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20 septembre 2015

Apocalypse est pour demain (51)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

J’entendis le Grand Maître soupirer.
«Il me semble que, vous laisser le choix de votre mort est déjà un avantage.
Mais je veux bien me montrer généreux. Que souhaitez-vous avant de périr?
- Vous voir, Grand Maître, vous voir en chair et en os. »
Un hurlement de colère terrible retentit et je me rendis compte de l’énorme gaffe que je venais de commettre. Demander au Grand Maître qui ne possédait plus que son cerveau, greffé sur les organes d’une voiture, d’être vu en chair et en os était une erreur terrible, il fallait que je la rattrape vite.
«Je veux dire, Grand Maître qu’il m’importe peu de mourir de la main… De mourir par un génie tel que vous, mais je suis tellement confondu par l’incommensurable puissance de votre admirable cerveau que je veux voir le bras qui…»
Une fois encore je me rendais compte que tous les mots que je pouvais trouver risquaient de rappeler au Grand Maître son absence de corps.
Je hurlai :
«Je vous admire, Grand Maître, je vous révère, je vous idolâtre… Je veux vous voir. »
Un grand silence se fit. Il dura longtemps, puis la voix dit.
«Vous voulez me voir? Soit. »
La cage de verre dans laquelle je me trouvais toujours se mit à descendre, puis à suivre une série de couloirs dans lesquels elle circula d’une façon incompréhensible, jusqu’à ce qu’elle stoppe devant une paroi d’acier.
La paroi d’acier s’écarta alors. Et je le vis.
Je le vis ! Une énorme Rolls de cristal était placée au centre d’une estrade et je pouvais en distinguer toutes les pièces, tous les organes, tous faits de métal précieux: or, platine. Les vis et les boulons étaient des diamants. Un ensemble complexe de tuyaux, de tubes aboutissait au siège arrière où, dans une sorte de tabernacle, reposait un bocal. Et dans ce bocal, un cerveau.
Le cerveau. Son cerveau. Il baignait dans une eau lumineuse, que je ne puis
comparer qu’à du diamant liquide.
La Rolls de cristal du cerveau humain était entourée de silhouettes transparentes que je distinguais mal. Tout à coup, une fissure se forma dans ma cage de verre et celle-ci éclata, sans bruit, me laissant libre.
J’avançai vers le Grand Maître, mais je me heurtai aux silhouettes et ressentis une décharge électrique qui me cloua sur place.
Le cerveau s’agita dans son bocal et je compris pourquoi la voix du Grand Maître avait ces inflexions étranges, car un système rappelant des cordes vocales se mit à vibrer de chaque côté du double carburateur et la voix me parvint par le klaxon.
«Vous ne pouvez pas avancer, Robin Cruzo, mes gardiens vous surveillent. »
Je jetai un regard aux silhouettes et compris ce qu’elles étaient en réalité.
Tout comme le Grand Maître, elles n’étaient constituées que d’un cerveau, et d’une sorte de résille d’argent, ayant la forme humaine que présentaient autrefois les écorchés vifs dans les manuels de sciences naturelles.
« Ce sont des gardiens d’un genre un peu particulier, dit le Grand Maître de sa voix de klaxon. Pour être sûr de mieux les contrôler, j’ai supprimé leur corps. Par un procédé qu’il serait trop long d’expliquer, je n’ai conservé que leurs veines, leurs artères, leurs vaisseaux, dans lesquels circule du platine liquide. Le platine étant conducteur d’électricité, il me suffit d’y faire passer un fort courant, et personne ne peut franchir cette barrière. Vous voyez que vous n’aviez pas tout vu. »
Une fois de plus, je fus confondu par le génie inventif du cerveau fou.
En demandant à le rencontrer, j’avais, bien sûr, l’idée de l’attaquer, de chercher à le détruire et, si j’avais bien pensé qu’un système devait le protéger, je ne pouvais imaginer ces gardes électriques vivants.
Je décidai autre chose.
«Grand Maître, dis-je, il ne vous servira à rien de me supprimer, alors que je peux peut-être vous aider. Vous m’avez dit votre désir de transformer un jour vos inventions destructrices en gadgets pouvant servir l’Humanité.
Employez-moi à ce travail. Je ne manque pas d’idées moi non plus. En vous combattant, je l’ai prouvé.
Très franchement, vous voulez servir l’homme, mais vous avez perdu l’habitude de la bonté, alors que je suis, dans ma faiblesse et ma naïveté, tout pétri d’excellents sentiments. Permettez-moi de travailler à vos côtés pour transformer, en vue du futur, vos appareils exterminateurs en bonnes choses pour les humains. »

→ A suivre

 

 

13 septembre 2015

Apocalypse est pour demain (50)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Par exemple, l’un des compartiments était meublé de trois cuves. L’une peu large et longue, la seconde aussi large que longue, mais de proportions moindres et posée sur un pied, la troisième assez petite, plus longue que large et très basse.
Dans le compartiment entrèrent trois personnes. Un homme, une femme et un enfant, guidés par des grands bras d’acier articulés, commandés de façon invisible.
La première cuve se remplit d’acide et l’homme y fut plongé. La seconde, celle qui était sur pied, s’emplit de métal en fusion et le bras métallique y enfonça la tête de la femme. La troisième s’emplit d’huile bouillante et l’enfant y fut assis.
J’étais suffoqué d’horreur:
Je murmurai :
«Mais que fait-on… Que fait-on?
- Des recherches, dit le Grand Maître. Nous cherchons à reconstituer ce que l’on  trouvait autrefois dans les demeures des humains. D’après de vieilles bandes  d’actualités, nous avons établi que jadis se trouvaient dans chaque maison des salles de ce genre. Les hommes semblaient trouver du plaisir à s’y rendre chaque matin. J’ai repris cette idée folklorique. Un jour, lorsque les automobilistes auront abandonné leur vie sur quatre roues, lorsqu’ils vivront entre quatre murs, mon plus cher désir est qu’ils puissent disposer de salles semblables. L’eau parfumée remplacera alors l’huile
bouillante, l’acide sulfurique ou le métal fondu mais pour l’instant, bien sûr, je ne peux me permettre de perdre de la place et parallèlement à ces recherches humanitaires pour reconstituer le monde d’autrefois, j’utilise ces installations pour détruire quelques conducteurs en surnombre.
- Et cela, dis-je en tendant le doigt vers le centre de la salle.
- Oh, cela, répondit le Grand Maître, cela est une installation qui ressuscite une charmante coutume du passé. »
Je regardai.
Le centre de cette installation était composé d’une sorte de tour conique entourée d’escaliers et ornée de tubes et de trous de différents diamètres.
Autour de cet assemblage des humains étaient rassemblés, amorphes semblait-il. Une sirène retentit, une lumière rouge s’alluma et les humains se précipitèrent, se  bousculant, escaladant les escaliers, courant en tous sens. Je les voyais hésiter, stopper devant un trou, ou devant un tube, repartir, s’arrêter devant un autre – cherchant à lire quelque chose sur une multitude d’étiquettes disposées comme au hasard.
L’un d’entre eux, semblant plus décidé que les autres, resta devant un tube, lut l’étiquette très attentivement. Il sourit, leva la main et appuya sur un bouton. Une rafale de mitrailleuse retendit. Un autre, qui s’était arrêté devant un trou, appuya à son tour sur un bouton après avoir lu l’étiquette.
Une sorte d’aiguille gigantesque en sortit qui se planta dans sa poitrine.
L’homme tomba foudroyé.
«Alors», dit le Grand Maître. – Et sa voix me sortit de la stupeur dans laquelle m’avait plongé ce spectacle.
«Alors, direz-vous encore que je suis inhumain?
- Mais ces hommes sont tués, ânonnai-je.
- Oui, mais après avoir été quelque peu conditionnés, évidemment, ils viennent chercher leur mort tout seuls, en lisant les étiquettes. Chacun de ces trous, ou tubes, est garni d’une arme à feu, ou d’une arme blanche, ou de tout autre appareil destiné à donner la mort. Les sujets, en cherchant leur nom, renouent avec une vieille tradition ancestrale qui a hélas disparu lorsque les vapeurs d’essence ont tué les arbres.
Un jour dans les trous et les tubes, des cadeaux remplaceront les engins de mort et j’aurai rendu aux hommes la charmante coutume de l’arbre de Noël. Robin Cruzo, ajouta le Grand Maître, vous avez vu beaucoup de choses. Je pourrais vous en montrer d’autres, car ce laboratoire contient des dizaines de salles, où sont pratiquées des centaines d’expériences à l’aide de milliers d’appareils. Pour l’instant, je le répète, tout cela ne vise qu’à détruire mais, plus tard, cela servira l’Humanité.
Maintenant, vous allez vous-même être supprimé. Vous comprenez bien que le temps m’est précieux. J’ai conversé longuement avec vous car vous m’intéressiez. Vous êtes le seul homme qui ait osé s’attaquer à moi, et vous avez tenu longtemps. Vous m’intéressiez et même, je dois l’avouer, j’ai une certaine sympathie pour vous. Mais vous n’êtes d’aucune utilité…
Toutefois, en raison de cette sympathie que je ressens, je vous donne le droit de choisir votre trépas. Voulez-vous être fusillé, électrocuté, broyé, haché, découpé, bouilli, détruit par le feu ou les acides, vous n’avez qu’un mot à dire.
-Attendez, criai-je. Attendez, Grand Maître, Puisque sous la carapace de votre génie criminel vous prétendez avoir un fond d’humanité, vous ne pouvez me refuser une dernière volonté. »
(Retour 49)

→ A suivre

6 septembre 2015

Apocalypse est pour demain (49)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Pour emprunter les itinéraires de survie, les conducteurs devront passer dans ces cabines radioscopiques. Ceux dont le schéma circulatoire ne présentera pas les propriétés dues à la présence de vitamine d’impôt seront de mauvais contribuables et par conséquent seront éliminés. »
J’étais encore une fois confondu par le génie du Grand Maître.
«Ceci est donc une route expérimentale, dis-je.
- Oui. Voyez. Le conducteur qui s’avance vient d’absorber une vitamine.
Logiquement, son système circulatoire doit être préfectoralement modifié. »
Le sujet était devant l’appareil de radioscopie. Mais ses globules ne semblaient pas respecter le code. Ils s’agitaient d’une manière désordonnée, refusaient toute priorité, circulaient de façon anarchique. Immédiatement, un bras articulé terminé par une seringue sortit du mur et se planta dans son bras. L’homme s’écroula et sa voiture disparut dans une trappe.
«Je ne comprends pas, dis-je, pourquoi les globules de cet homme n’ont-ils pas respecté le code. Il avait pourtant pris des vitamines. Considérez-vous que c’était un mauvais contribuable ?
- Non, dit le Grand Maître. Cet homme aurait peut-être été un bon contribuable… Mais c’était avant tout un bon leucémique.»
Étrange situation. J’étais toujours dans ma cage de verre, assistant, par le truchement des écrans de télévision, des murs coulissants, des parois transparentes, à l’un des spectacles les plus cruels qui soient jamais offerts aux yeux d’un être humain. Je demandais des explications, des précisions. Je ne cessais de dialoguer avec l’être le plus monstrueux que la terre ait jamais connu. Le Grand Maître, dont je ne connaissais que la voix, qui m’observait sans cesse, et pouvait sans doute lire dans mes pensées car je l’entendis s’écrier tout à coup.
«Vous me prenez pour un fou criminel, Robin Cruzo, mais si je l’étais, j’aurais déjà détruit tous les humains, et non un sur quinze ou sur vingt.
J’aurais pu les stériliser, les empêcher de se reproduire, de proliférer. Oui, j’en extermine un grand nombre, mais je vous répète que cela n’a pour but que de les décourager, leur faire comprendre que l’automobile est responsable de leurs maux et les dégoûter de cet engin. Hélas, seules la peur et la souffrance peuvent y parvenir.
- Mais vous ne vous en prenez pas seulement aux automobilistes, dis-je, vous vous attaquez aux piétons qui, eux non plus, n’acceptent pas l’automobile et, par  onséquent, pensent comme vous.
- Je pourchasse les piétons parce qu’ils sont stupides. Ils ne refusent pas seulement l’automobile, mais également le progrès. Vous les avez rencontrés.
Ils vivent cachés sous la terre, se nourrissent de ciment, de racines, ils sont devenus des bêtes. Dans ce cas, comment compter sur eux pour créer une société future. Cette nouvelle société dont on a tant parlé au cours des premières années de l’ère automobile. La nouvelle société. C’est à cela que je veux oeuvrer: fonder l’Humanité de demain. Toutes les expériences que je tente m’ont permis de mettre au point des techniques qui, plus tard, pourront être utilisées pour donner au monde une vie plaisante et confortable.
Tout ce que j’ai créé pour détruire (sélecteurs, broyeurs, concasseurs, découpeurs, lamineurs) pourra être transformé, reconverti pour le bonheur des humains.
Voulez-vous un exemple ? Regardez ! Regardez ce laboratoire constitutionnelle.
À nouveau, un mur s’ouvrit et une gigantesque salle s’offrit à mes yeux stupéfaits.
Elle contenait un nombre incalculable d’objets étranges, disparus depuis longtemps de la surface du globe et dont j’avais vu parfois quelques spécimens à la télévision au cours d’émissions historiques.
La salle était divisée en petits compartiments. Dans chacun d’entre eux, des hommes et des femmes – servant de cobayes – subissaient des traitements divers.
Par exemple, l’un des compartiments était meublé de trois cuves. L’une peu large et longue, la seconde aussi large que longue, mais de proportions moindres et posée sur un pied, la troisième assez petite, plus longue que large et très basse.

A suivre

 

 

 

30 août 2015

Apocalypse est pour demain (48)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

«Tout cela est bien beau, dis-je au Grand Maître. Vous prétendez vouloir aider l’Humanité en créant ce projet d’élections au dévouement super démocratique mais, encore une fois, cette expérience et sa mise au point exigent de la souffrance, de la douleur, du sang.
À quoi cela servira-t-il d’avoir un chef élu démocratiquement, si son rôle ne consiste qu’à surveiller la destruction systématique des humains ?
- Je vous ai déjà expliqué qu’il fallait sans cesse éliminer les conducteurs, sinon la planète deviendrait trop petite. Mais il y a autre chose.
Même si un jour l’espace est suffisant pour que les hommes reprennent une vie normale, les appareils qui font souffrir, les pièges qui broient, écrasent, tordent, vrillent, découpent les humains devront rester en place.
Toujours! Et cela pour une raison bien simple: pour gouverner un pays d’une façon stable et indépendante, il faut de l’argent. Pour l’obtenir, il faut des impôts. Or, dans cette civilisation automobile, comment et sur quoi peut-on imposer les humains? Ils ne possèdent rien que leur automobile et n’en sortent jamais de leur naissance à leur mort. Pour l’instant, ils ne peuvent pas en sortir, mais lorsque l’espace sera dégagé, lorsque l’homme pourra à nouveau travailler, sa nature profonde le poussera à reprendre les
mauvaises habitudes du passé. Il ne voudra pas abandonner une partie de son salaire pour faire fonctionner les services publics de la nation, il rechignera, refusera d’acquitter les taxes, préférant consacrer ses économies à l’achat de futilités et le cycle de la civilisation de consommation reprendra sa ronde infernale. Une seule chose pourra obliger l’être humain à accomplir
son devoir de contribuable : l’impôt sur la vie. »
Je répétai, abasourdi :
« L’impôt sur la vie !
- Oui, dit le Grand Maître. Les pièges, les dispositifs de mort resteront en place et les conducteurs risqueront de mourir d’une seconde à l’autre, sauf sur certains itinéraires où l’on ne risquera rien, mais que l’on ne pourra emprunter qu’après avoir acquitté le montant d’un impôt sur la vie. Alors, pour ne pas périr, pour avoir le droit de circuler, en ne risquant que la mort naturelle par collision, heurt, décapitation, vertèbres brisées ou tête fracassée – qui est le lot de tout automobiliste en dehors de tout piège
artificiel -, les gens travailleront, deviendront sages, organisés, conscients, et paieront leur impôt de survie.
-Alors, dis-je, cela reprendra comme autrefois. Pour emprunter un itinéraire de survie, il faudra posséder une dizaine de pièces justificatives, des reçus, des cartes, une vignette. Et vous appelez ça progresser?»
Le Grand Maître se mit à rire.
«Non, Cruzo, croyez-moi, le moyen de savoir si les automobilistes ont payé leur impôt sera plus simple, et plus moderne. Tout est déjà prêt d’ailleurs. »
Un écran de télévision s’alluma et je vis une route, avec une sorte de poste de péage. Une longue file de véhicules attendait. Les voitures passaient une par une devant un guichet, ou plutôt entraient dans une sorte de cabine obscure.
«Voici le vérificateur à rayons X», dit le Grand Maître.
L’image du récepteur changea et je vis que la caméra explorait l’intérieur de la cabine noire. Sur l’écran apparut, en radioscopie, le corps du conducteur.
Mais, au lieu de montrer les poumons, le coeur ou le squelette, seul le système circulatoire était mis en évidence. Dans les veines, les vaisseaux, les artères, je voyais circuler le sang. J’avais déjà eu souvent l’occasion de voir un corps humain à la radioscopie. Je connaissais le principe de la circulation sanguine, le sang vicié arrivant d’un côté pour ressortir – régénéré – par l’autre côté. Mais il me semblait que ce qui se produisait dans ce corps humain-là était étrange. Des sortes de petits microbes – que je reconnus bientôt pour être des globules – se pressaient en tous sens, sans jamais se
heurter. Les uns s’arrêtaient pour laisser passer les autres… ou cheminaient le long d’un vaisseau pour stopper lorsque celui-ci débouchait sur une artère.
«Que se passe-t-il dans le corps de cet homme?» dis-je.
À nouveau le rire du Grand Maître résonna.
« Cet homme a absorbé une vitamine de circulation préfectorale, dit-il.
C’est ainsi que nous décèlerons ceux qui auront bien payé leur impôt de survie. Contre les sommes versées aux percepteurs, les conducteurs obtiendront des vitamines à absorber chaque matin. Celles-ci ont la propriété de donner aux globules rouges et blancs le sens de la circulation, tel qu’il a été établi de tout temps par les règlements de police. Ainsi, tout globule rouge rencontrant un globule blanc venant de la droite dans une agglomération de plus de quinze pour cent d’urée doit accorder la priorité. Tout globule, blanc ou rouge, débouchant d’un vaisseau secondaire dans une artère à grande circulation (l’artère fémorale, par exemple) doit marquer un temps d’arrêt avant de reprendre sa route.
(Retour 47)

 

→ A suivre

23 août 2015

Apocalypse est pour demain (47)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

- Mais vous pourriez les faire périr sans les faire souffrir, dis-je. Les cris, les hurlements de douleur ne vous effraient-ils donc jamais?
-L e moyen de faire autrement? Il faut frapper les imaginations. Mais c’est décourageant. Même les plus horribles et les plus douloureuses techniques de destruction ne les effraient pas. L’automobiliste est insensible.
Au début de la civilisation automobile, lorsque les hécatombes n’avaient lieu que pendant le week-end, au cours des anciennes fêtes (pour la Pentecôte, ou Pâques par exemple), lorsqu’une collision avait fait quatre ou cinq morts, a-t-on jamais vu un témoin pousser le cadavre d’un conducteur pour éviter d’écraser une fleur?
En a-t-on déjà vu un prendre soin de nettoyer une borne sur laquelle s’était broyée une tête parce que la couleur du sang jurait avec une peinture d’un ton différent? A-t-on déjà vu des gens se presser pour dégager de la route deux véhicules imbriqués l’un dans l’autre, avec les passagers morts, parce que ce tableau détruisait l’harmonie d’un paysage? Non.
Vous le voyez, les conducteurs n’ont aucune poésie. Ils sont insensibles à tout. Il n’y a donc qu’un seul moyen de les dominer: avoir des engins plus solides que leurs voitures pour les écraser, avoir des policiers plus insensibles qu’eux pour les abattre, avoir, pour les gouverner, un cerveau génial comme le mien et les tenir, nuit et jour, à la merci de mon bon vouloir et de ma puissance.
- Les propos que vous tenez sont bien banals, dis-je. Ce sont ceux de tous les chefs d’État ordinaires dans les pays antidémocratiques. »
Un cri de colère retentit. Et je compris que cette phrase avait produit sur le cerveau du Grand Maître l’effet d’un fer rouge sur une plaie.
«Antidémocratique! Je suis le cerveau le plus libéral que le monde ait jamais connu. Vous en voulez la preuve? Regardez!»
Le grand mur de la salle s’ouvrit, et le spectacle que j’aperçus me glaça le sang dans les os, les os dans les muscles, et les muscles dans les membres.
Dans une vaste pièce se trouvait une table d’opération carrée, de 5 mètres sur 5 environ, sur laquelle étaient étendus sept hommes. Étendus n’est pas vraiment le terme qui convient. Emmêlés, serait plus exact.
Deux d’entre eux étaient reliés par le thorax et l’un de ceux-là était relié par l’oeil à un troisième dont le coeur, sorti de la poitrine, battait dans le ventre du quatrième qui respirait, semblait-il, grâce au poumon du cinquième patient. Les deux autres étaient eux aussi imbriqués dans cet ensemble de corps, mais je ne pus distinguer comment.
La voix du Grand Maître reprit.
«Alors? Ceci n’est pas démocratique?
- Mais, qu’est-ce que c’est? dis-je.
- Une expérience de greffe collective. Mon cerveau n’est pas éternel.
Lorsque je sentirai que je n’ai plus la force d’assumer mes fonctions, je devrai me chercher un successeur. Celui-ci devra être parfait en tout point.
Il sera élu par le peuple.
Sept candidats seront sélectionnés, soigneusement, par les ordinateurs.
Puis les sondages détermineront lequel a la préférence du peuple. Mais cet homme aura peut-être, malgré son talent politique, un foie faible, un coeur malade, des reins en mauvais état, des poumons fragiles. Eh bien, dans ce cas, les six candidats qui n’auront pas été désignés par la voix populaire devront lui fournir leur meilleur organe, ce là pour être sûr que le candidat élu puisse assurer la direction de la nation sans que sa santé puisse être un handicap ou un frein à la stabilité. N’est-ce pas de la véritable
démocratie?»
Malgré l’horreur que m’inspirait le spectacle de cette expérience de greffe collective, je ne pus m’empêcher de penser que c’était peut-être le meilleur moyen de savoir qui mentait, en tenant des promesses, lorsqu’un vote avait lieu dans le monde. Exiger qu’un candidat se désiste au profit d’un autre lorsqu’il n’avait pas obtenu le nombre de voix pour être le premier était une chose, exiger que les candidats malheureux abandonnent leurs organes sains au candidat gagnant, oui, c’était peut-être là le véritable abandon de soi, la mise totale au service du peuple.

→ A suivre

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