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3 janvier 2016

Apocalypse est pour demain (66)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

J’étais désespéré, lorsqu’une voix retentit.
«Alors, Robin Cruzo, avais-je tort?»
La voix du Grand Maître?
Bien sûr. De sa fusée, il pouvait entrer en communication avec moi.
«Non, vous n’aviez pas tort! dis-je.
- Robin Cruzo, ajouta la voix, je dois vous avouer quelque chose. Avant de partir dans cette fusée (qui est moi désormais), vous devez bien vous douter que j’avais prévu la destruction de la terre. Ne serait-ce que pour qu’aucun terrien, passant de la civilisation automobile à la civilisation des fusées ne vienne m’embêter sur ma nouvelle planète.
Un certain nombre de choses sont en place qui doivent tout détruire et que je peux évidemment déclencher d’où je suis. Votre disque de commandement ne pourrait rien annuler.
La planète peut être détruite de trois manières différentes.
Un – éclatement de son noyau.
Deux – suppression de toute vie à sa surface.
Trois – suppression de toute vie et destruction de tout ce qui était propre et dont les humains n’ont pas su se servir, c’est-à-dire, en premier lieu, les automobiles.
La première solution ne me plaît pas. La destruction totale par éclatement du noyau vous ferait disparaître et je ne le souhaite pas.
La deuxième ne me paraît pas suffisante.
La troisième est bien, n’est-ce pas? Destruction de TOUS les humains et de leurs autos.
Naturellement, vous serez épargné. »
- Cela m’est égal, hurlai-je, je ne tiens pas à être épargné. Oui, détruisez tout, détruisez tous ces fous sanguinaires, ces malades de la puissance au petit pied. Ces maniaques du cercueil à roulettes, ces monstres qui n’ont pas su profiter de leur planète si bonne et si belle.
- Allons, Robin Cruzo, ne vous excitez pas. Voilà ce que je vous propose.
Au centre de l’océan, il existe encore une ou deux îles où il n’y a rien.
Ce ne sont que des rochers arides. Prenez un hélicoptère robot de ma flotte personnelle. Programmez-le pour vous conduire sur une de ces îles désertes Lorsque l’hélicoptère reviendra à son point de départ, je saurai que vous êtes sauvé. Alors je détruirai tout, absolument tout, à la surface du globe.
Vous serez le seul survivant. Vous pourrez alors faire ce que vous aviez envisagé lorsque vous étiez chez les piétons, vous vous souvenez? Faire évoluer les créatures de la mer grâce aux pilules accélératrices de temps pour obtenir des hommes nouveaux. Cela vous agrée-t-il?
- Pourquoi pas? Cela m’agrée» répondis-je.
Je parcourus les laboratoires vides. Je me rendis dans la salle de l’accélérateur de temps et remplis de pleins sacs de pilules d’accélération, puis je me rendis à l’héliport souterrain. Je pris place dans un hélicoptère.
Je vais terminer ici mon récit. Je suis très vieux maintenant. L’île sur laquelle je me trouve est grande, et j’y ai recréé un univers.
Toute vie a disparu sur la terre, mais ici, elle existe, la vie. De l’eau, j’ai tiré des créatures que j’ai su faire évoluer. Oui, j’ai réussi, j’ai fait évoluer des coelacanthes. On avait bien raison de dire qu’ils étaient le dernier maillon entre les créatures de l’eau et l’homme.
Je le répète, je ne sais pourquoi j’écris ceci. Personne ne le lira jamais, ou alors quelque explorateur venu d’une lointaine planète. Qu’il sache alors que je suis désespéré. Grâce à mes efforts, à ma ténacité, à mon amour aussi, j’ai réussi à créer un nouvel Adam, car le coelacanthe est devenu aegyptopithèque, l’aegyptopithèque est devenu archéanthropien, l’archéanthropien, pithécanthrope et le pithécanthrope, Homo Sapiens. Oui… Je suis vieux.
Un brouillard obscurcit mes yeux… Avant de sombrer dans le néant, ce que je vois me glace d’horreur. Cet homme, que j’ai réussi à créer, vient de prendre une pierre plate et ronde.
Il en a usé le centre, il l’a percé, il vient d’y passer un morceau de bois.
Il la fait tourner.
Cet imbécile est en train d’inventer la roue.

FIN

L’APCGALYPSE
EST POUF DEMAIN
ou les aventures
de Robin C r u s o

Jean Yanne

27 décembre 2015

Apocalypse est pour demain (65)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Dans le container devenu vide et rempli du liquide argenté sans lequel les cerveaux ne semblaient pas pouvoir survivre, je fis glisser celui du Grand Maître. Puis, je repérai les différents fils qui sortaient du récipient et vis qu’il y avait une prise comme on en utilise pour raccorder des hautparleurs.
Je bricolai rapidement le klaxon (qui avait résisté à la collision) et le branchai. J’entendis d’abord des bruits de friture puis la voix du Grand Maître, un peu modifiée mais parfaitement claire :
«Vous m’avez sauvé la vie, Robin Cruzo. Hors du liquide céphaloplatinien, un cerveau ne dure pas longtemps. Vous avez fait preuve d’initiative, je vous en remercie. Maintenant, veuillez, je vous prie, mettre au fond de ce container provisoire le disque de commandement encéphalo-lumineux qui me permet de diriger toutes les opérations et que je vois dans votre ceinture.
- Non, Grand Maître, dis-je.
- Comment?
- Non. Je vous ai sauvé, je l’ai fait de bon coeur. Mais je ne vous rendrai pas ce disque qui vous permet d’agir sur les appareils qui gouvernent le monde. Je vais vous installer à votre poste de commandement à la place que vous vous êtes réservée dans cette fusée. Cette fusée qui deviendra vous. (Le cerveau gloussa de joie à cette évocation.) Puis je redescendrai sur cette terre qui est mienne. Ensuite, je tenterai de faire comprendre à mes frères les humains que la civilisation automobile ne peut mener nulle part, qu’il faut y renoncer et recréer le monde tel qu’il était à l’origine, sain, pur et beau, parce que sans voiture. Je ferai sur cette terre avec l’aide des humains ce que vous avez l’intention de faire sur la vôtre avec l’aide de vos cerveaux.
-Impossible, grommela le Grand Maître. Mais puisque vous m’avez sauvé la vie, après tout, je vous laisse faire. D’ailleurs, je n’ai pas les moyens de lutter, vous avez entre les mains mon disque de commandement.
Je suppose qu’à la moindre tentative de révolte de ma part vous vous en serviriez sans en connaître le fonctionnement, ce qui ne pourrait que provoquer des catastrophes, nuisibles à mon départ.
- Exact, dis-je.
- Bien. Alors installez-moi à mon poste, en haut de la fusée qui va devenir moi. Là, je n’aurai plus besoin ni envie de contrôler la terre. »
Je pris le container sous mon bras et avançai vers la fusée. Les manoeuvres d’embarquement étaient terminées. Les portes étaient toutes verrouillées.
Je pris place dans l’ascenseur montant jusqu’au faîte, et pénétrai dans l’habitacle. Je ne perdis pas de temps à regarder comment tout était installé.
Au centre se tenait la bulle que je m’attendais à trouver. Elle contenait, bien sûr, du liquide argenté. J’y plaçai le cerveau. Immédiatement celui-ci ondula sur un disque de commandement semblable à celui qui se trouvait à ma ceinture et la voix du Grand Maître dit:
«Naïf, Robin Cruzo! Vous êtes en mon pouvoir, sur cette fusée. Elle est, croyez-moi, munie de tous les dispositifs possibles pour vous saisir et vous traiter de toutes les manières imaginables, mais vous me plaisez bien, je vous l’ai déjà dit. Allez,  sauvez-vous, Robin Cruzo. Essayer de sauver votre monde, vous n’y arriverez pas. »
Je me précipitai vers l’ascenseur et redescendis à toute vitesse. (Enfin, à la vitesse de l’ascenseur.)
Déjà la fusée dirigée par le Grand Maître, la fusée qui était le Grand Maître, se déplaçait.
Elle arriva au centre de l’immense salle, sur une aire de lancement.
Des sons jaillirent, le plafond s’ouvrit et… et puis ça va… Je ne vais pas vous décrire comment décolle une fusée.
J’étais seul sur la terre. Seul à savoir quoi, au fait. Le Grand Maître m’avait dit que la cote d’alerte était atteinte, mais je n’avais rien vérifié. Et si cela n’était qu’une vue de son cerveau dérangé. Je devais contrôler. Je ne manquais pas d’instruments pour cela. Je pensai tout à coup que, dans une certaine mesure, j’étais devenu le maître du monde. J’avais dans ma poche le disque de commandement. Oh, je ne savais pas comment il fonctionnait exactement mais en procédant par tâtonnements…
D’abord, il me fallait sortir de là. Je montai dans un des chariots ayant servi à amener le matériel près de la fusée et refis en sens inverse le trajet que je venais de parcourir avec la voiture de cristal. La longue salle, le corridor immense, la pièce où se trouvaient les cerveaux des ministres.
Comment faire pour faire monter le sol jusqu’à l’étage du dessus. Ma main à peine posée sur le disque de commandement, le sol monta. Qu’il redescende, pensai-je. Il le fit. Bon, alors, qu’il remonte. C’était plus simple que je ne le pensais. Le disque agissait par télépathie. J’aurai dû m’en douter.
Un cerveau n’aurait pas eu la bêtise de mettre au point un système tactile alors que – par définition – la télépathie était son élément.
Je me retrouvai donc dans le quartier général du Grand Maître. J’intimai au disque de commandement l’ordre d’allumer les circuits de télévision.
Horreur ! Épouvante ! Malheur et misère !
Sous mes yeux, des rues, des boulevards, des avenues, des quais, des ponts, des autoroutes, des voies de toute sorte et dessus ! Dessus, armés de pics, de manivelles, de barres de fer, de pare-chocs, de marteaux, d’outils de toutes natures, les  automobilistes, mes frères, des humains, des humains comme moi se battaient. Tout ce que j’avais vu, tous les massacres, toutes les tortures, toutes les horreurs, n’étaient rien à côté du spectacle que présentaient ces conducteurs hystériques en train de s’exterminer.
Les dents cassées tombaient, les yeux arrachés volaient, le sang coulant à flots rougissait le sol et les carrosseries, sur le bruit de fond banal des hurlements de douleur et des râles d’agonie, une mélopée faite d’injures et de cris de haine démontrait que le Grand Maître avait eu raison.
Les automobilistes étaient devenus fous.
Ayant atteint le seuil de saturation, les machines à tuer avaient cessé de fonctionner. Les policiers avaient été massacrés. Et chacun avait renoué avec les moeurs du temps jadis. S’insultant pour une place ou pour une manoeuvre malhabile, ils en étaient rapidement venus aux mains. Sur toute la planète (ce que je voyais sur les écrans était formel), le spectacle était le même.

→ A suivre

20 décembre 2015

Apocalypse est pour demain (64)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Bien sûr, il m’était difficile d’envisager de perdre l’usage de mes bras, de mes jambes et de tout ce qui m’avait servi jusqu’alors d’organes ou de membres. Mais je dois avouer que cette fusée me semblait pouvoir être une prothèse acceptable, tant elle était puissante et belle.
L’image qui m’avait fait tant de fois sourire à la projection de films de science-fiction, l’image de la colonie de Terriens montant le long d’une passerelle et embarquant dans une arche de Noé des temps modernes pour aller conquérir une planète nouvelle, cette image, je l’avais présentement sous les yeux. Et il ne s’agissait pas d’un film. Seulement, il n’y avait pas la moindre trace de Terrien dans cet embarquement. Ne pénétraient dans le géant de métal que les véhicules de l’armée «rassurante» que nous venions
de passer en revue, et les containers à roulettes dans lesquels flottaient les cerveaux des savants et techniciens les plus brillants.
Pas le moindre Terrien. Et je me rappelai brusquement que j’en étais un.
Avec tête, bras et jambes et tout ce qui s’ensuit.
«Et moi, criai-je, moi?
- Vous, dit le Grand Maître, votre cas est délicat. Nous allons devoir faire vite si nous voulons sortir votre cerveau de cette carcasse inutile. Nous aurions gagné du temps si vous vous étiez laissé faire il y a quelque temps, lorsque cette séparation a déjà été envisagée.
- Mais je ne tiens pas à perdre mon corps, dis-je. Par ailleurs, je ne vois pas ce que j’irais faire dans cette fusée, avec vous. Je ne vous y serais d’aucun secours. Je vous ai proposé ma collaboration pour inventer des machines destinées à aider l’homme. L’homme ! Pas le cerveau.
-L’homme n’existe plus, Robin Cruzo. Nous avons atteint la cote d’alerte. Les policiers ne peuvent plus endiguer les voitures. La police n’a toujours été qu’une force imbécile. Sans le secours de la machine, et privée d’ordres précis, elle va rapidement succomber sous le flot des voitures. Et les machines, elles, ne réussissent plus à détruire assez. Bientôt, les conducteurs trop nombreux, et si bêtes, vont se déchirer entre eux. Il n’y a plus rien à faire. Plus rien à faire. »
Je me retournai pour faire face au cerveau dans son bocal, et lui tenir un grand discours sur le devenir de l’homme et les raisons d’espérer en lui.
Je ne sais ce qui se passait. Les véhicules de l’armée rassurante avaient tous pris place dans la fusée, il ne restait plus dans la salle de manoeuvre que quelques chariots circulant pour apporter les derniers chargements.
Le cerveau du Grand Maître fut sans doute troublé par le mouvement que je venais d’effectuer. La Rolls de cristal heurta de plein fouet un de ces derniers chariots transportant du matériel et qui coupait l’allée centrale pour s’engager vers une des portes latérales de la fusée.
Des collisions, j’en avais vu. J’en avais vu, des capots disloqués, des tôles froissées, des pare-chocs tordus, des toits enfoncés, des avants écrasés, des arrières broyés… Bref, j’avais vu quantité de voitures endommagées, mais jamais comme celle-là. De la merveilleuse Rolls de cristal il ne resta rien.
Ailes, portières, coffre, tout, absolument tout fut réduit, en un instant, en un tas de petits éclats de verre, millions de diamants épars sur le sol.
Et sur ce sol, également, au milieu des éclats, moi. Et surtout, sur le sol, pas seulement au milieu des éclats de la voiture, mais au milieu des éclats de SON bocal, le cerveau du Grand Maître. Pauvre cerveau, essayant tant bien que mal de se déplacer sur le sol, de ramper pour se rapprocher de la plate-forme aux zones de couleur lui permettant de reprendre le contrôle de son univers, de ses gardes, de sa police, de ses techniciens, de ses chirurgiens, de ses installations. Vivement, je ramassai le cerveau et le tins dans
ma main droite, tandis que de la gauche, je ramassai la plate-forme aux zones de couleurs que je glissai dans ma ceinture.
Incroyable destinée. Le Grand Maître, le cerveau le plus puissant du monde, victime d’une collision, d’un banal accident de la route.
Devant nous, ouvrant la marche, se trouvaient toujours les containers dans lesquels j’avais fait pénétrer les cerveaux des «ministres». Je pensai que pour quelque temps, cela ne ferait pas de mal à deux d’entre eux de cohabiter, ne serait-ce que pour apprendre à être plus tolérant envers les étrangers. J’attrapai deux containers et en dévissai le couvercle. Plongeant une main (la gauche, la droite tenait toujours le cerveau du Grand Maître), plongeant donc une main dans le premier j’en extirpai un cerveau que je fis choir dans le second. Les deux cervelles gigotèrent un instant mais se
calmèrent bien vite, elles n’avaient pas le choix.

→ A suivre

13 décembre 2015

Apocalypse est pour demain (63)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

- Votre départ, dis-je. Votre départ pour où?
- Pour la nouvelle terre, voyons. Depuis quelque temps, je vous parle d’une nouvelle civilisation, d’une société future. Vous ne pensez tout de même pas que cette société parfaite, équilibrée, structurée, calculée, j’ai songé à la faire sur cette planète maudite. Nous allons partir nous établir sur une nouvelle terre, Robin Cruzo, excusez-moi. »
Le Grand Maître cessa de me parler. Je vis son cerveau s’agiter sur la plaque aux zones de couleurs qui lui permettait d’agir sur tous les dispositifs de son univers. Cela eut pour résultat de faire cesser les sonneries, les sirènes et les avertisseurs divers. De faire taire également l’horripilante voix qui ne cessait de répéter «Cote atteinte… Attention, cote atteinte.»
Sans doute selon les ordres du Grand Maître – ordres évidemment télépathiques puisqu’il n’y avait que des cerveaux -, les véhicules de l’armée s’étaient ébranlés et roulaient vers le fond de l’immense salle de manoeuvre.
Ce fond, je l’ai dit, était si éloigné que le terme «horizon» l’aurait mieux désigné. Les véhicules avançaient donc vers l’horizon, et à l’horizon apparaissait, très loin, une sorte de lueur, rouge, orange et or, comme un lever de soleil. Mais nous étions à 50 ou 100 mètres sous terre, et il n’était pas question de voir se lever quelque soleil que ce soit. À moins que… Non. Un soleil artificiel? Cela n’était pas possible. Et pourtant le Grand Maître avait parlé d’une nouvelle terre. Alors ! À nouvelle terre, nouveau soleil ! L’idée
était-elle si folle? J’en avais déjà tellement vu, des choses folles.
Je me risquai.
«Grand Maître, vous venez de parler d’une nouvelle terre. Dois-je comprendre que vous avez créé une nouvelle planète pour y installer votre société de l’avenir?»
Le Grand Maître interrompit un instant son action sur les zones colorées du disque de commandement sur lequel il reposait.
«Non, Robin Cruzo. Nous allons nous rendre sur une nouvelle terre, mais je ne l’ai pas fabriquée. Je l’ai détectée, examinée. J’en connais déjà tous les recoins, toutes les possibilités, toutes les beautés, toutes les saveurs, toutes les voluptés. Je sais qu’elle est saine et belle, vierge et jeune et n’a jamais connu la moindre pollution. Aidé par les ingénieurs, les techniciens, les cerveaux les plus qualifiés et les plus intelligents de ce vieux monde, ceux qui refusaient l’automobile, sans pour autant devenir des piétons
stupides et bornés, ceux qui disaient non à l’abrutissement par la voiture, mais oui au progrès, ceux qui repoussaient la civilisation de consommation, mais non la civilisation de dégustation, j’ai construit l’engin qui va permettre de nous y rendre. »
La Rolls de cristal s’ébranla. Nous prîmes l’allée centrale, qui restait dégagée malgré l’activité qui continuait de régner dans le gigantesque local. Nous roulâmes vers le fameux horizon où l’on apercevait la violente lumière. Le sol ne cessait d’être incliné. Nous descendions de plus en plus.
Étions-nous à 200, à 300 mètres sous terre? Je ne sais. Nous roulions…
Nous roulions et je la vis. Je n’avais jamais rien vu d’aussi beau!
L’acier, le platine, l’iridium, tous les métaux de la beauté formelle, tous les métaux puissants étaient rassemblés là. Elle était aussi gigantesque que fine, aussi puissante que racée. Elle avait d’admirables proportions, des lignes d’une absolue pureté. Dieu qu’elle était haute, qu’elle était belle!
«Cette fusée est votre oeuvre… murmurai-je… Grand Maître… C’est la plus grande merveille qui fût jamais créée sur la terre !
- Merci, Robin Cruzo. Votre admiration me touche, car cette fusée n’est pas seulement mon oeuvre, elle est moi.
- Oui, dis-je, c’est votre enfant!
- Non, dit le Grand Maître, elle est plus que mon enfant, elle est moi.
- Oui, rétorquai-je. Elle est vous, bien sûr. C’est votre oeuvre. Alors, c’est normal que vous y teniez !
- Vous ne comprenez rien à rien, s’énerva le Grand Maître. Elle est moi, parce qu’elle est mon corps. Je ne suis qu’un cerveau, Robin Cruzo. Un cerveau jusqu’alors greffé sur une automobile. Mais dans quelques minutes, j’installerai ma masse cérébrale dans le réceptacle qui m’attend, là-haut, dans la pointe de cette fusée. Chaque onde de ma pensée, chaque secousse de mes nerfs cérébraux correspondra à une manoeuvre, à un comportement de mon nouveau corps de métal. Mon cerveau sera le cerveau de ce chefd’oeuvre et voilà pourquoi je dis que cette fusée, c’est moi.
- Oui… oui, dis-je. J’avais compris.

→ A suivre

6 décembre 2015

Apocalypse est pour demain (62)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

«Une armée sans armes, Robin Cruzo, cela peut servir au monde que je prépare. Un monde qui aura besoin d’engins pour ouvrir des routes, pour lancer des ponts, pour aider les populations en cas de catastrophes naturelles.
Pour agir lors de toutes les épreuves qui peuvent maltraiter l’homme. »
« Oui, poursuivit le Grand Maître d’une voix élégiaque, c’est pour aider l’homme que l’armée est nécessaire. »
Je pensai: «Mais alors, le Grand Maître n’a pas menti. Il aime vraiment l’Humanité. Tout ce qu’il m’a raconté sur la nécessité de détruire les automobilistes pour pouvoir fonder une société future est donc vrai… »
«Mais d’où viennent tous ces cerveaux, qui conduisent les tanks, les camions, les jeeps? dis-je.
- Ce sont des gens comme vous, répondit le Grand Maître, qui après avoir subi les épreuves du temps et de l’horreur m’ont prouvé qu’ils avaient compris où était la vérité : n’être qu’un cerveau dirigeant une machine vaut mieux qu’être un corps gouverné par une mécanique imbécile. Lorsque j’aurai fait admettre librement ce principe, partout et par tous, alors dans tous les domaines, industrie, art, agriculture, etc. Tout ira bien.
-Vous voulez dire, Grand Maître, que votre société future ne sera composée que de cerveaux? Que les humains tels qu’ils sont, tels que je suis n’existeront plus dans votre monde, qu’ils ne seront plus que des cervelles ballottées dans des bulles de verre et reliées par des tubes aux machines qu’ils feront fonctionner…
- Oui, dit le Grand Maître. Et l’on ne pourra pas faire autrement, car… »
Il ne put finir sa phrase.
Des lampes s’étaient allumées partout dans la gigantesque salle de manoeuvre. Des sonneries retentissaient de toute part. Des avertisseurs faisaient un bruit d’enfer. Et des voix préenregistrées se mirent à hurler dans des haut-parleurs.
«Cote atteinte. Attention cote dangereuse humano-automobile atteinte.»
Le Grand Maître poussa un cri d’impatience.
«Ah, voilà ce que je craignais! Nous avons perdu trop de temps. C’est votre faute, Robin Cruzo. »
ses Je me fis tout petit, mais il se calma.
«Bon, cela ne fait rien. Fort heureusement, nous sommes prêts depuis quelques jours. Ce défilé militaire faisait justement partie des vérifications finales. »
Je ne comprenais pas de quoi il s’agissait. Tous les véhicules militaires s’étaient rangés en bon ordre dans l’immense salle souterraine. Par des voies mystérieuses arrivaient, entre les véhicules, de longues colonnes de containers à roulettes semblables à ceux dans lesquels j’avais fait pénétrer les «ministres». Ces containers étaient transparents et habités par des cerveaux, bien sûr, mais ils portaient des bandes de couleur, des insignes, des grades, indications absolument incompréhensibles pour moi. L’explication me fut bientôt donnée.
«Voici les techniciens dont je vous ai parlé tout à l’heure, Robin Cruzo.
Ce sont les plus grands spécialistes de la génétique, de la chimie, de l’électronique, de l’architecture, des problèmes concernant l’eau, la terre, l’électricité, la microbiologie ferrugineuse et la gynécologie arboricole. Tout ce qui peut conduire au progrès absolu dans une société parfaite peut être réalisée par eux. »
Les sonneries continuaient de retentir, les lampes de clignoter, les voix enregistrées de répéter « Cote atteinte. Attention cote dangereuse humanoautomobile atteinte. » J’étais abasourdi par les événements, mais tellement anxieux de savoir ce qui se passait, que je criai:
«Mais à la fin, m’expliquerez-vous de quoi il s’agit? Quelle est cette histoire de cote dangereuse atteinte? Et puisque vous venez de dire que c’est ma faute, en quoi cela me concerne-t-il?»
- Ne vous impatientez pas, dit le cerveau. La cote que nous venons d’atteindre est celle de saturation automobile absolue. J’ai dit que c’était votre faute car j’ai perdu du temps à vous donner des explications, à discuter, à discourir et philosopher avec vous. Ce faisant, j’ai quelque temps négligé de contrôler mes cadrans, de vérifier mes appareils et ne me suis pas rendu compte du danger. Les automobiles sortant des usines, les conducteurs en âge de prendre un véhicule en main ont dépassé le nombre d’êtres humains tués et de voitures détruites par mes dispositifs. Nous avons atteint le seuil
absolu de saturation. La cote irréversible indiquant que les automobilistes ne pourront plus être contrôlés, le point de non-retour marquant leur fin irrémédiable, mais tout cela n’est pas très grave. Tout était prévu depuis longtemps. Nous allons simplement avancer notre date de départ de quelques jours.

→ A suivre

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