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7 juin 2015

Apocalypse est pour demain (36)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

J’entendis une voix étouffée me répondre de façon indistincte. J’écarquillai les yeux pour tenter de percer l’obscurité.
Horreur! Je n’avais plus pensé aux pissenlits. Tandis que nous guettions la piqueuse à ventres, les pissenlits, grâce ou plutôt à cause de la pilule d’accélération, avaient continué de grandir.
D’énormes racines occupaient maintenant toute la galerie. Elles m’écrasaient contre la paroi. Le chef des piétons qui, lui, ne pouvait se redresser à cause de ses vertèbres soudées était déjà à demi étouffé sous les feuilles.
La situation était atroce. Je ne pouvais plus retarder l’évolution des pissenlits. L’issue était simple.
Nous allions mourir étouffés par des pissenlits, ou le ventre piqué par la machine à coudre exterminatrice…
Que faire ? Mon Dieu, que faire ?
Je ne m’étais jamais trouvé dans une telle situation. Le boyau dans lequel je me trouvais ne faisait guère plus de 2 mètres de large et les pissenlits ne cessaient de croître. Tels de monstrueux serpents, les racines couraient le long de la paroi, torsades et tresses apocalyptiques, abominables tentacules qui occupaient tout le volume disponible.
Depuis quelque temps déjà, je n’entendais plus les gémissements du chef des piétons qui avait complètement disparu sous les monstrueuses salades.
Ses vertèbres soudées l’avaient empêché de se redresser comme moi pour enjamber les racines. Je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée émue pour ce pauvre être qui m’avait si bien accueilli, et qui était la première victime de ma croisade libératrice.
Mais je n’avais pas une minute à perdre. Je ne pouvais pas stopper la croissance des pissenlits. Il me fallait donc affronter la piqueuse à ventres.
J’entendais toujours les cris des piétons embrochés par l’énorme aiguille de la machine à coudre géante qui progressait en tous sens sur ses chenilles. Par la fissure toujours ouverte sur l’extérieur, je décidai de bien observer le monstrueux engin pour savoir comment l’attaquer. Je vis qu’à l’arrière se trouvait une sorte de griffe qui, lorsque l’aiguille avait piqué un ventre, retournait le sol et faisait jaillir la victime à l’air libre.
Quelques dizaines de piétons étaient ainsi étendus, dans le béton et le roc fraîchement remué, au milieu des tombes anciennes puisque, je l’ai dit, notre galerie serpentait sous un vieux cimetière.
Je ne comprenais pas pourquoi les piétons, ainsi sortis de terre, ne se relevaient pas pour fuir, sauter dans le trou et se perdre, même blessés, au fond de leurs galeries. La piqueuse à ventres se rapprocha et je compris…
L’épouvantable engin ne ressemblait pas seulement à une machine à coudre. C’était une machine à coudre !
L’aiguille ne se contentait pas de transpercer l’abdomen des piétons… Un câble passait par sa pointe et les victimes étaient bel et bien cousues dans le sol. COUSUES dans la position dans laquelle l’aiguille les avait surprises et happées. Les unes sur le dos, les autres la tête dans le sol, ou par le travers du corps. Le spectacle était presque insupportable.
Je sentis que j’étais à nouveau poussé. Les racines de pissenlits, continuant de progresser, m’obligeaient à m’approcher de la piqueuse.
Celle-ci, circulant dans le cimetière, ébranlait le sol et, au-dessus de ma tête, des blocs de pierre de roche et de terre commençaient à se détacher.
Dans quelques minutes, la piqueuse serait au-dessus de moi et je serais cousu dans le sol. Je ne pouvais ôter cette idée de mon esprit lorsque je vis qu’au milieu des débris qui tombaient du plafond se trouvaient quantité d’ossements. Et une idée me vint, folle, extravagante. Mais la folie et l’extravagance étaient peut-être les seules voies qui m’étaient offertes pour me sauver.
Je ramassai les ossements et les examinai. J’en brisai un, et observai la poussière formée par la moelle, séchée par les siècles. Sans aucun doute, il y avait du phosphore dans cette poussière.
Je me souvins de vieilles leçons de sciences naturelles, sur l’homme et ses composants chimiques. Or, les parois humides comme je l’ai dit, étaient couvertes de salpêtre.
Je décidai de tenter quelque chose. J’avais encore dans ma poche des pilules d’accélération. Je préparai une mixture et en inondai les racines de pissenlit. Vieillissant rapidement, au lieu de progresser, je les vis suivre le processus de la dégénérescence et de la vieillesse, puis mourir.
Les racines ne poussaient plus. Elles étaient devenues bois mort et feuilles mortes. Je ramassai deux pierres et les frappai l’une contre l’autre. Au bout de quelques essais, les feuilles s’enflammèrent. Le feu dévora rapidement les racines. Pas assez rapidement à mon gré.
Je jetai quelques pilules dans les flammes. Le feu se développa avec une violence qui n’eut d’égale que sa rapidité et, en un instant, il ne resta plus de l’effroyable forêt de pissenlits qu’un petit tas de charbon de bois.
Je le ramassai, fébrilement, avec une roche plate. Ensuite, je grattai les parois pour recueillir plusieurs poignées de salpêtre sur lequel je fis tomber la moelle séchée contenant du phosphore. J’ajoutai le charbon de bois et me mis à piétiner le tout. J’eus bientôt un tas de poudre sous les pieds. Charbon de bois, phosphore, salpêtre, j’avais – en principe – fabriqué de la poudre à canon.
Le cliquetis atroce de la piqueuse à ventres se fit entendre… L’abominable machine m’avait repéré et avançait au-dessus de moi. L’horrible aiguille entrait et sortait dans la galerie à une vitesse folle.
Je jetai un regard circulaire et aperçus ce que je cherchais, un gros silex. Je le fis rouler sur le tas de poudre. Puis, je me mis à courir vers l’endroit de la galerie que le feu avait dégagé.
L’aiguille continua sa course démente… Elle arriva au-dessus du tas de poudre…  rappa le silex.
Une étincelle jaillit. Une explosion énorme se produisit. La piqueuse à ventres fut soulevée, projetée dans les airs.
Et je me retrouvai à terre.
Hébété… Hébété mais sauf.

→ A suivre

 

10 mai 2015

Apocalypse est pour demain (35)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

J’imaginais ces hommes nouveaux, mi-poissons, mi-hommes, rampant dans les villes, conditionnés dans la première heure d’évolution pour abattre les flics, les autos et tout ce qui s’oppose au franc bonheur de l’homme.
«Vite, vite, dis-je au chef. Partons vite… Vers la mer. »
Nous commençâmes à marcher le long des galeries.
De kilomètres en kilomètres, nous rencontrions des blocs de pierre et devions donner le mot de passe «La voiture ne passera pas». Les blocs étaient déplacés et nous continuions notre chemin.
Dans ces conditions, le voyage serait long. Il me fallait absolument prendre quelque nourriture.
«Ne serait-il pas possible que vous me conduisiez vers un ancien cimetière? demandai-je au chef des piétons, je voudrais manger quelques Pissenlits par la racine, car je ne puis, comme vous, me nourrir de ciment. »
Le chef des piétons dévia notre route et nous arrivâmes dans une galerie îlus large où le plafond, orné de quelques ossements fossilisés, annonçait que nous nous trouvions au-dessous de pierres tombales.
Hélas, il n’y avait pas la moindre trace d’herbe, ou de racines comestibles.
Je ne pouvais continuer ma route sans me restaurer. J’observai attentivement le plafond et décelai quelques graines. Mais oui! Mes pilules l’accélération devaient pouvoir les faire germer rapidement.
Je demandai au chef des piétons de bien vouloir me retourner une partie lu sol, avec sa main en forme de bêche. Ce qu’il fit. Avec mes ongles je détachai quelques graines que je semai dans la terre fraîchement bêchée.
Puis, je délayai quelques pilules d’accélération avec un peu d’eau qui suintait le long des parois, et j’arrosai les graines. Immédiatement, je vis sortir des pousses, et d’énormes pissenlits se mirent à grandir, sur lesquels je me précipitai, et que je déchirai à belles dents. Le chef des piétons fit comme loi.
Nous mangeâmes longtemps, sans parler. L’aurais-je voulu que je n’aurais pas pu me faire entendre, tant le bruit de mastication que faisait le piéton avec son groin était monstrueux. Soudain, alors que j’avalais une dernière bouchée de pissenlit, je vis que le chef s’était arrêté de manger, pourtant le bruit de mastication se poursuivait.
Le chef avait pâli. Les poils verts de son nez étaient devenus gris.
«Que se passe-t-il? demandai-je.
- La piqueuse à ventres, dit le piéton dans un souffle. Elle nous cherche.
- Qu’est-ce que c’est?
- Venez voir par ici. »
En tremblant, il m’entraîna vers une fente rocheuse par laquelle j’aperçus l’engin qui l’effrayait tant.
C’était une sorte de… tank, en forme de… Je ne peux trouver d’autre terme que machine à coudre, pour le désigner.
Oui. Une énorme machine à coudre, montée sur chenilles, qui se déplaçait dans le cimetière.
À l’avant, comme sur toutes les machines à coudre, se trouvait une énorme aiguille d’acier qui entrait dans le sol, en ressortait, y pénétrait à nouveau, dans un va-et-vient d’une rapidité folle.
«La piqueuse à ventres, répéta le piéton. Elle est munie d’un détecteur spécial… L’aiguille plonge dans le sol dès que le détecteur a signalé un ventre. C’est comme cela que les policiers tuent, en leur perforant l’abdomen, les piétons qui se trouvent dans les galeries. »
Effectivement, je voyais distinctement que l’aiguille était rouge de sang et, répercutés tout au long des galeries, j’entendais des hurlements de douleur, au milieu de tragiques gargouillis. Combien de piétons avaient déjà été piqués?
«Il faut fuir, dis-je.
- Impossible, répondit le piéton, cette galerie est en cul-de-sac. Nous ne pouvons repartir que par où nous sommes venus et nous allons nous trouver sur le chemin de la piqueuse à ventres.
- Alors, il faut la détruire ! »
C’était bien beau, mais comment?
Je tentai de faire fonctionner mon cerveau à la puissance maximum.
Je sentais, dans toutes les zones et les circonvolutions de ma boîte crânienne, que le phosphore coulait, circulait, bouillonnait…
Soudain, je sentis un poids sur moi qui me poussait contre le mur.
«Pourquoi me poussez-vous?» demandai-je au piéton.
(Retour 34)

→ A suivre

3 mai 2015

Apocalypse est pour demain (34)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Grâce à la pilule d’accélération je pouvais faire jaillir, un peu partout sur le territoire, des stalagmites qui, sortant du sol, embrocheraient les policiers.
Mais cela ne pouvait suffire. Le Grand Maître et son équipe de chercheurs déments allaient rapidement, j’en étais sûr, trouver divers systèmes pour détruire les stalagmites. Le problème, pour moi, ne consistait plus à diriger, dans le sous-sol, les piétons mutants. Le fait même qu’ils soient mutants leur ôtait toute mobilité.
Mais comment agir en surface sans disposer de commandos? Il fallait attaquer les policiers. Prendre leurs armes. Trouver du métal pour fabriquer des appareils.
Quels appareils? Les piétons mutants n’étaient pas des savants. Et moi non plus.
Je songeais à cet ancêtre, dont ma famille s’était toujours transmis l’histoire, et qui – il y a bien longtemps – avant la civilisation automobile, avait vécu sur une île et avait réussi à recréer le monde dans une cabane.
Qu’étais-je capable de faire, moi, son descendant, Robin Cruzo.
Allons ! Soliloquer ne menait à rien. Avant de pouvoir agir à l’extérieur, avant de convaincre les conducteurs de se révolter contre la civilisation automobile, car là était l’issue, je devais, avec les moyens du bord, continuer le combat.
Il y avait bien deux bonnes minutes que la stalagmite, sortant du sol à toute vitesse, avait empalé le policier, et celui-ci s’agitait toujours.
Les piétons avaient oublié toute retenue et grognaient de joie, dans la galerie, en le contemplant.
Les sirènes de police retentirent annonçant les voitures désintégrantes.
La vieille coutume des motards précédant les voitures de police avait été remplacée depuis longtemps par l’usage de véhicules désintégrateurs qui, lorsqu’une voiture officielle voulait passer, ouvraient un long ruban désert en détruisant tout sur leur passage.
«Il faut nous cacher, vite», dis-je au chef des piétons.
Celui-ci exultait. «Nous avons gagné, grognait-il, nous avons gagné…»
Je me fâchai.
«Ne soyez pas stupide. Courons au bout de la galerie. »
Nous le fîmes.
À peine étions-nous arrivés que nous entendîmes une sourde explosion.
Les policiers faisaient sauter la stalagmite. Et leur camarade par la même occasion.
Je demandai au chef des piétons :
«De combien de pilules d’accélération disposons-nous?
- Nous en avons beaucoup, dit-il. De quoi faire surgir de nombreuses stalagmites empaleuses.
- Non. Ce serait les gaspiller. »
Il devait y avoir une meilleure utilisation de ces pilules qui permettaient d’accélérer la croissance et l’évolution de toute chose. En les faisant absorber aux piétons, pourrais-je faire évoluer leur mutation en sens contraire et en faire à nouveau des hommes normaux? Oui, sans doute, mais à condition de les faire vivre à l’extérieur, dans les conditions de vie en surface, et cela n’était pas possible.
Alors? En faire absorber aux conducteurs ne mènerait à rien non plus.
Au contraire, acquérir cinq ou six générations de plus les rendrait encore plus fous de voiture.
Je songeai à Darwin. Si je disposais de singes, en leur donnant de ces pilules, je pourrais créer une équipe d’hommes nouveaux, n’ayant pas été contaminés par l’automobile.
Mais il n’y avait plus de singes. Les forêts, les plaines, les campagnes n’étaient plus qu’une immense dalle de béton. Il n’y avait plus d’arbres ni d’animaux… Le monde n’était plus fait que de ciment et d’océans…
L’océan… L’océan, voilà où était l’avenir!
«Les galeries mènent-elles jusqu’à l’océan? demandai-je au chef.
- Sans doute…
- Saurez-vous m’y guider?
- Je pense. »
Je venais d’avoir l’idée que je cherchais. Il fallait remonter plus haut, plus loin que Darwin.
L’océan. Ce n’était pas les singes qu’il fallait faire évoluer, mais les COELACANTHES.
Le Coelacanthe, ce poisson qui avait donné naissance à l’homme… Il en existait encore, dans la mer. Grâce à ces pilules, administrées intensivement…
Je pourrais constituer un groupe d’attaque.
(Retour 33)

→ A suivre

26 avril 2015

Apocalypse est pour demain (33)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Je décidai de prendre les choses à bras-le-corps.
«Je vais vous aider à organiser la lutte, dis-je, D’abord, combien êtes-vous?
- J e l’ignore, répondit le chef. Nous sommes répartis en petits groupes isolés. Les pièges que nous tend sans cesse le Grand Maître nous obligent à cette dispersion. Chaque groupe doit compter cinquante, peut-être soixante individus.
- Et combien existe-t-il de groupes ?
- Impossible de le savoir, dit le chef. Nos galeries s’étendent sous tout le territoire surveillé par les Élus. Chaque groupe ferme son tunnel par un bloc de pierre qu’il ne déplace que sur un mot de passe. Nous connaissons nos voisins, nos voisins connaissent les leurs et ainsi de suite. Mais nous n’avons jamais pu faire de recensement.
- Possédez-vous des armes? demandai-je.
- Quelques-unes. Celles que nous prenons aux policiers que nous réussissons à faire tomber dans nos galeries. Mais elles sont inutiles.
- Pourquoi?
- Les policiers possèdent des détecteurs d’armes. Ce sont des appareils extraordinairement perfectionnés malgré leur miniaturisation. Dès qu’un policier est menacé par une arme quelconque, le détecteur déclenche une onde qui détruit instantanément l’arme et celui qui la tient. »
J’ignorais tout de ce nouveau dispositif de sécurité possédé par les policiers.
Et c’était pourtant eux qu’il fallait attaquer en premier si l’action du FLP voulait être efficace.
«Nous ne pouvons donc utiliser contre la police que des armes naturelles, bâton, pierres, etc., dis-je.
- Non, répondit le chef. Ce n’est pas tant l’arme que la machine détecte.
C’est l’intention meurtrière qui s’y trouve attachée par celui qui veut l’utiliser.
C’est pour cela que les détecteurs ne signalent que les trous que nous forons sous les pieds des agents que nous voulons attaquer. Car un trou étant un phénomène naturel à l’état brut, il ne peut être considéré comme une arme. Malheureusement, il est impossible de détruire une armée de policiers rien qu’en faisant des trous.
- Il y a bien d’autres phénomènes naturels à utiliser dans notre guérilla, dis-je. C’est cela qu’il nous faut trouver. Ne pourrions-nous essayer de rencontrer les groupes voisins, afin de constituer le premier noyau de résistance ?
- Sans doute, dit le chef. Si vous voulez me suivre… »
Je le saisis par la ceinture, me courbai comme lui, et nous nous engageâmes dans une galerie.
Nous marchâmes pendant quelques minutes, croisant d’autres piétons que je ne pouvais pas voir dans l’obscurité, mais dont j’entendais la respiration bruyante, due au frémissement de leurs poils de nez. Nous arrivâmes bientôt devant une paroi. Chose curieuse, une lumière très très faible régnait.
Une voix retentit :
« La voiture ne passera pas.
- Gloire au piéton, répondit le chef. Au nom des cuisses, et des chevilles, et des genoux, ainsi soit-il. »
C’était évidemment le mot de passe, car la paroi pivota. Il s’agissait d’une porte rudimentaire, un grand bloc de pierre, dont le gond du haut était une stalactite et celui du bas, une stalagmite.
«Le système de pivot est ingénieux, dis-je.
- Oui, répondit le chef des piétons, ici les galeries ne sont pas creusées dans du béton, mais dans du calcaire et les infiltrations d’eau font naître des stalactites et des stalagmites que nous utilisons dans nos constructions. »
Une idée éclata soudain dans mon esprit.
« Les pilules d’accélération, les pilules dont vous m’avez parlé, et qui font vieillir les choses de plusieurs générations, en possédez-vous beaucoup ?
- Oui, dit le chef.
- Bien, pouvez-vous creuser rapidement une galerie, là où se trouvent les infiltrations d’eau?
- Il en existe une, je vais vous y conduire. »
Je suivis le chef. Effectivement, un étroit boyau nous mena à une flaque d’eau, qui se formait sous une fissure du plafond de calcaire. La fissure laissait passer la lumière du jour. J’y collai mon oeil et, entre deux gouttes d’eau qui me tombaient sur le visage, j’aperçus les jambes d’un policier surveillant la circulation.
Je remarquai sur sa poitrine le détecteur d’armes.
«Passez-moi les pilules d’accélération», dis-je au chef.
Il me les tendit. J’en coinçai plusieurs dans la fissure, de telle sorte que les gouttes d’eau – avant de tomber dans la flaque – passent sur les pilules.
Les gouttes d’eau contenant du calcaire se mirent à tomber très vite. Très très vite. De plus en plus vite. Je remis des pilules. L’eau coula. Je remis des pilules et ainsi de suite.
Au centre de la flaque, là où tombaient les gouttes chargées de calcaire, une stalagmite se forma qui augmenta rapidement de volume. Elle fit bientôt 50 centimètres de haut, puis un mètre, puis atteignit le plafond, écarta la fissure, continua de s’élever… traversa la voûte. Je jetai encore des pilules d’accélération au pied de la stalagmite qui, dans un élan extraordinaire, s’éleva comme une furie et traversa, juste au-dessus de nous, le corps du policier.
Celui-ci poussa un hurlement effroyable. Une stalagmite n’était pas une arme. C’était un phénomène naturel, aucun détecteur ne pouvait la signaler.
Par un petit trou resté sur le côté de la fissure, je contemplai le policier maudit empalé à 8 mètres du sol et hurlai :
«Victoire, au nom du pied, des cuisses et des genoux… »
J’avais trouvé la première arme. Maintenant, le combat allait sérieusement commencer.
(Retour 32)

→ A suivre

19 avril 2015

Apocalypse est pour demain (32)

Publié par ditchlakwak dans "L'apocalypse est pour demain"

Grâce à la pilule d’accélération je pouvais faire jaillir, un peu partout sur le territoire, des stalagmites qui, sortant du sol, embrocheraient les policiers.
Mais cela ne pouvait suffire. Le Grand Maître et son équipe de chercheurs déments allaient rapidement, j’en étais sûr, trouver divers systèmes pour détruire les stalagmites. Le problème, pour moi, ne consistait plus à diriger, dans le sous-sol, les piétons mutants. Le fait même qu’ils soient mutants leur ôtait toute mobilité.
Mais comment agir en surface sans disposer de commandos? Il fallait attaquer les policiers. Prendre leurs armes. Trouver du métal pour fabriquer des appareils.
Quels appareils? Les piétons mutants n’étaient pas des savants. Et moi non plus.
Je songeais à cet ancêtre, dont ma famille s’était toujours transmis l’histoire, et qui – il y a bien longtemps – avant la civilisation automobile, avait vécu sur une île et avait réussi à recréer le monde dans une cabane.
Qu’étais-je capable de faire, moi, son descendant, Robin Cruzo.
Allons ! Soliloquer ne menait à rien. Avant de pouvoir agir à l’extérieur, avant de convaincre les conducteurs de se révolter contre la civilisation automobile, car là était l’issue, je devais, avec les moyens du bord, continuer le combat.
Il y avait bien deux bonnes minutes que la stalagmite, sortant du sol à toute vitesse, avait empalé le policier, et celui-ci s’agitait toujours.
Les piétons avaient oublié toute retenue et grognaient de joie, dans la galerie, en le contemplant.
Les sirènes de police retentirent annonçant les voitures désintégrantes.
La vieille coutume des motards précédant les voitures de police avait été remplacée depuis longtemps par l’usage de véhicules désintégrateurs qui, lorsqu’une voiture officielle voulait passer, ouvraient un long ruban désert en détruisant tout sur leur passage.
«Il faut nous cacher, vite», dis-je au chef des piétons.
Celui-ci exultait. «Nous avons gagné, grognait-il, nous avons gagné…»
Je me fâchai.
«Ne soyez pas stupide. Courons au bout de la galerie. »
Nous le fîmes.
À peine étions-nous arrivés que nous entendîmes une sourde explosion.
Les policiers faisaient sauter la stalagmite. Et leur camarade par la même occasion.
Je demandai au chef des piétons :
«De combien de pilules d’accélération disposons-nous?
- Nous en avons beaucoup, dit-il. De quoi faire surgir de nombreuses stalagmites empaleuses.
- Non. Ce serait les gaspiller. »
Il devait y avoir une meilleure utilisation de ces pilules qui permettaient d’accélérer la croissance et l’évolution de toute chose. En les faisant absorber aux piétons, pourrais-je faire évoluer leur mutation en sens contraire et en faire à nouveau des hommes normaux? Oui, sans doute, mais à condition de les faire vivre à l’extérieur, dans les conditions de vie en surface, et cela n’était pas possible.
Alors? En faire absorber aux conducteurs ne mènerait à rien non plus.
Au contraire, acquérir cinq ou six générations de plus les rendrait encore plus fous de voiture.
Je songeai à Darwin. Si je disposais de singes, en leur donnant de ces pilules, je pourrais créer une équipe d’hommes nouveaux, n’ayant pas été contaminés par l’automobile.
Mais il n’y avait plus de singes. Les forêts, les plaines, les campagnes n’étaient plus qu’une immense dalle de béton. Il n’y avait plus d’arbres ni d’animaux… Le monde n’était plus fait que de ciment et d’océans…
L’océan… L’océan, voilà où était l’avenir!
«Les galeries mènent-elles jusqu’à l’océan? demandai-je au chef.
- Sans doute…
- Saurez-vous m’y guider?
- Je pense. »
Je venais d’avoir l’idée que je cherchais. Il fallait remonter plus haut, plus loin que Darwin.
L’océan. Ce n’était pas les singes qu’il fallait faire évoluer, mais les COELACANTHES.
Le Coelacanthe, ce poisson qui avait donné naissance à l’homme… Il en existait encore, dans la mer. Grâce à ces pilules, administrées intensivement…
Je pourrais constituer un groupe d’attaque.
J’imaginais ces hommes nouveaux, mi-poissons, mi-hommes, rampant dans les villes, conditionnés dans la première heure d’évolution pour abattre les flics, les autos et tout ce qui s’oppose au franc bonheur de l’homme.
«Vite, vite, dis-je au chef. Partons vite… Vers la mer. »
Nous commençâmes à marcher le long des galeries.
De kilomètres en kilomètres, nous rencontrions des blocs de pierre et devions donner le mot de passe «La voiture ne passera pas». Les blocs étaient déplacés et nous continuions notre chemin.
(Retour 31)

→ A suivre

 

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