1 juillet 2018
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (126)
Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Kassim, à la tête de ses hommes, s’élançait sur le Petit pont, négligeant presque de se protéger de son bouclier pare-balles. Il avait choisi d’attaquer en première ligne, refusant de rester tranquillement à l’abri dans la « bibliothèque Shakespeare », comme il aurait très bien pu le faire. Il menait ses hommes à l’assaut, en se demandant si l’un d’eux allait remarquer, dans le feu de l’action, qu’il s’abstenait de tirer.
Lui-même aurait été incapable de dire pourquoi il ne tirait pas et quelle force invincible le précipitait au devant des balles.
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« Bertaud, je te remplace ! », cria Georges Pernoud avant même de se rendre compte que la mitrailleuse, derrière laquelle Roger était couché, restait muette. Sans prendre la peine de dégager le corps, il se contenta de le pousser d’un coup d’épaule et s’allongea à ses côtés. Il put tirer cinq minutes environ avant que l’arme ne se taise à nouveau.
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La Rochejaquelein avait fait merveille. Eugène Olivier revenait au galop, muni non seulement d’une provision de grenades à fusil, mais accompagné de sept hommes envoyés en renfort depuis le pont Saint-Louis, plus calme.
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Ouf ! Kassim sauta en souplesse sur la butte que formait la deuxième barricade. En un clin d’œil, il était déjà de l’autre côté. Ils venaient donc d’investir la Cité ! Qui « ils » ? Il lui fallut une bonne minute pour se rendre compte qu’il se retrouvait seul. Les adversaires, dont les corps s’entassaient devant ses yeux, avaient réussi, avant de s’écrouler sans vie, à descendre tous les assaillants, tous, sauf lui, Kassim. Quelle importance ? Cela leur avait fait gagner moins d’une minute, moins d’une demi-minute. Cependant, soudain, le temps retenait sa course. Il s’écoulait plus lentement que le flot de la Seine, là, sous le pont. Au milieu des morts, il était le seul vivant. Il s’avisa que ce petit maquisard gringalet, avec la visière de sa casquette de base-ball retournée sur la nuque, était une jeune fille. Ou plutôt, une gamine de treize ans tout au plus. A ses côtés, gisait un homme d’âge mûr. Kassim se souvint l’avoir déjà rencontré dans ce garage de hasard à bas prix auquel il avait, exceptionnellement, confié sa voiture. C’était l’un des ouvriers, il n’y avait pas de doute. Il n’aurait jamais imaginé que ce mécano pût être un maquisard. Et l’autre, derrière la mitrailleuse, qui ressemblait tant à Antoine. Antoine ?! Lui ? Non, mais son sosie. Combien de siècles durèrent ces secondes ? Kassim se jeta derrière une mitrailleuse au moment même où le temps, dans un claquement, reprenait sa course effrénée. Des étrangers, en uniforme bleu, couraient déjà sur le pont, à sa rencontre.
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Eugène Olivier galopait si vite que son cœur, semblait-il, allait s’arracher de sa gorge et s’écraser sur les pavés. Il avait l’impression, tout d’un coup, que la fusillade s’était calmée sur le Petit pont. Oui, il l’aurait juré. Allez, tenez encore quelques secondes, les gars ! Sur les deux mitrailleuses en batterie et la douzaine de kalachnikovs, seule une mitrailleuse continuait à tirer. C’était bien suffisant pour empêcher les assaillants d’escalader la barricade. Le tir était haché, irrégulier. Quelqu’un avait surgi pour occuper la place d’un tireur blessé. Eugène Olivier se pencha sur lui pour savoir comment lui venir en aide. C’était donc de la sorcellerie ?!
« Merde !! », se mit à jurer une voix stupéfaite derrière lui « Eh, qu’est-ce que c’est que ce bazar ?! ».
« Qu’ils aillent ….se faire foutre…. chez le diable… ». Le blessé, en uniforme d’officier musulman, avait du mal à desserrer ses lèvres bleuies. Ses minutes étaientcomptées. « Ils m’appellent Kassim…, mais je suis Xavier! ».
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« Bien sûr, on a bien fait de retirer des hommes du pont Saint-Louis pour renforcer la défense du Petit pont », pensa Jeanne, en verrouillant la culasse de son fusil. « Sur l’autre île, il est impossible de manœuvrer en vue d’une offensive. Malgré tout, ils n’arrêtent pas d’avancer, au compte-gouttes, mais ils avancent. Bon, c’est pas grave, à ce poste, deux hommes suffisent amplement. D’ailleurs, un troisième doit venir se joindre à nous d’une minute à l’autre ».
Maintenant qu’ils reculaient, c’était le moment d’en griller une. Pas un cigare, hélas, mais quelque chose à fumer, ne serait-ce qu’une de ces gauloises écœurantes. Slobodan décacheta un nouveau paquet. Il n’aurait pas refusé une Belomorkanal, les papirosses de Sophia Sévazmiou, mais comment lui demander de partager un produit de contrebande aussi précieux ?
« Eh, vous savez la nouvelle ?! ». Ni Jeanne, ni, à plus forte raison Slobodan, ne connaissaient ce jeune maquisard.
« Non, de quoi tu parles ? On t’a dit de venir nous rejoindre ? ».
« Inutile, maintenant ! Ils se replient, ils en ont marre de se faire hacher menu ! On a trouvé un téléphone sur un des leurs et intercepté les mots d’ordre. Ils se replient pour une heure, au moins ! Ils veulent engager l’artillerie pour riposter à la nôtre. Ils vont, depuis les berges, mettre des navires à l’eau. Ces lascars nous préparent un vrai travail de pro !
→ A suivre






