22 avril 2018
La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048 (116)
Publié par ditchlakwak dans La Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048
Les unités militaires ne cessaient d’affluer. Pas la police, pas les compagnies de sécurité, mais de véritables divisions armées. A quoi bon ce déploiement contre une ridicule poignée de maquisards, songea involontairement Kassim. Mais l’ordre d’attaquer n’arrivait toujours pas.
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Bon, parfait, la culée de l’arc-boutant dissimulait maintenant Eugène Olivier. Mais, aussi bien, personne ne regardait dans cette direction, comment auraient-ils deviné l’objectif qu’il se proposait ? Il grimpait comme qui traverse un pont de pierre, il avait même envie, là où c’était possible, de se dresser de toute sa taille et de marcher normalement. Mais c’était de l’enfantillage. En général, le plus redoutable n’est pas de grimper, c’est deux fois plus facile que de de scendre. La descente, c’est une autre paire de manches. Mais quelle que soit l’issue de l’entreprise, il n’aurait pas à redescendre par le même itinéraire. Comme déjà la chaussée, en bas, lui semblait loin…
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Il commençait à avoir des crampes. Ayant délicatement déposé son arme, Vali-Farad entreprit de se dégourdir les jambes. C’était agaçant de n’avoir plus rien à faire et encore plus vexant d’avoir raté le maquisard quand il avait trahi sa présence. Personne ne bougeait maintenant, ils attendaient que la nuit soit tombée. Pour lui, aucune importance, ils ne pouvaient se douter de quel type de fusil il disposait. On allait bien s’amuser. Et dire que ses camarades s’étaient moqués de lui quand il avait demandé à son père de lui offrir, pour ses dix-huit ans, un SB-04. En effet, à quoi aurait pu servir un fusil thermique à un gradé subalterne de la police ? C’était un cadeau hors de prix, et, de toute façon, il n’était pas réglementaire de patrouiller avec cette arme. Il ne l’avait jamais emmené en patrouille, mais il gardait son fusil sur son lieu de travail. Et, en fin de compte, qui avait raison ? Il allait s’en servir maintenant, et comment !
Le visage poupin, habituellement boudeur de Vali-Farad, rayonnait de bonheur. Sur ses lèvres, que soulignaient des moustaches encore trop clairsemées pour être taillées, errait un sourire béat. Il venait à peine de se résigner aux directives draconiennes de son père : pas d’opérations dans le ghetto, pas de chasse aux maquisards tant qu’il n’aurait pas reçu la formation adéquate. Et, avant de suivre cette formation, il fallait encore s’embêter tout un an comme simple contractuel, même si c’était dans un quartier chic, ce qui fait quand même bien dans un CV. D’ailleurs, les ambitions de Vali-Farad dépassaient de beaucoup la simple traque des maquisards en France. Il rêvait d’aller combattre dans le Daral-Harb (100). En effet, la guerre sainte n’était-elle pas suspendue que provisoirement ? Tu parles, la bombe ! Il suffirait de l’extorquer, cette bombe, aux mécréants et puis de repartir en guerre encore et encore…
Depuis toujours, Vali-Farad rêvait de combattre les infidèles. A l’âge de treize ans, il avait constitué avec ses copains une petite « brigade ». Les gamins avaient arrêté leur choix sur le ghetto d’Austerlitz. Ils avaient réussi à s’amuser seulement cinq fois, mais ils s’en étaient donné à cœur joie. D’abord, et c’était une idée de Vali-Farad, ils cernaient une maison en pleine nuit et se mettaient à pousser des grognements de cochon devant les portes et sous les fenêtres. C’était génial, les kafirs sont bien des porcs, n’est-ce pas ? Les lieux une fois reconnus, ils faisaient irruption dans le logis sans distinguer – comme l’auraient fait de véritables fidèles – ce qui était autorisé de ce qui ne l’était pas. Ils avaient envie de se défouler et, après tout, les kafirs n’ont pas le droit d’exister en ce monde ! Ils cassaient carrément la vaisselle, sautaient sur les lits pour les défoncer, pelotaient les femmes, surtout les filles de leur âge car ils redoutaient quelque peu les adultes. Par contre, déchirer le pyjama d’une fille qui hurle et qui griffe, c’était jouissif. Ils n’osaient pas aller jusqu’au viol, dissimulant derrière des plaisanteries leur appréhension d’échouer et de perdre la face devant les copains. Ils n’étaient encore que des jeunots. Les kafirs adultes le comprenaient aussi d’une certaine façon. Ils se contentaient de les attraper par les bras, de leur faire la morale, de les menacer, sans aller jusqu’aux coups. Ils se doutaient bien, ces ordures, qu’on n’allait tuer ni violer personne ! Mais, tout demême, quel plaisir de leur filer entre les pattes avec des cris de sauvages et de s’éparpiller dans toute la maison. Va-t-en mettre la main sur six galopins dont l’un crache dans les casseroles, l’autre pisse sur le tapis, le troisième casse les vitres à coups de gourdin, le quatrième court après la fille de la famille, le cinquième saute à pieds joints sur une pile de hardes arrachées à la penderie et le dernier assiste au spectacle en faisant des grimaces…. L’affaire fut vite ébruitée. Les copains n’hésitèrent pas, bien sûr, à donner le nom du meneur dont la responsabilité – en tant qu’aîné– était évidente. Il leur en cuisit, mais modérément. Pour Vali-Farad, il était clair que, même si son père jugeait nécessaire de réprimer les pulsions de son fils, il n’en reportait pas moins sur lui ses plus grands espoirs.
Maintenant, bien sûr, il avait mûri, s’était rangé. Il s’était sincèrement résigné à se morfondre, et, soudain, cette divine surprise. C’est vrai que les maquisards n’allaient pas faire long feu, mais il aurait tout de même le loisir de faire quelques cartons. Et il n’y avait aucune inquiétude à se faire : la mosquée était imprenable, les défenseurs tiendraient facilement jusqu’à l’arrivée des renforts. Vali-Farad tira de sa poche une friandise au chocolat qui tombait à pic.
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Un grand merci à vous, vénérables architectes, aimables tailleurs de pierre de n’avoir ménagé ni votre temps, ni votre peine pour doter la cathédrale de son décor sculpté foisonnant ! Si vous aviez été des adeptes convaincus du classicisme, rien que de penser aux à-plombs qu’il resterait encore à escalader fait froid dans le dos! Néanmoins, Eugène Olivier avait été, à deux reprises, sur le point de dévisser. Mais il n’avait même pas eu le temps de prendre peur. La première fois, il avait trouvé un appui pour le pied, et, la seconde, une prise commode. Ce n’était pas pour rien qu’il avait passé, quand il était gosse, des journées entières à crapahuter sur les ruines des monuments de banlieue. Ses mains déchirées laissaient sur la pierre des traces de sang. Il avait été bien inspiré de ne pas enlever ses baskets. Même si, nu-pieds, on sent mieux la moindre aspérité, il lui aurait été insupportable d’avoir maintenant les pieds dans le même état que les mains. Il avait de quoi être fier, tout de même, peu de gens auraient été capables de grimper sur le toit de la cathédrale dans les mêmes conditions que lui. Mais pour les fanfaronnades, on verrait plus tard !
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100 -Territoire de la guerre (arab.). NdT.







