27 mai 2018
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (121)
Publié par ditchlakwak dans Divers, La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
« Je ne vais pas te tuer. Si tu avais été mon frère, je l’aurais fait sans doute. Mais là….Non, je vais te conduire où il convient. Mais ne te fais pas trop d’illusions, en fin de compte ça m’étonnerait que quelqu’un ait pitié de toi. Il faut que les choses suivent leur cours, dans l’intérêt de la cause. Le reste m’est indifférent. Allez, ouste ! ». Et Maurice donna une bourrade dans le dos de son prisonnier avec le canon de sa mitraillette.
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Avec son trophée à la bretelle, Eugène Olivier dévalait l’escalier de pierre en spirale qui l’aspirait comme le tourbillon d’un entonnoir. Il pensait, avec une pointe d’envie, que son grand-père Patrice avait gravi ces marches plus de cent fois. Il aurait été curieux de savoir s’il savait aussi sonner les cloches, au moins un peu. Lui, à sa place, c’est sûr qu’il aurait tout fait pour apprendre.
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« Ils passent à l’attaque ! Ils vont nous donner l’assaut ! ». En quelques heures, la voix de l’imam Movsar-Ali s’était complètement éraillée. « Ils attaquent ! Les maquisards attaquent, les kafirs attaquent ! Et ces fils de Satan, là-bas, à l’Etat-major, au gouvernement, sont encore incapables de rien entreprendre ! ».
« Mais les nôtres aussi attaquent, très honorable Movsar-Ali » s’enhardit à faire observer un jeune gardien de la vertu.
« D’ici, on entend bien qu’on se bat ».
« Les nôtres attaquent ?! Tu veux dire qu’ils ont battu en retraite dès que le jour est tombé, et, depuis, pas un seul coup de feu ! Et c’est précisément le moment que les kafirs ont choisi pour nous tomber dessus ! ».
Décidemment, l’imam de la mosquée Al-Franconi n’était pas d’humeur à écouter des paroles de réconfort.
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« J’aimerais bien savoir où est passé le fameux sniper au fusil thermique », lança gaiement Paul Germy au moment où il courait à découvert, lors d’une sortie de routine. Bien sûr, les balles crépitaient sur les pavés, mais seuls les ricochets étaient à redouter, car, dans la nuit, les assiégés tiraient au hasard.
« Pourquoi, il te manque ? ».
« Pas vraiment ! ». Paul ne savait même pas à qui il venait de répondre, mais c’était sans importance. Roger Moulinier tira une grenade de sa poche.
« Je vais tout seul jusqu’à la façade ! Vous allez voir, je vais vous ouvrir les portes dans la plus pure tradition britannique des majordomes stylés ! ».
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Il ne lui restait plus que quelques marches à descendre. Tout allait dépendre de la chance. Les antiques verrous intérieurs étaient coulés dans le bronze, et les vantaux taillés dans un bois de chêne si solide qu’il aurait fallu être idiot pour songer à les barricader davantage. Dans quelques secondes, il allait pouvoir ouvrir tout grand le portail. Ce n’était qu’une question de chance. Roger Moulinier fixait sa grenade au battant du portail. Voilà qui était fait ! Il détala aussitôt le long du mur, en prenant ses jambes à son cou, c’est le moins qu’on puisse dire ! Une explosion retentit.
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Movsar-Ali, recroquevillé sur un divan du salon, voyait s’écrouler avec horreur la pile de livres édifiée derrière la fenêtre. Il y a une minute, elle servait encore d’abri au policier embusqué là avec son fusil. Mais, dans la mosquée, il y avait maintenant beaucoup moins de policiers et de fusils que de fenêtres. Ces livres n’étaient pas tombés tout seuls. Leur chute fut immédiatement suivie par l’apparition d’un maquisard sur le rebord de la fenêtre. Lequel, sans accorder un regard à l’imam, jeta un coup d’œil circulaire, puis se pencha vers l’extérieur pour tirer à lui un deuxième homme, vraisemblablement celui qui l’avait aidé à se hisser en le prenant sur ses épaules. Ils sautèrent ensemble sur le plancher de l’appartement. Ici et là, dans la pénombre de l’énorme édifice, des coups de feu claquaient en salves désordonnées.
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En entendant le fracas de l’explosion, Eugène Olivier, oubliant toute prudence, déboula de la cage d’escalier. Il faillit recevoir sur lui les battants qui s’effondraient du portail du Jugement Dernier. Roger Moulinier se tenait dans l’encadrement béant.
« Lévêque !! Mais d’où sors-tu ?! Tu n’étais pas avec nous dans le commando d’assaut ! ».
« Et ça, tu l’as vu ? » répondit Eugène Olivier en brandissant son trophée.
« D’accord, je comprends maintenant la disparition du sniper! Et nous qui nous torturions les méninges ! ».
Roger épaula : un groupe de cinq ou six policiers se dissimulait dans une galerie latérale. Notre-Dame était maintenant envahie par les maquisards, et, cependant les choses allaient moins vite que nécessaire. Les tréfonds de l’antique cathédrale recélaient trop de recoins, autant de caches idéales qu’il fallait sonder. Les musulmans s’étaient retranchés dans les tribunes réservées aux femmes, dans les appartements de l’imam, dans le chœur et dans la crypte. Le plus facile – cela prit moins d’une heure – fut d’éliminer ceux qui trahissaient leur présence par des tirs. Mais , pour que la messe pût être célébrée sans problème, il fallait passer au peigne fin l’immense sanctuaire, comme une toison pouilleuse. Pendant longtemps, des tirs isolés et des cris retentirent encore ici et là, parfois à une demi-heure d’intervalle.







