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19 septembre 2021

Mort à crédit (161)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

À Chatou, là sur les lieux, elle s’est débrouillée tout de suite… Elle a resquillé un tréteau derrière la mairie, elle s’est planquée près de la gare, en bonne position. Elle a distribué toutes ses cartes pour faire connaître le magasin. L’après-midi, elle s’est remise à bagotter, surchargée comme un mulet, un peu partout dans le pays, à la recherche des villas où pouvaient nicher des clientes… En rentrant le soir, au Passage, elle en pouvait plus d’épuisement, elle souffrait à en hurler tellement que sa jambe était racornie par les crampes et puis son genou tuméfié, sa cheville surtout toute disloquée par des entorses… Elle s’est aplatie dans ma chambre en attendant que mon père revienne… Elle s’appliquait de l’eau sédative… des compresses bien froides.
Comme ça dans les virées de banlieue, elle soldait à la « sauvette » aux chalands pour faire du liquide… On en avait si grand besoin… « Pour ne pas remporter ! » qu’elle prévenait… Il est venu à la boutique à peine deux, trois personnes, tout le temps qu’elle était partie… C’était donc encore plus commode qu’on ferme tout franchement la lourde et que je l’accompagne en banlieue, que je porte moi ses plus gros paquessons. On avait plus Mme Divonne pour répondre pendant les absences, on a suspendu dans la porte l’écriteau : « Je reviens de suite. » On a emporté le bec-de-cane.
L’oncle Édouard, c’est pas du ballon, il l’aimait réellement sa sœur, ça lui faisait un chagrin extrême de la voir comme ça souffrir, dépérir, et pâtir de plus en plus à force de travail et de peines… Sa santé l’inquiétait beaucoup, le moral aussi… Il pensait tout le temps à elle. Les lendemains de Chatou, elle pouvait plus tenir en l’air, toute sa figure ratatinait par la souffrance de sa jambe. Elle en gémissait comme un chien, toute tordue sur le lino même… À plat par terre qu’elle s’étendait quand mon père était sorti. Elle trouvait ça plus frais que la plume. Si en rentrant du bureau, qu’il la surprenne comme ça, défaite, exténuée, en train de se masser la guibolle dans l’eau de la bassine, ses jupes retroussées au menton, il grimpait dare-dare au troisième, il faisait semblant de pas l’avoir vue, il ne faisait qu’un bond, il passait comme un éclair. Il fonçait sur sa mécanique ou bien sur ses aquarelles… On en vendait toujours un peu, surtout ses « Bateaux à voiles » une grande collection et les « Conciles des Cardinaux »… Les plus vivaces comme couleurs !… Infiniment chatoyants… Ça fait toujours bien dans une pièce. C’était le moment qu’il se démerde… On attrapait la fin du mois… Pour compenser nos fermetures de la journée, pendant nos virées à travers Chatou, nous restions ouverts assez tard… Les gens se promenaient après dîner… Surtout au moment des orages… Si il survenait un client, ma mère planquait vite sa cuvette, tous ses tampons, d’un coup prompt, dessous le divan du milieu… Elle se redressait dans un sourire… Elle amorçait la parlote… Autour du cou, je me souviens bien qu’elle se passait un gros chou de mousseline… C’était la coquetterie de l’époque… Ça lui faisait une vraiment grosse tête.
L’oncle Édouard, aussi dans son genre, il se donnait un mal terrible, mais il devait pas le regretter, il obtenait des résultats… Il réussissait de mieux en mieux dans sa partie, la bricole… les accessoires de bicyclette… Ça devenait une très bonne affaire, et même excellente. Bientôt, il pourrait s’acheter une part de garage, à la sortie de Levallois, avec des amis sérieux.

A suivre

12 septembre 2021

Mort à crédit (160)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Juste l’oncle Édouard est survenu, c’est lui qui m’a sauvé la mise… Il se trouvait d’excellente humeur… Il a dit bonjour à tout le monde, à la cantonade, comme ça… Il mettait pour la première fois son beau costume à carreaux, la mode de l’été, anglaise justement, avec le melon mauve comme c’était la vogue, retenu par un fin lacet à la boutonnière. Il m’a saisi les deux mains, il me les a secouées avec une force de brusquerie, un vrai shake-hands à tout rompre ! Lui il blairait bien l’Angleterre… C’était son envie d’aller voyager là-bas… Il remettait toujours à plus tard parce qu’il voulait apprendre d’abord le nom des objets de son négoce… pompe, etc. Il comptait sur moi pour l’initier dans la langue… Ma mère pleurnichait toujours à propos de mon attitude, mes façons rebutantes, hostiles… Loin de se ranger à son avis, il a pris tout de suite ma défense… Il a expliqué en deux mots à tous ces fumeux cancrelats qu’ils ne pigeaient absolument rien ! vraiment imbéciles quant aux influences étrangères… Que l’Angleterre tout spécialement, pour ceux qui en reviennent, ça les transforme du tout au tout ! Ça les rend plus laconiques, plus réservés, ça leur donne une certaine distance, de la distinction pour tout dire… Et c’est bien préférable !… Ah ! voilà ! Dans le beau commerce dorénavant, et surtout dans la commission, il va falloir se taire ! Ça c’est vraiment le fin du fin ! La suprême épreuve des commis !… oui !… Ah ! terminée ! abolie ! la vieille et la baveuse dégaine ! L’obséquieuse ! La volubile ! On n’en veut plus absolument ! C’est un genre pour les pougnassons, les cirques de province ! À Paris, c’est plus défendable ! au Sentier ça vous ferait vomir ! Ça faisait servile et miteux ! À temps nouveaux, façons nouvelles !… Il me donnait totalement raison… Voilà comment il a causé…
Ma mère elle respirait de l’entendre… ça la rassurait quand même… Elle en poussait des grands soupirs… un soulagement véritable… Mais les autres, les sales cafeteux, ils demeuraient hostiles… Ils restaient sur leurs réserves… Ils démarraient pas… Ils râlaient en contrebasse… Ils étaient absolument sûrs que je me débrouillerais jamais avec des façons semblables ! C’était absolument exclu !
L’oncle Édouard a eu beau faire, beau s’évertuer, s’époumoner… Ils démordaient pas de leur avis… Ils étaient butés pires que mules, ils répétaient que n’importe où, pour gagner honnêtement son os, il faut d’abord être bien aimable.
Comme les jours et les jours passaient, qu’on voyait presque plus de clientes, que c’était le plein été, qu’elles étaient toutes à la campagne, ma mère a décidé finalement que malgré sa jambe douloureuse et les avis du médecin, elle irait quand même à Chatou, essayer de vendre un peu de camelote. C’est moi qui garderais la boutique pendant son absence… On n’avait plus d’alternatives… Il fallait faire rentrer des sous ! D’abord pour payer le complet neuf et puis deux paires de tatanes, et puis encore faire repeindre toute notre devanture en couleurs seyantes avant que la saison recommence.Elles faisaient très navrantes nos vitrines au milieu des autres… Elles étaient gris perle et verdâtres, tandis que, tout à côté de nous, c’était la teinturerie Vertune, absolument pimpante neuve, une fantaisie jaune et bleu ciel, à notre droite c’était la papeterie Gomeuse, blanche immaculée, rehaussée de filigranes et pompons et de ravissants motifs, petit oiseaux sur des branches… Tout ça c’était de gros frais… Il fallait s’y mettre.
Elle a rien dit à mon père, elle est allée prendre le « dur » avec un balluchon énorme, pesant au moins vingt kilos.

A suivre

5 septembre 2021

Mort à crédit (159)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Alors ? C’était qu’une question de caractère ! C’était simple, irréfutable ! Il fallait pas céder jamais ! Ainsi qu’ils voyaient toutes les choses… C’était l’effet des chaleurs, de la terrible atmosphère, des effluves d’électricité… une façon de pas s’engueuler… En s’entendant bien sur les « reprises »… Tout le monde était dans l’accord… Tout le monde se fascine pour l’avenir… Chacun veut qu’on l’exproprie.
Tous les voisins du Passage, ils en furent tout éberlués de la taille que j’avais atteinte… Je devenais mastard. J’avais presque doublé de volume… Ça serait des nouvelles dépenses quand on irait pour me fringuer aux « Classes Méritantes » encore… J’ai essayé un peu pour voir les frusques à mon père. Je les faisais craquer aux épaules, même pour ses pantalons y avait plus moyen. Il me fallait du neuf entièrement. Il fallait donc que je patiente…
Mme Béruse, la gantière, en revenant de ses commissions, elle est entrée tout exprès chez nous pour se rendre compte de mes allures : « Sa maman peut en être bien fière ! » qu’elle a finalement conclu. « L’étranger lui a réussi ! » Elle a répété ça partout. Les autres aussi ont rappliqué pour se faire leur opinion. Le vieux gardien du Passage, Gaston, le bosco, qui ramassait tous les cancans, il m’a trouvé transformé, mais alors plutôt amaigri ! Personne n’était vraiment d’accord, chacun gardait son idée. Ils étaient curieux, en plus, des choses d’Angleterre. Ils venaient me demander des détails sur la manière qu’ils vivaient les Engliches là-bas… Je restais toujours au magasin en attendant qu’on me vêtisse. Visios, le gabier des pipes, Charonne le doreur, la mère Isard des teintures, ils voulaient savoir ce qu’on mangeait à Rochester dans ma pension ? Et surtout question des légumes, si vraiment ils les bouffaient crus ou bien cuits à peine ? Et pour la bibine et la flotte ? Si j’en avais bu du whisky ? Si les femmes avaient les dents longues ? un peu comme les chevaux ? et les pieds alors ? une vraie rigolade ! Et pour les nichons ? Elles en avaient-y ? Tout ça entre des allusions et mille manières offusquées.
Mais ce qu’ils auraient voulu surtout, c’est que je leur dise des phrases anglaises… Ça les tracassait au possible, ça faisait rien qu’ils ne comprennent pas… C’était seulement pour l’effet !… Pour m’entendre un petit peu causer… Ma mère insistait pas trop, mais cependant, malgré tout, ça l’aurait vivement flattée que j’exhibe un peu mes talents… Que je les confonde tous ces râleux…
Je savais en tout : River… Water… No trouble… No fear et encore deux ou trois machins… C’était vraiment pas méchant… Mais j’opposais l’inertie… Je me sentais pas du tout en verve… Ma mère, ça la chagrinait de me voir encore si buté. Je justifiais pas les sacrifices ! Les voisins eux-mêmes ils se vexaient, ils faisaient déjà des grimaces, ils me trouvaient une tête de cochon… « Il a pas changé d’un poil ! » que remarquait Gaston, le bosco. « Il changera jamais d’abord !… Il est toujours comme au temps qu’il pissait partout dans mes grilles ! J’ai jamais pu l’empêcher ! »
Il avait jamais pu me piffer… « Heureusement que son père n’est pas là ! » qu’elle se consolait maman. « Ah ! il s’en ferait encore une bile ! Il en serait tout retourné, le pauvre homme ! À te voir encore si peu avenant ! si peu gracieux ! si borné envers et contre tout ! si rébarbatif toujours ! si mal commode avec le monde ! Comment veux-tu arriver ? Surtout maintenant dans le commerce ? avec la si grande concurrence ! T’es pas seul à chercher une place ! Lui qui me disait hier encore : “ Pourvu, mon Dieu ! qu’il se débrouille ! Nous sommes au bord d’une catastrophe ! ”… »

A suivre

29 août 2021

Mort à crédit (158)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Au Passage des Bérésinas, dans les étalages, partout, y avait des nombreux changements depuis que j’étais parti… On se donnait au
« Modern Style », aux couleurs lilas et orange… C’était justement la grande mode, les volubilis, les iris… Ça grimpait le long des vitrines…
en moulure, en bois ciselé… Il s’est ouvert deux parfumeries et un marchand de gramophones… Toujours les mêmes photographies à la porte de notre théâtre le « Grenier Mondain »… les mêmes affiches dans les coulisses. Ils jouaient toujours la Miss Helyett avec toujours le même ténor : Pitaluga… C’était une voix enchanteresse, il renouvelait son triomphe chaque dimanche à l’Élévation ! à Notre-Dame-des-Victoires pour toutes ses admiratrices… On en parlait pendant douze mois dans toutes les boutiques du Passage du « Minuit Chrétiens » qu’il poussait à Saint-Eustache, ce Pitaluga pour Noël !… Chaque année encore plus pâmant, mieux filoché, plus surnaturel…
Un projet était à l’étude pour amener l’électricité dans toutes les boutiques du Passage ! On supprimerait alors le gaz qui sifflait dès quatre heures du soir, par ses trois cent vingt becs, et qui puait si fortement dans tout notre air confiné que certaines dames, vers sept heures, arrivaient à s’en trouver mal… (en plus de l’odeur des urines des chiens de plus en plus nombreux…). On parlait même encore bien plus de nous démolir complètement ! de démonter toute la galerie ! De faire sauter notre grand vitrage ! oui ! Et de percer une rue de vingt-cinq mètres à l’endroit même où nous logions… Ah ! Mais c’était pas des bruits sérieux, c’était plutôt des balivernes, des racontars de prisonniers. Cloches !… Sous cloche qu’on était ! sous cloche qu’il fallait demeurer ! Toujours et quand même ! Un point c’était tout !…
C’était la loi du plus fort !…
De temps à autre, faut bien comprendre, ça venait à fermenter un peu dans la bobèche des miteux, des drôles de mensonges, comme ça sur le pas des boutiques, surtout les jours de canicule… Ça venait comme des bulles dans leur bourrichon crever en surface… avant les orages de septembre… Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentes, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… Ils se voyaient expropriés, c’était des fantasmes ! persécutés par l’État ! Ils ballonnaient, ils se détraquaient la pendule, complètement bluffés, soufflés de bagornes… eux qu’étaient pâlots d’habitude ils tournaient au cramoisi…
Avant d’aller roupionner, ils se passaient des devis mirifiques, tous des mémoires imaginaires ! des sommes écrasantes à la fois, absolument capitales qu’ils exigeraient d’un seul coup dès qu’on parlerait de déménager ! Ah ! là ! là ! Eh ben Nom de Dieu ! ils en auraient du tintouin ! les suprêmes Pouvoirs Publics, pour les faire barrer d’ici !… Ils soupçonnaient pas encore les Conseils d’État !… Comment c’était la Résistance ! Ouais ! Tout le Bastringue et la Chancellerie !… Ah ils en baveraient cinq minutes ! Ils en auraient à qui causer ! Yop !  Et des Écritures et des Sommations consortieuses !… Tout ça et bien pire encore ! Par les trente-deux mille morpions ! Ça ronflerait dur ! Ça se ferait pas trou du cul tout seul !… Qu’on leur passerait sur le corps… qu’ils s’enfouiraient dans la turne ! On serait forcé finalement d’éventrer toute la Banque de France pour leur faire une vraie boutique ! la même au poil ! Au milligramme ! À deux décimes ! Très exactement ! Rien d’autre ! Ou rien alors ! Basta ! Rencard ! Ils se buteraient définitif !… Encore à la pire extrême ils accepteraient la grande rente… Ils diraient pas non… Ils voudraient peut-être bien… Ah ! mais la définitive ! La rente pour la vie Nom de Dieu ! Une replète, une de Banque de France formidablement garantie qu’on dépenserait à volonté ! Ils iraient pêcher à la ligne ! Peut-être pendant quatre-vingt-dix ans ! Et puis des bringues nuit et jour ! Et ça serait pas encore fini ! Et qu’ils auraient encore des « droits » avec des invincibles « reprises » et des maisons à la campagne et puis des autres indemnités… qu’étaient même pas calculables !

A suivre

22 août 2021

Mort à crédit (157)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Le moment était mal choisi pour la recherche d’un emploi… C’était plutôt calme le commerce à la veille de la morte-saison. On a tâtonné un petit peu… on s’est enquis à droite, à gauche… à des placiers qu’on connaissait… Ils avaient rien en perspective. Ça ne pourrait guère recommencer qu’après la période des vacances… même pour les boutiques étrangères.
Dans un sens ça tombait pas mal cette période d’inactivité, puisque j’avais plus de fringues du tout… et qu’il fallait bien qu’on me retape avant que je reprenne mes démarches… Mais alors pour cette garde-robe y a eu tout un sacré tirage !… C’étaient les fonds qui manquaient le plus !… J’attendrais, c’est tout, le mois de septembre pour les chaussures et le pardessus !… J’étais bien heureux du sursis… je pouvais respirer encore avant de leur montrer mon anglais !… Ça serait encore un baratin quand ils se rendraient un peu compte… Enfin c’était pas pour tout de suite !… J’avais plus qu’une seule chemise… J’en ai mis une à papa… On me commanderait un veston et deux pantalons d’un coup… Mais seulement pour le mois suivant… Tout de suite y avait pas moyen… On avait tout juste pour la croûte et encore c’était rie et rac… Le terme tombait le huit, et le gaz avait du retard ! et les contributions encore ! et la machine à papa !… On en sortait vraiment plus !… Il restait toujours des « sommations » à la traîne ! On en trouvait sur tous les meubles, violettes, rouges ou bleues !…
Donc j’avais encore du répit ! Je pouvais pas aller relancer les patrons en costard limé, rapiécé, frangé, les manches raccourcies à mi-bras… C’était pas possible !
Surtout dans la nouveauté et dans les comptoirs au détail où ils sont tous plutôt gandins.
Mon père, il était tellement pris par ses exercices dactylos et par son angoisse d’être viré à la Coccinelle que, même au moment du dîner, il restait dans ses réflexions ! Je l’intéressais plus beaucoup. Il avait son idée formelle bien ancrée au fond du cassis, indélébile à mon sujet que j’étais exactement la nature même de bassesse ! le buse crétin pas remédiable ! Voilà tout ! Que je collais pas aux anxiétés, aux soucis des natures élevées… C’était pas moi dans l’existence qu’aurais tenu toute mon horreur plantée dans ma viande comme un vrai couteau ! Et qu’à chaque minute en plus je l’aurais trifouillée davantage ? Ah ! mais non ! mais non ! J’aurais secoué, trifouillé le manche ? Mieux ? Plus profond ? Ah ! plus sensiblement encore !… Que j’aurais hurlé des progrès de la souffrance ! Mais non ! Que j’aurais tourné fakir là au Passage ? à côté d’eux ? pour toujours ?… Et alors ? Devenir un quelque chose d’inouï ? oui ! de miraculeux ? D’adorable ? De bien plus parfait encore ? Ah ! oui ! Et bien plus hanté, tracassé, mineux dix mille fois !… Le Saint issu d’économie et d’acharnement familial !… Ah ! Eh bien ! Plus cafouillard ! Ah ! oui ainsi ! Cent dix mille fois plus économe ! Yop ! Lala ! Comme on aurait jamais vu ! ni au Passage ni ailleurs ! Et dans le monde entier !… Nom de Dieu ! Le miracle de tous les enfants ! Des banlieues et des provinces ! Le fils exquis ! Phénoménal ! Mais fallait rien me demander ! J’avais la nature infecte… J’avais pas d’explications !… J’avais pas une bribe, pas un brimborion d’honneur… Je purulais de partout ! Rebutant dénaturé ! J’avais ni tendresse ni avenir… J’étais sec comme trente-six mille triques ! J’étais le coriace débauché ! La substance de bouse… Un corbeau des sombres rancunes… J’étais la déception de la vie ! J’étais le chagrin soi-même. Et je mangeais là midi et soir et encore le café au lait… Le Devoir était accompli ! J’étais la croix sur la terre ! J’aurais jamais la conscience !… J’étais seulement que des instincts et puis du creux pour tout bouffer la pauvre pitance et les sacrifices des familles. J’étais un vampire dans un sens… C’était pas la peine de regarder…

A suivre

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