, ou si ce joli geste a été imaginé plus tard.

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11) Novus Ordo(lat.), dénomination officielle du nouvel Ordinaire de la messe, institué par le pape Paul VI dans le cadre des réformes liturgiques mises en œuvre à la suite du
Concile Vatican II. Des protestants et des anglicans furent invités, aux côtés des catholiques, à élaborer ce nouvel Ordinaire,de sorte que, selon les traditionalistes, y furent introduits, de façon masquée, des éléments de la doctrine protestante qui nie la présence réelle du Christ dans le pain et le vin de l’Eucharistie. L’Ordinaire de la messe fut lui-même fortement raccourci et remanié. Le célébrant devait officier face aux fidèles et dos tourné à l’autel (beaucoup y virent une analogie avec la « messe noire » des satanistes), la langue liturgique sacrée (le latin) fut remplacée par les langues vernaculaires modernes. La célébration du nouvel Ordinaire pouvait être accompagnée de chansons et danses populaires, de musique profane (y compris la musique rock), ce qui l’apparentait plus à une assemblée protestante qu’à un office catholique.
12) L’usage de distribuer les Saintes Espèces dans la main des fidèles au moment de la communion fut largement répandu dans l’Eglise catholique après l’institution du nouvel Ordinaire, ce qui est en contradiction avec les canons (qui précisent que seul le célébrant a le droit de les toucher) et avec la pratique commune aux Eglises orthodoxe et catholique.
13) Du latin alba, blanche. Long vêtement de lin blanc aux manches étroites, enfilé sous la chasuble. Dans la pratique actuelle de l’Eglise catholique romaine, l’aube est souvent remplacée par des manchettes et un col blancs.
→ A suivre

 

13 mars 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (10)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Et la famille Lévêque avait sa tradition. Il faut reconnaître qu’elle donnait des religieuses, mais pas très fréquemment. Quant aux hommes, ils entraient dans les ordres de façon exceptionnelle. Les gènes familiaux étaient par trop enracinés dans l’action.
Cependant, de génération en génération, l’usage voulait que le chef de famille, le jour des grandes fêtes religieuses, revêtît le surplis par-dessus un élégant trois pièces pour servir la messe à Notre-Dame. Les Lévêque, de père en fils, étaient servants d’autel à Notre-Dame. Ce privilège leur revenait cher. Les Lévêque ne lésinaient pas pour leur cathédrale, qu’il s’agît de la restaurer, de contribuer à ses bonnes œuvres ou de renouveler la garde-robe sacerdotale. Cela aussi faisait partie des traditions. L’arrière arrière grand-père, Antoine-Philippe, était servant(7) à l’époque de Vatican II(8). Parmi ses connaissances de longue date, jeunes ou vieux, beaucoup avaient rejoint, dans les années soixante-dix, les Vacantistes(9) que dirigeait alors monseigneur Marcel Lefébvre(10) Les fidèles plutôt conservateurs ne purent se résigner à la «démocratisation » de la messe, à l’exclusion du latin, au remplacement des anciens autels.
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7) Ministrant(rus. du latin minister, serviteur). Dans la religion catholique, laïc assistant le prêtre durant les offices.
8) Le Concile Vatican II (1962-1965) avait été convoqué pour l’élaboration et l’instauration d’un programme de « rénovation » de l’Eglise catholique romaine. Beaucoup des positions adoptées par le Concile s’inscrivaient dans un courant de modernisation touchant aux aspects dogmatiques, canoniques et rituels du catholicisme. Ces positions différaient radicalement du magistère catholique traditionnel. Le Concile proclama une égalité de fait entre le catholicisme et les autres confessions chrétiennes, posant ainsi les bases d’une évolution vers un œcuménisme catholique (ce qui revenait pratiquement à nier l’authenticité doctrinale de l’Eglise catholique elle-même). Il reconnut également, comme dignes d’estime et porteuses d’éléments de sainteté et de vérité, les religions non-chrétiennes (le bouddhisme, l’islam, le judaïsme et même le paganisme), affirmant le droit de l’homme à la liberté religieuse (ce qui rendait impossible l’action missionnaire et l’apostolat chrétien), etc…Sur le plan du rite, le Concile cautionna une réforme liturgique qui rendait méconnaissable le rite catholique ancien dans son ensemble. Les fidèles, refusant les décisions du Concile et les nouvelles réformes, se séparèrent à des degrés divers de l’Eglise catholique « officielle », et furent désignés sous le nom de traditionalistes ou d’intégristes.
9) Eugène Olivier était trop jeune pour être bien informé sur ces lointainsévènements. L’archevêque Marcel Lefèvre n’a jamais été à la tête des Vacantistes. Le nom donné à ce courant vient de ce que ses membres, devant la nature hérétique des réformes du Concile, avaient considéré le Saint-Siège comme « vacant », c’est-à-dire avaient cessé de reconnaître comme légitimes les nouveaux papes de Rome. Cependant, les traditionalistes, qui, par la suite, reçurent le nom de Lefébvristes, se distinguaient par une approche plus souple du problème. Ils avaient bien proclamé que le Saint-Siège était tombé dans l’hérésie, mais ils ne niaient pas sa légitimité. Néanmoins au sein des
nombreuses ramifications de l’opposition catholique des Vacantistes, il ne se trouva aucune figure comparable à celle de Marcel Lefèbvre par la piété et le charisme. Peut-être est-ce la raison pour laquelle le mouvement des traditionalistes fut le plus puissant et le plus populaire. Mais il aurait été difficile d’exiger d’un garçon de dix-huit ans qu’il soit, soixante-dix ans plus tard, au fait de ces nuances historiques.
10) Lefèbvre, Marcel (1905-1991), archevêque catholique, organisateur et leader spirituel du courant le plus important au sein du traditionalisme catholique. Né dans une famille profondément religieuse. Son père, René Lefèbvre, industriel, est mort en 1944 dans un camp de concentration. Par la suite,son frère est devenu prêtre missionnaire en Afrique, et ses trois sœurs, moniales. Il reçut sa formation initiale au collège jésuite du Sacré-Cœur, puis fut étudiant au séminaire français de Rome et à l’Université papale grégorienne. Il acheva ses études avec le double grade de docteur en philosophie et en théologie. Ordonné prêtre en 1929. De 1932 à 1945, il exerça le sacerdoce et s’adonna à la mission au Gabon (Afrique équatoriale). En 1947, élevé à l’épiscopat, et en 1948, nommé vicaire apostolique pour toute l’Afrique francophone. En 1955, il devient le premier archevêque de Dakar (Sénégal) dont il créa pratiquement le diocèse. Grâce essentiellement à son action missionnaire, le nombre de catholiques africains augmenta de deux millions et le nombre de prêtres africains de presque mille. En 1962, monseigneur Lefèbvre quitta le Sénégal, laissant son siège épiscopal à un évêque africain qu’il avait lui-même consacré. Il fut alors nommé archevêque de Tulle. Il participa aux travaux du Concile Vatican II, où il prit la tête du groupe des opposants à la « rénovation » de l’Eglise catholique romaine, qui désiraient rester fidèles à la doctrine et au rite catholiques traditionnels. En 1968, il fut contraint de prendre sa retraite et se fixa à Rome. En 1969,à la demande d’un groupe de séminaristes souhaitant recevoir une formation catholique traditionnelle (et non réformée), Mgr Lefèbvre fonda la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et ouvrit un séminaire à Ecône (Suisse), puis à Flavigny, en France. Les prêtres et séminaristes, membres de la Fraternité, rejetaient les réformes rituelles et dogmatiques instituées par le Concile Vatican II. En 1974, Mgr Lefèbvre signa une Déclaration, dans laquelle il refusait de « suivre Rome dans ses aspirations néo-modernistes et néo-protestantes », tout en soulignant que les membres de la Fraternité n’avaient pas l’intention de se séparer du pape et de l’Eglise catholique. Le Vatican lui répondit par une interdiction d’ordonner des prêtres, interdiction à laquelle il ne se soumit pas. En 1988, vu son grand âge et l’approche de la mort, Mgr Lefèbvre et son compagnon de lutte Mgr Antonio de Castro-Meyer prirent la décision de consacrer des évêques pour leur succéder. Sans avoir reçu l’accord du Vatican, le 30 juin 1988, Mgrs Lefèbvre et de Castro-Meyer consacrèrent quatre évêques, non légitimés par le pape, pour les besoins de la Fraternité. Le 2 juillet 1988, le pape Jean-Paul II excommunia Mgr Lefèbvre et ses partisans, mais les « lefèbvristes » eux-mêmes refusèrent de reconnaître la validité de cette excommunication et rejetèrent les accusations de schisme. Aujourd’hui encore, ils se considèrent toujours comme membres de l’Eglise catholique.
→ A suivre
6 mars 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048(9)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Eugène Olivier remarqua soudain un bambinaux boucles châtain clair, de trois ans,pas plus, vêtu d’un petit costume blanc duveteux qui avançait avec assurance, bien campé sur ses petites jambes. Il tenait une pierre à la main.
Un gars en chemise noire, apparemment moins drogué que les autres, s’approcha d’Eugène Olivier. Sans doute un volontaire de la patrouille des bonnes moeurs :
« Eh, toi, là-bas, tu as peur de te salir les mains ou quoi ? »
Il était temps de filer avant qu’il ne soit trop tard. La crise de démence collective ne dura pas plus d’un quart d’heure. Le calme revint rapidement. Le corps ensanglanté pendait, inerte, au bout de ses chaînes.
Un tas de pierres lui arrivait aux genoux.
Vraisemblablement, il avait perdu la vie avant que les pierres aient cessé de s’abattre sur lui.
Zeïnab s’essuyait les mains avec une lingette parfumée au seringua. Elle avait tout de même un ongle cassé, mais la manucure pourrait délicatement le restaurer à l’aide d’une résine synthétique. Recouvert de laque, on ne verrait rien.
Eugène Olivier s’éclipsa discrètement, se glissant hors de la foule. Encore une scène illustrant leur mode de vie, une seule parmi des dizaines d’autres. Encore une victime, une parmi des milliers d’autres. Qu’y a-t-il là d’extraordinaire ?
Tant qu’il y aura des vignerons en France, on continuera à produire du vin clandestinement pour le marché noir. Quant à arracher les vignes, ils ne le feront jamais, ils ne peuvent se passer de raisins secs avec lesquels ils accommodent à peu près tous leurs plats. Par contre, on continuera à pourchasser et à torturer à mort publiquement les pourvoyeurs et revendeurs du marché noir, selon la loi de la charia. Cependant un détail l’avait frappé, un détail très important. Comment expliquer cet étrange et solennel signe de croix, ce geste ample, ces cinq doigts symbolisant les cinq blessures du Christ ? Est-il possible qu’il existe encore des croyants ? Et cela, vingt ans après que fut célébrée la dernière messe !
Eugène Olivier ne croyait pas en Dieu, il y avait à cela des raisons familiales. La famille Lévêque, installée dans son hôtel versaillais déjà depuis une bonne dizaine de générations, était, jadis, proche du pouvoir. « Bien sûr,aimait à dire avec sa verve habituelle le grand-père Patrice qu’Eugène Olivier n’avait pas connu, bien sûr, nous sommes des technocrates, des gardiens du Veaud’or. Il n’y a pas d’autre pouvoir dans les régimes républicains. Mais notre Veau d’or, au moins, fait partie du clan familial. Les démocrates se gaussent de nos rallyes sur cartons d’invitation. C’est vrai, entrée surveillée électroniquement et triple contrôle, comme au FBI, mais pour quelle raison? Pour que dans la salle où une centaine d’adolescents se démènent aux rythmes du rap ne se glisse pas un cent-unième, un intrus ne figurant pas sur nos listes. Eh bien, que l’on en rie ! Le rallye n’a d’autre objectif que bêtement matrimonial. Les nouveaux riches n’ont pas à mêler leur sang au nôtre, fussent-ils plus fortunés que nous. Sottise ! Que représentent leurs millions à côté de nos milliers ? Si l’un des nôtres trébuche, des mains se tendront par centaines pour lui venir en aide. Chez eux,ce seraient des centaines de pieds qui le piétineraient pour l’enfoncer davantage. Et Vespasien était un imbécile : l’argent dégage une odeur. Et un capital, au départ, cela pue. L’argent au parfum le plus décent est celui qui a été amassé lentement. Oui, deux choses seulement peuvent anoblir l’argent. La première, c’est le temps. L’argent est comme le bon vin, il doit vieillir. La deuxième, c’est la tradition. Si l’on s’affranchit de s traditions, on n’est plus rien».
→ A suivre
28 février 2016

La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (8)

Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Mais, la pauvresse, qui, à vrai dire, n’avait rien à faire dans ce quartier chic, se munissait de pierres si allégrement que Zeïnab n’y tint plus. Au diable les ongles faits, dans le pire des cas, on pouvait toujours corriger les dégâts dans l’Institut de beauté du grand magasin, et demain elle convoquerait sa manucure à la maison.
On entendait déjà le cliquetis des fers que les policiers manipulaient pour attacher le vieil homme au poteau. Eugène Olivier, bien sûr, avait tout compris avant même de prêter à nouveau l’oreille aux commentaires de la foule. Parfaitement maître de lui (il en avait tellement vu pour ses dix-huit ans), il se tenait à une trentaine de pas du condamné, lorsque se produisit encore un incident étrange.
Ayant dégagé violemment son bras que le policier s’apprêtait à tirer en arrière, l’agriculteur (dont la casquette, jetée à terre, avait découvert des cheveux poivre et sel soulevés par un vent léger)releva brusquement le menton, comme pour s’adresser à lui-même un salut courtois, souleva sa main menottée, lentement effleura son front du bout des doigts, lentement abaissa le bras vers le plexus solaire et le remonta vers les épaules, la gauche d’abord,puis la droite.
Le vieillard avait fait le signe de la croix !
Ce fut le signal de la curée. Les policiers eurent juste le temps d’enchaîner l’homme au poteau et de sauter sur le côté avec une mine passablement épouvantée.
«Bismilla-a-a !!!».4
Les premières pierres ratèrent leur but,puis l’une frappa au visage, écorchant, comme une allumette un grattoir, la joue jusqu’au sang. Ensuite, tout s’embrouilla, les gens hurlaient, riaient, les pierres volaient par salves, se heurtant, tombant, martelant l’asphalte comme une grêle.
«Inch’Allah !!!».5
« Mort aukafir! »
« Mort au chien ! »
« Mort au pinardier ! »
«Soubhanalla-a-a-h!».6
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4.Au nom d’Allah(arab.)
5.Avec l’aide d’Allah(arab.)
6.Toute gloire à Allah(arab.)
→ A suivre
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