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7 août 2022

Mort à crédit (207)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Je lui faisais de ce Courtial, pour sa réjouissance intime, à pleine gueule vocifération, une bourriche d’étrons plastiques, fusibles, formidablement écœurants… C’était pas croyable d’immondice !…
Ça dépassait tout ! Je m’en donnais à plein tuyau… J’allais trépigner sur la trappe juste au-dessus de la cave, en chœur avec le maboul… je les surpassais tous de beaucoup question virulence par l’intensité de ma révolte, la sincérité, l’enthousiasme destructeur ! mon tétanisme implacable… la Transe… l’Hyperbole… le gigotage anathémique… C’était vraiment pas concevable à quel prodigieux paroxysme je parvenais à me hausser dans la colère absolue… Je tenais tout ça de mon papa… et des rigolades parcourues… Pour l’embrasement, je craignais personne !… Les pires insensés délirants interprétatifs dingos, ils existaient pas quand je voulais un peu m’y mettre, m’en donner la peine… j’avais beau être jeune… Ils s’en allaient de là, tous vaincus… absolument ahuris par l’intensité de ma haine… mon incoercible virulence, l’éternité de vengeance que je recelais dans mes flancs… Ils m’abandonnaient dans les larmes le soin d’écraser bien cette fiente, tout ce Courtial abhorré… ce bourbier de vices… de le couvrir en foutrissures imprévisibles, bien plus glaireux que le bas des chiots ! Un amas d’inouïe purulence ! d’en faire une tarte, la plus fétide qui puisse jamais s’imaginer… de le redécouper en boulettes… de le raplatir en lamelles, d’en plâtrer tout le fond des latrines, entre la tinette et la fosse… De le coincer là, une fois pour toutes… qu’on chierait dessus à l’infini !…
Dès qu’il était barré le copain, qu’il était assez éloigné… Courtial se ramenait vers la trappe… Il soulevait un peu son battant… Il risquait d’abord un œil… Il remontait à la surface…
« Ferdinand ! Tu viens de me sauver la vie… Ah ! Oui ! La vie !… C’est un fait ! J’ai tout entendu ! Ah ! C’est exactement tout ce que je redoutais ! Ce gorille m’aurait disloqué ! Là sur place ! Tu t’es rendu compte !… » Il se ravisait alors un peu. Une inquiétude lui passait d’après ce que j’avais hurlé… La bonne séance avec le mec…
« Mais je n’ai pas au moins, Ferdinand ! dis-moi-le tout de suite, baissé tant que ça dans ton estime ! Tu me le dirais ? Tu ne me cacherais rien, n’est-ce pas ? Je m’expliquerai si tu veux ? Vas-y !… Ces comédies, je veux le croire, n’affectent en
rien ton sentiment ? Ce serait trop odieux ! Tu me gardes toute ton affection ? Tu peux, tu le sais, entièrement compter sur moi ! Je n’ai qu’une parole ! Tu me comprends ! Tu commences à me comprendre, n’est-ce pas ? Dis-moi un peu si tu commences ?
— Oui ! Oui ! C’est exact !… Je crois… Je crois que je suis bien en train…
— Alors, écoute-moi encore mon cher Ferdinand !… Pendant l’incartade de ce fou… je songeais à cent mille choses… pendant qu’il nous écœurait… tonitruait ses délires… Je me disais mon pauvre Courtial ! Toutes ces rumeurs ! ces cafouillages, ces
fracas infâmes, ces calembredaines mutilent atrocement ton destin… Sans rien ajouter à ta cause ! Quand je dis la cause ! Comprends-moi ! Il est pas question d’argent ! C’est le frêle trésor que j’invoque ! La grande richesse immatérielle ! C’est la grande Résolution ! L’acquis du thème infini ! Celui qui doit nous emporter… Comprends-moi plus vite, Ferdinand ! Plus vite ! Le temps passe ! Une minute ! Une heure ! À mon âge ? mais c’est déjà l’Éternité ! Tu verras ! C’est tout comme Ferdinand ! C’est tout comme ! » Ses yeux se mouillaient… « Ecoute encore Ferdinand ! J’espère qu’un jour tu me comprendras tout à fait… Oui !… Tu m’apprécieras vraiment ! Quand je ne serai plus là pour me défendre !… C’est toi Ferdinand ! qui posséderas la vérité !… C’est toi qui réfuteras l’injure !… C’est toi ! J’y compte Ferdinand ! Je compte sur toi !… Si on vient alors te dire… de bien des endroits divers : “ Courtial n’était qu’un salopiaud, la pire des charognes ! Un faussaire ! Y avait pas deux ordures comme lui… ” Que répondras-tu Ferdinand ?… Seulement ceci… Tu m’entends ? “ Courtial n’a commis qu’une erreur ! Mais elle était fondamentale ! Il avait pensé que le monde attendait l’esprit pour changer… Le monde a changé… C’est un fait ! Mais l’esprit lui n’est pas venu !… ” C’est tout ce que tu diras ! Absolument tout ! Jamais autre chose ! Tu n’ajouteras rien !… L’ordre des grandeurs Ferdinand ! L’ordre des grandeurs ! On peut faire entrer peut-être le tout petit dans l’immense… Mais alors comment réduire l’énorme à l’infime ? Ah ! Tous les malheurs n’ont point d’autre source ! Ferdinand ! Point d’autre source ! Tous nos malheurs !… »

A suivre

31 juillet 2022

Mort à crédit (206)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

Courtial se chargeait dès lors, c’était ainsi entendu, de toutes les démarches essentielles, les petites comme les grandes approches, entrevues… recherches d’arguments… réunions… discussions prémonitoires, défense des mobiles, tout ce qu’il fallait en somme pour attirer, amadouer, convaincre, enthousiasmer, tranquilliser un Consortium… Tout ceci, bien entendu, en temps opportun !… Là-dessus on ne rigolait pas !… Point de hâte !… Point de cafouillages !… De brutalité !… Nous la craignions… La brusquerie fait tout rater ! C’est la précipitation qui culbute tous les pronostics !… Les plus fructueuses entreprises sont celles qui mûrissent très lentement !… Nous étions extrêmement ennemis, implacablement hostiles à tout bousillage précoce… à toute hystérie !… « Tout commanditaire est un vrai oiseau pour s’enfuir, mais une tortue sur la douille. »
L’inventeur, afin qu’il entrave le moins possible les pourparlers, toujours si tellement délicats, devait déblayer tout le terrain… rentrer immédiatement chez lui… fumer sa pipe en attendant… ne plus s’occuper du manège… Il serait dûment averti, convoqué, instruit du détail, dès que son histoire prendrait tournure… Cependant c’était fort rare, qu’il reste comme ça peinard au gîte !… À peine une semaine d’écoulée, il revenait déjà à la charge… pour demander des nouvelles… Nous apporter
d’autres maquettes… les compléments des projets… Des épures supplémentaires… Des pièces détachées… Il revenait encore et quand même, on avait beau râler très fort, il se ramenait de plus en plus… lancinant, inquiet, navré… Un coup il se foutait à beugler dès qu’il se rendait un peu compte… Il faisait une crise plus ou moins grave… Et puis on le revoyait plus… Y en avait qu’étaient pas si cons… mais c’était un tout petit nombre… qui parlaient d’aller au pétard, par les voies légales, porter la plainte au commissaire, si on rendait pas leur pognon… Courtial, il les connaissait tous. Il se débinait à leur approche. Il les voyait arriver de loin, de l’autre côté des arcades… C’était pas croyable comme il avait l’œil perçant pour le repérage d’énergumènes… C’était rare qu’il se fasse poisser… Il se tirait dans l’arrière-boutique agiter un brin les haltères, mais encore plutôt à fond de cave… Là il était encore plus sûr… Il refusait tout entretien… Le dabe qui revoulait sa mise il écumait pour des pommes…
« Tiens-le ! Ferdinand ! Tiens-le bien ! » qu’il me recommandait cette salope. « Tiens-le ! Pendant que je réfléchis !… Je le connais de trop ce prolixe ! Ce bouseux de la gueule ! chaque fois qu’il vient m’interviewer j’en suis pour deux heures au moins !… Il m’a fait perdre déjà dix fois tout le fil de mes déductions ! C’est une honte ! C’est un scandale ! Tue-le ce fléau ! Tue-le ! je t’en prie, Ferdinand ! Le laisse plus courir par le monde !… Brûle ! Assomme ! Éparpille ses cendres ! Je m’en fous résolument ! Mais de grâce à aucun prix, tu m’entends, ne me l’amène ! Dis que je suis à Singapour ! à Colombo ! aux Hespérides ! Que je refais des berges élastiques à l’isthme de Suez et Panama. C’est une idée !… N’importe quoi ! Tout est bon pour pas que je le revoye !… Grâce, Ferdinand ! Grâce !… »
C’était moi donc, raide comme balle, qui prenais l’averse en entier… J’avais un système, je veux bien… J’étais comme le « Chalet par soi », je l’abordais en souplesse… J’offrais aucune résistance… Je pliais dans le sens de la furie… J’allais encore même plus loin… Je le surprenais le dingo par la virulence de ma haine envers le dégueulasse Pereires… Je le baisais à tous les coups en cinq sec… au jeu des injures atroces !… Là j’étais parfaitement suprême !… Je le vilipendais ! stigmatisais ! couvrais d’ordures ! de sanies ! Cette abjecte crapule ! cette merde prodigieuse ! vingt fois pire ! cent fois ! mille fois encore pire qu’il avait jamais pensé seul !…

A suivre

24 juillet 2022

Mort à crédit (205)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

 

« Ça va hein ? C’est bien abject ?… Eh bien, j’y suis pour beaucoup ! C’est moi ! C’est moi le responsable ! Tu peux le dire, c’est à moi tout ça, Ferdinand ! Tu m’entends bien ? C’est à moi !…
— Ah ! que je faisais comme ébaubi.
Je savais que c’était sa séance… Il enjambait par-dessus bord… Il sautait dans le carré d’osier… Si le vent soufflait quand même pas trop… il gardait son panama… Il préférait encore beaucoup… mais il se le nouait sous le menton avec un large ruban… C’est moi qui mettais sa casquette… « Lâchez tout » ! Ça débloquait au millimètre… d’abord extrêmement doucement… et puis un petit peu plus vite… Il fallait bien qu’il se dégrouille pour passer par-dessus les toits… Il lâchait jamais son sable… Il fallait pourtant qu’il monte… On gonflait jamais à bloc… Ça coûtait treize francs la bonbonne…
Quelque temps après l’avatar du « Chalet par soi », le fol émiettement par la foule, Courtial des Pereires s’était brusquement décidé à reviser toute sa tactique… « Les fonds d’abord ! » voilà comment il parlait !… Telle était sa nouvelle maxime. « Plus d’aléas ! Que du solide ! »… Il avait conçu un programme entièrement d’après ces données… Et des fondamentales réformes !… Toutes absolument judicieuses, pertinentes…
Il s’agissait d’améliorer, de prime abord, envers et contre tous obstacles la condition des inventeurs… Ah ! il partait de ce principe que dans le monde de la trouvaille les idées ne manqueraient jamais ! Qu’il y en a même toujours de trop ! Mais que le capital par contre il est horriblement fuyard ! pusillanime ! et fort farouche !… Que tous les malheurs de l’espèce et les siens en particulier proviennent toujours du manque de fonds… de la méfiance du disponible… du crédit terriblement rare !… Mais tout ça pouvait s’arranger !… Il suffisait d’intervenir, de remédier à cet état par quelque heureuse initiative… D’où la fondation immédiate aux Galeries Montpensier même, derrière le bureau tunisien, entre la cuisine et le couloir, d’un « Coin du Commanditaire »… Une petite enclave très spéciale, meublée extrêmement simplette : une table, une armoire, un casier, deux chaises, et pour dominer les débats, « de Lesseps », fort joli buste sur l’étagère supérieure, entre les dossiers, toujours des dossiers…
En vertu des nouveaux statuts, n’importe quel inventeur, moyennant cinquante et deux francs (totalité versée d’avance), avait droit dans notre journal à trois insertions successives de tous ses projets, absolument ad libitum même les plus inouïes fariboles, les plus vertigineux fantasmes, les plus saugrenues impostures… Tout ça fournissait quand même deux belles colonnes du Génitron, plus dix minutes d’entretien particulier, technique et consultatif avec le Directeur Courtial… Enfin, pour rendre la musique un peu plus flatteuse encore, un diplôme oléographique de « membre dépositaire au Centre des Recherches Eurêka pour le financement, l’étude, l’équilibre, la mise en valeur immédiate des découvertes les plus utiles au progrès de toutes les Sciences et de l’Industrie !… » Pour faire tomber les cinquante points c’était jamais si commode !… Y avait toujours du tirage… Même en donnant la chansonnette… En se dépensant du baratin… Ils renâclaient presque toujours au moment de douiller, même les plus absolus fadas, il leur passait une inquiétude… Même comme ça dans leur délire, ils sentaient malgré tout la vape… Que c’était un petit flouze qu’ils reverraient jamais… « Constitution du dossier »… ça s’intitulait notre astuce..

A suivre

 

17 juillet 2022

Mort à crédit (204)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

« Il plie beaucoup, mais ne rompt pas… »
Le jour même qu’on inaugurait son stand, après le passage du Président Félix Faure, la parlote et les compliments, la foule rompit tous les barrages ! service de garde balayé ! Elle s’engouffra si effrénée entre les parois du chalet, que la merveille fut à l’instant arrachée, épluchée, complètement déglutie ! La cohue devint si fiévreuse, si désireuse, qu’elle comburait la matière !… L’exemplaire unique ne fut point détruit à proprement dire, il fut aspiré, absorbé, digéré entièrement sur place… Le soir de la fermeture, il n’en restait plus une trace, plus une miette, plus un clou, plus une fibre de tarlatane… L’étonnant édifice s’était résorbé comme un faux furoncle ! Courtial en me racontant ces choses, il en restait déconcerté à quinze ans de distance…
« J’aurais pu certainement m’y remettre… C’était un domaine, je le crois, où je m’entendais à merveille, sans me flatter. Je ne craignais personne pour l’établissement “ au carat ” d’un devis de montage sur terrain… Mais d’autres projets plus grandioses m’ont détourné, accaparé… Je n’ai jamais retrouvé le temps essentiel pour recommencer mes calculs sur les “ index de résistance ”… Et somme toute, malgré le final désastre ma démonstration était faite !… J’avais permis par mon audace, à certaines écoles, à certains jeunes enthousiastes de se découvrir !… de manifester bruyamment ! de trouver ainsi leur voie… C’était bien justement mon rôle ! Je n’avais point d’autres désirs ! L’Honneur était sauf ! Je n’ai rien demandé, Ferdinand ! Rien convoité ! Rien exigé des Pouvoirs ! Je suis retourné à mes études… Aucune intrigue ! Aucune cautèle ! Or écoute !… quelques mois passent… Et devine ce que je reçois ! Presque coup sur coup ? Le “ Nicham ” d’une part, et huit jours après, les “ Palmes Académiques ” !… Là vraiment j’étais insulté ! Pour qui me prenaient-ils soudain ? Pourquoi pas un bureau de tabac ? Je voulais renvoyer toutes ces frelateries au Ministre ! J’ai voulu prévenir Flammarion : “ N’en faites rien ! N’en faites rien !
Acceptez ! acceptez ! m’a-t-il répondu… Je les ai aussi ! ” Dans ce cas-là, j’étais couvert ! Mais quand même, ils m’avaient tous salement flouzé !… Ah ! les ordures indéniables ! Mes plans furent tous démarqués, copiés, plagiés, entends-tu ! de mille façons bien odieuses ! Et absolument maladroites… par tant d’architectes officiels, bouffis, culottés, sans vergogne, que j’ai écrit à Flammarion… Au jeu de me dédommager on me devait au moins la Cravate !… Au jeu des honneurs, je veux dire !… Tu me comprends, Ferdinand ! Il était bien de mon avis, mais il m’a plutôt conseillé de me tenir encore peinard, de ne pas déclencher d’autres scandales… que ça lui ferait lui-même du tort… De patienter encore un peu… que le moment n’était pas très mûr… En somme j’étais son disciple… je ne devais pas l’oublier… Ah ! je ne ressens nulle amertume, crois-moi bien ! Certes ! les détails m’attristent encore ! Mais c’est bien tout ! Absolument !… Une leçon mélancolique… Rien de plus… J’y repense de temps à autre… »
Je savais quand ça le reprenait ce cafard des architectures, c’était surtout à la campagne… Et au moment des ascensions… quand il allait passer la jambe pour escalader la nacelle… Il lui revenait un coup de souvenirs… C’était peut-être aussi en même temps un petit peu la frousse qui le faisait causer… Il regardait au loin, le paysage… Comme ça dans la grande banlieue, surtout devant les lotissements, les cabanes, les gourbis en planches ! Il s’attendrissait… Il lui passait une émotion… Les bicoques, les plus biscornues, les loucheuses, les fissurées, les bancales, tout ça qui crougnotte dans les fanges, qui carambouille dans la gadoue, au bord des cultures… après la route… « Tu vois bien tout ça, Ferdinand, qu’il me les désignait alors, tu vois bien toute cette infection ? » Il décrivait d’un geste énorme… Il embrassait l’horizon… Toute la moche cohue des guitounes, l’église et les cages à poules, le lavoir et les écoles… Toutes les cahutes déglinguées, les croulantes, les grises, les mauves, les réséda… Toutes les croquignoles du platras…

A suivre

10 juillet 2022

Mort à crédit (203)

Publié par ditchlakwak dans "Mort à crédit" par Louis Ferdinand Céline

Après son terrible accident, Courtial avait fait le vœu, absolument solennel, de ne plus jamais, à aucun prix, reprendre le volant dans une course… C’était fini ! Terminé ! Il avait tenu sa promesse… Et même encore vingt ans plus tard il fallait presque qu’on le supplie pour qu’il se décide à conduire au cours d’inoffensives promenades… ou bien en certaines circonstances pour d’anodines démonstrations. Il était beaucoup plus tranquille dans son sphérique en plein vent…
Toute son œuvre sur la « mécanique » tenait dans les livres… Il publiait d’ailleurs toujours bon ou mal an deux traités (avec les figures) sur l’évolution des moteurs et deux manuels avec planches.
L’un de ces petits opuscules avait été à l’origine de très virulentes controverses et même de quelque scandale ! Nullement par sa faute au surplus ! Le fait, c’est notoire, de quelques aigrefins véreux ayant travesti sa pensée dans un but de lucre imbécile ! Pas du tout dans sa manière ! Voici le titre dans tous les cas :
« L’AUTOMOBILE SUR MESURE POUR 322 FRANCS 25. Guide de construction intégrale. Manufacture entière chez soi. Quatre places, deux strapontins, tonneau d’osier, 22 kilomètres à l’heure, 7 vitesses et 2 marches arrière. » Rien que des pièces détachées ! achetées n’importe où ! assemblées au goût du client ! selon sa personnalité ! selon la vogue et la saison ! Ce petit traité fit fureur… entre les années 1902-1905… Ce manuel, c’était un progrès, contenait non seulement les plans, mais encore toutes les épures au deux cent millième ! Photos, références, profils… tous impeccables et garantis.
Il s’agissait de lutter, sans perdre une seconde, contre le péril naissant des fabrications « en série ». Des Pereires malgré son culte du progrès certain exécrait, depuis toujours, toute la production standard… Il s’en montra dès le début l’adversaire irréductible… Il en présageait l’inéluctable amoindrissement des personnalités humaines par la mort de l’artisanat…
À l’époque de cette bataille pour l’automobile sur mesure, Courtial était déjà presque célèbre dans le milieu des novateurs pour ses recherches originales, extrêmement audacieuses sur le « Chalet Polyvalent », la demeure souple, extensible, adaptable à toutes les familles ! sous tous les climats !… « La maison pour soi » absolument démontable, basculable (transportable évidemment), rétrécissable, abrégeable instantanément d’une ou deux pièces à volonté, selon les besoins permanents, passagers, enfants, invités, vacances, modifiable à la minute même… selon toutes les exigences, les goûts de chacun… « Une maison vieille, c’est celle qui ne bouge plus !… Achetez jeune ! Faites souple ! Ne bâtissez pas ! Montez ! Bâtir c’est la mort ! On ne bâtit bien que des tombes ! Achetez vivant ! Demeurez vivants ! Le “ Chalet Polyvalent ” marche avec la vie !… »
Tel était le ton, l’allure du manifeste rédigé tout par lui-même, à la veille de l’Exposition : L’Avenir de l’Architecture au mois de juin 98 dans la Galerie des Machines. Son opuscule de la construction ménagère avait provoqué presque immédiatement un extraordinaire émoi chez les futurs retraités, les pères de famille à revenus minimes, chez les fiancés sans abri et les fonctionnaires coloniaux. On le harcelait de demandes, des quatre coins de la France, de l’Étranger, des Dominions… Son chalet, tel
quel, entièrement debout, toit mobile, 2492 clous, 3 portes, 24 travées, 5 fenêtres, 42 charnières, cloisons en bois ou tarlatane, suivant la saison, fut primé « hors classe » imbattable… Il s’érigeait à la dimension désirée avec l’aide de deux compagnons et sur n’importe quel terrain en 17 minutes, 4 secondes !… L’usure était insignifiante… la durée donc illimitée !… « Seule, la résistance est ruineuse ! Il faut qu’une maison entière joue, ruse comme un véritable organisme ! flotte ! s’efface même dans les remous du vent ! dans la tempête et la bourrasque, dans les paroxysmes orageux ! Dès qu’on l’oppose, inqualifiable sottise ! aux déchaînements naturels c’est le désastre qui s’ensuit !… Qu’exiger de la structure ? la plus massive ? la plus galvanique ? la mieux cimentée ? Qu’elle défie les éléments ? Folie suprême ! Elle sera c’est bien fatal, un jour ou l’autre bouleversée, complètement anéantie ! Il n’est, pour s’en convaincre un peu, que de parcourir l’une de nos si belles et si fertiles campagnes ! Notre magnifique territoire ! n’est-il point jonché, du Nord au Midi, de ruines mélancoliques ! d’autrefois fières demeures ! Altiers manoirs ! parure de nos sillons, qu’êtes-vous devenus ? Poussières ! »
« Le “ Chalet Polyvalent ” souple lui ! tout au contraire s’accommode, se dilate, se ratatine suivant la nécessité, les lois, les forces vives de la nature ! »

A suivre

 

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